RÊVE — CACHOT — INCENDIE
Je ne suis pas un philanthrope, monsieur, je ne m'occupe point d'organisation sociale, encore moins de législation criminelle ; mais je n'ai jamais compris qu'on pût compter le bagne pour une peine plus grave que l'emprisonnement.
Comment, monsieur, du soleil, de l'air, du mouvement, la liberté de regarder tant que l'œil peut s'étendre; et tous les jours l'aspect du beau mouvement d'un port, la rencontre des curieux à qui il est permis de parler, et par conséquent le pouvoir de sortir de soi-même, la plus horrible prison de l'homme, sans compter le droit de se tourner au soleil à sa guise, par devant et par derrière, et jusqu'au bonheur de rentrer dans le dortoir quand il pleut! tout cela est pour le galérien qui a quelquefois tué père et mère. Et pour un crime moins grand, la prison ! l'espace borné à quelques pieds, un petit bout de ciel encadré au sommet des quatre murailles d'un préau, et toujours les mêmes ignobles visages, et jamais quelque chose qui touche au monde qui n'est plus le vôtre et qui vous en apporte l'odeur!
C'est odieux !
Pour ma part, monsieur, j'aime mieux une chaîne qu'un mur, et s'il me fallait choisir, je préférerais les fers les plus
lourds à la chambre la plus commode, s'il m'était permis de traîner mes fers au soleil.
Donc, pour en revenir à mes pensées d'alors, je me réjouissais de voir enfin approcher l'heure où je pourrais savoir où j'étais, pourquoi l'on m'avait sauvé et dans quel Lut.
N'est-ce pas, jeune homme, que vous étiez bien loin de vous imaginer que ce vieux monsieur poudré, à ailes de pigeon, qui met des escarpins avec des pantalons collants à rubans de soie, qui se bourre le nez de tabac et qui gâte la blancheur de son jabot de roupies fort désagréables et qui puent à l'œil, n'est-ce pas que vous ne vous fussiez jamais imaginé que c'eût été là un héros de roman, 'et le héros d'un roman comme on n'en fait guère, attendu que tous les romans qu'on fait sont impossibles, non par leur invraisemblance, mais par leur platitude? Tl n'y a pas d'homme qui ait un peu vécu qui n'ait eu dans sa vie cent fois plus d'histoires bizarres, folles, grotesques ou terribles, que celles qu'on attribue au Lovelace le plus déterminé.
Cependant les heures se passèrent sans que tout ce mouvement que j'entendais circuler autour de moi péuétràt jusqu'à ma chambre. La vie était de l'autre côté de ma porte, je lui avais crié vingt fois d'entrer, mais elle ne m'avait pas entendu.
Je commençais à m'impatienter, et je finis par m'alarmer sérieusement, lorsque je vis passer l'heure où ma garde avait l'habitude de me venir trouver. Mais quelles que pussent être mes craintes à cet égard, mon désir de voir quelqu'un ne faisait que s'accroître. Il y a des heures
où le prisonnier préférerait l'entrée du bourreau à sa solitude.
L'agitation extrême où me jeta cette attente me donna une force que je ne me croyais pas.
Pour la première fois depuis mon arrivée, je pus quitter mon lit sans le secours de personne, et je me traînai d'abord jusqu'à ma porte, que je trouvai solidement verrouillée, et puis jusqu'à ma fenêtre, d'où je pus apercevoir l'intérieur d'une cour que je n'avais pas vue en entrant dans le château. Malgré l'obscurité, je pus en mesurer l'immensité. En effet, en face de ma fenêtre s'élevait une chapelle, ou plutôt une église, magnifiquement illuminée.
Par la grande porte ouverte, par la rosace de la façade, la lumière jaillissait à la fois, blanche par en bas dans sa masse ardente, découpée par en haut en mille dessins bariolés de toutes couleurs.
Le charme de cet aspect me saisit si vivement, que je me laissai aller à l'admirer sans penser à autre chose.
Peu à peu les objets se dessinèrent plus nettement à mes yeux, et je reconnus à la porte de cette église des hommes portant hallebarde, et dont le costume ne ressemblait en rien à ceux des suisses de nos paroisses. Cela me fit réfléchir.
Une église si pompeusement illuminée, dans le temps où nous vivons, était une grave imprudence, car bien qu'on fût au milieu de la nuit, l'éclat de cette lumière devait arriver aux yeux de tous les hameaux voisins.
Ne serais-jé donc plus en France, me dis-je ; cela est probable, car si nous étions encore sur cette aimable terre de pure liberté, il y a cent à parier contre un que ce chà-
teau n'existerait pas dans huit jours; que cette église serait détruite demain, et que tout ce qui a pris part à la cérémonie qui s'apprête serait révolutionnairement exécuté dans le temps nécessaire pour aiguiser l'affreuse machine à couper les têtes.
J'examinai mieux, et surtout les hallebardiers qui pas^ saient alternativement devant la bouche fulgurante de l'église.
Comme je vous l'ai dit, le costume des suisses était tout à fait en dehors de ceux dont j'avais gardé le souvenir, quoique à vrai dire on eût pu le carmagnoliser comme on avait fait de tous les autres.
Mais j'eus bientôt de plus graves sujets d'étonnement; j'entendis à peu près au-dessous de la fenêtre où j'étais placé crier les gonds d'une porte en fer dont les battements violemment heurtés contre les murs résonnèrent comme un cri lugubre qui remua toutes les sonorités de ce château et vint murmurer enfin aux angles de ma chambre de pierre.
Je devins tout attention, et je vis d'abord s'avancer sur deux files des porteurs de torches.
Je ne pouvais distinguer la forme exacte de leur costume ; mais de temps à autre des reflets plus vifs me montraient que leurs habits étaient couverts de larges bariolages. C'étaient les galons armoriés d'une livrée princière. Quand quelques-uns eurent ainsi défilé, j'en aperçus de nouveaux ayant encore une livrée, mais elle n'était plus la même.
Je cherchais à la reconnaître, lorsque je fus distrait de cette occupation par l'aspect de nouveaux personnages.
Entre ces deux files de laquais si pompeusement vêtus s'avançaient des couples se tenant gravement par la main. C'e'tait à chaque couple un homme et une femme.
Ici je reconnus dans la silhouette de la nuit la haute coiffure empanache'e des femmes de Versailles, leurs rohes à paniers; les broderies des uniformes des hommes qui leur donnaient la main scintillaient vivement. Il en passa ainsi une douzaine; puis enfin, papillotant comme un feu d'artifice, un homme petit, mais chamaiTé, argenté, doré, endiamanté.
Comme il marchait entre quatre flambeaux, je pus voir de celui-ci plus que l'éclat de ses dorures, je vis sa veste fourrée pendant sur son épaule, sa botte d'un cuir de couleur. A côté de lui, une femme vêtue de soie blanche, une couronne sur la tête, couronne qui brillait comme la rosace de l'église, lançant autour d'elle ses rayons de toutes couleurs; puis après deux hommes, dont l'un, presque aussi luisant que le premier, était une espèce de géant; l'autre, fort modestement vêtu, du moins en apparence et à la distance où j'étais, l'autre me parut d'une taille ordinaire.
L'aspect de ce soleil mordoré donnant la main à cette blanche colombe m'avait frappé d'un soupçon que la survenance du géant changea en certitude.
J'étais en la possession de monsieur le baron de Liedenish, et probablement dans un des châteaux de ce farouche Allemand. En conséquence, la femme blanche et couronnée, n'était-ce pas Gertrude ? et la cérémonie pompeuse qui avait lieu, n'était-ce pas son mariage?
De par tous les diables du sombre empire, je me mis à
rire à cette idée; puis, quand j'en eus ri autant que peut rue un homme seul, ce qui est fort maigre, je me mis à me demander à quoi on me destinait, si par hasard j'avais deviné juste. Il ne fallait pas grand'chose pour abattre le peu de forces que m'avait données ma curiosité et ensuite mon étonnement; je me sentis près de défaillir; je voulus regagner mon lit, mais je tombai à trois pieds de la fenêtre, et je perdis connaissance.
Destiné aux voyages inconnus, je me trouvai sur mon lit et dans la plus profonde obscurité lorsque je revins à moi. L'oppression fâcheuse qui me rendait si pénible l'usage de la parole m'avait repris, et c'est à peine si je possédais la force de geindre.
J'avais cependant une fièvre qui me faisait voir toutes sortes de fantômes dans ma chambre : Gertrude comme une ombre désolée, le jeune Liedenis-h qui me menaçait avec un marteau de cyclope, et son honorable père accroupi sur un lutrin, me faisant les plus laides grimaces ; et puis, au milieu de tout cela, la belle Nyd-Jaïra dont je ne voyaii que le dos avec mon poignard planté entre les deux épaules.
Tout cela passait, allait, venait, dansait au son d'une musique que j'entendais parfaitement. Comme il arrive d'ordinaire, ce bal masqué se fondit dans un sommeil qui me parut être l'approche de la mort.
Lorsque je m'éveillai une seconde fois, il faisait encore nuit; mais une petite lame de jour glissant dans la fente d'un volet me montra qu'on avait tout bonnement fermé avec une planche une étroite ouverture placée à huit ou dix pieds du sol de ma chambre.
Or je n'étais plus dans mon lit de la veille ni dans ma chambre de la veille. Voilà ce que m'avait coûté ma curiosité.
Je tâchai de voir mon nouveau logis, mais cette étoile laissée au mur de ma prison jetait si peu de jour sur tout ce qui m'entourait, que je ne pus absolument rien découvrir.
J'étendis les bras autour de moi, et je me heurtai la main à une énorme cruche. Je mourais de soif, je pris la cruche et je me mis à bcire de l'eau quasi glacée, ce qui m'était défendu sous peine de mort. Cela me fit un bien céleste.
J'attendis, mais ce fut en vain; mon étoile s'éteignit peu à peu, et je rentrai dans mon obscurité, bien convaincu que j'avais passé tout un jour sans qu'on eut pensé à moi depuis qu'on m'avait transporté dans ce cachot.
Pour me consoler, je me remis à boire de l'eau, et je me rendormis comme si j'avais été couché dans le lit impérial de Tippoo-Saïb.
Je me réveillai avec le jour, et je vis mon étoile s'allumer lentement, briller de tout son éclat, et puis s'en aller progressivement dans les ténèbres.
Alors j'eus une horrible peur. Je me sentis tout près de défaillir. Je compris qu'on m'avait mis dans cette cave pour m'y laisser mourir de faim. C'était affreux.
Et voyez comme l'homme est bizarre :
Lorsque je me sentais pris d'une défaillance, au lieu de me laisser aller tranquillement à cette insensibilité qui m'eût probablement mené à la mort sans m'en laisser voir l'horreur, je courais à ma cruche, et j'engloutissais des puits d'eau.
Quelle ànerie que la médecine, monsieur! je languissais depuis plus d'un mois, sans force, suifoque', haletant, et n'ayant pas même un de ces désirs de manger qui annoncent la convalescence. Au bout de trois jours de mes aspersions internes, je respirais librement, j'avais faim, et si j'étais faible, c'était surtout de ma faiblesse antérieure.
— Mais, dis-je à monsieur de Favreuse, durant ces trois jours vous ne vîtes personne ?
— Pas la queue d'un rat que j'eusse pu mettre sous la dent, ce qui m'eût été d'un grand secours.
Je n'en pouvais plus douter : ou l'on m'avait cru mort, et on me laissait pourrir là au lieu de m'enterrer, ce qui eût été plus honorable, ou bien encore l'on m'avait condamné à mourir de faim, et je voyais que cela ne tarderait pas à arriver.
La nuit était venue et j'avais "bu ma dernière goutte d'eau, je m'étais jeté sur mon lit, car j'allais et je venais assez passablement depuis que la médecine m'avait laissé de côté, et comme on n'a pas toujours envie de rire, je pleurais. Oui, monsieur, je pleurais. Était-ce repentir ou désespoir? je ne puis vous dire, mais je pleurais.
C'était un signe de faiblesse bien grande, monsieur, et quand je m'aperçus que j'en étais là, je me dis qu'il fallait en prendre bravement son parti. En conséquence, je me mis en mesure de remplir mes devoirs religieux, et je me confessai à Dieu, ne pouvant pas me confessera un prêtre.
Ah ! mon jeune ami, que la vie est différente, prise du point de vue d'une fenêtre de Trianon ou d'une terrasse indienne, ou prise du poiut de vue d'une prison, le dos sur un sac de paille !
Je demandai pardon au bon Dieu de toutes mes peccadilj les passées, et comme l'espérance est, je crois, la même chose que la vie, j'ajoutai à mon repentir la promesse de réparer le mal que j'avais fait, si j'échappais à la mort qui me tenait déjà à moitié. Dans cette promesse, ma dernière folie prit la première place, et pour mieux assurer mes serments au ciel, je me donnai à moi-même ma parole d'honneur de gentilhomme de me mettre à la discrétion de Gertrude pour la sauver, la venger, la protéger, si par hasard elle avait besoin de moi.
D'où cela vint-il? du hasard, du ciel, de l'implacable destinée? Je n'en sais rien, monsieur, car cette boutade religieuse à laquelle je me laissai aller dans ce moment solennel a été contrariée par tant de démentis, que je n'ose pas croire que ce fût une récompense de mes bonnes résolutions. Tout ce que je puis vous dire, c'est que j'avais à peine fini mon oraison mentale et mes jurations de moribond, que j'entendis remuer la porte de ma chambre.
Une lueur rouge commença par entrer, puis, à travers cette fauve lumière, un des horribles truands qui aidaient ma garde-malade à ne pas s'occuper de tout ce qui venait de moi; puis après lui le second, et puis une voix, la voix de ma brave gardienne, qui siffla deux ou trois mots inconnus. Ils prirent la lumière de ses deux mains, mais elle ne les suivit pas.
Je me tenais coi. • L'un des deux singes posa la lumière sur une planche clouée au mur, et tous deux s'approchèrent de mon lit, l'un vers les pieds et l'autre vers la tête. La voix extérieure de la gardienne les rappela d'un ton
Ci LES DRAMES INCONNUS
impératif. Ils sortirent tous deux et revinrent avec une longue chose étroite et blanche. Tonnerre d'enfer! monsieur, c'était une bière ! Ah ! ah ! voici qui me parut tout à fait déplaisant, et je sentis s'ébranler furieusement mes bonnes résolutions.
Cependant je me tins tranquille, non pas de volonté, mais d'anéantissement.
Mes deux singes posèrent proprement la bière à côté de mon lit, tout doucement, comme s'ils avaient peur de m'éveiller.
Puis ils se relevèrent et l'un m'empoigna par les pieds, je ne bougeai pas ; mais lorsque l'autre se pencha vers moi pour me prendre par les épaules, je me retournai comme si j'avais eu en main la vigueur du maréchal de Saxe, et je lui flanquai un soufflet qui l'envoya le derrière dans la bière, où il se mit à hurler comme un chien sur la patte duquel on a marché.
Je n'avais pas eu le temps de prononcer une parole que mes deux drôles avaient disparu de ma chambre. Par un effet tout contraire, ma gardienne était entrée.
Je me précipitai au bas de mon lit, je me jetai à ses genoux, je la tenais si fort qu'elle ne pouvait se débarrasser de moi ; je lui criais grâce, je lui parlais comme si elle eût pu m'entendre.
Mais quelle meilleure langue aurais-je pu lui parler que celle de mon détordre, et de mes larmes, et de mes cris. Elle m'appuya la main sur la bouche, et lorsque, revenue de sa frayeur et de sa surprise, elle put me répondre, elle me fit signe de me lever, et, me donnant le bras, elle me
AVENTURES D*UN JEUNE CADET DE FAMILLE 6j
sortir de la chambre; puis elle me laissa un moment dehors, y rentra, revint et referma la porte à triple tour.
Nous étions dans la plus profonde obscurité.
Je ne puis dire par combien de corridors et de petits escaliers elle me fit passer ; mais enfin nous arrivâmes dans un petit appartement bas, commode , presque soigne'.
Nous y étions à peine qu'il se fit un grand remue-ménage dans le château. Elle me poussa da.is un cabinet attenant à la chambre où j'étais, et fit bien, car presque aussitôt j'entendis entrer dans cette chambre.
Je n'appris que longtemps après la cause de ce bruit.
Téhéta, c'était le nom de ma gardienne, n'était rentrée dans mon cachot que pour fourrer sous mon grabat de paille la chandelle que les deux vieux singes y avaient laissée.
Donc, quoique l'ouverture pratiquée dans cet horrible repaire ne laissât pas beaucoup d'espace à la curiosité, il parait que l'un des drôles qui s'étaient sauvés était revenu du côté du souDirail pour voir le revenant. A ce moment il avait senti l'odeur de roussi, puis il avait vu la flamme, et il s'était mis à hurler que le diable emportait le prisonnier.
Les quelques gens restés dans la maison s'étaient ameutés, et on criait au feu de tous côtés.
Téhéta chercha pendant longtemps la clef qu'elle venait d'enfermer dans une armoire et la livra au laquais.
Voici ce qui arriva, ût ce qu'elle me raconta depuis, car elle les suivit.
Lorsqu'ils entrèrent dans le cachot, la paille, le grabat et la bière flambaient faiblement au milieu d'une fumée
épaisse et empestée. Les plus intrépides reculèrent, et comme la salle était parfaitement voûtée, ils ne se pressèrent pas de se faire asphyxier pour sauver six bottes de paille pourrie et une douzaine de planches vermoulues. Tout cela brûla donc fort à son aise, grâce au soufflet qu'on venait d'ouvrir à l'incendie, car on avait du dehors crevé à coups de hache le volet placé derrière une grille de fer.
Au bout de ce temps et quand on put entrer, on trouva quelques tisons fumants et un monceau de cendres.
De mes deux servants il y en avait un moins bête que l'autre; celui-là ne comprit rien du tout, il ne souffla mot de ce qu'il ne pensait pas.
Quant à l'autre, qui croyait avoir des idées, il s'avisa de recommencer le conte du diable qui était venu emporter mon cadavre.Yingt-quatre heures après,le maladroit était... je ne sais où.
Téhéta avait bâti ainsi l'explication qu'elle aurait à donner à qui de droit : Les deux gardiens, épouvantés sans raison, avaient laissé tomber leur flambeau, lequel avait mis le feu. Le feu avait tout dévoré, et elle avait laissé à l'incendie le soin de faire disparaître les preuves du crime qu'elle était chargée de faire enterrer.
Des deux hommes qui l'avaient assistée, l'un se taisait, et on l'avait gardé au château, l'autre avait parlé et on l'avait envoyé pourrir dans une terre éloignée.
C'étaient là des moeurs originales... vous verrez...
Mais les paroles de l'imbécile n'en avaient pas moins fructifié. Personne assurément ne soupçonnait mon existence ; mais toute la valetaille croyait sincèrement que le diable était de la partie.
Cependant on ne pouvait admettre le diable sans admettre le cadavre; si on admettait le cadavre, il fallait admet • I tre le prisonnier qui était mort là dedans. De là une horrible légende qui se glissa doucement dans le pays , en commençant sa petite poésie dans le château.
Mais, reprit monsieur de Favreuse en s' arrêtant, j'empiète trop sur mon récit, et je vous dis des choses qui ne sont pas encore à leur moment.
Mon ange sauveur revint près de moi au bout de quelques heures et m'apporta de quoi me restaurer.
J'avais été trop près de la mort pour ne pas avoir une excessive envie de vivre; durant trois ou quatre jours, ma longue abstinence me laissa encore fort incertain du succès de mon nouveau traitement; enfin l'estomac reprit le dessus, et au bout de huit jours je me portais assez convenablement pour me lever, marcher et me promener.