‹ Les Drames du villageChapitre 51 sur 60 · chemin s’éiait découvert tout ii coup · texte numérisé non relu

chemin s’éiait découvert tout ii coup

A la sapinière avait succédé une vaste lande inculle.

— Tenez, ricana Germain, voil.^ les jolies terres des ’ Mauséjour. Ile n'est pas avec les revenus qu’ils en tirent qu’ils rebâtiront leur bicoque. Tristes geas, tristes terres, triste château.

— El ofi est-il leur clijltcau? demanda encore le ' docteur Rousselle.

— Auprès de ces bois que vous apercevez l.’i-bas sur notre gauche. On ne peut pas le voir.

Germain retomba dans son mustisme, et ils continuèrent h gaio|ier.

Tout è coup ils trouvèrent un fossé cl une bonté.

— Enfin, dit Geriftain, nous sommes suè^ Fresunie : l'air y est meilleur.

Et il fit franchir le fossé è son cheval, disajISu docteur :

— Nous .allons tirer è travers champs, ça nous raccourcit d’une demi-lieue, et puis nous tournerons le parc. Geneviève m'a bien recommandé de ne pas vous

LE SECRET DU DOCTEUR ROUSSELLE

faire entrer par la cour d'honnour et la grande avenue.

— Pourquoi ?

— Mais parce que les autres domestiques du château n’onf |)3s besoin do savoir que mademoiselle Bcrthc est si malade.

— Ah I fit le docteur. Gomme vous voudrez, du reste.

Bientôt ils entrèrent dans les bois qui environnaient le château de la Fresnaie, et, peu après, le docteur Rousselle aper»jut une lumière qui brillait h travers les arbres.

— C’est certainement la fenêtre de mademoiselle Berthe qui est éclairée ainsi, murmura Germain. Pro* nez garde au s.iut-de-loup, monsieur.

En effet, le cheval du docteur s’élaii arrêté brusquement.

— Vous voyez le fossé qui entoure le parc, dit Ger main.

— Autant quon peiit voir la nuit.

— Et puis cette petite grille et ce pont?

— Oui.

— C’est par celte grille que je vais vous faire entrer. Mais je n’ai pas la clef, et pour cehi il f-mt quo je fasse le tour. Attentlez-moi Ici.

Et Germain, laissant le liocteur, mit son cheval .lu galop et contourna le saut-de-loup.

Le docteur attendit.

Mais comme le domestiqvte disparaissait «hins l’oMcurilé , ijuelcpie chose s’agita au fond du fossé. Le

docteur cria :

— Oui est là ?

Une forme noire bondit hors du fossé, .so dressa, et le diKtcur étonné vit un homme devant Ihi.

-Cet honune posa la main sur la bride ilu cfieval et

dit au docteur :

— Ne craignez rien, monsieur, j© no suis ni un voleur ni un braconnier.

Cepend.mt il av.iit un fusil sur l’épaule, mais sa voix avait un accent de franchise et d'honiiéleté qui rassura le docteur.

En outre, celte voix était vivement émue.

Qui êtes-vous donc, raonsiour? demanda le docteur.

— Un hommo qui n’a plus d’espoir qu’en vous, répondit l’inconnu.

Bien que la nuit fût noire, les yeux du docteur étaient assez habitués à robscurité pour qu'il pùt voir à qui il avait affaire.

Un jeune homme était devant lui.

Gq jcuDC homme était vêtu d'une veste de \elours, dMOBM&de grandes guêtres, et le fusil qu'il portait en ère complétait chez lui l’accoutrement d'un e\îr Comme il faut.

k Qui êtes-vous, monsieur ? demanda le docteur.

— N’éles-vous pas le docteur Rouss«dle ?

*— Oui.

— Alors je puis bien vous dire mon nom. Je m’appulle Hector de Maurédin.

Le docteur fit un brusque mouvement sur sa selle.

— Monsieur, reprit le jeune homme d'une voix suppliante, nous avons h p?;iiie quclqijos miaules devant nous, ne les perdons pas iniiiilemeiii. Cet liomme va revenir... et je serai oblige de prendre la fuite.

— Eh bien, monsieur de .Maurédm, <iil le docteur, que désirez-vous do moi?

— Votre parole d'honneur d’abonl que vous no direz à âme qui vive que vous m’avez rencontré, monsieur.

— Je vous la donne.

— Bien! maintenant, écoulcz-moi. Vous allez au diâleau de la Fresnaie?

— On est venu vous chercher en toute hâte.

— C’est vrai.

— Four mademoiselle Berthe qui est au plus mal...

— Comment savez-vous cela ?

La voix du jeune liomme était pétrie de sanglots.

— Il va cinq heures, dit-il que je suis couché là, dans ce fo.ssé, les yeux aliacliés sur cette lumière que vo^ts voyez à travers les arbre.s et qui vient de sa chambre.

— Mais...

— Oh! les médecins, poursuivit-il, ce n’est pas des hommes comme les autres, et ils (biveat comprendre b'Ut de suite; est-ce que l'éinolion de ma voix ne vous dit pas que je m’intéresse à inadi.‘inoi.s(‘lle BerLhc ?

— Mais, mon^icur, dit le docteur, ai-je donc mal entendu votre nom ?

— Je in’api)el!e Hector de Maurédin.

— Ou de Mauséjour?

— C’est la même cliose.

— El vous vous intéressez à mademoiselle de la Fresnaie ?

— Je mourrai de sa mort, monsieur.

— Cependant...

— Oui, dk-il brusquement et avec un accent d'amer-

lume, je sais ce que vous allez me dire : les Maitséjour et les la Fresnaie sont les Capulet et les .Montàigu ' de la Sologne. '‘"H'c

— En effet... je l’ai oui dire.

— Alors rappelez-vous Roméo et Juliette.

Et il éclata eü ^ngluts.

— Mais, monsicir, dit le docteur, puisque vous aimez mademoiselle Berthe.

— Taisez-vous, dit-il vivement... ne prononcez pas ce mot... il vous )}orterait malheur !

— Vous devez savoir de quel mal elle souffre?

— Hélas ! vous le verrez bien vous-même tout à l'heure, ne me le demandez pas... Mais sauvez-la, monsieur, au nom de Dieu, qui est miséricordieux et bon, SBuvez-la I

Et il avait pris la main ipie le docteur appuyait tout à riieure sur le {>ommeau de sa selle et H la serrait \iolcmn>ent.

— Je ferai tout, ce que l'homme de science et l’homme de cœur réunis peuvent faire, répondit lo

LKS «HAMES 1)1) VILLAGE

docleur que l’émotion du jeune homme avait gagné peu à peu.

Hector de Mauredin reprit ;

— Je ne sais pas à quelle heure vous vous en irez... Mais qu'iai|)orte ! je ne crains ni le froid, ni la pluie. N'avez-vous pas franchi un fossé il y a une demiheure ?

— C’est le fossé qui sépare nos terres de celles de la Kresnaie.

— Eh bien î

— Vous me trouverez, h votre retour, assis au bord du fossé.

Eti ce moment, un bruit se fit dans l’cloignement.

— Voilà l’homme qui vous a amené, dit Hector. 11 vient vous ouvrir celto grille... Adieu, non pas... au revoir du moins... et que Dieu vienne en aide à votre science I

Et il se jeta au travers dos sapins et disparut. 11 était temps I

Ene clef tourna dans une serrure, et la grille qui se trouvait au bout d’un petit pont de bois jeté sur le saut-de loup s’ouvrit.

C’était Germain qui revenait.

11 avait laissé son cheval au château et il venait de traverser le parc ii pied.

— Monsieur le docleur. dit-il, .êtes-vous là?

— Oui.

— C’est singulier, dit Germain en traveraant la passerelle.

— Quoi donc?

— Est-ce que vous n’avez pas entendu des voix auprès de vous ?

— Non.

— J’aurais juré tout à l’heure que vous causiez avec tpiclqu’un.

— Je n’ai vu personne, répondit le docteur qui se souvenait du serment qu’il avait fait.

— Il m'a même semblé, poursuivit Germain, entendre craquer des branches... là... dans le bois...

— C’est quelque clievreuil qui aura bondi.

, — Ah I fit Germain.

Et il parut se ranger à l’opinion du docteur.

Puis il ajouta :

— Il faut mettre pied à terre, monsieur.

— Pourquoi ?

— Mais parce que la passerelle craquerait sous le poids du cheval. Et puis...

— Puis? fit M. Roussellc.

— H ne faut pas qu’on sache que vous êtes venu, et les sabota du cheval nmrqueraient dans le sable, et les jardiniers les verraient deni.ain matin.

Le docteur Housselle mil pied à terre.

Germain Mazet déroula le licol qui tenait après la bride et attacha lo cheval à un arbre.

Puis, prenant le docteur [>ar la main :

— Oh I venez, monsieur, venez, dit-il, madémoisellc Uerüie soullrc conuuc une damnée. . . on dirait iiu’ellc va iiiourli:

l‘UEMlÉnE PAHTIE.

Deux ans s’étalent écoulés depuis cette nuit mystérieuse oit le docleur Housselle était venu au château de la Kresnaie.

Que s’y était-il [tassé ?

Nul ne le savait.

Avait-il retrouvé en s’en allant .M. Hector MauréJin de Mauséjour î

Nul ne le savait encore.

âlais ce que tout le pars solognot savait depuis Salbris jusqu’à la Loire, c’est que mademoiselle Rt;rtt)c de la Kresnaie n’était point morte.

On l’avait revue bien souvent depuis lors, sa taille de guêpe à peine serrée dans une amazone do drap bleu-ciel, galopant sur son poney d'Ecosse bai-brtlé, à la suite de sa petite meute qui chassait un lièvTC à pleine gorge.

Dien sauvent aussi, les bûclioux attardés ou les gardes-chasse regagnant leur demeure forestière avaient trouvé M. Hector de Mauséjour assis, mélancolique et triste, au revers d’un fossé, son fusil entre les jambes, son chien d’arrêt couché auprès de lui. bien après l’heure où le crépuscule a laissé mourir sa dernière lueur à l'horizon.

àladcinoiselie Bertlie avait alors vingt-deux ans.

Les gars qui no la connaissaient pas, disaient qu’elle était fière, presque faruuche.

Ceux qui la connaissaient, les pauvres, par exemple, affirmaient que jamais le bon Dieu n’avait envoyé sur la lcrro meilleure créature. U en était de même do M. Hector do Mauséjour.

Les la Kresnaie élaienl riches; ils faisaient du bien; on les aimait en colle pauvre contrée où règne souvent la fièvre.

Donnez au Solognot un pain de quatre livres, c’est bien ; mais donnez-lui l'apiwtit nécessaire pour le' dévorer, c’est mieux. ^

La Sologne est le seul pays du monde où le médecin passe avant 1e boulanger.

.Mais la Sologne louche à l'Orléanais.

De son dernier plateau on aperi;oil ,iu loin, couchée sur le bord do la Loire, la reine de la Beauce, cette héritière opulente, qui ne veut, en fait d'amour, que do beaux (1X18 bien sonnants.

Le pauvre Solognot, qui ne récolte que du sarrasin et dans la hudie duquel le pain ne inuiait pas, a ccprmdant un grand respect de celle puissance qui a nom la pièce de cent sous. *.

Poul-ètro ne l’a-l il jamaus vue, mais ou lui en a parlé; il l’a vue luire dans scs rêves; il estime le mortel heureux qui la possède. Au château de la Fresnaie, la pièce de cciil sous était, disail-oii, une goutte d'eau dans un fleuve.

LK SECRET 1)11 DOCTEUR ROUSSKM.E

MjU 11 is'iivijt p9* fail vinjl pas. "Page i» }

A Mnusôjoiir, lo manoir on ruines, elle était si rare que les |>auvTCs gentilshommes, quand il en entrait une, la faisaient, dit-on, enaidrcr.

Pourtant, jamais le pâtre égan; dans les bois, le tùcbcux surpris (lar lo mauvais teinps, le inemlianl dont la besace était vide et les pieds enflés, n'avaient heurté vainement à la porte de Mausojuur.

Là où lo comte de la Fresnaie laissait tomber vingt francs, la veuve et les doux fiLs déjwsaienl simplement Jour obole.

Mais l'opinion du paysan nVn tenait compte.

Ou adorait les la Fresnaie, on faisait peu do cas des Mauséjour.

M, Gaston, surtout, n'était pas aimé.

Pourquoi?

C'était un garçon de haute taille, peu démouslralif, au visage sévère et sans expansion.

Il ne souriait jamais; il évitait toute conversation; d'uae probité rigoureuse, excellent au fond, il inspirait une sorte de terreur.

Madame de Mauséjour, sa mère, madame, comme on l'appelait encore au château, éuit une femme de soixante ans qui n’en paraissait avoir que quarantecinq, tant elle était belle encore.

'l'oujours vétuo de noir depuis la mort de son mari, arrivée il y avait plus de vingt ans, madame de Maurédin, qu'on n'appelait guère que madame de Mauséf^)ur, avait un beau visage un peu long, un peu sévère, cnc,adrc par d'opulents cheveux restés noirs.

On la voyait peu hors <le chez elle, le dimanclie seulement à la messe du village.

Jamais on ne l’avait vue sourire; cc]icndanl elle était ebaritabicet bonne.

Jamais elle no prononçait le nom de la Frosnai»‘; |K)urUmt, si on laissait oebapper CO nom devant elle,

elle éprouvait une sensation do pénilde orgueil. Fn perdant son mari, la veuve avait sans doute liérité* de sa haine.

M. Hector de Mauséjour, au contraire, était un jeune homme assez gai, assez tiaïf, causant volontiers avec le pauvre monde.

Aussi, des trois Mauséjour, était-il celui qu'on aimait le plus.

Or, deux ans après les événements que nous venons <le raconter, énigme dont personne n'avait eu le mol, par un soir de novembre, .M. Hector de Mauséjour s’en revenait de la cliassc, à rhcurc du chien et hmp, un liôvrc dans sa carnassière, son fusil sur l'épaule et son chien trouant à dix pas devant lui.

II traversait uno des maigres sapinières qui entourent l’étang au bord duquel Mauséjour mire, au clair de lune, scs tours moussues, lorsque tout à coup son chien tomba en arrêt.

Hector, qui n'avait pas envie de se remettre en chasse, crut (;ue l'intelligent animal éventait des perdreaux endormis dans uno cépée, et U lui donna un coup de piod.

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