‹ Les drapeaux français: étude historiqueChapitre 19 sur 29 · PL XV · texte numérisé non relu

PL XV

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Pavillon Français

ronne impériale et les devises dudit seigneur, les armoiries de Monseigneur le Dauphin et de Monseigneur l'amiral, esquelles armoiries sera peint et imprimé l'ordre du roy

En 1555 le pavillon arboré au haut du mât d'avant était comme maintenant une marque de commandement. Louis de Bures, seigneur d'Espineville, commandant ou amiral de la flottille de Dieppe, armée contre les vaisseaux des Pays-Bas, comprenant 16 navires et 2 du roi, ne laissa arborer le pavillon au mât d'avant que sur son navire le Nicolas et sur l'Emérillon, l'un des 2 galions du roi.

Pour s'imaginer ce qui représentait anciennement la France aux yeux des nations maritimes, il n'y a rien de mieux, croyons-nous, que de consulter les portulans faits par des navigateurs ou des géographes étrangers. La carte Catalane, faite en 1375 (Bibl. nat., ms.), montre sur la ville de Paris un pavillon bleu semé de fleurs de lis d'or. Ce même pavillon, surmonté d'une boule rouge, indique la France dans deux portulans, l'un de 1413 fait par Mecla de Yilladest, l'autre de la première moitié du XVe siècle, par Guil. de Solar (Bibl. nat., cartes C. et G. 16936). La France est marquée dans le portulan G. 13611 fait, en 1462, par Pierre Roselli, par un pavillon bleu à 3 fleurs de lis d'or, ayant à la partie flottante une bande blanche verticale chargée d'un tourteau rouge, la hampe surmontée d'une boule rouge. La même disposition se voit dans celui de Gaspar Yiegas, fait en 1534 (G. 18773), seulement le bleu est semé de fleurs de lis. Un autre portulan du même Gaspar Yiegas et de la même année 1534 in-

clique la France par un pavillon bleu à une seule /leur de lis d'or (G. 18772) qui se voit aussi sur celui de Paleslrina fait en 1511 (G. 5627), sur celui de Placido Calviro et de Oliva de Messine fait en 1031 (G. 18306), et sur celui de Salvator Oliva du XVIIe siècle (G. 1708).

Un seul portulan sans nom d'auteur, du XVIe siècle, place sur la France un pavillon divisé par une croix blanche en 4 quartiers dont le plus élevé du côté de la hampe est rouge, celui de l'angle opposé est bleu et les deux autres sont d'or, une boule bleue surmonte la hampe et une boule rouge est après la hampe au-dessous du pavillon (1).

Un pavillon d'hermine à croix noire avec une bande rouge verticale à la partie flottante est placé sur la Bretagne dans le portulan G. 5627; un pavillon blanc à croix rouge avec un écu rouge dans chaque canton est placé sur la ville de Narbonne dans le portulan de 1413 et dans celui qui porte le n° G. 16936, tandis que la ville de Marseille est désignée par un pavillon blanc à croix bleue dans les portulans G. 1708, G. 16936, G. 19747.

Sur le portulan G. 15931 fait par Jacques de Yaudeclave, à Dieppe, en 1579, à l'embouchure du

(1) Sur l'Angleterre est un pavillon blanc à croix rour' l'Ecosse, mi pavillon a croix de Saint-André blanche, Les deux triangles supérieur et inférieur sont bleus et Les doux autres rouges; sur L'Espagne, un pavillon écartelé 1 el 4 des armes d'Aragon, 2 cl 3 d'or: sur le Portugal, un pavillon d'or à 5 éeus d'azur, à la bordure do gueules ; sur la Turquie, un triangle coupé de nm-.' en liaul <'t de v.Mt eu bas. un croissant d'or sur le tout.

fleuve des Amazones, se voit un grand étendard bleu avec des franges rouges sous le fer de la lance, il porte au centre un écu d'azur à la fasce d'or chargée de 3 croissants et entourée du collier de l'Ordre de Saint-Michel, il indique probablement une colonie française établie à cet endroit par La Revardière, Razilli ou Sanci.

1582. — Le duc d'Alençon, élu duc de Brabant, se rendit à Anvers. « Son Altesse fut conduite à « bord d'un vaisseau entièrement peint de ses cou- « leurs et pavoisé d'un grand nombre de pavillons « et de flammes aux armes d'Anjou. » (La joyeuse et glorieuse entrée de Monseigneur François de France, frère unique du roi.,., duc de Brabant, d'Alençon... dans sa fameuse ville d'Anvers); « Son Altesse étoit « portée par un navire peint entièrement de ses « couleurs avec nombre de flagues et panonceaux <( aux armes d'Anjou ; les autres avec leurs panon- « ceaux ordinaires, tant redoubtez des Espagnols, a lesdits panonceaux aux couleurs de Monseigneur « le prince d'Orange » (Plantin, cité par Rey, Hist. du Drapeau, t. II, p. 511). Dans une gravure du temps représentant l'entrée du duc d'Alençon à Anvers, on voit son vaisseau dont les pavesades, ainsi que celles des hunes et le pavillon surmontant un des mâts, sont en étoffe rayée (évidemment ce doit être à ses couleurs , gris, blanc, orange) le pavillon de poupe, celui du grand mât et la flamme de la corne du grand mât portant les armes d'Anjou entourées du collier de l'Ordre et au grand mât au-dessous du pavillon flotte une flamme contenant les armes du prince et sa devise, qui était un soleil avec

ces mots : Fovet et disent il; malheureusement, aucune couleur n'est indiquée (Bibl. nat., coll. Hennin, t. VIII):

1583, — Dans l'œuvre de J. Devaux, pilote, dédiée au duc de Joyeuse, amiral de France (Havre-de- Gràce, lo83. Bibl. nat., ms. Yw 150), sont dessinés de nombreux navires dont plusieurs (p. 1G et 23) sont à croix blanche avec 2 cantons bleus et 2 cantons ronges, l'un d'eux a une tlamme tricolore horizontalement, le rouge en bas, les flammes (p. 23) sont l'une ronge, une autre bleue, une autre rayée verticalement bien et jaune, une autre rayée horizontalement noir et jaune; page 17, est un pavillon rayé verticalement ronge si jaune, sa tlamme est ronge; à la page 23 il y a un pavillon jaune à sautoir ronge, la tlamme est ronge, blanc, bien horizontalement ; à la page 31 un navire porte le pavillon bien à croix blanche et flamme rayée rouge ai jaune horizontalement; à la page 21 sur un navire sont un pavillon rayé rouge et jaune verticalement avec tlamme rouge et bien et une autre flamme rouge et jaune. Il est à remarquer que les couleurs héraldiques de l'amiral duc de Joyeuse, étaient or, azur et gueules, c'est-àdire jaune, bien et rouge,

1027. — Une pièce, conservée aux archives du ministère de la manne, fournit les renseignements les plus exacts sur la couleur et la forme des ensi ign bord des galères au XVIIe siècle. C'est « l'Estat « bannières et autres choses concernant la pa- « rure de la galère Vigilante, appartenant à M. d'I'.s- « pinassy qu'il m'a lait voir le 21 may al'tin d'en <i faire le rapport à M. de Masargues pour apprendre

a s'il lui plaist la retenir pour sa galère et lui en « donner récompense. »

Premier, il y a 22 pièces de taffetas ronge et blanc, la chacune de 6 pans de large et 8 pans de long, qui fait environ 44 cannes de taffetas.

Deux grandes pièces du cousté de pouppe de 11 pans de long et 9 de large, vieilles et de taffetas blanc, bleu et rouge, tirant tous deux environ 8 cannes taffetas.

La flamme de la meistre de la largeur de 16 pans et 22 pans de long tire environ 32 cannes taffetas rouge.

La flamme du trinquet de mesme taffetas qui a 16 pans de largeur et 44 pans de long, tire environ 18 cannes.

La flammette de meistre dudit taffetas de la largeur cl'icelui et de 2 cannes 1/2 de long fait autant de taffetas.

La bannière de taffetas bleu où sont les armes de M. le général, déjà usée, de 10 pans de long, 1 canne de large, tirant environ 3 cannes 6 pans taffetas (1).

Le galliardet ou bannière du trinquet, tirant environ 1 canne taffetas.

Qui est en tout les taffetas environ 120 cannes du dit taffetas et il en peut avoir 60 cannes du rouge cramoisy qui coûterait 9 1. 12 s. et 60 de l'autre armezin d'Avignon à 6 1. 8 s. qui reviendrait à 960 1.

(I) En 1627, le général des galères était Pierre de Gondi, duc de Retz.

Lapavesade de cordillat rouge de garance en deux pièces avec les 2 pièces pour les remblades de proue, 2 pièces du costé de poupe, et une petite pièce du banc de la jalousie de poupe, faisant en tout 7 pièces tirant 48 cannes 1/2.

Le petit tendelet d'escarlatin pour la poupe, de trois largeurs, de 21 pans de long, tire 7 cannes, 7 pans.

Le grand tendelet i'escarlatin pour le dessus de la poupe de 5 largeurs, la chacune de 4 cannes 1/2, tirant 22 cannes 1/2, doublé de treillis avec ses franges.

Environ 12 livres de filoselle rouge pour faire les cordons desdites bannières.

En 1626, la charge d'amiral de France fut supprimée ; le cardinal de Richelieu eut ensuite le titre de chef et surintendant de la navigation et fut en outre général des galères de 1639 à 1642. alors on voit apparaître, pour la première fois, le pavillon blanc dans la marine. Le pavillon à arborer au grand mat « fait « dans r amirauté de feu Monseigneur le cardinal de « Richelieu » était blanc « et avait les armes du roi « et ses supports dans le milieu (Mémoire signé Deseuil, 1671 , voir plus bas à cette date) (1). Tout porte à croire que ce n'était que le pavillon, marqm du commandement suprême, du cardinal surintendant, car

(1) Est-ce ce pavillon flottant, en -liï.'ix. en liant du grand mât, sur Le vaisseau la Couronne, de 72, portant le vice-amiral de L'Aimai Ha/illi, et qui a\ait coûté 1 i.000 (Vus ? iHist. niant, de France, Guérin, t. i. p. 28i.)

vers la même époque (1640) on trouve que le pavillon bleu semé de fleurs de lis d'or, était en tête du grand mât du navire « monté par Messeigneurs de Har- « court, de Bordeaux (Escoubleau de Sourdis, ar- « chevêque de Bordeaux), de Brézé, généraux des « armées navales de Sa Majesté. » Tel devait donc être le pavillon Royal; quant au pavillon de commerce le P. Fournier (Hydrographie, 1643) dit : « Les « vaisseaux qui ne sont du Roi ne doivent porter « qu'un pavillon bleu à croix blanche. »

Aucun règlement prescrivant le pavillon blanc n'était encore intervenu, du moins nous n'en avons pas encore trouvé de trace, mais ce pavillon était en usage en France comme dans plusieurs autres pays, ainsi qu'on peut le voir dans Y Hydrographie du P. Fournier qui donne ainsi les pavillons des diverses puissances : DeuxSiciles, la capitane porte blanc à un aigle noir; la France, blanc, sans aucun blason pour l'ordinaire; Malte, blanc avec une croix rouge à 8 pointes (1); le Pape, blanc avec l'image de saint

(1) Il s'agit ici évidemment d'une marque de commandement, car les pavillons de Malte étaient aux mêmes couleurs dans l'ordre inverse ; fond rouge et croix droite et blanche traversant l'étoffe ; ils sont ainsi figurés dans un tableau du temps, appartenant au marquis de Bouille, et représentant le combat des Dardanelles, en 1656, où Christophe-Alexandre de Bouille du Chariol, commandeur de l'ordre de Saint-Jean, conservateur de l'ordre, capitaine des vaisseaux du roi, s'empara du vaisseau amiral turc et conquit plusieurs étendards musulmans qu'il déposa dans les églises de ses commanderies de Limoges et de Salles. Au commencement du XVIe siècle, l'étendard principal de l'ordre portait la représentation de la sainte Vierge tenant son fils mort entre ses bras. (Voir aussi le Pavillon de combat, ci-après.)

Pierre et saint Paul; les Portugais des Indes, blanc avec une sphère au milieu ; Raguse, blanc avec le mot Libertas placé en bande; la Savoie, blanc à l'image de Notre-Dame.... ; en Hollande, le général de l'artillerie a la banderole blanche avec un canon dessus et le commis des munitions (l'intendant) a une banderole blanche où sont dépeints un mousquet, une

fourche, des bêches et des pelles Dans VEnbyclo-

pédie méthodique de 1787 on trouve encore bien d'autres pavillons blancs : pavillon royal d'Espagne M armes au centre entourées du collier de la Toison d'or ; pavillon royal du Portugal, blanc, armes au centre; pavillon principal d'Angleterre; blanc, avec armes et supports, en haut l'inscription : « Fût the protestant religion and the liberty » et au bas « Je maintiendrai )> ; pavillon de guerre Russe, blanc à sautoir bleu (il est encore de môme), pavillon de Brandebourg, blanc, aigle au centre surmonté du bonnet d'électeur; Naples, blanc, griffon vert au centre (1); Toscane, l'un blanc à croix rouge bordée d'or, un autre blanc avec armes au centre; Gênes, blanc à croix rouge ; Monaco, blanc, armes au centre ; Sardaigne, blanc à croix rouge cantonnée de 4 têtes de maures ; Corse, blanc à la tête de maure, la tête entourée d'un tortil blanc.

Quelques auteurs ont voulu expliquer l'adoption de la couleur blanche sur les enseignes françfi

1 1 1 Ce griffon vert explique l'adoption de ta couleur verte par la maison d'Anjou qui régna a Naples et ensuite par la maison dr Lorraine (Voir p. oi el 77).

par la dévotion de Louis XIII pour la Sainte- Vierge, sous la protection de laquelle il mit la France, mais cette raison n'est pas suffisante, car à bord des galères « l'étendard à l'image de la Vierge, dit étendard de combat ou étendard de Notre-Dame, sous la protection de laquelle la France combat » (P. Daniel, Milice française, t. Il, p. J 50) fut rouge jusqu'à la fin de la monarchie ; on peut en voir le modèle dans le musée de marine au Louvre (1).

1643. — César, duc de Vendôme, succéda à la reine Anne d'Autriche dans la charge de grandmaître et surintendant de la navigation, il mourut en 1665, son fds, le duc de Beaufort, qui eut la survivance de cette charge en 1652, le remplaça et mourut en 1669. Pendant ces 26 années, en vertu de l'ordonnance de 1543 réglant les droits de l'amirauté, ces deux princes eurent le droit de mettre à

(1) L'usage d'avoir un étendard à l'image de la Vierge à bord des galères se retrouve dans le fait suivant : « Le jour des Rois 1702, « ill. et vén. frère sieur Claude de Moreton de Chabrillan, chev. « bailli, gr. -croix de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, etc., cice devant général des galères de Malte et de celles de N. S. P. le « pape Alexandre VIII, est venu ici pour offrir à cette église son « grand étendard de bataille, en mémoire... de la protection et des « grâces que N. S. Jésus-Christ a répandues sur lui par l'interces- « sion de la très-sainte Vierge...., dont il fit représenter le miracle ce sur ledit étendard qui lui a servi pendant son généralat .., aux « sièges de Napoli et Malvoisie en Morée, de la Vallonc et de la a Canina en Dalmatie, en l'année 1690..., ce qui en fit attribuer « tout le succès à Notre-Dame-de-1'Osier sous l'étendard de laquelle « combattait ledit seigneur général... » (Cet étendard existe encore dans le chœur de l'église Notre-Dame-de-1'Osier, voirie Pèlerinage de Notre-Dame-de-T Osier, Grenoble, 1837, chez Baratier, p. 97 à 100.}

bord des navires bannières, étendards ou enseigne? à leurs couleurs, à savoir bleu, blanc et rouge, leurs armes étant d'azur à trois fleurs de lis d'or au bâton péri en bande de gueules, chargé de trois lionceaux d'argent. Aussi trouve-t-on à cette époque qu'à bord des galères les flammes et todes étaient de burateau blanc, bleu et rouge. Ces couleurs, qui par la même raison étaient les couleurs du Roi depuis Henry IV (Voir ci-dessus, p. 68, 73), se retrouvaient encore à bord des galères en 1687, ainsi qu'on le verra ciaprès, p. 240.

1661 . — Louis XIV, le 9 octobre, rendit une ordonnance pour prescrire qu'à bord de ses vaisseauxlepavillon fût a blanc chargé des armes de France-» ... « Les chefs d'escadre porteront au mat d'artimon une cornette blanche avec l'écusson de leur département au centre. ( 1 ) » Quant aux bâtiments marchands « Sa Majesté veut et ordonne qu'ils arborent seulement, allant à la mer ou en quelque autre rencontre que ce puisse être l'ancien pavillon de la nation française, qui est la croix blanche dans un étendard d'étoffe bleue, avec l'écu des armes de Sa Majesté sur le tout »... « les pavesades seront bleues semées de fleurs de lis jaunes et bordées de deux bandes blanches. »

Cette ordonnance de 1661 est la première qui prescrive l'emploi du pavillon blanc.

1669. — Après la mort du duc de Beaufort, surintendant de la navigation, le roi, par un édit daté

(1) Celte cornette étail un pavillon plus long que haut »i rendu pin deux pointes.

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