‹ Les Drames du villageChapitre 43 sur 60 · I.a blessure s’ouvrait, béante au-dessous du sein droit · texte numérisé non relu

I.a blessure s’ouvrait, béante au-dessous du sein droit

Li mère Miracle hocha la tète :

— Je crois bien, dit-elle, qu’il n’aura pas le temps de revoir son cliiiteau.

Ht elle s'approcha de Henri.

Celui-ci était prêt à s’évanouir.

La mère Miracle déchira son mouchoir en mille pièces, en fil de la charpie, arrêta le sang qui coulait en abondance, et dit à Branchu consterné :

— Rassure-tûi, il n’en mourra pas.

Et tandis qu’elle a>ntinuait à donner ses soins au blessé, Branchu se jeta au travers du bois, appelant au secours.

Des bûdieitx qui se rendaient h leurs travaux, dans une coupe voisine, accoururent.

Ils étnie.itbien sept ou huit et se divisèrent en deux escouades, qui construisirent diacune un brancard à la hâte.

Sur Tun on plaça M. de Venelle agonisant.

Sur l'autre, M. Henri grièvement blessé, mais conservant toute sa présence d’esprit.

Au moment du départ, Branchu s'approcha de M. de (teneslières et lui dit :

— Vous reconnaîtrez, monsieur, que tout s’est passé loyalement.

— Je ne dis pas le contraire, répondit brutalement le vicomte, qui se demandait avec terreur comment il allait être reçu au château de Javelle, quand on le verrait arriver avec M. de Venelle mourant et peut-être mort.

La mère Miracle suivait te brancard sur lequel on transportait M. Henri de Reaucliêne aux Ormes, et j>endont le trajet, elle murmurait ;

— Je ne voulais pas sa mort en le regardant ainsi, mais je voulais sauver M. Henri.

Ou le voit, de même que .M. de Venelle était tombé en se plaignant de ce regard importun, la mère Miracle était persuadée que c’était à l'inDuenco de ce regard doué tout à coup d’une puissance fatale que le brigadier la Jeunesse devait en partie son salut.

Tandis que ce combat sauvage avait lieu entre .M. de Venelle elle brigadier la Jeunesse, une scène toute différente mais non moins dramatique peut-être, se déroulait aux Ormes, dans la t>arüe du château écliue en partage à Joseph Noël. A sixheuresdu matin, on avait vu paralU'c maître Koquillon.

C'était un singulier bonhomme que ce cabarctier ambitieux qui avait fait quasiment une dame de sa fille.

Kn dépit des instances de cette dernière, qui se | trouvait maintenant assez riche pour que son père i vécût de ses rentes, il n'avait pas voulu fermer son i cabaret , disant que c'était sa vie , et que lorsqu'il | n'aurait plus rien à faire, il mourrait de chagrin en j SIX mois. J

f H avait même un malin plaisir k dire en pariant de f Joseph Noël : tf Mon imbécile de gendre ; » et quand I il n'avait rien de mieux à faire , il allait jusqu'aux Ormes , les mains derrière le dos , admonestait en pissant les valets de charrue, critiquait la culture, haussait les épaules en traversant les vignes, et disait d'un ton siilfisanl : Oh ! si ça me regardait I

Joseph, qui avak l'habitude de trembler devaiït sa femme, avait fini par trembler devant Roquillon.

Aussi, ce inatin-là, déjà bouleversé de tous les événements de la veille et de la façon assez froide dont M. Henri avait accueilli ses excuses , le Belge craintif seniil-il un frisson parcourir ses veines lorsqu’il vil Roquillon pénétrer tout à coup dans la cour des Ormes.

Pour que te cabaretier arrivât si matin , il fallait quelque événement extraordinaire.

D’ailleurs Koquilkm avait un air agité.

— Tiens, dit Noël d'une voix timide, vous voilà... beau-père...

— Où est ma fille? demanda sèchenwnt Roquillon.

— Mais, beau-père, vous savez bien que votre fille est une belle dame, el qu'elle ne se lève jamais du matin.

— Elle se lèvera ; faut que Je lui parle...

— Aht

— El à vous aussi...

L’accent de Hoquiüon avait quelque chose de bref, de cassant, de sourdement ironique qui ne présageait rien de bon.

Ijô bon Belge sentit ses jambes flageoler un peu dans l'escalier que Roquillon gravissait avec une agilité fiévreuse.

— Puisque vous ne savez rien de vos affaires, dit-ü, je suis bien forcé, moi, de vous tenir au courant. Ht, en parlant ainsi, il ouvrit brusquement la porte de la chambre à coucher de madame jNoél.

La Hoquillone était au lit, en effet, mais elle ne dormait pas.

— Le feu est donc à la maison ! dit-elle en voyant son mari et son père pénétrer ainsi brusquement chez elle.

— Si ce n’était que le feu, ce ne serait rien... dit Roquillon ; il y a des pompiers,..

— Mais de quoi s'agii-il donc ! s'écria Joseph Noël épouvanté.

La Roquillone fronça le sourcil, regarda son père cl lui dit ;

— Dépêche-toi donc, père, lu vois bien que M. NoiH est sur le point de se trouver mal.

Roquillon ferma la porte et baissa h voix.

— Marc, dit-ll, ce brigand, vient de traverser le bourg.

— F.h bien ?

Il allait à Orléans.

— Qu’est-ce que cela me fait? tlemanda le naïf Joseph Noël,

— Déposer chez le notaire un testament, ajouta le cabaretier.

— Iæ misérable I s'écria Joscpli, il déshérite mes enfants, sans doute.

— Attendez donc, fit Roquillon. Ce testament qu'il va déposer n'est pas le sien.

— De qui est-il alors ?

— C’est le testament de votre oncle, le monsieur des Ormes, comme on l'appelait.

— Mon oncle ! exclama Joseph. 11 avait fait un testament !

— Mais non, dit madame Noël, puisqu'on n’en a pas trouvé à sa mort.

— Eh bien, M. Henri et lui l'otit trouvé ce matin même.

— Oit ça ?

— Dans un vieux meuble.

— Et pourquoi donc mon oncle a-t-il fait un testament?

— Pour vous déshériter donc, ricana Roquillon.

— Au profit de qui ?

— Au profit de M. Henri, sans dotite.

La Roquillono tressaillit et un fauve éclair s’échappa de ses yeux.

— Et Marc, dit-elle avec ironie, va déposer le testament?

— Oui.

— Et si ce testament le déshérite...

— C'est un si honnête homme! dit le cabarctier avec un accent d’ironie.

Joseph Noël était atterré.

— Eh bien! dit Roquillon, c’est tout ce que vous dites î

— Dame!... que voulez-vous...

Roquillon lui fra|>pa sur l'épaule.

— .Mon gendre, dit-il, je ne voulais pas vous donner ma fille, parce que vous m'avez toujours fait l'effet d'un imbécile.

Le bon Relge rougit jusqu'aux oreilles. Roquillon continua :

— Vous croyez donc à ce testament, vous î

— Puisque vous me le dites.

Roquillon haussa les épaules :

— 11 est bien vrai, dit-il, que ce brigand de Marc porte un testament h Orléans.

— Eb bien ?

— Mais il est possible aussi que cc testament soit faux.

— Hein ? fit Joseph Noël.

— A preuve , continua Roquillon , que vous êtes brouillé avec Marc, que votre frère vous fait mille misères et qu’il peut s’étre entendu avec M. Henri l>our fabriquer ce testament.

— Oh ! dit Joseph Noël, je ne crois pas h ça, moi.

— H faut y croire, pourtant, dit Roquillon.

— Pourquoi donc ça ?

— Et rédiger aujourd'hui même une plainte à M. le procureur impérial, poursuivit Roquillon avec fermeté. C'est le seul moyen de jeter des doutes sur la validité du testament.

Mais Joseph Noël s'indigna :

— Mon frère est un honnête homme, dit-il, e! jamais je ne ferai cela.

— Alors, dit froidement Roquillon, vous ferez biei. de clierchcr une besace et un béton pour aller mendier pour nourrir votre femme et vos enfants.

Joseph tress.aillit et baissa la tête.

— Allons donc ! fit madame Noël en le courbant sous son regard, il fera cc que nous voudrons ! cat-cc qu’il a une volonté, cet être-là !

En ce moment, il se fit une grande rumeur sous les fenêtres de la chambre.

— Qu’est-ce encore que ça ? fit Joseph qui cherchait à se donner une contenance, en présence de son terrible beau-père et de son tyran femelle.

Et il ouvrit une des fenêtres et se pencha an dehors.

Mais, soudain, il se rejeta brusquement en arrière et s’écria :

— Seigneur mon Dieu ! quel malheur, savez-vous !

La Roquillone avait bondi pris do la fenêtre cl

regardait à son tour.

Elle vit des bflcherons qui portaient une civière et, sur cette civière, M. Henri tout sanglant.

— Eh bien, dit-elle en regardant son père avec cynisme, je crois décidément que la chance est pour nuusl

iindaine de Lassenie à ta baronne .Verrier,

Mon liséré chéri.

J’ai mis quelques jours à te répondre, mais tu va.s voir que c'était pour t’annoncer une bonne nouvelle el une nouvelle positive.

Le jour où ta lettre nous est arrivée, nous allions partir, Paul et moi, pour notre terre de Touraine.

Nous sommes restés à Paris, et Paul a couru au ministère de la guerre.

Là on lui a répondu : Il se fait tout un travail de promotions, et rien n’est encore décidé. H faut attendre quelques jours.

Pau!, qui tenait beaucoup à son ouverture de chasse, voulait pailir le soir même, me promettant de revenir vers la fin de la semaine.

.Mais j’ai eu la dureté d’un roc. Il n’est pas parti.

Le lendemain, il est retourné au ministère, rio.i encore.

Puis les jours suivants, toujours rien !

Enfin tout à l’heure, il y a dix minutes, il entre tout essoufflé et me dit :

« Les décrets sont à la signature de l’Empereur ; ils seront au Vonileiir demain :

< M. Henri de Ileaticliêne, maréclial des logis au 2' chasseurs d’Afrique, est nommé sous-lieutenant au 5* régiment de hussards, actuellement en garnison à Paris. »

LE BniliAllIKU L\ JEUNESSE

Ne t'cvanouis pas, ma chérie, et songe que mourir tic joie est la pire des maladresses.

Tu reviens donc à Paris, n’est-ce pas?

Tu laisses ton futur prendre possession de son grade; vous vous cherchez un petit nid d’amoureux quelque |)art aux environs du quai d’Ors.iy ou au commencement des Champs-Elysées, et vous vous épousez.

Paul prétend que tu aurais mille fois tort de faire donner sa démission à M. de Beauchéne. D’abord, il a trois années h passer à Paris. Dans trois ans on verra.

Maintenant, chère belle, que voili Ion mariage arrêté, laisse-moi te dire que tu l’as échappe belle.

Sans l'amour pur qui biiMait dans ton cceur pour ce bel Henri que je ne connais pas, mais que je me ligure un paladin de roman, lu étais incendiée toute vive par les œillades du comte Otiion, qui me demandait une lettre d’introduction auprès de toi.

27* LiviuiSüX.

Qu’esi-cc que le comte Olhon ? me diras-tu, .

C’est l’iiôte et l’anïi de M. de Venelle.

Qu’est-ce que M. de Venelle?

C’est un pauvre diable qui était tout à fait ruiné et endetté h user les murs de Clichy et à leur survivTe, lorsqu’il a trouvé une grande fille sèche, béte et rougeaude, qui s’appelait Joublol, et lui a acheté son titre de comtesse huit ou neuf cent mille francs.

Ledit Venelle est ton voisin de campagne, et lui et son ami le comte Othon t'avaient couchée en joue, un peu pour tes millions et beaucoup pour ta beauté, du moins on le suppose pour l'honneur de ce que nous sommes convenues, nous autres femmes, d'ap{>eler le sexe fort.

Mainlcuant. un dernier mot encore, ma bonne Marthe.

Nous parlons ce soir pour Tours.

Demain nous serons dans nuire clii^teau. Dans huit jours nous serons installés.

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