QUATRIÈME ÈPISOÜE DES DRAMES DU VILLAGE
U iriU ptil l> nain <(att le dwleur ippuyail sur le pomoieii ilc «a aelle. (Pape Itl.]
PnOLOCàL'E
La soirée était froids et brumeuse.
Pendant tout le jour, le ciel, couvert de gros nuages grisâtres, avait laissé suinter une de ces pluies fines , pénétrantes, impalpables, que secoue le noir manteau de novembre.
Après la pluie s'était élevée une bise Apre, aiguë, qui faisait tournoyer avec de lugubres grincements les
deux girouettes qui surmontent l’église de Saint-Florentin.
I.a Loire roulait un flot bourbeux, et les dernières crues avaient été si fartes que la navigation était suspendue.
Aussi, bien que dix heures vinssent h peine de sonner à riiorloge de la petite ville, les maisons avaient éteint leurs feux et leurs lumières et les rues étaient désertes.
Celui qui eAt traversé Saint-Florentin ce soir-là , se fût cru en plein moyen âge, après le couvre-feu.
Il n'en était rien, cependant, car on touchait à la fin de novembre mil huit cent cinquante-huit.
an
Donc tout le momie éDiit couclié à Saint-Klorcntin.
Le paysan est philosophe.
Quand vient l'hiver, que les travaux de la campagne sont terminés, quand il n’y a plus rien à faire aux champs si ce n'est d'attendre les beaux jours, il soupe à l'entrée de la nuit , couvre son feu , se couche et laisse pleuvoir, neiger ou venter avec une résignation stoïque.
Une seule lampe s’obstinait cependant à briller au milieu des ténèbres intenses.
Cette lampe était placée derrière une fenêtre du premier étage d'une maisonnette blanche, située hors du pays , à mi-cùto et dominant la Loire. Ce n’était P is un chèleau , encore moins une chaumière.
L'étranger qui eût passé par là en plein jour . pour peu qu'un rayon de soleil glissât sur les tilleuls qui ombrageaient le jardin descendant en pente jusqu'à la berge du fleuve, et caressât les persiennes vertes des croisées , l'étranger , disons-nous , aurait dit sans hésiter ; < Voil.’i certainement la maison du notaire ou du médecin. >
Cette dernière supposition eût été la vraie. C'étaJi bien la mai.son d'un médecin.
Ce médecin , qui se nommait le docteur Rousselle , n'était ni un vieux ni un jeune disciple d'Esculape.
Il n'était pas du pays ; mais il y avait déjà cinq ou six ans qu’il y exerçait.
Avait-il cinquante ou quarante ans?
Personne n’aurait pu le dire au juste.
D'où venait-il le jour où il acheta une malson à la parle do Saint-Florentin et posa sur la porte une plaque de cuivre indiquant sa profession ?
On ne lo savait pas davantage.
La province, qui est impitoyablement curieuse,
' n'avait pu éclaircir ce mystère.
Le docteur Rousselle avait éprouvé les effcls d'une défiance universelle.
Il s'élail écoulé bien des mois avant qu'un seul paysan osât venir le consulter.
Les deux autres médecins de Sainl-Florenlin, qui avaient jeté feu et flamme à son arrivée, ne s’élaient lias gênés pour le traiter d'aventurier et d’ignorant.
Tous deux, le docteur Coriol, un vieillard; l'autre, le docteur Fichcl, un jeune homme, qui se saluaient froidement auparavant et sc regardaient d'un mauvais œil, comme il convient .H des rivaux qui sc respectent, avaient tout aussitôt fait alliance et s'étaient ligués contre le nouveau venu.
Le docteur Rousselle avait été fort longtemps sans clienièle.
Mais il en est de la médecine comme de toute chose; tout vient à point à qui sait alteudre.
L’année 18ü4 fut meurüière aux bords de la Loire. Le elioléra étendit ses ailes funèbres sur tous ces pays déjà raillés par la fièvre, lente des marais. t
il advint que le docteur Coriol et le docteur Fichel. qui se disputaient jadis un malade, eurent énormément do hesogne, et que, jar suite, on s’adressa au nouveau médecin.
Alors on reconnut que si cet homme élail un aventurier, selon la oharilablc expression de ses confrères, il n'était pas un ignorant.
Le docteur Rousselle sauva dix fois plus de monde que ses deux ennemis; et, lorsque l’épidémie eut disjiaru, il se fil un tel revirement de l'opinion publique en sa faveur, que sa clienièle se trouva triplée et que les deux autres médecins se trouvèrent presijue sans ouvrage. De là une haine fér ce de cos derniers et le besoin de se lier plus étroitement encore.
Lo docteur Coriol était veuf et avait une fille unique, une grande personne sèche, aux dents longues, aux cheveux d'un châtain indécis, avec do pelils yeux gris sans chaleur, un nez crochu, des maiii.5 osseuses et des pieds à supporter la charpente d’une maison à six étages.
Le docteur fit cadeau de ce trésor domesiique à son Jeune confrère qui était garçon, et les liens de parenté unissant lea deux fils d’Hippocrate, le docteur Rousselle c'eut qu'à se bien tenir.
Mais celui-ci était un homme doux et calme, vivant dans la retraite, étudiant sans cesse, ne se mèlani ni des élections, ni des intrigues communales, ni des comméragea, qui font et feront toujours lo bonheur de la province.
Quand il avait vu ses malades, lorsqu’il renirait avec son bidet liarassé do fatigue, il soupait frugalement, montait ensuite dans son cabinet cl travailiait bien avant dans la nuit.
Cette lampe dont la faible lueur se projefiiit sur la Loire et qui brillait dans la nuit, comme une étoile d'espérance, ne s’éteignait guère avant une ou deux heures du matin.
Or CS soir-là, comme six heures venaient de sonner, une barque qui avait ou grand'peitie à traverser la Loire vint s’arrêter sous les murs du jardin du docteur Rousselle.
L’homme qui la monuit et la manœuvrait à la godille, sauta lesicment sur la berge, l’amarra, au moyen d’une longue corde, après un tronc d’arbre et s’en vint frapper à la porto du jardin qui ouvrait sur le chemin de halago.
Au bruit, la fenôire éclairée s'ouvrit.
Une voix demanda ;
— Qui est là î
— F,st-ce bien ici le docteur Rousselle 7 demanda i'homroe à la barque.
— C'est moi, répondit le docteur qui s’était mis à ' la fenélie.
I — Je viens vous cliercher.
— C’est bien. Attendez-moi, je vais vous ouvrir.
Le docteur disparut de la fenêtre, et quelques minutes après il ouvrit la petite porte du jardin et se trouva face à face avec son visiteur nocturne.
C’était un liomrac entre deux âges, portant la petite livrée d’un domesiique de bonne maison, par-dessus laquelle il avait une peau do bique et un tablier de chasse qui descendait sur scs boues à l’écuyère.
— Monsieur le docteur, dit cet homme, je viens du
Digilizoc I =OOsIc
LE SECRET DU DOCTEUR ROUSSELLE
château de la Frcsnaie, en Sologne. Cest â plus de trois lieues d'ici, et le temps est dur. M.iis nous n'avons d'espoir qu'on vous. Il faut que vous consentiez à me suivre. J'ai laissé deux bons chevaux attachés â un arbre de l' autre cùtc de la Loire. Prenez votre manteau, couvrez-vous bien et venez.
— Je suis prêt, répondit l'homme de science. Hais qui donc est malade au château de la Fresnaie !
L'homme â la peau de bique essuya une larme et dit d'une voix entrecoupée :
— Mademoiselle Berthe se meurt!...
Le docteur remonta la petite allée sablée du jardin qui atioutissait au perron de sa maison, et laissa l’homme â la peau de bique l'attendre sur la berge.
Ses préparatifs furent bientôt faits.
II prit sa trousse, sa pharmacie de campagne, s'enveloppa dans un do ces gros cabans de poil de chèvre qui sont imperméables à la pluie, et chaussa de grandes bottes fourrées garnies d'éperons.
Le docteur était célibataire.
Une vieille servante, qu'il avait prise dans le pays en arrivant, composait tout son domeslii|ue, avec un gamin de douze ou quatorze ans qui venait le matin panser le chevalet laver le cabriolet.
Ce dernier logeait dans le pays, chez ses parents.
La servante, qui était veuve et qu’on nommait la mère Cervaiso, couchait au rez-dc-cliaiissée, auprès de la cuisine, dans une petite cliarnbre noire â porte vitrée.
Le docteur frappa doucement â l'un des carreaux de celte porte, cl la bonne femme s'éveilla.
— Maman Gervaise, dit l’homme de science, je m’en vais. On vient me chercher pour un malade.
— Voulez-vous que je me lève pour le cheval, monsieur î
— Non, c’est inutile. Je vais è pied. Si je ne suis pas de retour demain matin, vous ne vous étonnerez pas, la mère.
Et sur ces mots, le docteur ferma soigneusement les portes et sortit par le jardin.
L'homme à la peau de bique attendait sur la berge.
Le docteur lui dit :
— La Loire est bien grosse et le passage est difficile. Peut-être ferions-nous bien de remonter jusqu'au pont.
— Je vous réponds qu'il ne vous arrivera rien, dit le domestique avec une certaine anxiété. Nous perdrinns plus d'une heure, monsieur, et le temps vaut de l'or en cc moment.
— Comme vous voudrez, répondit ie docteur.
Et il entra dans la barque.
L’homme à la peau de bique délia l’amarre et poussa au large.
Puis, s'emparant de la godille fixée a la poupe par un anneau de fer, il so mit à ramer vigounsisemenl.
La Loire roulait bruyamment, et les deux passagers
n’essayèrent même pas de causer, car elle eût couvert le bruit de leurs voix.
Il leur fallut plus de vingt minutes, du reste, pour atteindre la rive opposée.
Le courant était rapide et, vers le milieu du fleuve, il SC trouvait des cjidroits da.ngercux qu'il fallait éviter avec soin.
Üuraut le trajet, le docteur cherchait â ras.sembler ses souvenirs à propos du château de la Frcsnaie et de ses hôtes.
Ce qu’il no savait pas, la rumeur publique le lui avait appris; car bien qu'il passât souvent la Loire pour aller visiter des malades en Solugno, il n’allait jamais aussi avant dans les terres.
La Frcsnaie était située sur la commune do Souvigny, oit il y avait un médecin.
C’était un petit château en briques muges comme la plupart des constructions de Sologne, bâti au bord d'un étang, entouré de vastes sapinières, et qu'on apercevait, par imo échappée de vue, quand on allait de Jargeau â la Ferto ou â la .Molte-Beuvron.
Le comte Martial Gorabaull de la Frerunie était peut-être le dernier gcntiUiommc autochthone de toute la Sologne.
Depuis trois ou quatre siècles, la famille habitait le pays, cl au temps des guerres de religion, sous leji rois Henri II, François il et Charles I.X, les Gombault de la Fresnaie avaient joué un rôle important.
Le Comte, veuf depuis longues années, vivait seul avec sa fille et sa sreur.
C'était un ancien militaire.
On le voyait peu, on le d'isait d'humeur farouche, bien que cependant le château pass.ât pour charitable.
A une demi-lieue de la Frcsnaie s'élevait un aulno château.
Le hasard, qui se plaît aux czontrasles, avait donné pour liabitvnls à cette dernière demeure, qu'on appelait .Xlauséjour, une veuve et ses deux fils.
Du château de la Frcsnaie on apercevait les tourelles de Mauséjour.
Les terres des deux manoirs se touchaient.
Mauséjour était une pauvre demeure vermoulue où la gène était entrée avec les m,auvais jours de 93.
Il se trouvait dans un bas fond, entouré de maigres plantations et de quelques terres sablonneuses,
La fièvre y était plus à craindre encore que partout ailleurs dans les environs ; de là son nom de Mauséjour ou ,Wrt!(i'ais-Sé;Hnr.
Le comte de la Fresnaie était riche.
Les Maurédin étaient devenus pauvres.
Le nom de Maurédin, tombé dans l'obscurité depui; pinsieiirs siècles, avait été f.imeux au moyen âge, et il y avait même là-<Icssus tonte une légende,
Un soldat de fortune nommé Jean avait suivi saint Louis en terre sainte, sauvé la vie au monarque dans une bataille, et obtenu l'autorisation d'ajouter, en sou venir de cette action d'éclat, le nom de son ennemi mort à son nom patronymique.
Le musulman tué se nommait Ma-el-Hédin ; de Ma-
el-R6din le temps fit Maurédin, et le nom patronymique du soldat Jean s’élait perdu. En Sologne, pays de vastes solitudes et de grandes propriétés , on rencontre encore une noblesse grande ou petite, qui se lient, pour nous serrir d’une expression vulgaire.
Les châteaux font un peu bande h part, et les bourgeois d'Orléans n’y pénétrent pas aisément.
Les gentilshommes chassent entre eux et passent leur vie à sedisputer la location d’une forêt avec la bourgeoisie des environs, qui généralement est plus riche.
Eli bien, le chitcau de la Fresnaie et celui de Mauséjour non-seulement ne voisinaient pas, mais encore passaient pour enoemis.
M. de la Fresnaie n’aurait pas ramassé un lièvre mort de l'autre cité du fossé qui formait sa limite. M. Mauséjour rompait toujours ses chiens lorsqu’ils approchaient d'une sapinière de la Frqsnaie.
A l’église du village, ils ne se saluaient jamais. Les domestiques des deux maisons étaient pareillement ennemis.
D’où venait cette haine réciproque, haine, du reste, silencieuse, courtoise, sans agression de part et d'autre?
Nul ne le savait.
Les plus anciens du pays disaient ;
— Cela a toujours été ainsi.
Un antiquaire d’Orléans qui avait épuisé tous les chartiers de la bibliothèque locale, affirmait que sous tous les règnes on trouvait une trace quelconque de cette inimitié qui séparait les Mauséjour des la Fresnaie.
I.e docteur Rousscile se disait tout cela, tandis que la barque gagnait la rive opposée.
Enfin elle toucha bord.
Alors le docteur aperijul les doux chevaux dont lui avait parlé l’homme à la peau de bique, et qu’il avait laissés attachés h un arbre.
— En route ! monsieur, dit cet homme en sautant lestement è terre.
Le docteur enfourcha la monture que le domestique lui présentait, et tous deux se mirent en route.
Les chevaux étaient tons ; le chemin, qui courait sur un sol sablonnepx, n’était point détrempé comme ceux de l'autre côté de la Loire; aussi les deux cavaliers partirent-ils au grand trot.
La Sologne, comme le croient beaucoup de gens, qe commence pas è la Loire.
Quand on est de l'autre cété du pont de Jargeau, ou trouve une vaste plaine assez fertile, mais que, tous les dix ans, depuis un demi-siècle, la Loire envahit et couvre de gravier.
Une demi-douzaine de villages y sont éparpillés. Ce pays-là, c’est le Val.
Au delà du Val, une ligne bleue, en plein soleil, vous annonce le plateau de la Sologne; mais c’est à plus de trois lieues de la Loire que cette contrée commence.
Le docteur Roassirlle et son guide n'écliangèrent pas un mot pendant la première heure.
Cela tenait sans doute à l’allure rapide des chevaux.
et peut-être aussi au besoin mubiel qu'ils éprouvaient de se recueillir et de vivre en eux-mémes.
M.iis quand ils .irrivèrent au bas du coteau qu’il faut grimper pour mettre le pied sur la terre de Sologne, les chevaux ayant ralenti leur allure, les deux hommes se mirent à causer.
— Mon ami, dit le docteur, vous m'excuserez si je vous fais quelques questions.
— Parlez, monsieur.
— Quel âge a mademoiselle Rerthe î
— Vingt ans, monsieur.
— Est-elle malade depuis longtemps?
— Depuis huit jours, monsieur...
Puis se reprenant d’une voix émue, le domesliriue ajouta :
— Cest-à-dire, monsieur, qu’il n’y a que huit jours que je m'en suis aperçu.
— Ahl
— Et M. le comte n’en sait rien encore.
— Comment 1 fit le docteur étonné, le comte ne sait pas que sa fille est malade ?
— Non, monsieur... pas encore...
Cet homme essuya une larme du revers de sa manche et poursuivit ;
— Si je suis venu vous trouver, monsieur, c'est que vous passez pour un honnête homme en qui on |)eut se fier : j'.iurais préféré laisser mourir mademoiselle Berthe plutôt que d’aller en chercher un autre; et puis vous u’étes pas du pays, vous... et vous ne devez pas avoir mauvais cœur comme tous ces gens de l’Orléanais, qui n’aiment que les écus et les rognent quand ils les ont.
— Expliquez-vous, mon ami.
— Il faut vous dire, reprit le domestique, qu’aussi vrai que je m'appelle Cœrmain Mazet de mon vrai nom et que je suis Tourangeau, Dieu merci ! mademoiselle Berthe était, voici un an encore, la plus belle et la plus robuste demoiselle de tout le i>ays.
« Dans nos environs, voyez-vous la fièvre mine un peu tout le monde, depuis le plus pauvre jusqu'au plus riche, et on n’est ni bien fort ni bien brave à l’ouvTagc.
• M. le comte, qui a été un dur soldat, a la fièvre comme les autres.
< l^bicn, mademoiselle Rerthe ne l’a jamais eue.
« Au bord de nos étangs putrides, elle a grandi vigoureuse et fraîche comme une fleur de montagne.
< A douze ans, elle montait à cheval mieux que son père, mieux que moi; elle chassait toute une journée comme un homme
« .M. le comte, qui ne pouvait pas tout d’abord sc consoler de n’avoir [tas de fils, av.ait fini par en prendre son parti.
< — Germain, me disait-il souvent, Berthe n'est pas une fille, c’est un garçon !
« Et de fait, monsieur, mademoiselle Berthe était plus souvent à cheval qu’en voiture, et elle savait bien mieux tuer des lapins dans le parc que tirer son aiguille à tapisserie.
s Pour un peu elle se serait habillée en homme.
SI'CUET nu OOr.TElîfi hOlîSSKLLR
ht bal«aa flIaU rapiiJeatent. (Pife tas.)
Germain s'arrêta pour essuyer une nouvelle larme.
’ — Eh bien 1 monsieur, reprit-il, je ne sais pas quel
vent de malheur a soufflé sur nous depuis un an. Mademoiselle Bcrthc ne riait plus qu'en présence de son père, h qui sans doute elle voulait donner le change.
— Ah ! fit le docteur.
— Elle s’en alhiit bien à la chasse, comme h l’ordinaire... mais elle faisait souvent buisson creux. Bien souvent je l'ai surprise, i la lisière d’un bois, triste et prête à pleurer. C'est <i n'y rien comprendre...
— Et depuis quand cst-cllo malade ?
— Elle s’est mise au ht aujom-d’hui pour la première fois.
— Et vous dites qu'elle se meurt, fit le docteur de plus en plus étonné.
Germain reprit :
— M. le coratu n’est pas'aii cluUeau voici huit jours. Il a été tiré au sort pour les assises, et il ne doit revenir que demain.
29' LIVBMSO.S.
€ Ju.squ'au jour de son départ, mademoiselle Bcrlho s'est contrainte. Elle est partie pour la chasse cumtiie è l'ordinaire chaque matin.
« Elle a un petit équipage de bfngles et de lévriers, et son grand bonheur était de forcer un lièvre dans nos landes en deux ou trois heures.
« Eh ien, -M. e comte (tarti, elle n’a plus chassé ; elle est demeurée enfermée tout le jour dans sa chambre avec Geneviève, sa nourrice.
« — Enfin, aujourd’hui, Geneviève m'a dit : Mademoiselle est iri'S-iiialade.
• — Mais qu'a-t-cllo donc? ai-je demandé.
« Geneviève n’a pas voulu me réiwndrc.
« Tout CO que je sais, monsieur, c’est que la chère demoiselle mord ses drapa pour s’empêcher de crier, et qu’elle se tourne et se retourne sur son lit, comme si elle avait le feu dans le corps.
« Alors, voyant cela , Geneviève m'a dit :
« — Il faut aller i Saint-Klorcntin chercher un mé-
d«in qui n'esl pas du pays, et surtout prendre bien garde au cliâieau que iwsunne ne sacbe que mademoiselle Berihe est malade.
— Ail ! elle vous a dit cela ? lit le docteur.
— Oui, mon.sieiir.
Le docteur devint pensif et no prononça plus un mot. Kn ce moment, ils avaient atteint le haut du plateau et entraient dans une vaste aapinicre qui bordait la roule.