SOI
RI taDdi» qu'elle cuBliouail ■ donner se« aolns. (raie vrj.)
Une heure plus tard, le valet de chambre revint avec ce mot :
« Monsieur le comte,
Tout cela me convient.
Votre serviteur,
Hessi DR Ue.u'Cii£ne. a
M. de Venelle dîna tète à tâte avec son tdmoin, se coucha de bonne heure et, le lendemain, au point du jour, se trouva prêt au combat.
Pendant ce temps, le comte Otiion était au chemin de fer, sur la route de Blois, et se disait :
— Après tout, celte canaille de Venelle peut bien se battre pour moi... Un coup d'épée qui peut rapporter cent mille francs, peste ! c'est une jolie petite affaire !...
M. de Venelle s'en alla h la chasse, évita toute rencontre avec Gobert, toute explication avec sa femme, et, quand il rentra, il trouva le vicomte de Genestières installé dans la salle h manger et dévorant une U-ancho de jambon en attendant le dîner.
Madame de Venelle, née Joublot, qui n'aimait pas les visiteurs, prétexta une forte migraine pour ne point paraître au dîner.
26* LiVB.viso».
Cependant, le brigadier la Jeunesse, scs instructions données à üranchu, était retourné aux Ormes.
Le bon Marc ne savivit pas un mut de ce qui s'était passé la veille.
Henri avait jugé inutile de lui en parler.
Il ignorait complètement aussi la démarche un peu
LKS HBAMES Dt' VII LAr.K
mntinalfî que ce üernjtT avait faite uu cbàtcaa de Javelle.
Le jeune liomme le trmiva déjeunant avec de la dioucrofile, du lard et des oignons, de fort bon appétit» comme un bon Belge (]u*il était.
Henri avait acquit au service un sang-froid parfait; il était maître de lui.
Il se mit donc à table, r<Mnme à l'ordînaire, déjeutm et annonr a qu'il allait faire un bw de chasse.
Ce fut au moineMt où il allait partir que le valet de chambre de M. de Venelle arriva» porteur de la lettre de provocation.
llcurj'usemenl, en été. Marc Soèi avait contwwie de faire un bout tic ^ieste après son déjetuver. cl il dor-^ niait <Jej i rjuatid le valet de chambre se présenta.
Henri u'init donc aucune explication h donner à son vieil ami, et il répondit à son adv'erjsawe.
Puis, le valet parti, il décrocha srm fiintï'v prit sut carnassière et gagna la porïe dt» jardin.
Mais comme il alKiit franchir ceifar porT^« Lméson la Tordue se trouva devant iWi.
— Hc! m’sieu ? dït-Hle'/
Depuis huit jours,, les 4r>wté!»(iques des Ormes, tant ceux de Marc Noël <pfie fi«jx de son frère» JosefA# avaient pris un malin piai<dr li faire perdre ht tête à la pauvre idiote.
On av.iit lini par lui peT^jader que M/ Mewl n'avaii pas tlautre but que celui dt» Pépouser: senler^iwnl qo'il était timide et qu'il n'osalt pas |yn en faire (a demande.
La Tordue, ce matin-li»« {<fil fhne son a/tirage If deux imiins et se (Mmjïa résttlùrïwnl devant le jeune UfHtttnt; un |M'U étonné.
— Ou’esl-ce que lu veux, ma pciHel loi dlt-ll.
La Tordue se mit h rire fie son rlfn niais et lui dit ;
— C'esi-y vrai que vufis Mm timide, nrmsieuf 1
— ïimid..* ?
Ht le jeune homme, stupéfait, la regarda,
Puis il lui tapa sur la joue :
— Kt i>ourquoi donc veux-tu que je sois timide, ma petite? dit-il.
— Puisque vous n’o^ex me parler.
Mais je ii'ni rien à te dire.
— Oh ! fît-elle d'un air malin.
Alors le brigadier se souvint des pUisantoric.s dont les gens de la ferme accablaient la pauvre idiote, pt comme il n’étail nullemem décidé à se prêter ù cclu» mystification» il regarda la Tordue et lui dit : •
— Comment ! ost-cc que lu penses encore h m'épouser ?
— Mais darne ! fit-ello ingénument, vous êtes un assez beau monsieur {>our ra.
11 partit d'un éclat de rire si franc que la Tordue rougit jusqu'au blanc des yeux.
— Allons t allons I acheva-UI, tu diras à Jean et aux autres (jue ce n’est pas bien de sc moquer d’une pauvre fille comme toi.
Il tira de sa |H}che une grosse pièce de cent sous et la lui
Mais la Tordue, qui aimait bien l'argent cependant, n'ailütigea point la iimin et ne la i>rit pas.
I.a pièce tomlcr jiur terre et M. Henri, impatient'^, s'éloigna.
A de certains moments, l’esprit le plus bouché s’ouvre tout à coup» ec l’intelligence la plus bornée a des lueurs soudaines.
La Tonfeie venait de comprendre.
Elle venait de comprendre qu’on s’éuit moqué d’elle, comme toujours, et que jamais elle n'avait été pour ^ beau brigadier autre chose qu'un objet de compassion. sinon île moquerie.
Et il se fit soudain dans cette nature épaisse et perverse une singulière réaction.
Une jalouvie féroce s'empara «^elle, une haine violente im emplit le cceur.
Dés moCs qui bfmrdannaicnt souvent è son oreille et quelle n'avait pas compris lui revinrent en mémoire.
On avaÿ parlé de la belJe dame du château deKcuil. que m. HeMri viaiteit souvent...
Et la Inmiènsr pandit de pins eu plus dans ce cerveau obtuSf et cette âme pétrie pour la haine s'éveifi;». . .
Et celui qui, en ce mfmcnt. eût vu cet être ronirefi»it et hidetix suivre du regard le jeune homni ' qui s'éloignait, eftt deviné quTI rêvait quelque vengeance al>ormiKtMe et tépébrcu.se...
Comme â ronSnafre, M, Henri alla au château de Reuil et y passa raprèf-midi.
Depuis qu’ib étaient fiancés, l.i belle veuve et notre héros se vuyainni chaque jour, sans contrainte, avec un abandon cfiarmant.
Ils savaieni qu'iU »e marieraient el que leur union était subordünrH*c h une circonstance qui ne pouvait manquer d'arriver tôt ou tard , la nomination de M. Henri do Br'atichéne aii grade de sous-lieutnnant.
Grâce au snng-froid (pi’il possédait, le jeune homme ne laissa rien .soupçonner à la baronne, ni de la querelle qu'il avait eue le matin, ni du danger qu'il allait courir le leiidentain.
11 prit congé d'elle à riieurc habituelle, fit taire san Dxur qui battait un peu plus vite, maîtrisa l'émoii m (|ui lui serrait la gorge ; car» si brave qu'on soit» on n ' SC sépare pas de le femme aimée sans une vague inquiétude, à la veille de risquer sa vie, et il revint à Saint- Doiiat.
Branchu était de retour d’Orléans.
Il avait rapporté les épées cl les pistolets.
Os derniers étaient inutiles, maintenant que M. de Venelle avait choisi ses armes, c'est-à-dire l'épée.
Henri donna rendez-vous à Branchu. au bord de U forêt, pour lo lendemain à cinq heures du malin, et revint aux Ormes.
Il s’enferma dans sa cliambrc et écrivit une longue lettre à la baronne.
Celte lettre ne devait parvenir à sa destination que s'il lui arrivait malheur.
Li: LA JEUNtSSL
l’ub U SC mil ;iu iti ci'dûrmil toui d’une iraile jusqu'à trois heures du malin.
A celte heure-Ià il n’est pas encore jour au mois do septembre.
M. Henri alturna donc sa bougie et se leva à la lumière, sans bruit, pour ne pas éveiller .Marc Noël, qui couchait dans la pièce voisine. t
El bien qu’il eût dca\ heures devant lui, il fit sa toilette sur-le-champ, avec ce soin n»inuUeu.\ de riiotqni»’ d'éducation qui va se battre. I
Par une naïve délicatesse, le lion Marc Noël eu faisant préparer une chambre à M. Henri, lorsqu'il l'atteudail, avait réuni dans cette chambre tout ce qu’il avait de meubles provenant encore des Beauchèiie.
Aux mur.s étaient accrt»chés quelques portraits de famille, entre autres, celui d’un vieil oncle de M. de Beauchéne le père, en soutane violette, car cet oncle était évè<|u<i de son vivant.
•M. Hjuri se. prit à examiner ce portrait auquel jadis il n’avait jamais fait grande attention, et (jui était rouvre d’un peintre do mérite sans doute, car ce visage de prélat était vivant.
I^s lèvres souriaient, l’œil était brillant...
On eiH dit que l'évéque allait omrir la bouche et (>artc‘r rlu haut de son cadre.
Et comme notre héros le regardait, il lui sembla <]U(* l'œil du portrait était Tixé sur un petit meuble placé dans un angle de la chambre ; il eut comme un trc.s- 1 sailiemenl inexplicable et il se dirigea vers ce peti^ meuble cl l'ouvrit.
Celait un de ces bonheurs du jour du dernier siècle, inscruslés d’ivoire et de lx>is de rose, qui avaient fait la joie de nos aïeux habitués jusque-là au chêne majestueux et massif.
La clef qui était dans la serrure tourna sans difficulté.
Los tiroirs dti milieu étaient pleins de vieux papiers, de sacs remplis de graine.s, et d’une foule d’objets sans • valeur entassés évidemment petit à petit par la main d’un vieillard maniaque.
M. Henri qui se souvenait de toutes les bizarreries de l’onclc Noël, n’eut pas de jwine à se remémorer que ce Itonkeur du jour se trouvait dans la chambre du vieux Belge, et que c'était là qu’il avait 'coutume de serrer ses papiers, scs livres de compte et son argent courant, en même temps que ses graines potagères cl fourragères, car il avait la rage des semis nouveaux et des essais de toutes sortes.
H avait e.ssayé bien inutilement, par exemple, d’acclimater h Saint-Üonat une foule de plantes tropicales et exotiques.
Donc, M. Henri, en ouvrant le bureau, fut comme envahi tout entier par les .souvenirs du passé ; et son enfance ignorante et iiaivc lui revint en mémoire.
Il s’amusa à comiiulser le livre de comptes sur lequel le vieux belge inscrivait, côte à cùte, une somme
de douze sous payée à un fournisseur et utu’ soininc de douze mille francs versée {>ar un fermier longtemps en retard.
Puis, après un tiroir, il en ouvrit un autre, et encore un autre.
Et, tout à coup, il eut comme une vague réminiscence t]ue ce meuble avait un secret, un tiroir, à double fond. II (itait tout enfant, lorsque, un jour, il surprit le vieux Belge qui faisait jouer un ressort dans un coin de la tablette du milieu, laquelle sc développa tout à coup cl sc^ sépara en deux morceaux.
Le brigadier consulta sa montre.
Il n'élail pas encore quatre heures.
— Ouvrons le double fond, sc dit-il.
Sa main tâtonna kmgioinps, mais elle finit par rencontrer un imperceptible boulon de cuivre qu’ellf* pressa.
Et soudain le double fond s’ouvrit.
C'était un antre tiroir de peu de profiMidcur . (]aii:> let|uel sc trouvait un papier unique.
C’était une large enveloppe cadiclcu à la dre sur laquelle on lisait :
Cc’fi est mon testament.
Mai
XOEI.
M. Henri éprouva une vive émotion en trouvant ce papier.
Ainsi donc, l’oncle Noël avait fait un testament.
En faveur de qui ?
Et pourquoi n'avait-il pas indiqué ce testament à son lit de mort 7
II est vrai i|u’un jicii plus d’un an avant sa mort, le hûiihoimne avait clé frappé d’mie attaque d'apoj)lc\ie, et, dès lors, était un peu tombé en enfance.
.Mais comment, à cette dernière heure, d'ordinaire impitoyablement lucide, et pendant laquelle, dit-on, le mourant revoit comme en kaléidoscope gigantesque sa vie passée, comment ne s’était-il ])as souvenu?
M. Henri se posa louUïs ces questions coup sur coup.
Puis il s’en posa une autre encore et ne put réprimer un indéfinissable frisson mélangé de terreur et de joie :
Si l’oncle Noël avait fait un testament, h qui donc laissait-il cette fortune qui, en l’absence de toute tr«ic-3 de volonté du défunt|, était allée à ses héritiers naturels ?
l'n sentiment dievalcresquc s’empara alors du jeune iiomme.
— Laissons les choses comme elles sont, se dit-il.
Et il allait refenner le double fond, condamnant ainsi le testament à un silence étemel, lorsque la porte de la chambre s’ouvrit et Marc Noël entra.
M. Henri n’eut pas le temps de faire jouer le ressort, et le doubiu-fuiid demeura ouvert. ^
— O^'est-ce que lu fais donc là, monsieur? demanda le bon Uelgc.
Il était en caleçon, avec une vieille veste de tricot gris, un bonnet de coton sur la tète, des chaussons de lisière aux pieds, et son bougeoir à la main.
— Il y a longtemps que tu es levé, savez-vous î reprit-il.
El il fil deux pas, et po-ant sa main sur l'épaule du jeune homme , il se trouva penché au-dessus du bureau.
— Tiens ! tiens ! fil il, qu'est-ce que c'est que ça?
Il n'était plus temps de cacher le testament.
— Ça, balbutia M. Henri, Voilà, regardez !
Marc Xocl prit l'enveloppe et en lut la suscripliun :
— Eametix, ça, savez-vous? dit-il. .Mon oncle avait fait lin testament, et un ne Ta pas trouvé.
Idi-tlc-ssus le naïf tjonhoniine eut un gros rire.
Puis, regardant M. Henri, il lui dit ingénument :
— Pouniuoi donc a-t-il fait un testament, au reste, puisqu'il n'avait que nous de neveux ?
— Jo ne sais pas, répondit le jeune homme.
Mais Marc, s'il n'avait pas d'esprit, avait un gro.s bon sens, qui, pour être quelquefois en retard, se faisait jour tout à coup avec une grande impétuosité.
— Suis-je bcte ! dit-il. Si mon oncle a fait un testament, c'est que ce n'est pas nous qui hérilons.
— Oh ! dit M. Henri.
— Et que ça pourrait bien être toi...
La pensée chevaleresque qui, tout à l'heure avait dominé M. Henri, le reprit.
— .Mon bon ami, dit-il, écoutez-moi.
— Parle.
— Cest en furetant dans ce meuble, pour tuer le temps, que j'ai ouvert ce tiroir.
— Boni
-- Sans cela, ce testament n'en serait jamais sorti.
— Eh bien î
■— C'est donc l'effet du hasard.
— Je ne dis pas.
— Refermons le tiroir...
' — Bon ! mais... le lesLimcntî
— Ni vous ni moi n'en parlerons.
— Oh ! par exemple 1
— El si vous voulez, nous allons faire mieux encore, mon bon ami. Nous allons le brider à la flanmie de cette bougie.
Mais Marc Noël arracha le testament des mains de M. Henri.
— Tu plaisantes, je crois, savez-vous ? dit-ii. Je suis un honnête homme, et je vais porter le testament au notaire, donc I
En même temps, il courut à la croisée qu'il ouvrit.
Jean le laboureur était dans la cour.
— Hé, Jean ! lui cria Marc Noël, mets donc la jument à la rarriole. Je vais en roubi.
— Où donc que vous allez, patron ? demanda le valet de charrue.
— A Orléans, chez M. Compoint le notaire, répondit Marc. •
Henri de Bauchéne demeurait stupéfait en présence j de celte loyauté rustique.
Quoi que pftt dire le jeune homme au bon Belge, celui-ci fut inflexible.
Il parla même si haut que les gens de la ferme qui commençaient à se lever furent au courant en un rien de temps, et le bruit se répandit qu'on venait de trouver un testament de feu M. Noël.
Un quart d'heure après le ban Marc Noël était en carriole et s'en allait à Orléans, on compagnie de Jean, le valet de ferme.
Le bonhomme, qui no savait absolument rien de sa querelle avec M. de Venelle, partit sans se douter que dans quelques minutes M. Henri allait jouer sa vie.
Ce dernier, du reste, attendait avec impatience que la carriole cAt disparu du bout de l'avenue pour se mettre lui-iiiémc en route.
Il était près de cinq heures du malin.
Lorsque la carriole roula sur la roule sonore de S.aint-llunat à Orléans, M. Ilciiri sortit du cliàteau par la porte du jardin.
Le jardin, comme tout le reste, avait été divisé es deux ; mais le mur élevé par les deux frères n'clali qu'un mur à hauteur d'appui, de façon qu'ils pouvaient voir Tun chez l'autre.
Or, Joseph Noël était dans sa portion de Jardin alors que M. Henri traversait celle de Marc.
Henri le salua.
Joseph accourut près du mur. ■
. Il était pèle, il suait et soufflait et paraissait en proi ' à une émotion subite.
— Veux-tu me parler un instant? monsieur, fit-il d'une voix pleine d'humilité.
— Bonjour, monsieur .Noël, dit Henri un peu frei-
ement.
— Tu ne vont donc pa.s m'écoulcr, monsieur! reprit Joseph avec un accent de plus en pins ému.
Henri s'arrèla.
— On vous a fait un affront hier, monsieur Ib-itrî. et lu crois peut-être que c'est moi qui en suis eau»-
— Je ne sais pas ce que vous voulez dire, répondit le jeune homme.
— Mjis je le sais, moi, dit Joseph Noël, c'est Gohert, un méchant homme, le garde à M. i: Venelle...
— Cet homme était dans son droit, dit froidemecl M. Henri, puisqu'il gardait la chasse do son maître.
— Oh ! je vois que tu m'en veux, monsieur, murmura Iristemeiil le pauvre Joseph... Mais ce u'esl pas ma faute, savez-vous? C'est ma femme... qui m'a enjôlé... à preuve que, comme je ne voulais pas louer ma chasse, moi, rapport à mon frère et à toi, elle est allée chez son père cl ne voulait plus revenir ici... Alors moi (|ui suis bétc, tu sais...
Un sourire vint aux lèvres de M. llciiri, i! eut liitié I du bonlionmie et lui tendant la main :
LE BRIGAÜIEK LA JEUNESSE
C'esi U qs'ils se soni baitn ee ■aiin. (Pairi’ âto.j
— Je no vous en veux pas, monsieur Juscpli, dit-il; excasez-nioi si je ne m’arnSlc pas, mais je suis un i>eii pressé.
Il gagna, en saluant Joseph do nouveau, la peliu; porte qui donnait sur les cli.unps aboutissant à la forêt, laissant le bon Belge un peu soulagé.
Brancliu se trouvait au rendez-vous, et il avait sous le bras une belle paire d'epées toutes neuves enveloppées dans un fourreau de serge.
Le maréehal-ferrant n’avait pas servi quinze ans pour perdre tout souvenir de son ancien métier, et bien qu'il eftt coupé un beau jour ses longues moustaches il avait conservé sous ses habits do paysan une tournure militaire.
Ce jour-Ui, il avait mis sa redingote du dimanche et l’avait boutonnée jusqu’au menton, ce qui lui donnait l’air passablement crïno.
— Je suis en relard, lui dit Henri, mais ce n’est |M8 ma faute ; allongeons le pas.
— Bah I dit Branchu, nous arriverons encore les premiers.
En effet, ils étaient au rendez-vous que M. de Venelle et son témoin se montrèrent à deux ou trois cents pas, dans une allée forestière.
— Vous voyez bien, dit Branchu.
Henri s’était fait un abat-jour de sa m.ain et il constata que l'humine qui accompagnait M. da Venelle n’était point, comme il l’avait supiwsé ju»|ue-là, son ami le comte Othon.
Branchu, qui avait l’œil perçant encore, reconnut sur-le-champ le témoin de M. de Venelle.
— C’est le capitaine de Châteauneuf, dit-il.
— Quel capitaine !
— Oh ! on l’appelle comme ça... fit Branchu, quoi-
qu’il ne soit que lieutenant... C’est un mange-tout, in pas grand’chose... M. de Genestières...
— Comme ce n’est pas à lui que j’ai affaire, dit M. Henri, la chose m’est indifférente.
Et il fit quelques pas à la rencontre de son adversaire, et tous deux se saluèrent.
M. de Venelle eut un impertinent sourire en reconnaissant Branchu.
— Mon bon ami, dit-il en se penchant à l’oreille du vicomte de Genestières, je vous demande mille pardons.
— Do quoi ?
— De vous eneanailler ainsi. Je ne savais pas que l’honneur d’avoir des pourparlers avec mon maréclialferrant vous serait réservé par mon fait.
Le vicomte répandit par un sourire.
Puis comme il connaissait Branchu, il s’avança vers lui et lui donna la main.
M. Henri et .M. de Venelle demeurèrent h distance.
M. de Genestières avait reçu de son filleul des instructions précises. C’était un combat è outrance que voulait M. de Venelle, ce qui, du reste, était parfaitement indifférent au vicomte ruiné.
Ausn dit-il è Branchu ;
— Vous savez que c’est irès-scrieux.
— Ce sera aussi sérieux que vous vimdrez, répondit l’anden soldat. Allez, M. Henri est solide ; je ne suis pas inquiet.
— Alors, dit encore le vicomte, nous n’avons, je crois, qu’uni! chose à faire : tirer au sort les épées.
— Allez, dit Brancliu.
Le vicomte jeta en l’air une pièce de cent sous qu’il avait empruntée à .M. de Venelle jiour la circonstance.
— Pile! dit Branchu.
— Face ! rcpondil M. de Geneslières ; M. de Venelle se servira de ses épdes.
— Voilà <îui nous est joliment égal, dit crânement le mar(k:bal.
Pendant ce temps, M. de Venelle et Henri de Beauchène avaient mis habit bas, chacun de leur côté. Branchu apporta l’épée à son filleul et lui dit :
— [\ ne faut pas vous presser d'allaquer, monsieur Henri; c’est toujours ce que nous disait au régiment.
Kt les deux adversaires tombCrenl en gartte'dt(®t>p{r* j gèrent le fer.
Na i
M. de Venelle était, *ti])eu dc'l'dpéc, d’une sqpntm- ; riU; incontestable, eiiben semiiiresque toujours âiiiéi. j Les militaires qui n’oilt ipift le temps de passer 'leur j journée dans les salles d’armes trouveront ttoqjnurs des bourgeois plus forls qu’eux.
Branchu, à la troisième passe, commenta k froncer le sourcil.
M. Henri se défendait avec vaillance, mais M. de Venelle lui donnait fort l\ faire, et il était probable que, lorsqu'il vaudrait passer de la défensive ù l'offensive, i! ferait quelque faute qui lui serait funeste.
Mais le jeune homme avait beaucoup de sang-froid, une grande souplesse dn mains et de jarrets, et, pendant quelques secondes, tous les coups de M. de Venelle furent parés.
Celui-ci s'étonnait de cette insistance et perdait quelque peu de son calme.
il attaqua son adversaire avec plus de vivacité, plus de précision, ot le louclia deux fois coup sur coup.
Blessures légères, il est vrai, Tune au bras, l’autrek l'épaule, et qui n’eurcnl d’autre conséquence qtte d’arracher un juron énergique k Branchu.
Le maréchal &e disait avec colère :
— Kst*cc que ça va durer longtemps ? est-ce que M. Henri ne va pas m'embrocher ce bourgeois?
Toulk coup, une ombre ]>assaau travers des arbres. I et Branchu tressaillit. i
C’éiail une femme qui paraissait vouloir assister de I près à ce s|>ecUcIe assez inusilc aux champs. C’étaii | la mère Miracle. {
U mère Miracle s'approcha lentement et ne s'arrêta qu a U le dizaine de pas des combattants. j
l.à elle s'assit au pied d'un arbre el demeura im- ' mobile.
Branchu seul l'avait vue tout d'abord; mais M. de Genestières l'aperçut k son tour, et il eut un geste de colère.
Mais la mère Miracle ne bougea pas, elle se contenta de regarder le combat, comme si elle eût été un dos témoins.
Cependant M. Henri se défendait avec une grande énergie, et deux fois aussi son épée avait eflleuré H. de Venelle, furieux de voir son jeu savant se heur- i
ter contre la franchise naïve de ceUe bravoure sans égale. ^
Cependant il profila d'un moment où son adversaire SC d«‘Couvraii pour allonger le bras.
M. Henri fut touché et un cri lui échappa. Mais il resta debout, l’épéc à la main, et continua k se battre avec acharnement.
— Monsieur, disait Branchu à M. de Genestières, il faut donc absolument -que l'un des deux y reste?
— Oui, répondit le ^vicomte ruiné, qui s’aperco ai* que ÏU. IHenri se frtliguait, et prévoyait l'instant pro- 'nlmin'diidl recevmltîh; coup de grâce.
.11. de Venelle m; îbattait, du reste, avec un grand fCouragc, digne (rime îmeilleure cause, et c'était avec ‘fioiwcienc/? qu’il csaoyalt de gagner les cent mille francs
prendre sur la dOt\(ieila future comtesse Olbon.
Mais tout à coup 11 tressaillit brusquement.
Un-rogard pesnit surtlui, à dix pas de distance,
‘Ce rogard le nuivail'tlans tous scs mouvements, suiwait«on êpéo, sa main.
Ce regard, ‘qu'il n’o«it croiser avec le sien, car il est besoin, l’épée à In .mohi.'dAivàir Vœil dans l’œil, pesait sur M. de Venelle, et exerçait sur lui une espèce de fascination.
Néanmoins il continua à presser son adversaire do plus en plus; et comme si ce regard l’eût importunik un haut degré, il voulut en finir et sc fondit.
Henri de Beauchéne se jeta brusquement de cété. revint à la parade, puis k la riposte, et son épée divparui tout entière dans la {wUrine de M. de Venelle.
Celui-ci tomba.
Il tomba comme une masse, d'un seul bloc, en innrmurant :
I — Oh l ce regard!
Puis un Ilot de sang lui sortit par la bouche, cl M. de Genestières épouvanté, s’écria ;
— Mois il va mourir!
Henri de Bcaudièiic était toujours debout, mais pâk. chancelant et couvert de sang.
Trois fois l’épée de son adversaire avait toucin'' sa poitrine.
Branchu courut k lui en voyant tomber M . de Venelle
Il était temps... Henri clianceiait.
Il le soutint dans ses bras. Celui-ci lui dit ;
— Je crois bien que j'ai mon oorapic, moiau.ssi.
Et aidé de Branchu, il s'assit sur l’herbe ensanglantée, il s’adossa k un arbre, tandis que M. de Oenesüères s’empressait auprès de M. de Venelle. Celui-n vomissait le sang à BoU, et ses yeux vitreux anDOnçaienl qu’il allait mourir.
Ce fut aloi^ que la mère .Miracle s'approcha.
— Vieille coquine ! s'écria M. de Genestières, que voulez-vous donc?
Elle le regarda froidement, comme elle avait regard M. de Veuelie tandis qu'il se battait.
— Vous devriez me reconnaître, dit-elle, je m'apl>cUe la mère Miracle.
En même temps elle sc {lenclia sur M. de Venelle et l'examina.
LK BRPriADÏKK LA JKUNKSSE