ALISON
MORINLAID A MADAME DESLAURIÈRES.
Madame ,
J'ai reçu la lettre tout aimable par laquelle vous me faites de si charmants reproches de ne plus vous aller voir, ainsi que monsieur Deslaurières.
Je supposais qu'il vous avait dit qu'une mésintelligence fâcheuse, au sujet d'une pièce de théâtre, nous avait presque brouillés. 11 m'a écrit une lettre que je dois croire le fruit d'un moment de folie. Je ne vous la montrerai pas, madame, pas plus que je ne vous en montrerai d'autres qui vous concernent. Mais vous pouvez être assurée que je n'aurais point laissé une pareille lettre sans châtiment, si je ne
savais qu'il y a des heures où monsieur Deslaurières est capable de dire les dernières infamies à des gens qu'il aime 'e mieux.
Je ne veux pas troubler l'amour confiant que vous avez pour lui ; je me retire lorsqu'on me méconnaît, c'est le seul rôle digne d'un honnête homme.
Veuillez agréer, madame, l'assurance de mon profond respect.
NICOLAS MORUNLAID.
LÉOPOLD DESLAURIÈRES A MORINLAID.
Monsieur Morinlaid, je viens de lire une lettre par vous e'crite à ma femme et qui mérite un châtiment exemplaire, Si vous n'êtes pas le dernier des lâches, vous serez demain matin chez vous à six heures, où j'irai vous trouver en compagnie de deux témoins.
Bonjour.
LÉOPOLD DESLAURIÈRES.
MORINLAID A DESLAURIÈRES.
Monsieur Deslaurières, je serai demain chez moi à six heures, où je vous attends avec une lettre d'excuses trèsformelles de votre part ; sinon, monsieur Deslaur.èi es, je
fais remettre à madame votre épouse copie des petits billets confidentiels que vous m'écriviez sur votre campagne à l'effet d'enlever les 26,666 fr. 66 c. de rente qui ont fait de vous un si gros seigneur. Cela charmera madame Deslaurières et l'édifiera sur votre compte.
D'un autre côté, je les montrerai en confidence à quelques-uns de vos amis, et je mettrai les noms à une histoire que raconte d'une façon adorable une petite figurante de l'Ambigu, appelée Justine. C'est sa rencontre avec une belle dame, accompagnée d'un élégant jeune homme décoré et qui était, il y a quinze jours, à l'Opéra, dans la loge n° 26, à la première représentation de Flore et Zépkire. Justine prétend que cette belle dame faisait jadis partie d'une troupe de saltimbanques, etc., etc. Voulez-vous que je mette ce roman au jour? cela me sera très facile... car j'ai beaucoup d'autres renseignements. Ainsi... voyez comme le hasard est bizarre ! il y a une vieille femme qui s'appelle la marquise et qui est l'amie intime de Justine, laquelle vieille femme devint garde -malade de mademoiselle Charistie Lambert, le soir d'une scène ignoble où un jeune homme, dont elle ne se rappelle pas le nom, a chassé une jeune fille qui était venue voir mademoiselle Lambert.
Je puis lui dire le nom de ce jeune homme, que j'attendais dans la rue de Provence, en cas d'enlèvement. Je puis... mais je n'ai pas besoin de vous en dire davantage pour vous décider à agir comme vous auriez dû le faire.
Votre ami.
MORINLAID.
MONSIEUR DESLAUR1ÉRES A MONSIEUR MORI.NLAIf). (Deux jours après les précédentes.)
Mon cher Morinlaid,
Que deviens-tu donc ? ma femme me querelle à propos de ton absence. Nous avons aujourd'hui un petit dîner d'amis ; est-ce que tu veux que ta place reste vide ?
Tout à toi de cœur.
LÉOPOLD DESLAURIERES.
N»Sl.