‹ Les drames parisiensChapitre 5 sur 15 · CLAUDE R 1,0 N EL · texte numérisé non relu

CLAUDE R 1,0 N EL

— Et si Ton vendait Chante- Merle\? interrompit-elle vivement.

Claude lit un mouvement de surprise et de joie, comme s’il n’eût point espéré un aussi prompt succès.

— Y penses-tu? dit-il.

— J’y ai pensé 1 reprit la jeune femme avec impatience ; tu le voulais autrefois. Quelles objections peuxtu opposer maintenant?

— Moi? aucune.

— Et l’acheteur qui s’était offert?

— Est “toujours dans ies mêmes dispositions.

— -Qu’on vende Chu nie- Merle , alors! dit Juliette rapidement et avec une sorte d’oppression ; mais le plus vite possible, alin que nous puissions partir.

— Ainsi, tu es décidée? dit Kionel.

-- Décidée. Arrange tout, dresse le contrat, je si-

gnerai.

— Le voici, dit Claude en présentant à la jeune femme un papier.

Mais il avait mal calculé l’effet d’un pareil à propos

Juliette avait cette pénétration particulière des esprits naïfs qui sentent le détour par un instinct de répulsion, et la douleur l’avait d’ailleurs rendue soupçonneuse. A la vue de l’acte que Claude lui tendait mi souriant, elle recula stupéfaite et saisie.

— Qu’as-tu donc? demanda Rionel.

— Ah ! tout ceci était préparé! s’écria-t-elle.

Claude baissa les jeux.

— Vous ne vouliez que me décidera cette vente, reprit la jeune femme. Ce retour apparent, ces projets de retraite, rien n’était sincère 1

— Juliette ! interrompit Claude blessé.

— Folle que j’étais 1 ajouta-t-elle les mains jointes; folle qui croyais encore être aimée ! On ne voulait de moi qu’une signature, et pour l’obtenir, on m’a bercée de caresses et de contes, comme une enfant. Ah! Et vous n’avez pas eu pitié de mes espérances, monsieur; ma confiance ne vous a pas fait rougir!

— Assez! s’écria Rionel, chez qui la honte d’être compris augmentait la colère d’avoir échoué. Si quelqu’un

CLAUDE RIONEL

doit rougir ici, c’est vous seule ; oui, vous, madame, qui m’obligez à de tels détours pour obtenir ce qu’une autre accorderait à la seule raison ! Ce n’est point la faute du médecin s’il doit tromper Penfant pour lui faire accepter le remède. Au reste, brisons, là! ajouta-t-il en voyant la jeune femme près de répondre. Rien n’est fait, et vous êtes encore libre. Voulez-vous ou non, madame, signer

cet acte?

Il y eut un moment de silence ^Juliette s’était laissé tomber sur un fauteuil, la tête cachée dans ses deux mains; une lutte terrible se livrait dans son ûme. Enfin elle se releva lentement, pâle, baignée de pleurs, et le front empreint d’un désespoir suprême. Elle prit le papier que Rionellui tendait, et le signa.

— Ainsi, vous consentez à la vente de Chante-Merle? s’écria son mari étonné.

— A quoi bon garder le lieu qui m’a vue heureuse et aimée, dit-elle d’un accent tremblant, quand je n’ai pu garder ni le bonheur ni l’amour? Les doux souvenirs que j’ai laissés là-bas ne seraient plus pour moi que des

LES DIS A MES PAltlSIENS

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tortures. Livrez Chante-Merle à des étrangers, monsieur, comme vous leur avez déjà livré notre repos et nos joies intérieures. Jusqu’à présent j’avais douté et espéré; maintenant j'ai vu au fond de votre cœur , et je ne me défends plus contre votre ambition.

A ces mots, elle tendit l’acte à Rionol et sortit.

UN VMHITIKL'X

Le nom de Claude Rionel, souvent répété dans les journaux, avait acquis une certaine importance; on le connaissait dans les ministères , et les salons politiques les plus inlluents commençaient à le citer. Ce n’était pas encore un homme puissant; mais, au milieu de la prodigieuse consommation de célébrités politiques, dont le gouvernement se donnait le triste plaisir, il n’était point impossible de le voir arriver à son tour à ce banc de

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