CLAUDE RI ON EL
longtemps avec vous. Mais, pour Dieu ! essuyez ces larmes : on pourrait venir!
— 1 Et vous m’emmènerez? demanda la jeune femme en s’efforçant de maîtriser sa douleur.
— Nous verrons, nous en reparlerons, dit Claude. Songez seulement à vous calmer. Vous savez bien que je voudrais ne jamais vous quitter; mais nul n'est maître ni de son temps ni de ses actions. Allons, faisons la paix. Je reviendrai.
— Vous me laissez?
— Il faut que j’écrive quelques lettres. Au' revoir. Vous avez les nerfs malades : je verrai le docteur et je vous l’eDverrai.
A ces mots, il embrassa la jeune femme au front et sortit.
Juliette passa une partie du jour dans une sorte de torpeur douloureuse. L’effort qu’elle avait fait pour parler l’avait brisée.
La nuit arriva ainsi, et elle allait faire demander Rionel, qu’elle s’étonnait de n’avoir point revu, lors-
qu’on lui remit une lettre. Elle reconnut aussitôt son écriture et l’ouvrit vivement.
RioUel lui annonçait son départ en s’excusant de ne l’avoir point revue afin d’éviter de nouveaux débats. Il lui recommandait encore de ne point négliger de visiter les personnes qui pouvaient lui être utiles, et l’engageait à prendre des distractions.
Cette lettre fut pour Juliette un coup qui anéantit jusqu’aux derniers débris de ses espérances. Cette lettre lui prouvait, en effet, l’inutilité de toute tentative pour .reprendre quelque place dans une âme que l’ambition remplissait désormais tout entière , et constatait l’irrévocable délaissement auquel elle restait condamnée.
A la douleur d’une telle certitude succéda vite une sorte d’indignation mêlée de découragement. Abandonnée de celui qui devait la protéger, elle se demanda pourquoi elle se protégerait elle-même, et, comme César frappé par Brutus, elle s’enveloppa la tête, sans chercher plus longtemps à échapper à son sort.