I.a pluie avait recommencé à tomber
•Mais le docteur no a'en apercevait gubro, et il s'était repris à .‘onger à la vieille haine qui eiistait entre les la Fresnaie et les Uaurédin de Mauséjuur.
Pourquoi ?
Il y a, comme on va le voir, des pressentiments bicarrés que nul ne saurait expliquer; et le docteur était assailli par un de ces pressentimenla-IA.
I.Æ docteur et son guide donnèrent un coup d’éperon et remirent leurs dievaux au galop.
I.a pluie était serrée et froide; mais, en vertu du système des compensations, si elle glaçait les cavaliers, elle aidait singulièrement les chevaux, en durcissant sous leurs pie is le sable jaune qui couvre toutes les routes de Sologne.
Ils couraient dans un chemin tout droit encaissé par une vaste sajdnière.
— Somn.cs-nous loin encore f demanda le docteur qui ne connaissait pas assea bien le pays pour s'y reconnaître la nuit.
— Non, monsieur, tout h l'Iicure nous allons être sur les terres de la Fre»naie.
— Oit sommes-nous donc ici ?
— Sur les landes des Mauséjour,
M. Itoiissclle tressaillit.
— Une triste terre '. dit Germain Maaet.
— Comme toutes celles de Sologne, fit le docteur.
— Ail ! mais non, reprit le domestique. Sur .Maii- JSftour, on ne récolte pas toujours du blé iioir, et nous, ’ous semons du fr.iineiil tous les ans.
Le doclenr ne répondit pas.
— Triste terre et tristes gens ! continua Germain Maxet avec un accent de liaine.
Iji docteur fit un mouvement sur sa selle ; puis l.a curiosité l’emportant ;
- l’oiirquoi donc parlez-vous ainsi, mon ami, dilil, do m.idame de ilaurcdin et de ses fils.
— Hein! s’écria Germain, vous me le demandez?
Puis il parut réllécliir et dit ;
— Après ça, vous n'étes pas du pays, monsieur.
— C’est vrai, dit le docteur.
— Eli bien, reprit Germain, il faut vous dire que les cbieiis des la Fresnaie et des Mauséjour ne citassent jamais ensemble.
— F-u effet, j’ai entendu dire que les deux familles étaient brouillées.
Et ce n’cet |ias d'bier, il y a des siècles que ça
dure.
— Mais quel est le motif de cette bainc?
— Personne ne le sait dans le pays, répondit Germain, excepté eux et moi.
— Ah ! vous le savez, vous ?
— Oui, dit Germain, mais c’est le sccrel de mon maître cl non le mien.
— Aussi, je ne vous le demande |>as, mon ami. Ainsi vous haïssez les Mauséjour!
— Oh ! dit Germain avi>c un accent do rage.
Et puis il ajouta après un silence :
— Tenez, monsieur, moi qui vous parle, je suis un honnête homme. .. et je n’ai jamais f.ait de mal h personne... Eh bien ! il y a des jours ofi il me semble que si Je tenais Gaston au bout do mou fusil...
— 0*i’C5t-ce que GasUio f
— C'est le plus jeune des Maurédin.
— El l'autre, comment se momme-t-il ?
— Hector.
— Et voua haïsses moins celui-lh 7
— Oui, U est meilleur... mais l’autre... ali!,lc gradin I
— Voyons, mon ami, dit te docteur qui avait le pressenlimenl que toutes ces questions qu'il faisiii n’éuient pas inutiles, vous devez être un homme de sens et un homme juste.
Germain s'inclina.
— Vous connaissez le motif de la bainc des detut familles?
— Oui, monsieur.
— I.aquelle a raison, laquelle a tort?
— Elles ont tort et raison toutes deux.
— Ah ! •
— Mais c’e°t égal, acheva Germain avec uqi accest farouche, je mange le pain de la Fresnaie, je suis [xxir la Fresnaie,