‹ Les Drames du villageChapitre 44 sur 60 · DE · texte numérisé non relu

DE

D’ici à huit jours, bien certainement M. de Beauchôno aura reçu sa nomination.

Tu vas voir oii j’en veux venir.

1! y a deux ans, tu nous as refusé de venir passer un mois avec nous.

Aujourd’hui lu n’as plus de prétexte, d’autant mieux que nous inviterons ton fiancé, et que vous aurez un grand mois à vous faire ta cour tout à votre aise.

Est-ce convenu ? Dis.

Ton liséré rouge,

LAimR.

Iæ belle chAielaine de Reuil avait reçu cette lettre à neuf heures du matin ; une folle joie a'étail empafée d’elle, et elle avait failli la mettre août enveloppe et l’envoyer tout de suite aux Ormes.

Mais la lettre de madame de Lassenie était pleine de ces mille petits riens que les femmes échangent entre elles et dans lesquels les hommes n’atit rien è voir.

Ht puis, évidemment, M. Henri de Bcauchéne était à la chasse. On ne le trouverait pas aux Ormes, niieux valait l’attendre. Ne venait-il pas tous les jours !

Enfin, la jeune femme mil un frein à son impatience durant les premières heures de la matinée.

Mais après son déjeuner, celte Impatience la reprit, et elle 86 dit ;

— levais monter à cheval et j’irai à ss rencontre, il prend toujours le mémo chemin.

On lui amena sa ponette blanche, et lui rendant la main, elle se mit è lire cette chère lettre reçue le matin et qui avançait son bonheur de plusieurs mois, peut-être de plusieurs années.

La punelie galopait dans ces faux chemins de forôt qu'elle connaissait si bien, lorsque tout à coup elle s’arrêta net, les quatre pieds en terre, les oreilles pointées et donnant des marques d*cffroi.

Ce brusque arrêt tira madame Mercier de sa rêverie.

Elle s’aperçut alors qu’elle se trouvait en un carrefour t]ui se nommait le Poteau dn roi.

Ce qui faisait l’objet de l'effroi de sa jument, c'était une flaque rouge qui luisait au soleil, un flaque de sang!

Iji baronne jeta un cri.

A ce cri, un bheheux qui travaillait tout près de Ih accourut et dit :

— C’est là qu’ils se sont battus ce matin, madame.

La baronne eut un épouv antable serrement de cœur.

— M. de Venelle et M. Henri, ajouta naïvement le bùcheux.

Elle jeta un nouveau cri.

— Je crois bien que M. do Venelle est mort à cette iieure...

— El lui l lui! s’écria-t-elle alïolée, et comme si cet homme grossier, ce bùdieron avait été le contidenl de sa vie.

— Qui ça, M. Henri ?

— Oui !

— Dame ! il n’est pas mort.. . mais il n’en vaut |hîuiélre guère mieux.

La baronne se laissa glisser de sa selle sur ic gazon, 011 elle tomba sans connaissance auprès de cette flaque de sang.

U est des événements qu’on ne saurait mettre en s(^ne et qu’il vaut mieux analyser.

Huit jours s'étaient écoulés.

Que s’était-ü passé durant ces huit joure !

D’abord M. de Venelle était mort quelques heures •jirès son duel.

Notre héros, le brigadier la Jeunesse, après avoir été entre la vie et le trépas pendant quarante-huit heures, a’éUiU trouvé hors de danger.

I.e premitT pansement avait été fait par le bon curé Duval, qu’on n’avail pas eu besoin de prévenir ; car le saint homme, le jour du duel, était sur pied dès quatre heures du inaUn et, tout en lisant son bréviaire, n'avait pas perdu de vue le» tourelles des Ormes, préi qu’il était à accourir en cas qu'on eût besoin du prêtre ou du diifurgicn.

La blps.sure de .M. Henri était une de celles qui, lorsqu’elles De sont pas mortelles, se cicatrisent rapidement.

Le curé Duval l’avait reconnu tout de suite en la sondant.

— Madame, avait-il dit à la baronne Mercier accourue aux Ormes, avec l'aido du bûcheux qui lui avait donne les premiers soins, nous avons trois ou quatre mauvais jours à passer.

— Et après? avail-elle demandé avec anxiété.

— Après? Non-seulement jo répond» do lui, mai» encore je puis vous affirmer qu'il sera sur pied avant un mois.

Veuve de marin, flancée k un &ddat, la baronne était une de ces fetmnes héroïques qui savent, aux heures solennciles, fouler aux pieds certaines conv(>tiances sociales étroites, certains préjugés rigoristes.

Au lieu de retourner chez elle, elle ciait denunirée aux Ormes, s’installant résolûmenl au chevet du blessé.

Le bon Marc Noël, revenu d’Oricans le soir, s'ôtait mis à pleurer comme un enfant.

Ia baronne avait été obligée de consoler le pauvre vieux brave homme et de lui donner du courage.

Les Joseph n’avaient point paru.

Le Belge, emporté |>ar un premier élan de cceur. voyant M. Henri passer sous ses fenêtres, sur une civière, avait voulu s’élancer vers lui,

.Mais la Ro<|uillone l’avait retenu, disant :

— Vraiment! on n’est pas bêle comme vous... VoUà pourtant que vous avez la larme à l’œil pour un misérable qui a <ians son idée de mettre vos enfants sur la paille.

Et Joseph Noël était demeuré chez lui.

Le soir on avait appris la mort de M. de Venelie.

La Hoquillone alors était tombée en |»moi»on, et pendant deux jours on l’avait crue folie.

LE BRIGADIER LA JEUNESSE

Puis la raison lui était revenue, et avec elle un ardent désir de vengeance.

Ce n’était plus une femme, c’était une furie.

Dès lors, que s'etait-U passé entre elle, son père cl son mari ?

Nul ne le savait au juste.

Mais CO que chacun pouvait dire à Saint-Donat, c*e.sl que Roquillon et son gendre s'en étaient allés en route pres^iue’tous les jours, tannât à Chàteauneuf, tantôt à Orléans et même à Lorris, où ils étaient venus consulter maître la)iseau, le terrible huissier de .M. Jouval.

Ce dernier môme avait fait partie, disait-on, de mys> U rieux conciliabules.

Enfîn, le huitième jour, l’abbé Üuval, qui était venu régulièrement soir et matin, et avait même passé une nuit au chevet du blessé, l’abbé Duval, disons-nous, dit h la baronne :

— Madame, notre ami est hors de tout danger, et il peut supporter toute émotion. Je suis mémo persuadé (|u'iine bonne iu)uvelle liâterait singulièrement sa convalescence.

La jeune femme ne put se défendre d’une légère émotion, et son front se colora.

— Il est vnii, dit-elle, que nous lui avons caché sa nomination jusqu’è présent.

Ün peut maintenant la lui apprendre... et puis...

Le prêtre s’arrêta en souriant, et la baronne couvrit son front de scs deux mains.

— Venez, madame, dit le prêtre, j’ai trouvé le moyen do tout concilier, et votre dignité et votre amour.

Iis avaient échangé ces quelques mots dans une pièce voisine de la chambre du blessé.

Quand iU entrèrent, le jeune homme fit un effort, encore douloureux, et se mit sur son séant.

il regardait le prêtre et la jeune f«nme avec le sourire de l’homme qui voit le ciel s’entr'ouvrir.

— Mon ami, dit l'abbé Duval, vous n’ôies réellement plu.s assez malade pour que l’on ne vous quitte ni jour ni nuit.

U pèUt un peu, et son œil exprima une vive inquiétude.

— • Madame la baronno, poursuivit le prêtre, a besoin de rentrer chez elle.

— C'est juste, dit le jeune homme en baiss^mt les yeux.

— D'abord, pour voir son enfant... ensuite...

L’abbé Duval s’arrêta.

La baronne, confuse, tenait les yeux baissés.

Henri regardait le prêtre avec une inquiétude croissante.

— Ensuite, acheva i’abbé Duval, pour y recevoir une visite.

Les deux amants tressaillirent et se regardèrent.

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