‹ Les Drames du villageChapitre 7 sur 60 · I.a violUo tante était quelque peu inquiète · texte numérisé non relu

I.a violUo tante était quelque peu inquiète

— D'ob viens-tu donc si tard, mon mignon? .ui dil-cllc.

M. Anatole, en se mettant à table, raconta tiaTvc* ment son aventure de cliasse et la pluie qui l’avait forcé à se réfugier chez la MélMcre, et la rencontre qu'il avait faite de Rossignol.

La vieille demoiselle était au courant de cette histoire et partageait les convictions de M. le curé Duval, qui n’avait cessé de protester de l’innocence do Rossignol.

Son neveu lui fit un tableau aussi simple que touchant de la misère du pauvre diable.

— 11 faut le prendre ici, dit-elle, nous l’occuperons... Il était laboureur, autrefois... il gagnera bien sa vie.

— .Mais, ma bonne tante, je ne demande pas mieux, répondit M. Anatole; seulement...

— Seulement, quoi ? fit la vieille dame avec impétuosité. As-tu donc peur aussi qu'on ne le poursuive chez nous ?

El s’exaltant aux souvenirs du passé, madeoioiselie de Misseny s’écria :

— Le château était lieu d’asile, autrefois... nous avions des privilèges...

— Mais nous n’en avons plus, ma tante.

— On a toujours le privilège d’ètre charitable et do faire du bien, repartit la vieille demoiselle avec fierté. Celui-là, aucune révolution ne nous l’enlèvera jamais.

Vous avez raison, ma bonne tante; mais avezvous réfléchi à uno chose ?

— Laquelle ?

— Cest que nous sommes à la porte d’un village.

— Bon!

— Et que chaque fois que ce malheureux sortira d'id pour aller aux champs, il sera suivi par une population malveillante.

— Enfin , dit la vieille demoiselle , se rendant à moitié aux objections do son neveu, que comptes-tu faire pour lui ?

— J’irai voir M. le curé ce soir même.

— Et puis ?

— Nous aviserons à donner un peu d’argent au pauvre diable et à l’envoyer assez loin d’ici pour que la rumeur publique ne le poursuive f>as et qu’il trouve à gagner sa vie.

— Eh bien, va, mon enfant, dit mademoiselle de Misseny, ce sera une bonne action <)e plus à ajouter à toutes colles que tu as déjà accomplies.

Et levant sur son neveu un fier et doux regard :

— Vous êtes un beau cavalier, monsieur ic baron, dit-eüe, et je m’imagine que Dieu vous a choisi pour relever notre vieille race.

Ce soir-là, mademoiselle de Misseny renonça à son trictrac que son neveu faisait complaisamment avec elle tous les soirs.

Un peu après huit heures, M. Anatole s’enveloppa dans sa peau de bique — le vêlement qui recouvre indistinctement Thiver, à la campagne, les épaules du pay.saii et celles du gentilhomme — et il prit le clicmin du presbytère.

La cure de Saint-Florentin était située à l’autre extrémité du pays.

Le château sur la gauche , le presbytère sur la droite, étaient comme les deux gardiens du village et miraient tous deux dans la Loire , l'un ses poivrières et sa vieille tour, Tautre son humble toit de tuiles rouges.

Le curé Duval, qui était si souvent par les chemins, était chez lui ce soir-Ià.

Et U n’était pas seul.

Trois personnes étaient auprès de lui, à l’entour du feu de la cuisine, lorsque M. de Misseny frappa à la porte. ,

D’abord la vieille Nanon, la servante du curé, qui s’était a.ssoupie, comme elle en avait la coutume chaque soir; Bigorne, qui achevait de souper en coupant sur un morceau de pain, en l’assujettissant avec son pouce, un morceau de petit salé; et la jeune maîtresse d’cœle de Saint-Florentin, que le curé avait retenue à dîner ce soir-là.

Mademoiselle Mignonne, installée depuis huit jours, paraissait très-contente.

Le curé Duval avait employé toute son influence, une fois que la pauvre fille eut passé ses examens, pour l’avoir à Saint-Florentin.

Il avait à cœur de veiller sur l’ofpheline, le bon vieux prêtre, et en la sachant près de lui, la tâche lui paraissait simplifiée de moitié.

11 lui avait donné pour ménagère une femme d’un certain âge, une veuve en qui il avait la plus grande confiance.

Chaque malin, .Mignonne allait entendre la messe que le curé disait à la pointe du jour.

En revenant de l'église, le bon prêtre visitait quelquefois sa protégée.

Un jour il lui avait dit :

— Mon enfant, j’ai soixante ans, les cheveux blancs comme neige et mon passé répond de moi. J'ai bien quelques ennemis dans la commune, mais ce sont des ennemis de mon habit bien plus que de ma personne. Vous pouvez venir au presbytère tant que vois voudrez, nul n’y trouvera à redire.

Et mademoiselle Paumelle ne se le fit pas répéter.

Quand le curé était chez lui , le soir , après son dîner, Bigorne prenait une lanterne et s’en aUait cherclier la demoiselle, comme on l'appelait autrefois à la Renardière,

Depuis la mort du commandant Richard, depuis surtout le drame de cour d’assises que nous avons raconté, le curé et la jeune institutrice avaient toujours évité toute conversation ayant trait à la dispariûon du testament.

Le curé ne prononçait jamais le nom de la Martine. Jamais mademoiselle Paumelle ne parlait de la Renardière autreineiU que pour prier pour le repos do l’àmo de son oncle.

Du reste, nous l'avons dit déjà. Mignonne n’éiaii pas celle jeune fille mélancolique sur le front de laquelle plane un éternel nuage de tristesse.

MADKMOISEI.LE MIGNONNE

Mcurlric de bonne heure aux aspérités de la vie, elle avait conservé néanmoins son caractère égal, résigné, et sa belle humeur.

Elle riait encore, en dépit de ses malheurs, et mett.iit parfois à nu une double rangée de petites dents blanches et éblouissantes comme des perles.

Au moment où M. de .Misseny entra, Mignonne était en train de raconter au bon curé qu’elle se trouvait parfailement heureuse à Saint-Florentin.

I.a maison d'école était proprette et commode, bien aérée et tout fraîchement récrépie.

Elle avait un petit jardin dans lequel elle se promettait bien de cultiver des fleurs au printemps, et les plus belles qu’on pût voir.

Du premier jour elle avait plu aux parents et aux écolières. Quelques-unes même avaient pour elle mille attentions, et lui apportaient le matin du laitage et des fruits.

Enfin n'était-elle pas tout près de son vieil ami, l’aini de son iKiiivre oncle, dont elle nu prononçait jamais le nom sans que son œil rieur ne s’emplit d’une larme?

Que pouvait-elle désir» de plus?

Et le vietLx prêtre l’écoutait en souriant et murmurait à part lui :

— Qui sait? La Providence, en la déshéritant, avait peut-être ses vues secrètes? Peut-être sera-t-elle plus lieureuse qu’elle n'eùt été riche et exposée aux orages de la vie mondaine?

Le curé Duval fut un peu surpris do la venue de M. Anatole, lequel, on le sait, lui faisait une ou deux visites par an, tandis que lui, le curé, allait quelquefois voir la vieille demoiselle du chéteau.

La cuisine, qui était la pièce où se tenait assez volontiers le curé en iiiver, son salon étant humide et froid, la cuisine était peu éclairée lorsque M. Anatole entra.

Une petite lampe brûlait seule dans un coin, et les reflets du foyer jetaient pour le moins autant de clarté.

M. Anatole, qui venait du dehors, ne vit donc tout d’ahord qu'un groupe un pou confus.

Le curé s’était levé avec empressement et lui avait avancé un siège.

M. Anatole, toué entier au but de sa visite, et sans trop faire attention à mademoisello Paumelle, qui so tenait immobile et silencieuse dans l’angle opposé de

la cheminée, raconta donc naïvement au curé sa rencontre avec Rüsbisnol.

Le curé tressaillit, car il vil une légiro pâleur couvrir tout il coup les joues do sa protégée.

Aussi dit-il un peu brusquement à M. Anatole :

— Je vous remercie , monsieur le baron d'avoir songé à m’associer à une bonne action ; je suis tout à fait de votre avis. Coupable ou non, et je le crois innucciit, moi, le malheureux est digne de pitié, et nonseulement on ne peut pas le laisser mourir de faim, mais encore il est convenable do cherclier un moyen de lui venir plus efficacement en aide.

iM. Anatole s'inclina en signe d’assentiment.

Le curé, qui ne voulait pas qu'on s’appesantit sur les sinistres événements dont la Renordicre avait été le tlicâtrc, se liAta d’ajouter :

— J’ai un vieil ami, un prêtre comme moi, qui dessert une commune du déparleinent de Seine-et-Marne, h une vingtaine de lieues d'ici. Nous donnerons un peu d'argent h Rossignol et nous le lui adresserons, L'abbé Gervais, c'est le nom de mon ami, trouvera à le faire entrer dans quelque ferme de son voisinage.

M. Anatole prit la main du curé et lui dit avec effusion :

— Vous êtes un digne homme, monsieur.

— Mais, dit le curé, vous me dites que ce malheureux n'a plus d'asile î

— Hélas! non.

— Où le trouver?

— üh! répondit M, Anatole, la forêt n'est pas ai grande ; j’irai demain me mettre à sa recherche.

— Demain, c’est un peu tél, observa le curé Duval; il faut que j'aie le temps de prévenir l'abbé Gervais.

— C’est juste.

— Mais... dans deux jours, il pourra se mettre en route.

Comme le curé disait cela, la vieille horloge à coifre de chêne qui était dans un coin de la cuisine sunna neuf heures.

C'élail l'heure où la vieille Nation finissait chaque soir son premier somme.

Elle s'éveilla donc, ouvrit les yeux, fut un peu surprise de voir M. Anatole, et s'excusa de ne pas s'étre éveillée plus lùu

Puis, tandis que le jeune homme souriait, elle se leva en disant :

— 11 fait peut-être noir ici?

Et elle alla prendre la petite lampe pour la poser sur la clieminéc.

A CO moment les rayons de la lampe tombiirenl d'aplomb sur le gracieux et joli visage de mademoiselle Paumelle.

M. Anatole était un enfant do la campagne, bien qu’il eût fait son éducation première dans les villes ; il n’avait peut-être jamais vu une femme aussi jolie que mademoiselle Mignonne; ù coup sùr, il n’en avait regardé aucune comme il la regarda. U était cbloui, fasciné; il sentit son oceur battre plus vite, et uneebaleur intempestive couvrit ses joues.

D'ordinaire M. Anatole do Misseiiy faisait au curé des visites fort courtes.

Cependant ce soir-li il s’attarda plus que de raison au presbytère.

El quand le vieux curé, demanda sa lanterne ù Bigorne, offrit son bras à Mignonne pour la rcconduiro i la maison d'école, M. Anatole accompagna le vieux curé.

Ce soir-lîi encore, le jeune bomme, après avoir soufflé sa bougie, ne put parvenir à fermer les yeux.

11 était en proie à un trouble extraordinaire et dont il eût vainement cherché l'explication dans son esprit naif et dans son cœur vierge justiue-lù de tout orage el de toute émotion.

U entendit auccessivemcDt sonner taules les heures nocturnes i rhorlu,go de la vieille église, el les premiers rayons du l'aube glissaient au travers de ses rideaux lorsque, la fatigue l’emportant, scs yeux se formèronl.

Il s'endormit, mais le joli et mutin visage de Migouna apparut peut-être dans ses rêves.

La Clievrotie était donc restée à Bcllovue, au grand scaniiulo do la vieUio Dorotliée, et sans que Al. .Maurel, comme on appelait désormais le Mulot, osAt la cliasser.

Vérilabls enfant de la nature et des bois, ignoranic des clioses les plus simple.^ de la vie, elle était tombée dès le Ici. demain malin d'etunnement en étonnement.

Ui'llevue lui semblait uu vrai château, pour ne pas dire un palais.

Elle voyait pour la première fuis des meubles recouverts en étoffe.

four la première fois encore, elle trouvait des murs couverts d’un papier ù personnages.

Si la veille eliu s’était moquée do raceoutromciit du Mulot, déguisé pour elle en nolalrc ou en luagistcr, lu lendemain elle éprouva une sensation touto contiaii c, une seiisaCou de respect.

Deci iément, un homme qui pos.sédait de si belles choses Otait désormais un être supérieur.

Elle fut tentée d'.ippeitr son amant M. Maurel, tout comme la Dorothée et les gens de Saint-Fiorentin.

Cliose bizarro! mystère du euiur humain ajoute à tant de mystères ! elle ne se considéra point conmae chez elle !

Elle n’éprouva même pas ce sentiment d'avidité qui s'empare de la femme quand l’honune, dont elle a partagé la vie, passe tout à coup de l’indigence à la fortune.

II ne lui vint même pas ii l'idée que le .Mulot pouvait et aurait même dù l'épouser.

Le mariage, loi sociale, no pouvait, du reste, entrer à i'élat d'idée fixe dans 1'e.sprit de cotb; femme à di nii sauvage qui, depuis son enfance, vivait en révotlc ouverte ;.vcf toutes les lois.

Mais, cuinmo un animal familier, comme une vraie

MADEMOISELLE MIGNONNE

ehsvrelte apprivoisée, comme un chien fidèle à scs heures, elle se trouva d’abord si bien à Bellcvue, qu’elle ne sonfiea pas II s'en aller, plus qu'elle ne songeait II s'y installer comme dame et maîtresse.

Elle eut des joies naïves en mangeant de la soupe dans des assiettes de faïence et avec une cuiller de métal ; elle se mit II nro en buvant du vin dans une timbale d'argent.

On eût dit une sauvagosse des lies How.aI ou de la Nouvelle Zélande II qui on donne un collier de verroteries.

Le Mulot, pendant ce temps, faisait contre fortune bon ctcur. Sa pensée était ailleurs, sans doute, mais la peur le dominant, il faisait bonne mine à la Chevrette.

Odle-dl passa une grande partie de la journée ."i s’cxlasicr sur tout, à tout regarder avec curiosité, touchant li chaque objet, se faisant un jouet de tout.

— Ça n'est pas une créature du bon Dieu ! grommelait la Dorothée entre ses dents.

Mais elle n'osait le dire tout haut, car elle portail encore au cou les marques des doigts nerveux de la Chevrette.

Lé Mulot regardait de temps II autre, à la dérobée, la méchante jupe de la jeune fille, son unique vêtement, et il avait honte, pour la première fois, de cette nudité.

Fort heureusement pour lui, la Chevrelle ne songea pas II sortir tout d'abord.

Personne ne vint du bourg visiter le nouveau châtelain, cl les fermiers n’apitrçurent pas, durant les deux heures de repos qu'il.s prenaient au milieu du jour, le singufier et nouvel hôte.

Une partie de la journée s'écoula ainsi.

La Chevrette continuait 11 gambader et à courir de salle en salle, du rcx-de-chauasée au premier étage, et du premier étage au grenier, répétant ;

— Tout ça est à mon homme !

Cependant, comme le jour baissait, elle sortit sur le pas de la porte et ses regards inquiets interrogèrent riiorixon.

Tout autour de Itellevue s'étendaient le vignoble et le lalwurage qui faisaient la richesse cl l’orgueil des habitanbi de .Saint-Florentin.

Au delà, dans le lointain, comme une ligne bleuâtre sur laquelle le soir projetait des tons roses, on apercevait le commencement de la forêt.

Cet éloignement déconcerta un pou la Chevrette.

Elle éprouva cette icnlalion bixarre de l'exilé qui aperçoit dans les brumes du soir, tout là-bas, les horizons aimés de la patrie.

L'instinct sauvage reprit le des.sus.

Elle songea à ses futaies, à ses impénélrabiea taillis, à ses fourrés d’épines où elle avait couché côte à côte avec les hôtes des bois.

La curiosité qui l’avait poussée à quitter la forêt pour venir visiter la nouvelle résidence de son bouime s'était calmée. A mesure que le jour baissait et que le

soleil resplendissait plus obliquement sur les flots jaunes de la Loire, son inquiétude augmentait.

Elle prêtait l’oreille aux bruits divers qui l’entouraient, le son do la cloche du village annonçant pour le lendemain une fête carillonnée, le chant des bergers qui rentraient, et la conversation des laboureurs revenant à la ferme.

.Mais les bruits chers à son oreille, elle ne les entendait pas..., ni le houhoulement de l'oiseau de nuit qui s'éveille, ni le craquement des arbres sous l’effort du vent, ni les grognements de quelque harde de sangliers passant à travers bois, ni enfin, retenli-sant au lointain, quelqu'une de cea joyeuses fanfares du cor sonnant la retraite, ou rappelant avec plus de mélancolie les chiens égarés qui hurlaient au perdu.

La vie forestiiTe était loin, la vie agricole l’entourait et l’oppressait.

Comme le Mulot, qui vivait fort diktoncerlé depuis le matin, l’avait suivie sur le pas de la porte, elle lui mit la main sur l’épaule et lui dit :

— Est-ce (|ue nous ne parlons pas î

— Hein ! fit le Mulot qui parut s’évcillc'r de quelque long et pénible cauchemar.

— Il fera lune dans une heure, poursuivit-elle.

— Ah ! dit encore le Mulot.

— Et comme il n’y a pas do vent, le temps sera beau pour l’affût.

Le Mulot lress,aillit, mais il ne répondit pas.

La ChevTette dit encore :

— J’ai connaissance d'un broquart qui vient toutes les nuits boire à la Man-Ruuije. Hier, en venant, j’ai encore vu son piquet.

— Ah ! ah ! fit le Mulot dont les instincts se réveillèrent.

— Il saute la roule de la Vieille-Truie, p,asse dans les gaulis de la Grange-Brûlée et revient bondir à la Mare-Bouge. J’ai idée que si tu allais l’y attendre, il viendrait se faire tuer comme une alouette au miroir.

Le Mulot retomba dans son mutisme.

— C’est un beau broquart, poursuivit la ChevTettc qui ne s’aperçut même pas de ce silence. Je crois qu’il vient de l’autfe lot, et qu’il a été chassé. Il est tout seul... Le poulailler de Fay-aux-Loges en donnerait au moins vingt francs.

Dans sa naïveté , la Chevrelle oubliait que le Mulot n’avait plus le stimulant do la pauvreté et que , s’il obéissait à la passion du braconnage, ce serait par pur amour de l'art.

Elle continua, voyant que le àiulol ne répondait pas :

— Si nous manquons le broquart, je sais un beau coup à faire pour nous rattraper.

' — Ab I dit le Mulot.

— I.e brigadier Lebouteux n’est pas citez lui.

— Où cst-il donc ?

— Il est allé à la noce d’un de ses g.vrdos, Michelin, qui se marie de l’autre côté do Lonis, Il ne reviendra pas avant après-demain, et pendant deux jours on sera cites sot dans son cantonnemont. C’est derrière la mai-

son, en tirant sur la Grenouillère, que sont les deux compagnies de faisans que les actionnaires ont tant cherchés la semaine dernière sans pouvoir les lever. Tu as un bon fusil ; en quatre ou cinq heures, demain matin, tu les lus'’'''-' j; a>us.

— J'aimerais mieux ça que le hroquart, dit le Mulot, qui, è son tour, oubliait un moment qu'il était devenu bourgeois de Saint-Florentin.

— Eh bien, dit la Chevrette, partons. Nous irons coucher dans la Grange-Brûlée. Il y a de la bonne feuille en tas. Il y fera chaud comme dans un four.

Cette fois, le Mulot s’éveilla de ce rêve que, sous l'inOuencc de la Chevrette, il faisait tout éveillé.

Il s'éveilla en songeant à son lit garni d’un édredon et de deux malelas, avec un baldaquin de toile de Rouen à fleurs rouges, k la belle pendule h colonnes de sa chambre et aux vases de fleurs qui l’acompagnaient.

Et regardant la Chevrette d’un air dédaigneux :

— Je crois que tu es folle, dit-il.

— S’il vous plaît ? fit la Chevrette en le regardant d’un air stupéfait.

— Tu oublies donc que je ne suis plus le Mulot?

— Ouéque t'es donc? dit-elle naivcmenl.

— Je suis M. Maurel.

Elle lui rit au nez comme la veille,

— Eh bien ! qu’est-ce que ça fait ?

— Je ne suis pins braconnier...

— Oh ! cette bêtise!

— J’ai un permis de chasse.

Un homme qui se trouve parmi d’honnétes gens et qui dit tout à coup : t Tenez, il y a une heure, j’ai assassiné quelqu’un, • ne produit pas sur son auditoire une sensation plus violente que celle que le Mulot produisit sur la Chevrette avec ces simples mots ;

< J'ai un permis de chasse. *

Un permis de chasse, lui I le roi des braconniers de la forêt... l’enfant indiscipliné toujours prêt à faire feu sur un garde ou un gendarme I

L’homme qu’elle avait aimé, uniquement peut-être parce qu’il foulait la loi aux pieds et se moquait des pouvoirs établis !

— Toi ! toi ! dit-elle, tu as un permis de chasse?... Ahiahlahl...

Et riant de plus belle, elle s’enfuit... laissant le Mulot atterré.

Il la suivit des yeux, immobile, muet, abruti...

Elle franchit d’un bond la Usière qui séparait la cour de l’enclos.

11 la vit bondir h travers les taillis comme une bête fauve chassée è vue par les chiens...

Il n’était pas encore revenu de son ébahissement qu'elle avait disparu.

Seulement, son rire clair et moqueur retentissait dans l’éloignement.

— Bon voyage I dit alors la Oorotliée qui, du fond de la cuisine, avait assisté h cette étrange scène.

Le Mulot se retourna.

— Elle est drêle tout de même! fit-il avec un accent de dépit.

La Itorothéo crut que le moment était venu de tomber sur son ennemie.

— J’espère bien, dit-elle, que vous la jetterez dehors, cette sauvagesse, si jamais elle revient, monsieur Maurel.

Le Mulot ne répondit pas.

Dorothée continua, prenant ce silence pour un acquiescement :

— Vous ne pouvez pas maintenant continuer è fréquenter du monde pareil, monsieur Maurel ; faut vous établir... Il ne manquera pas de filles qui portent chapeaux tout comme des dames qui voudront de vous.

Mais cet appel qu’elle faisait à la vanité de son jeune maître ne fut pas entendu.

U vie sauvage du Mulot lui revenait en mémoire, et ce rire sardonique et d'une sanglante ironie que la Chevrette lui avait jeté au nez en s'en allant, avait remué en lui une fuule de fibres qui depuis quel<iue temps ne vibraient plus.

il lui monta au cerveau comme une odeur de fougère et de genêts, et les âpres parfums des bois chatouillaient son souvenir.

— Tais-toi donc, vieille bêle ! dit-il brutalement.

Et il fut sur le point de prendre son fusil et de courir après la Chevrette.

Mais la Duruthée, qui sentait avoir commis une faute, essaya de la réparer en changeant la conversation :

— Est-ce que vous avez vu mademoiselle Paumelle ? dit-elle.

Soudain le Mulot tressaillit des pieds à la tête, et il sortit, comme si tout à coup son front embrasé eût eu besoin d’air.

— Je crois qu’il est un peu fou, pensa Dorothée.

Le Mulot se promena plus d’une heure autour du

château et de la ferme, en proie à mille pensées confuses qui se heurtaient dans son cerveau.

La nuit était venue depuis longtemps.

Il finit par rentrer. ^

Son souper était prêt, il se mit k table.

Mais il mangea du bout des dents, et il avait l’air si farouche que la Dorothée n’osa lui adresser la parole et qu'elle le servit, ayant été ses sabots pour faire encore moins de bruit.

Quand il eut soupé, il fuma.

Quand il eut fumé, il songea d'abord à aller se coucher, et puis il changea encore d’idée.

Il prit son chapeau et sortit.

Comme il avait laissé son fusil, la Dorothée fut tranquille.

— Au moins, pensa-t-elle, il ne va pas courir après la Chevrette.

Le bruit de la claire-voie qui retombait ayant frappé son oreille, Dorothée se hasarda è regarder par la fenêtre de la cuisine.

Au clair de lune elle vit le Mulot qui prenait le chemin de Saint-Florentin.

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MADEMOISELLE MIGNONNE

Vuita etc» ap bno earalier! [Pa^ 44-)

— Bon ! pcnsa-l-ellc, il va au café, il reviendra, et il ne fera pas bon jaser avec lui. Je vas fcnner les portes et me coucher : si la Chevrette revient, ils s arrangeront. S'ils s'exterminent, tant pis I ce n est pas moi qui les séparerai !

C'était en effet ii Saint-Florentin qu'allait le Mulot.

Il pouvait être alors neuf heures du soir.

Comme il entrait dans cette longue rue qui est en même temps la route impériale, qui commence au presbytère, en venant d'Orléans et finit au château, en tirant du côté de Gien, il entendit marcher derrière lui.

C'était un pas d'homme, un pas net, rapide sans précipitation, et moins lourd que celui d'un paysan.

Le Mulot se retourna et vit à P"U de distance dcr-

T UVRAISOS.

ricre lui une silhouette mince cl grande qui le gagnait peu à peu de vitesse.

liislinctivcment le Mulot ralentit le pas.

La silhouette prit une forme plus consistante, et bientôt M. Maurel fut dépassé par un grand jeune homme qui ne fit aucune attention à lui et continua son chemin.

Mais le Mulot , obéissant peut-être à un instinct secret, doubla le jias et l'examina, grJce è la clarté resplendissante dè la lune.

Le jeune homme lui parut habillé de velours è côtes, porter des jambières par-dessus ses bottines ferrées, et être coiffé d'une de ces casquettes rondes qu'on appelle melons et qui sont un peu, dans l'Orléanais, le signe particulier des chasseurs de bonne compagnie. L'ombre partie d'un pignon, qui se projetait jusqu'au milieu de la rue, empêcha le Mulot do poursuivre son examen.

Mais il ii’un cantiima pas moins à précipiter sa marche, comme s'il eût voulu rejoindre celui qui l'avait dépasse.

Obéissait-il à un sentiment de curiosité?. .

11 eût été pe.;t-étro bien embarrassé de le dire.

Cepenlant, comme le Jeune homme passait sans s’arrêter, et même sans détourner la tète, dcv.int utie maison toute blanche qui se trouvait il peu près au milieu de la rue, sur la rangée de gauche, le Mulot respira bruyamment.

En même temps, il cessa de marcher aussi vite.

La maison blanche qui avait fixé tout à coup ses regards était l'école des filles.

il’élail par une des croisées entr’ouverles du rezde-chaussée de cette maison que la veille il avait aperçu mademoiselle Paumelle.

Et tandis que le jeune homme se perdait dans l’éloignenient, le Mulot s’approcha de l’éculi!.

Mais il ne vit pas de lumière, ni au premier étage, ni au rez-de-chaussée.

-Mad.tmaiselle Paumelle, comme on ie sait, était cliez le bon curé Duval.

Uuaiit à la vieille femme qui faisait son ménage, elle atait profilé de celle absence' pour aller bavarder chez des voisins.

Le .Mulot demeura pendant quelques minutes en faction devant la maison bl.anc’ne.

Il attendait toujours qu’une croisée s’édairèt.

Mais les croisées s’obstinaient à demeurer privées de toute lumière.

A trente ou quarante pas plus loin, au contraire, une clarté blafarde se projetait jusqu’au milieu do la ,ue. C’était le café de runivera qui, par une joyeuse illumination composée des deux quinquels du billard et de trois ou quatre chandelles éparsés sur les tables, essayait de séduire les coiisommalcurs.

Comme la maison d'écote persistait A demeurer dans le sdcncc et l’obscurité, le Mulot se laissa gagner par cet entraiucmenl a ;iionw du bouchon.

11 entra dans 1 établissement.

Le m.iitre du café lui fit son salut le plu.s obséquieux.

Les habitués se levèrent comme un seul humme. Les joueurs qui faisaient la poule au billard s’arrêtèrent un instant.

Enfin M. Jouval lui-ménie, qui ce soir-là daignait se mêler à la foule, comme les demi-dieux descendaient jadis de l’Olympe sur la terre, lui adressa un sourire bienveillant et lui offrit une place à sa table.

Le Mulot s’assit d’un air distrait.

Évidemment sa pensée était ailleurs.

Un brave homme de tonnelier qu’on Appelait le père Ilysse, et qui buvait volonli.îrs à loutcs les tables, jugea que le moment était venu do faire d’uue pierre deux coups.

Il connaissait les opinions do M. Jouval toudiant les nobles et les prêtres.

Il avait remarqué la vcUle que les paroles malveillantes qu’on avait débitées sur M. Anatole n'avaient point déplu à .M. .Maurel.

Il s’approcha donc familièrement do la able do M. Jouval et prit un verre en disant :

— Les honnêtes gens peuvent bien boire i n coup, tandis que les ennemis de la commune conspi ont cuire eux.

— Ah! on conspire? dit M. Jouval, dont la face rougeaude prit un aspect Lmt à fait digne.

— Pardioe ! est-ce que vous ii’avez pas vu passer tout à l'heure M. Anatole?

— OCi donc allait-il 7 demanda M. Jouval.

— Chez le curé, pardine I Est-ce que ça sa demande 7

— Qui se ressemble s’assemble I murmura bouiquement M. Jouval.

— Ça, c’est bien sfir.

Quelques ennemis du gentilhomme ruiné sc rappruclièrenl de la table du marchand de bU ns.

— Ce curé Duval se mêle do tout ce qui ne le regarde pas, continua M. Jouval.

— C'est vrai tout de même, lit-on en ctiœur..

Le Mulot était disirait et se taisait.

Mais tout à coup U dressa l’oreille.

— Si on m’avait écouté au conseil, poiirsuivii M. Jouval avec aigreur, nous n’aurions pas changé de maîtresse d'ccnlc.

Le àlulot sentit une légère chaleur monter à son front.

M. Jouval poursuivit :

— Qu’cst-ce qui a vu la nouvelle, à propos ?

— Moi, dit le père Ulysse. Elle vous a des airs de duchesse à faire crever une feuillette de vin de Ucaugency.

Instinctivement le Mulot jeta un regard de travers au père Ulysse.

Mais M. Jouval no surprit point ce regard.

Au contraire, il crut faire sa cour à M. Maurel en lui disant ;

— Hé ! mais, à propos, est-ce que ce n’est pas la nièce de défunt M. votre beau-frère?

Le Mulot sc rengorgea un peu.

On élail bien venu auprès du vagabond en appciant le commandant Richard son beau-frère , et en légitimant ainsi la conduiie de s.a sumr.

— Oui, monsieur, répondil-il.

M. Jouval se mit à rire ;

— Ce n’est pas la tiulo du curé Duval, dit-il, si madame votre sœur est encore à la Ib uar.bère...

Soit que .sa prénccii{>atioD le dominât, .soit que, de parti pris et obéissant à un seiilimenl de prudence, le Mulot ne vou’.fit pas se plaindre du curé Durai, il ne répondit pas.

M. Jouval ne se tint pas pour battu cl continua ;

— C’est vraiment gran !' pitié que dans notre pays les prêtres se mêlent de tout ce qui ne les regarde pas.

Ulysse le tonnelier fil à son tour celte réfiexion judicieuse ;

— Comme rien ne les regarde en dehors do leur église, il faut bien qu ils se mêlent de quelque chose.

MADEMOISELLE MIGNONNE

Lû Mulot élatt inquiet.

II quitta 1.1 table de M. Jouval sans affectation et alla sur \o pas de la porte.

Ses yeux se Tuèrent de nouveau sur la maison d'dcoie.

Nul doute que s'il avait vu de la lumière aux croisées, U ne fût sorti sur-I î-champ.

Mais la maison était toujours dans l'ombre.

— Il faut qu’elle soit sortie ! pensa-t-il.

En effet, comme U n*était pas neuf heures quand il avait passé devant les croisées de la jeune hlIc, il était peu présumable qu'elle fèt déjii couchée.

Le père Ulysse continuait h faire sa cour à M. Jouval, en tombant sur le curé.

— Us sont quatre bonnes langues à l’entour du feu du prc:sbyière, disait-il. Ça doit marcher... et on doit parler du café de l'inivers à nous faire tinter les oreilles à tous.

— Quatre? fil .M. Jouval d’un air inierrogateur.

— Pardine ! le curé d’abord.. .

Et M. Anatole.

Et la vieille Nanon, une jolie vipère encore, cclIe-Lî.

-- Ça ne fait que trois, dit M. Jouval.

— Et la nouvelle maîtresse d'école, qui ne doit pas déiolérer d’avoir vu Théritige lui passèr sous le nez.

A ces derniers mois, qui |>arvinreat h son oreille, car il n’avait pas quitié io seuil de la porte, le Mulot tressaillit des pieds à la lèlo.

— Ail ! du M. Jouval,- elle est au presbytère!

— Oui, e.le y a dîné.

Le Mulot fit appel, en ca moment, à son vieux sangfroid de braconnier.

Il ne parut pas avoir entendu.

Mais U éprouva au dedans de lui une commotion violante qui détermina une te iipùte.

Les habiiu*.^ du café de l’Univers tombaient à qui mieux mieux sur M. Anatole et le curé.

Le .Mulot ne protesta plus.

Puis, tout è coup, sans dire adieu à personne, ü s’en alla. Cette sortie brusque étonna un peu M. Jouval.

— Drôle de garçon ! fit-il.

Ce fut un signal; le bon et charitable esprit de la province s’arma de sa vaillante langue de Tolède, et on tomba sur le Mulot pour plaire h .M. Jouval.

— Il a mauvaise façon, ce garçon, dit l’homme qui était devenu une protestation vivante.

— Lui ! fit le père Boultevillo, qui se trouvait dans un coin, jouant au piquet avec le conducteur des ponts et chaussées, c'est un bon enfant tout de même.

— El |)uis il a acheté BsUevue, n'est-ce pas? dit M. Jouval en riant.

On se ntit à faire chonis avec le marchand de bien.s. et le père üouiteville fut mis sur la sellette.

— U l’a même payée dier, votre grange, papa Bouttcville, dit Ulysse le tonnelier, qui s’efforcait de plaire h M. Jouval.

— il l’a payée ce qu'elle valait,

— A votre estime, possible; iraLs pas k la mienne. ,

— Chacun a sa manière de voir, grommela le vieux (ermior.

— Vous savez ce v?ue je vous en ai offert, moi qui suis do la partie, dit M. Jouval : quarante-cinq mille francs, contrat en main.

— Aussi vous n’avez pas été mon homme.

— C’est que, riposta M. Jouval qui voulait avoir le dernier mn*. vous êtes fin, papa BouUeville. et vous saviez qu’il y a toujours par ie monde de la graine d’imbfdles.

Revenons pour un moment à la RenarJ.ôre que nous avons quittée depuis la mort du commandant Richard, l'assassinat de Saurin et l’arrestation de Rossi^mol dit I Écureuil.

Les liommes de notre temps ne brillent pas précL- .sément, à la campagne surtout, par les sentiments chevaleresques.

Le personnel de la Renardière était la preuve de celle maxime.

Tandis qu’on glosait sur le Mulot ef surlepèrePo’rtteville, le frère de la Martine s’éloignait en courant du café de l'Univers.

Oii allait-il ?

La tète en feu, le cœur plein de colère , mordu par cet aiguillon inconnu la veille , qu’on nomme la jalousie, il s’en allait vers le presbytère , sans trop savoir pourquoi et sans projet arrAlé.

Mademoiselle Mignonne s’y trouvait.

Le grand jeune homme qui l’avait dépa.ssé dans b rue et qui n'élait autre que M. Anatole s’y trouvait pareillement.

C’en était assez pour que le Mulot, qui avait en lét? une foule de projets vagues, allât rôder à l’entMur du I presbytère.

I Le presbytère de Saint-Florentin avait un jardin assez vaste qui dc.^ccndaii vers la Loire.

Le bâtiment était séparé de la rue par une petite cour fermée par une claire-voie peinte en vert.

Le Mulot regarda au travers des barreaux , il no vit pas do lumière.

Il en conclut que la pièce où se tenaient le curé et ses hüti's di*vait donner sur le jardin.

Le Mulot redevint le braconnier et Io vagabond d'autrefois.

Il oublia qu’il était propriétaire et avait pignon sur rue. Tourner le presbytère et escalader le mur du jardin, s’y établir à califouichon, plonger un regard ardent dans la cuisine, fut pour lui raffiina d’un moment.

U vit mademoiselle Paumelle assise entra le curé et M, Anatole,

Si le regard humain avait le pouvoir de tuer, M. Anatole aurait cerlainemenl succombé.

Le ^^ulol éprouva en ce moment un te! senüm nt de fureur et de jalousie, qu’il murmura :

— SuLs-jc bêle maintenant de tou>)urs voyager sans mon fusil ?

Quand le commandant fut mort, quand on sut que la Martine et le petit Auguste bcritaicnt, le revirement des esprits fut cumplet.

On appela < madame > celle que longtemps on avait considérée comme une égale et dont, ensuite, on n'avait subi le joug qu'avec une sourde impatience.

Tout le monde resta.

Michel lui-méme, après avoir dit pendant qumze jours qu'il s'en irait chercher sa vie ailleurs, n'avait pas bougé.

Il faut rendre Si la Martine cette justice, que depuis qu'elle était dame et maîtresse, son caractère s'était, comme on dit, boitifU.

Jamais elle n'avait été moins impérieuse et plus tolérante.

Elle prit son rôle de châtelaine au sérieux, et se posa , dès les premiers jours , en femme qui veut faire du bien à sa famille.

Elle avait même supplié son père, le vieux brigadier Maurel , de donner sa démission et de venir demeurer avec elle.

Hais Maurel était un honnête homme et de principes austères.

Il se borna â répondre à s.a fille ;

— Si je croyais ce que dit le cuni Duval , je te renierais ; mais je ne le crois pas heureusement. Seulement cette fortune dont tu hérites est le fruit de ton inconduite, et je ne mange pas de ce pain-là.

Et il était resté dans sa maisonnette de forêt , préférant , comme il disait , le pain du Gouvernement au nain du déshonneur.

I La Martine n'avait pas insisté.

I Le Mulot , comme on l'a vu , s'était montré moins scrupuleux.

Il n'avait vu aucun obstacle à l'acquisition de Bellevue et il était passé bourgeois de Saint-Florentin sans diflicullé.

• Peut-être , mais personne n'eût pu l'affirmer , la Martine s'était-elle un peu défendue.

Seulement elle aimait beaucoup son frère , et puis elle lui avait sans doute quelques obligations.

Donc tout le monde était resté à la Itenardièrc, depuis les dindonniers jusqu'aux vale's de charrue.

Michel était passé garde-chasse.

La Jlartine avait poussé la bonté jusqu'à faire offrir ime pension à mademoiselle Paumelle.

La jeune fille avait refusé.

Depuis un an et plus qu'elle trônait à la Renardière , la nouvelle châtelaine avait fait quelques connaissances. M. de Saint-Julien, son plus proche voisin, qui vivait avec sa gouvernante , lui avait fait une visite et ne lui avait pas marchandé le titre de madame Richard. Le maire d'ingranne lui avait présenté son épousr. Elle avait pris un précepteur pour le petit Auguste. Seul , le curé de Seury-aux-Bois n'avait pas voulu pacti.“er avec le scandale.

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