‹ Les drames inconnus (volume 4)Chapitre 9 sur 21 · ARRESTATION MANQUÉE · texte numérisé non relu

ARRESTATION MANQUÉE

— Maintenant, dis-je à Olivier, il faut nous rendre chez monsieur de Sainte-Mars ; il faut que j'en finisse avec ce monsieur.

— Vous commettre dans un duel avec ce malheureux ! me dit Barbasan, ce serait une folie.

Nous allons nous rendre chez lui; mais avant cela, il faut que vous mettiez ces papiers en sûreté.

— Eh bien , dis-je à Olivier, en montant chez monsieur de Sainte-Mars, je m'arrêterai un' moment chez monsieur Bonsenne, et je les donnerai à une personne entre les mains de laquelle je ne pense j as qu'on puisse les supposer.

Je lui ai déjà donné ceux que j'ai trouvés chez monsieur Victor Bonsenne.

— Et quelle est cette personne ?

— Madame Deslaurières.

— La fille de madame de Belnunce et de monsieur de Favreuse ?

— Elle-même.

— Mais la lettre adressée à monsieur de Favreuse lui révélera le secret de sa naissance !

— Elle le sait.

— Mais monsieur de Favreuse, à qui cette lettre est adressée ?

— Il l'ignore encore, et je ne puis comprendre dans quel but il m'a .fait des confidences, en vérité, bien extraordinaires, et comment il se fait qu'après me le avoir faites il a quitté Paris.

— Vous comprendrez cela plus tard, me dit Olivier.

Hâtons-nous, car je ne serai tranquille que lorsque les papiers que voici seront en sûreté ; l'adieu de mon-

sieur de Sainte-Mars me fait craindre quelque nouvelle tentative désespérée.

Pardieu ! s'écria-t-il tout à coup en se levant, j'oubliais les confidences de Molinos, et je soupçonne maintenant le moyen que monsieur de Sainte-Mars a pu employer ; et s'il s'en est avisé, nous sommes pris l'un et l'autre.

— Qu'est-ce donc? lui dis-je.

— Venez! venez! s'écria-t-il, et ne restez pas une minute de plus chez vous !

Olivier paraissait tellement pressé, que je le suivis sans lui demander à quelle pensée soudaine il obéissait.

Nous descendîmes précipitamment de chez moi et nous sortîmes de la maison.

Nous étions à peine entrés dans celle de monsieur Bonsenne, que nous vîmes un fiacre s'arrêter à ma porte; nous regardâmes qui en descendait...

C'était encore le féroce Bonaventure , accompagné également de deux gendarmes; l'un de ceux-ci resta en sentinelle à ma porte, l'autre suivit monsieur Bonaventure dans la maison.

— Alerte! me dit Olivier; allez vous défaire en mains sûres de tout ce qui peut vous sauver.

— En vérité, lui dis-je, j'ai presque honte de fuir devant une arrestation basée sur une accusation d'empoisonnement,

— Bah ! me dit Olivier, le Sainte-Mars e.st trop fin pour avoir persévéré dans une pareille sottise; il a mieux que cela à sa disposition.

Voyons, Molinos m'a-t-il trompé, et monsieur de Sainte-Mars n'a-t-il pas, que vous sachiez, intérêt à faire arrêter le marquis de Pavie et madame Sainte-Mars ?

— Intérêt énorme, puisqu'il paraît que madame Sainte -Mars a trouvé dans la succession du vieux général des papiers qui compromettent madame de Frobental.

— Erreur de sa part : il y a longtemps que ces papiers ont changé de mains.

N'importe ; vous voyez qu'il est arrivé à les faire arrêter et à faire faire une perquisition chez elle.

Pour cela il invente une conspiration, et cette conspiration une fois mise en avant, monsieur de Pavie, qui pouvait défendre la Sainte-Mars, en a été, vous en serez, j'en serai, s'il le faut... tous ceux qu'il aura besoin de faire fouiller de la cave au grenier en seront.

Dépêchons.

Nous étions sur le palier de monsieur Bonsenne.

Je sonnai; Olivier ne voulut pas entrer, sa présence chez les parents de celui dont il avait hâté la mort lui parut odieuse, bien qu'il ne fût connu de personne.

J'entrai donc seul.

Je fis appeler madame Deslaurières, et je lui remis en toute hâte les papiers que m'avait confiés Olivier, en ayant cependant soin d'en extraire une espèce de catalogue explicatif dans lequel ils étaient enveloppés.

J'avais eu à peine le temps de dire quelques mots à madame Deslaurières au sujet de ces papiers, lorsqu'un grand bruit se fit entendre sur le palier où j'avais laissé Olivier, et presque au même instant un coup de sonnette bruyant retentit dans l'appartement.

Craignant que ce ne fût Olivier qui, se voyant sur le point d'être arrêté, cherchait, en désespoir de cause, un refuge chez monsieur Bonsenne, je m'empressai d'ouvrir moi-même.

Un homme furieux se précipita dans l'appartement. Olivier m'attendait toujours.

J'avais à peine eu le temps de voir passer cet homme, que je n'avais pas reconnu; mais à peine eut-il mis le pied dans le salon que j'entendis un bruit horrible... le bruit d'un soufflet, et en même temps un horrible cri de désespoir, le cri d'une femme.

Je me précipitai dans le salon ; Olivier me suivit.

En entrant, je vis madame Deslaurières renversée sur un canapé, dans l'attitude d'une femme sous l'empire dune stupéfaction inouïe. Ses lèvres étaient pendantes, son œil atone, et sa joue, d'un rouge cramoisi, portait l'empreinte du sanglant outrage qu'elle venait de recevoir.

L'homme qui l'avait si abominablement outragée était monsieur Deslaurières.

Pâle, furieux, l'écume à la bouche, il ne vit point que nous étions entrés ; il ne vit point que madame Bonsenne et Alison étaient accourues au cri de madame Deslaurières.

Il se mit à crier avec un emportement dont il semblait que son caractère fût incapable.

— Tenez, regardez, malheureuse!... regardez!...

— Qu'est-ce donc ? dit madame Bonsenne.

— La lettre par laquelle madame donnait cette nuit un rendez -vous à monsieur Molinos.

— Ce n'est pas possible !... dit Alison.

— La voilà... reprit monsieur Deslaurières en la montrant.

— Mais elle n'y a pas été... reprit madame Bonsenne.

— Pourquoi donc est-elle sortie cette nuit à près d'une heure du matin? Pourquoi n'est-elle rentrée qu'à quatre heures? Où était-elle pendant ce temps... si ce n'est à ce rendez-vous ?

— Elle était près du lit d'un mourant ! m'écriai-je.

— Qui vous parle? reprit monsieur Deslaurières en se tournant vers moi, et que faites-vous ici ?

— J'y suis mieux à ma place que vous qui frappez lâchement une femme.

— Lâchement ! s'écria monsieur Deslaurières avec fureur; quand j'en aurai lini avec ce monsieur Molinos, vous me rendrez raison de cette injure.

J'allais lui répondre que j'étais tout prêt, lorsque monsieur Bonsenne parut tout à coup à la porte du salon, une épée à la main.

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