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borné à l'intelligence d'idées simples, il n'admet aucune des idées accessoires qui modifient ces idées.
Olivier, resté dans la solitude, conçut le projet d'échapper à la tyrannie de son père. Nulles craintes matérielles ne l'arrêtèrent, il n'était pas d'âge à les apprécier. Nulle appréhension morale ne fit chanceler cette résolution, n'était-il pas injustement puni? n'était-il pas haï? on le lui avait dit.
Cependant la solitude agit tout différemment sur monsieur de Barbasan : il se repentit de sa conduite envers son fils. Il se promit de la réparer en se montrant à l'avenir plus maître de lui; il compta d'ailleurs sur la légèreté des impressions de l'enfance pour effacer le souvenir de cette algarade; mais, tout en s'accusant d'avoir à la fois manqué de prudence et de bonté avec son fils, il en voulut plus que jamais à Glosberg d'être la cause de cette scène; et ne sachant de meilleur moyen de le punir que de le frapper du côté qu'il s'était montré vulnérable, il monta à cheval, alla au lavoir, et, devant Glosberg, dont la maison était située de l'autre côté du petit chemin qui séparait son parc de la propriété du vieux soldat, il jeta de l'or aux bohémiens, qu'il invita à se livrer à leurs jeux et à toutes les turbulences de leurs joies sauvages.
Glosberg l'entendit, mais il ne montra ni colère ni humeur des ordres du comte. De son côté, il avait réfléchi. Il avait compris la colère de monsieur de Barbasan par la douleur qu'il avait dû lui causer.
Au moment où le comte était passé sur la route, Glosberg, assis devant sa porte, s'était levé, et tant que le comte avait parlé, il était resté immobile et la tête découverte, quoique le ton élevé et railleur dont s'exprimait le comte fût à son adresse.
Monsieur de Barbasan eut beau faire, il ne tira pas du vieux soldat une plainte, un signe de mécontentement.
Piqué de son impuissance et de la résistance passive de cet homme, sur lequel ses bravades n'agissaient pas plus que n'avaient fait ses flatteries, le comte chercha une distraction à sa colère dans la fatigue d'une longue course. Il lança son cheval au galop, et après avoir erré sans but le reste de la journée, il rentra chez lui à une heure assez avancée de la nuit.
11 s'informa de son fils et apprit qu'il s'était retiré dans sa chambre à l'heure accoutumée; il demanda quelle avait été l'occupation de sa journée.
Un domestique lui répondit en baissant les yeux :
— 11 a pleuré, monsieur le comte.
Cette naïve réponse fut douloureuse à monsieur de Barbasan.
Toute sa colère était tombée. Il s'était remis en présence de sa vie tout entière, et, s'il n'en arriva pas au remords do tout ce qu'il avait fait, il en éprouva du moins tout le désespoir; c'est-à-dire que, s'il ne s'en avoua pas toute l'infamie, il en mesura du moins tout le malheur.