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PL. XVII

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Pavillon de Beaupré

FI anime Nationale

Pavillon National

/ Pavillon National

if ( de l'an H à 1614- et depuis 1^30 )

Pavillon de Partance u

Flamme de Messe (actuelle

Art. III. La flamme du vaisseau de guerre et autre bâtiment de l'Etat portera, dans la partie la plus large, les trois bandes verticales rouge, blanche et bleue; le reste de la flamme sera de couleur blanche; le guidon portera d'une manière semblable les couleurs nationales.

Art. IV. Les pavillons de commandement porteront dans leur quartier supérieur les trois bandes verticales rouge, blanche et bleue ; le reste du pavillon pourra être, comme par le passé, rouge, blanc ou bleu, l'Assemblée nationale n'entendant rien changer aux dispositions qui ont pour objet de distinguer dans une armée navale les trois escadres qui la composent (1)

Des dessins devant servir de modèles pour les pa-

(1) Sous Louis XVI l'armée navale française était divisée en escadre blanche, escadre bleue et blanche et escadre bleue ; chaque escadre comprenait trois divisions : la première, sous le commandant de l'escadre, portait le pavillon de l'escadre au grand mât ; la deuxième, dont le commandant portait le même pavillon au mât de misaine, et la troisième dont ie commandant le portait au mât d'artimon. Dans chaque division les vaisseaux portaient au mât de leur division la flamme de leur escadre. Le pavillon amiral (voir p. 228, 237 et 241 ) était blanc ; les marques du commandement pour le vice-amiral étaient un pavillon rouge et pour le contre-amiral un pavillon bleu.

De môme, jusqu'à ces dernières années, l'armée navale anglaise était divisée en trois flottes : la blanche, la rouge et la bleue ; actuellement il n'y a plus qu'un seul pavillon de guerre anglais, c'est l'ancien pavillon de Saint-Georges, blanc à croix rouge : seulement, dans le canton du haut, près du bâton, sont réunies sur un fond bleu une croix droite et une croix diagonale (dite de Saint- André) rouges bordées de blanc ; c'est ce qu'on appelle l'Union- Jack ou quartier d'union des Trois Royaumes.

villons, flammes et guidons sont joints à l'expédition de ce décret conservée aux archives du ministère de la marine.

En 1792, l'usage des pavois n'était pas encore tombé en désuétude, car on trouve dans les mêmes archives des dessins de pavois proposés au ministre en novembre 1792 pour « remplacer les anciens pa- « vois des vaisseaux qui sont encore surchargés des « attributs de la royauté ». L'un des projets propose de mettre sur l'étoffe bleue des ancres blanches aux lieu et place des fleurs de lis jaunes, et de border le tout d'étoffe rouge placée sur la moitié de la bordure blanche déjà existante; un autre projet propose de larges bandes verticales bleues et rouges séparées par des bandes blanches de môme largeur, le tout bordé en haut et en bas d'une bordure tricolore de la largeur de l'ancienne bordure blanche. C'est ce dessin qui porte en annotation l'ordre de l'envoyer comme modèle dans les ports (1).

Le 27 pluviôse an u (15 février 179i) un décret de la Convention arrête : « Art. 1er. Le pavillon dé- « crété par l'Assemblée nationale est supprimé. Art. 2. « Le pavillon national sera formé des trois couleurs « nationales disposées en trois bandes égales, p « verticalement de manière que le bleu soit attaché à

(I) Dans L'édition de |8i3 du Dictionnaire d$ la marin* fram- . par Romme, p. 133, se trouve maintenue, par erreur, cette

phrase (pii était dans L'édition de i788 : LespaV0Î8 «les vaisseaux

« français onl à peu près 1 pieds de hauteur et sont len

« fleurs de lys jaunes sur un tond bleu.

« la gaule du pavillon, le blanc au milieu et le rouge « flottant dans les airs (1). »

Ce décret semble ne changer que la disposition des couleurs ; mais en réalité il n'a été rendu que pour faire disparaître le blanc qui couvrait encore les trois quarts de la surface du pavillon de 1790.

En 1804, à l'avènement de Napoléon Ier, le pavillon ne fut pas changé.

M. Besson, ancien officier de marine, receveur principal des droits réunis à Tournay, par un mémoire en date du 10 octobre 1804 (conservé au ministère de la marine), proposa le rétablissement du pavillon blanc, ou blanc au coin tricolore tel qu'il fut décrété par l'Assemblée constituante, « ou mieux blanc au cartel impérial »;ce mémoire porte en marge cette réponse de la main du ministre : « V intention de « Sa Majesté est que le pavillon actuel ne soit pas « changé. »

Si, en 1804, Napoléon refusa d'adopter le pavillon blanc à cartel impérial, on peut croire que ses idées à ce sujet se modifièrent plus tard, au moins pour ce qui est du royaume d'Italie, car dans son entrée à Venise (Venuta di S. M. I. R. Napoleone il Massirno.

(I) Décret rendu sur le rapport du comité de salut public, présenté par Jean-Bon-Saint-André (devenu préfet de Mayence sous l'Empire); les autres articles de ce décret étaient : III. Les pavillons de beaupré et le pavillon ordinaire de poupe seront disposés de la même manière, en observant les proportions de grandeur établies par l'usage. IV. La flamme sera pareillement formée de trois couleurs, dont un cinquième bleu, un cinquième blanc et les trois cinquièmes rouges. V. Le pavillon national sera arboré sur tous les vaisseaux de la République le 1er jour de prairial.

Venezia, 1808, Bibl. nat. Est., P. d. 26), on voit à l'arrière de la principale gondole un pavillon dont fond est tout uni (probablement blanc), semé d'abeilles, ayant au centre les armes impériales, tandis qu'à l'arrière d'autres gondoles du cortège impérial se trouvent des pavillons portant l'aigle au centre et où les 3 couleurs sont disposées soit verticalement, soit en un carré au milieu et 4 triangles aux coins de l'étoffe.

En 1814, après l'abdication de Napoléon Ier, Louis XVIII reprenant la couronne de France, un arrêté du gouvernement provisoire, en date du 14 avril, prescrivit que : « le pavillon blanc et la cocarde blanche seraient arborés sur les bâtiments de guerre et sur hs navires du commerce. Le pavillon royal fut blanc, semé de fleurs de lis d'or, chargé des armes de France avec colliers et supports ; le pavillon ordinaire fut blanc uni.

Napoléon, relégué dans l'île d'Elbe, adopta un pavillon blanc semé d'abeilles d'or: c'est, ce pavillon qui flottait sur le brick Y Inconstant, à bord duquel il vint débarquer à Cannes, le 1er mars 1815. Arrivé à Grenoble le 9 mars, il décréta : « la cocarde nationale aux trois couleurs sera sur-le-champ arborée par les troupes de terre et de mer...

Après la seconde chute de l'Empire, le pavillon blanc fut ramené par Louis XVIII (1).

{]) Relativement aux trois couleurs, L'incident suivant eut lieu le -l'i avril 1811.». sur la rade de l'île danoise de Saint-Thomas, I frégate anglaise Euryalus, en pavoisant pour la fête du y

régent d'Angleterre, plaça à la poulaine, surmonté du yacht britan-

Gomme nous l'avons déjà dit, l'article 67 de la Charte constitutionnelle de 1830 spécifia que : « La France reprend ses couleurs » ; le pavillon de la marine, tant de l'Etat que du commerce, redevint alors tricolore, bien, blanc et rouge, ainsi que les flammes, guidons et autres marques de commandement. Le pavillon royal fut tricolore, portant au centre un écu d'azur, surmonté d'une couronne et chargé du chiffre L. P. en or, sous l'écu une main de justice et un sceptre posés en sautoir.

Le roi Louis-Philippe ayant été renversé le 24 février 1848, un décret du Gouvernement provisoire, du 26 février, signé de Garnier-Pagès, Ad. Crémieux, Louis Blanc, et une circulaire de F. Arago, ministre de la marine, en date du 5 mars, prescrivirent que le pavillon de la République serait « bleu à la gaine, rouge au milieu, blanc au battant »; mais, sur les réclamations qui s'élevèrent et furent notamment exprimées dans le Journal de la marine, un nouveau décret fut rendu le 5 mars.

Par une circulaire du 7 mars, adressée aux préfets maritimes, etc., F. Arago annula celle qu'il leur avait envoyée le 5.

En 1851, après avoir fait son coup d'État, le Pré-

nique, le pavillon tricolore; de plus, une flamme des mômes couleurs, attachée au-dessous du guy, traînait dans l'eau; le contreamiral Duperré, arrivé la veille à bord de la Gloire, exigea du capitaine anglais, et reçut le lendemain, des excuses pour cet outrage apparent ou intentionnel fait à un pavillon qui avait été celui de la France. Le gouvernement du roi, lorsqu'il fut informé de ce fait, vit dans cette conduite une susceptibilité toute française à laquelle il s'empressa de donner hautement son assentiment.

sident de la République, Louis Napoléon, par décret du 31 décembre, remit les aigles impériales sur les drapeaux de l'armée; quant au pavillon de la marine, il n'y fut pas fait de changement jusqu'au rétablissement de l'Empire, l'année d'après.

Pour le régime impérial, les détails suivants sur les pavillons de la marine sont donnés dans le Manuel du matelot -limonier publié par ordre du ministre de la marine (chez M. J. Dumaine, 3e édition, 1870, p. 86 et suiv.) :

« Le paeillon impérial est en soie aux couleurs nationales parsemé d'abeilles arre un écUsson impérial an centre* — Le pavillon de prince ou princesse de la famille impériale est en soie aux couleurs nationales parsemé d'abeilles et sans écusson. — Le bâtiment monté par le ministre de la marine porte le pavillon carré national au grand mat. — Le bâtiment monté par un amiral porte au grand màt le pavillon carré national portant en blanc dans sa partie bleue deux bâtons d'amiral en sautoir surmontés de la couronne impériale. — Le bâtiment monté par un vice-amiral porte au màt de misaine un pavillon carré national, portant en blanc dans le bleu 3 étoiles placées en triangle; pour un contre-amiral le pavillon est placé au mât d'artimon et ne porte que 2 étoiles po l'une au-dessus de l'autre. — Une flamme blanche à croix rowje, dite flamme de messe, hissée à la corne à la place du pavillon national, indique que le service divin se dit à bord du bâtiment (1) ».

(1) Le même m-, lu'1 existe au Brésil, où la flamme ni blanche e(

Tous les pavillons de cette époque sont représentés dans Y Album des pavillons, guidons et flammes de toutes les puissances maritimes, par M. Le Gras, capitaine de frégate, publié sous le ministère de S. E. l'amiral Hamelin, au dépôt des cartes et plans de la marine, 1858.

On y voit entre autres, p. 39, le pavillon du protectorat français sur l'île de Taïti; il est rouge à une large bande horizontale blanche, le quartier du haut près du bâton étant tricolore; — p. 26, le pavillon de ralliement, qui se hisse au mât de misaine ou au grand mât des bâtiments de guerre pour faire rallier tout le monde abord d'un bâtiment en partance; il signifie que le navire va appareiller, et il est souvent appuyé d'un coup de canon; il est bleu à croix blanche; nous le mentionnons à cause de sa ressemblance avec « l'ancien pavillon que les Français soûlaient porter » , comme disait M. de Saint - Tropez , en 1670 (Voir ci-dessus, p. 235); — p. 26, le pavillon du 1er arrondissement maritime hissé sur les bâtiments français du commerce qui appartiennent à cet arrondissement depuis Dunkerque jusqu'à Honfleur inclusivement ; il est bleu et blanc divisé en quatre bandes horizontales; il rappelle beaucoup le pavillon marchand de Dunkerque, bleu et blanc divisé en six bandes horizontales que nous citons (p. 244) d'après l'Encyclopédie de 1787.

la croix rouge, pattée et vidée ; aux Etats-Unis d'Amérique, où la flamme est blanche et la croix bleue ; en Suède, où le pavillon est bleu à croix jaune, au centre de laquelle est l'œil de la Providence au milieu d'un triangle.

Depuis la chute du second Empire en 1870, le pavillon maritime français n'a pas été changé; on a seulement supprimé le pavillon impérial, celui des princes de la famille impériale et la couronne surmontant les deux bâtons dans le pavillon d'un amiral.

i xi

Couleurs distinctives. Uniformes. Cocardes.

Lorsque, dans le XIe et le XIIe siècle, le grand mouvement des croisades entraîna vers la Terre sainte les peuples de l'Europe occidentale, il fallut dans ces masses armées adopter des signes de reconnaissance ; c'est à cette époque qu'avec raison on fait remonter l'origine des armoiries, qui servirent à distinguer et à rallier les hommes marchant à la suite de tel prince ou seigneur. Mais pour faciliter la direction générale, il fallut aussi se reconnaître par nation; en conséquence le 21 janvier 1188, les rois Philippe-Auguste et Henri II d'Angleterre, ainsi que le comte de Flandre, tinrent une conférence auprès de Gisors, dans laquelle il fut convenu que les Français auraient sur leurs vêtements la croix de couleur rouge, les Anglais de couleur blanche et les Flamands de couleur verte; les Bretons prirent la croix de couleur noire et les Italiens de couleur jaune.

Ces signes, primitivement adoptés dans la guerre contre les infidèles, furent ensuite conservés comme inarques caractéristiques des guerriers des diverses nations.

Un instant, dti temps de Philippe-Auguste même, les Français quittèrent la croix rouge pour la croix blanche, puis ils ne tardèrent pas à la reprendre. En 1328, Philippe de Valois, cousin germain des trois derniers rois de France, succéda à Charles IV, par application de la loi salique, qui excluait les femmes de la succession. Isabelle de France, reine d'Angleterre, sœur des derniers rois, réclama la couronne de France pour son fils Edouard III, comme plus proche héritier des derniers Capétiens directs; mais ce prince n'avait que seize ans, et les barons anglais n'étaient pas disposés à entamer alors une guerre pour soutenir ses prétentions. Tout se borna donc à une protestation d'Isabelle; quinze ans plus tard Edouard III était en pleine guerre contre la France. En 1350, pendant une trêve, Philippe VI de Valois mourut; les Français portaient alors la croix rouge, dans une miniature du manuscrit de Froissart (Bibl. nat.), représentant les funérailles de ce roi ; le drap mortuaire est bleu semé de fleurs de lis d'or et traversé par une croix rouge. En 1355 la trêve étant expirée, la guerre recommença avec acharnement, et il est probable qu'alors Edouard, accentuant ses prétentions à la couronne de France, lit porter à son armée la croix rouge des Français, car à la bataille de Poitiers, si l'on s'en rapporte au manuscrit de Froissart, les Anglais portaient la croix rouge et les Français la croix blanche pour se distinguer de leurs adversaires. On n'attachait du reste alors à cette croix pas d'autre idée que celle de signe distinctif; elle ne figurait pas encore sur les enseignes, ainsi qu'on peut le voir dans la pièce de 1337 que nous citons

plus haut, p. 36. Le roi Jean porta tantôt la croix rouge, tantôt la croix blanche; de même, en 1368, étant en Espagne, Duguesclin portait la croix blanche et en 1380 il poitait la croix rouge en Poitou.

Charles YI vit porter par ses troupes la croix blanche quand il subissait l'influence des Armagnacs ou Orléans, dont le parti se distinguait par une bande blanche ou un chaperon blanc, à cause du lambel d'argent figurant dans les armes du duc d'Orléans, gendre du comte d'Armagnac (1). Jl leur vit au contraire porter la croix rouge quand il était dirigé par les Bourguignons, qui avaient et conservèrent toujours la croix de Saint-André rouge, croix qui figura encore au XVIIe siècle sur les enseignes des gens d'armes bourguignons et des régiments de Bourgogne et de Royal-Comtois en même temps que sur les pavillons et drapeaux des rois d'Espagne de la maison d'Autriche, héritiers de Marie de Bourgogne (2).

En 1422, a la mort de Charles VI, le duc de Bedford se dit régent de France pour son neveu

(1) Dans la Chronique de Monstrelet (Bibl. nat., 2671», insc. du XVe siècle, t. i, p. 239) on voit celle croix blanche sur une eus rquge portée avec la bannière île France lorsque « Le lundi de « Pâques le due d'Aquitaine, lils du roi, partit de Paris a irès- « belle coihpagni

(2) Sur loutea les gravures du W l1' el du W il" si cle rej lani nus guerres contre les Espagnols, ceux-ci sonl toujoui connaissantes à la ci ois de Saint-André qui traverse leui -

[Voir Bibl. nat., Est», collection Hennin et autres). 11 existe encore au .Musée d'artillerie plusieurs drapeaux conquis sur les Espagnols et portant cette croix.

Henry VI, roi d'Angleterre, qu'il fit reconnaître comme roi de France à Paris, et porta la croix rouge par-dessus la croix blanche comme étant le représentant du roi de France et d'Angleterre. A cette date les Bourguignons à croix rouge étaient les alliés des Anglais, qui, par cette raison, autant que par suite des prétentions de leur roi sur la couronne de France, prirent naturellement la croix rouge. Au même moment le dauphin fut proclamé roi de France sous le nom de Charles VII, à Espailly, près du Puy-en- Velai (1) ; peu après, le blanc, couleur des Orléans ou. Armagnacs qui luttaient avec le dauphin pour l'indépendance nationale, devint la couleur distinctive de l'armée royale, sans paraître encore cependant sous forme de drapeau. Le manuscrit de Monstrelet, Bibl. nat., 2679, t. II, f. 313 v°, nous montre à la prise de Neuchatel un cavalier royal avec un vêtement bleu portant au milieu du dos une croix blanche (p. 317); au siège de Rouen plusieurs cavaliers vêtus de rouge ou de bleu et portant la même croix (p. 326); au moment où le roi quitta Rouen pour aller assiéger Harfleur, à côté d'un étendard bleu à 3 fleurs de lis, un autre étendard bleu à petite croix blanche (p. 366); à la reprise de Bordeaux par Charles VII, les Français ont sur leur étendard une petite croix blanche qui figure aussi sur leurs vêtements, tandis qu'on distingue les Anglais par leur croix rouge. Dans le même ms. (p. 408) est représenté le combat dans lequel la reine d'Angleterre fut défaite par Edouard,

(1) Voir ci-dessus, p. 43.

fils du duc d'York (1460);' là, les Anglais combattant entre eux dans une guerre civile, ne portent pas la croix rouge, qu'ils n'avaient prise et ne portaient en France que comme conséquence des prétentions de leurs rois sur la couronne de France; les partis en Angleterre avaient d'autres signes de ralliement.

Par le traité d'Arras (1435) il fut stipulé « que le duc de Bourgogne, ses féaux et sujets qui par cidevant ont porté son enseigne, à sçavoir la croix de Saint-André, ne seraient point contraints de prendre autre enseigne, en quelconque mandement ou armée qu'ils soient en ce royaume, soit enja présence du roi ou de ses connétables, soit à ses gages ou autrement » (P. Daniel, Hist. de France, 1755, t. VII, p. 127).

La croix blanche, qui désignait le parti royal sous Charles Y1I (1), devint plus tard, comme nous l'avons déjà dit (p. 154), la marque des enseignes <i notre infanterie jusqu'en 1792, et fut même souvent appelée la croix de France, par des auteurs français, quoique la croix blanche ait aussi été et soit même encore aujourd'hui la croix de Danemark et la croix de Savoie et par conséquent du royaume d'Italie.

Les Parisiens au XIVe siècle, lorsque leurs couleurs étaient le rouge et le bleu, les portaient sur leurs chaperons; quelquefois les chaperons étaient d'autres couleurs, mais alors on y attachait un « fermoir

{[) Lacroix blanche reparut comme signe de ralliement au commencementdu XVIII" siècle sur les chapeaux »1«^ Camisardt biancs, compagnies au service du roi, composées de réformés nouvellement convertis et qu'on opposait aux camisards dans lesCéveunes; on les appelait aussi Cadets de In croix', ils turent organisés en vertu d'une bulle de Clément M. datée du t; mai 1703.

d'argent émaillé de ces couleurs. » Un usage analogue se retrouve plus tard indiqué dans le Livre des tournois du roi René (Bibl. nat., ms. Fr. 2692). Dans une des miniatures de ce manuscrit les surveillants et employés de la lice sont représentés recevant et attachant sur le devant de leurs chapeaux, des petits écus peints ou émaillés aux armes des juges diseurs du camp. (Les plaques de shakos et de bonnets à poils des grenadiers, que nous avons encore vues de nos jours, offrent une analogie frappante avec cet ancien usage) (1).

Sous Charles VII, outre la croix blanche, souvent placée sur la poitrine des gens d'armes, ceux-ci avaient encore d'autres marques de reconnaissance, c'étaient : les couleurs de la cotte d'armes qui étaient celles des capitaines (« signal est à chevalier en son « pourpoint et bannière [2 »]); les cimiers et les cornettes de casque ou lambrequins.

Le récit de l'entrée de Charles VII à Rouen (10 novembre 1449), par Mathieu d'Escouchy, donne, sur les costumes de ce temps et leurs couleurs, des détails intéressants que nous en extrairons.

(1) En 1793, sur les plaques de bonnets à poils des grenadiers on remplaça les trois fleurs de lis qui y figuraient par la devise : Vivre libre ou mourir. En 1874, il n'y a plus de plaques que sur les shakos de l'Ecole militaire de Saint-Cyr, on y voit un soleil ( est-ce celui de Louis XIV ? ) au milieu d'un trophée de drapeaux, et sur ceux de la Garde républicaine à Paris, celles-ci montrent l'écu des armoiries de la ville, le vaisseau d'argent en champ de gueules au chef d'azur semé de fleurs de lis d'or.

(2) Le jeu des échecs moralisé, livre de V ordre de chevalerie, 1504, feuillet 76, Bibl. nat., R.

« Les premiers qui entrèrent furent 40 archers du comte de Clermont, ils avaient brigandines et harnais de jambes et leurs salades garnies d'argent et portaient hoquetons rouges sans croix (1); après suivaient 50 archers de Charles d'Anjou qui avaient sur leurs salades des cornettes pendant jusque sur leurs chevaux et portaient hoquetons rouges découpés dessous sans croix, lesquelsconduisaient leur capitaine armé de plein harnais (sans être couvert du hoqueton), et on portait derrière lui l'enseigne dudit messire Charles; venaient ensuite 50 archers du roi de Sicile ayant sur leurs salades des cornettes aux couleurs dudit roi assavoir de taffetas gris, blanc et noir (2). Après venait la garde du roi de 120 archers et crennequiniers portant des hoquetons sans manches de cramoisi, blanc, et vert, avec plumets des mêmes couleurs sur leurs salades ; « puis la plus grant garde du roi, 300 lanches « (lances) qui avaient sur leurs salades chacun une « cornette de taffetas vermeil (3) et un g soleil d'or »

(1) Ce chroniqueur mentionne probablement l'absence de croix sur ces hoquetons rouges parce que le costume ordinaire d chers à cette époque était un hoqueton rouge à croix blanche sur la poitrine.

(2) Voir plus haut, p. 84, la cornette du casque du roi de Sicile, en d352, et p. 81, celle de Louis XI, en ïïVA. In ornement de casque assez curieux se voit dans la miniature de la p. 74, t. iv, du manuscrit de Renaud de Montauban, à la bibliothèque de l'Arsenal, manuscrit du temps de Charles \ 11, c'esl nne sorti' de houppe rouge de plumes ou de soie surmontant un casque de la tonne appelée Chapeau de .Montauban.

(3) Le voile ou cornette de casque était encore en usage sous

Henri 11, car JMontluc dit : « Je tis couvrir de taffetas jaune les 1110rions de mes soldats pour l'amour du sieur de Termes qui portait le jaune. » {Cumm., t. i. p. 428, ni. de la Soc. de l'lli>i. de France.)

(voir plus haut p. 54 et 120), ils étaient conduits par Théodore de Valpergue, vêtu de satin bleu. Suivaient les 6 trompettes du roi « fort bien habillés des « parures (couleurs) du roi. » Après venaient les hérauts d'armes du roi et des autres seigneurs, vêtus des cottes d'armes de leurs maîtres. Le seigneur de Gaucourt, premier chambellan du roi, était couvert de satin cramoisi, la croix blanche dessus. Jean de Fontenille, écuyer du roi, portait en écharpe le manteau du roi, d'écarlate pourpre fourré d'hermine; il était coiffé d'un chapeau pointu de velours rouge. Poton sieur de Xaintrailles, premier écuyer du roi, portait en écharpe l'épée de cérémonie du roi, dont le pommeau et la croix étaient d'or et le ceinturon et le fourreau de velours bleu semé de fleurs de lis d'or. Charles VII, monté sur un palefroi couvert d'un drap d'azur semé de fleurs de lis d'or, était armé de plein harnais, excepté la salade et la bavière, car il avait sur la tête un chapeau de « bièvre » (castor) gris fourré de satin vermeil avec une houppette de fils d'or et de soie rattachée par un fermait orné d'un beau diamant. Auprès de lui quatre pages vêtus de robes vermeilles, les manches chargées d' orfèvrerie, portaient sa lance, sa javeline, sa hache et son crennequin ; chacun d'eux portait habillement de tête différent de l'autre avec plumes par-dessus des couleurs du roi. Le roi de Sicile avait une journade (bourgeron) de drap d'or, avec la croix blanche par-dessus son harnais. Charles, comte de Nevers, était vêtu de velours vert brodé de grandes lettres d'or et garni de

franges de soie blanche et vermeille

Sous Louis XI les gardes de la compagnie écos-

saise portaient la toque écossaise ornée d'une plume, fixée par une figurine de la Sainte-Vierge en argent, et avaient sur la poitrine une croix brodée en argent (1). Pendant ce règne, les archers portèrent souvent la croix blanche sur la poitrine ou sur l'épaule.

Le ms. des Chroniques de Monstrelet de 1444 à 1471 (Bibl. nat., 88 Fr.), à sa première page, nous montre des hommes d'armes à cottes rouges ou vertes avec la croix blanche. Un autre ms. des mêmes chroniques (Bibl. nat., 2679) représente, f° 448, la bataille de Montlhéry, là les troupes royales ont en outre de la bannière de France, bleue à 3 fleurs de lis, un étendard bleu à petite croix blanche reproduite aussi sur les vêtements, tandis que les troupes de la Ligue, dite du bien public, ont le sautoir rouge de Bourgogne.

En 1486, trois ans après la mort de Louis XI, les ducs de Bourbon, d'Orléans et de Bretagne se révoltèrent contre la dame de Beaujeu, régente ; ils furent vaincus (1488) à Saint-Aubin du Cormier, leurs archers portaient des hoquetons à croix rouges (-2).

D'ordinaire, à cette époque, pour les gens de pied, le moyen de reconnaissance par corps, ce que nous appellerions aujourd'hui l'uniforme, consistait en

(1) Lorsque Louis XI alla avec te duc do Bourgogne réprimer la révolte des Liégeois, que lui-même avait excitée, il marcha sous la croix rouge de « Suint -Andrieu » qu'il porta à son chapeau (Olivier de la Mardi.', eh. v; 1». Daniel. Hist. </<• Fr., t. \n. p. 181

(2) Bût. (If Charles \ III. par laligny, A. de la Vigne, etc., I il.Vi DiM. ua!.. L

une manche aux couleurs du prince ou capitaine ou portant « sa devise » ou emblème. Cette coutume était générale en Europe; quand le comte du Roeux (1), ambassadeur de l'empereur Maximilien, « vint à Paris en grand train et nombre de gens, la <( plus part étoient vestuz de robes de livrée de drap « gris. Il y avoit en chascune des manches de chas- « cune robe un dromadaire faict de fil d'or de Chipce pre, lié à un petit arbre » (Journal d'un bourgeois de Paris, publié par la Société de l'Histoire de France, p. 47).

Lors des entrées solennelles de rois ou de reines dans les villes, les habitants pour leur faire honneur portaient souvent une manche à leurs couleurs ; ainsi à l'entrée d'Eléonore d'Autriche, femme de François Ier, à Lyon, le 27 mai 1533, les enfants de la ville, vêtus de rouge et de blanc (couleurs de la ville) avaient une manche aux couleurs de la reine : noir, blanc et jaune* (Le Cérémonial français, 1649, p. 805,)

Du temps de François Ier, si les vêtements n'étaient pas uniformes dans les divers corps, du moins les armes y étaient de même couleur, ainsi à la bataille de Cérizolles il y avait 4000 Gruériens « tous armés en blanc » et, sous Montluc, des compagnies de gascons « portant tous armes noires. » (Montluc, Comm., t. Ier, p. 274, édit. de la Soc. de l'hist. de France.)

Sous Henri II l'usage de la manche aux couleurs

(1) Adrien de Croy, seigneur de Beaurain, Ie* comte de Roeux (en 1530), chevalier de la Toison d'or, gouverneur de Lille, mort en 1553, C'est lui que Brantôme appelle Monsieur du Ru.

des capitaines comme signe de reconnaissance ou uniforme des hommes fut remplacé par le port de récharpe ou même de deux écharpes en sautoir, Tune pareille pour toute l'armée, l'autre variant de couleur suivant la compagnie (1).

Dans les guerres civiles du XVIe siècle les hoquetons (manteaux courts) furent ainsi que les écharpes aux couleurs des partis, comme auparavant ils étaient aux couleurs des seigneurs ou des capitaines. En 1562 le prince de Gondé, chef des protestants, fit porter à ses soldats écharpes et hoquetons blancs « pour marque d'une netteté de conscience au des- « sein par eux fait pour maintenir l'honneur de « Dieu et du public » (La Popelinière) (2). A la conférence de Thoury (1562), Catherine de Médicis voyant passer une troupe de protestants revêtus de la casaque blanche, dit au prince de Gondé : « Vos « gens sont meuniers, mon cousin ? » Elle reçut de lui cette réponse : « C'est pour mieux toucher vos

(1) Le souvenir des écharpes de couleurs différentes par compagnies s'est conservé jusqu'à la lin du XVIIIe siècle dans Les bandoulières violettes, vertes, aurore, rouges, jonquille, ou bleu compagnies de gens d'armes et de chevau-légers; les Cent-S avaient leurs bandoulières de peau Manche frangées de soie rouge. bleue et blanche, celles des gardes de la porte étaient à carreaux d'or el d'argent, celles des gardes du corps étaient à carreaux pour la première compagnie, de soie blanche el d'argent, pour les 3 autres de soie verte, de soie bleue et de soie jaune et d'argent; on les a encore portées jusqu'en 1830. (Tou - mdoulières

sont données dans ['Abrège de la curie générale du militaire de 1741, M part., p. 38et suivanl

[-1) Le guidon ou cornette du prince de Gondé était blanc avec l'image de Curtius se précipitant dans le gouffre, et la d< i <( Doux le péril pour Christ et le pays.

« roussins, madame. » (Aubigné.) L'armée royale et catholique portait alors écharpes et hoquetons cramoisis.

A la bataille de Dreux en 1562 « le combat avait « déjà duré plus de cinq heures, à peine pouvoit- « on plus discerner les écharpes blanches que por- « toit l'amiral, d'avec l'écharpe rouge de ses enne- « mis. » (La Popelinière.)

« Les enseignes des protestants qui étaient blan- « ches ne furent point reconnues par leurs gens » à Goignac, en 1568 (Hist. de M. de Thou, t. V, p. 409). Ces enseignes protestantes sont les premières enseignes blanches qu'il y ait eu en France, jusque-là il n'y avait eu que des cornettes ou guidons particuliers qui eussent été blancs, mais point encore d'enseignes de troupe. En 1562 les enseignes des protestants n'étaient point encore toutes blanches, car lorsqu'ils furent battus à Dreux par le duc de Guise, le capitaine Durée apporta à celui-ci une enseigne blanche qu'il avait gagnée sur le champ de bataille, le duc lui dit : « C'est une enseigne blanche, voilà un très- « beau présent et rare » puis demanda à qui elle pouvait être. Il lui fut répondu qu'elle était celle de M. de Fontenay (Jean de Rohan), colonel des bandes venues du Dauphiné. Alors M. de Guise dit : « C'est une chose qu'un colonel doit surtout aviser « de bien garder son drapeau et ne le perdre point, « encore que tout capitaine doive faire de même, « mais pourtant c'est un plus grand reproche à un « colonel et en est l'importance plus grande qu'on « ne pense. » (Drantôme, t. VI, p. 229. Edit. de la Soc. de l'Hist. de France.)

Le 3 octobre 1569, « toute l'armée desdits rebelles « étoit habillée de blanc. » (Relation originale de la bataille de Moncontour gagnée par le duc d'Anjou sur les protestants. Paris, 1569) (1).

Les protestantsportèrent toujours la casaque blanche « du moins était à toutes le fond blanc bordé de telle

« couleur que la devise du chef demandait avec

<( l'écharpe blanche pour les discerner des catholiques. » (La Popelinière). Pendant quelque temps seulement, en 1569, ils prirent l'écharpe jaune et noire en l'honneur du duc de Deux-Ponts qui leur avait amené de grands secours.

Sur un dessin du temps, représentant le combat d'Auneau (1587), le duc de Guise est figuré avec l'écharpe ronge; les protestants, commandés par le baron de Donna, ont une enseigne blanche traversée par une bande diagonale, une de leurs cornettes de reîtres porte pour emblème un bras couvert de son armure sortant d'un nuage et tenant une fleur de lis (2). C'est à ce combat que furent écrasées les bandes protestantes que commandait depuis W>77 M. de Mouy, dont le guidon était blanc et portait au

(1) Les gravures du temps (GoU. Hennin, t. vu, Bibl nul., I représentent les guidon ou cornette de L'amiral de Coligny chargés d'une ancre sur fond blanc, les fanions de ses trompetU aussi blancs avec une ancre surmontée d*une couronne et entourée du collier de l'ordre du roi (Saint-Michel).

(2) On peul voir la disposition des enseignes des catholiqi

des protestants pendant ces guerres de religion dans les tome^ v. VI, vu et mu <\<- ta Collection Hennin à la Bibliothèque nationale. département des Estampes, malheureusement les gravures ne donnent que rarement l'indication des couleurs.

centre « la marmite du pape (la tiare) renversée. » Dans le même combat les catholiques reprirent la cornette de M. de Rouvray, perdue à Vimory lorsqu'il y avait été tué; elle portait les images de la sainte Vierge et de saint Georges.

Après le meurtre du duc et du cardinal de Guise, tués par ordre de Henry III, à Blois, en décembre 1588, les ligueurs, en signe de deuil, adoptèrent la couleur noire (1) qu'ils gardèrent jusqu'à la mort de Henry III, après laquelle ils reprirent le vert, couleur des princes lorrains, en écharpes ou cravates des enseignes dont beaucoup restèrent noires et chargées de la croix double, dite de Lorraine, jaune ou blanche (2). Au combat de Bonneval, 18 mai 1589, les fanions des lances des ligueurs étaient noirs semés de larmes (3).

L'étendard principal des ligueurs, pris par les royaux à Ivry, le 14 mars 1590, était de taffetas noir portant au centre un crucifix avec la devise : Auspice

(1) « Et l'escharpe verte des ligueurs fut changée en noire, » (Hist. ms. de la maison de Guise, par Oudin, liv. m, chap. 46.) Voir au sujet des couleurs lorraines l'appendice ajouté à la suite du chapitre des couleurs personnelles, p. 75 et les notes au bas des pages 54, 184 et 230.

(2) Un étendard de la ligue, à double croix, se voit dans le trophée sculpté sur le fronton (face nord) de la cour d'honneur de l'hôtel des Invalides.

(3) La couleur noire était souvent aussi adoptée pour les vêtements, ainsi au combat d'Arqués fut tué le baron de Saint-André, gentilhomme provençal, ligueur d'une grande bravoure, qui portait une casaque de velours noir ras semé de double-croix en broderie d'argent (René de Bouille, Hist. des ducs de Guise, t. m, p. 413).

Christo, la cravate était verte Quand Paris se rendit à Henri IV, en 1594, Bourg de l'Espinasse, qui occupait la Bastille avec son régiment, aima mieux en sortir publiquement avec l'écharpe noire de la ligue, plutôt que de remettre la place au roi pour de l'argent, ainsi que le faisaient la plupart des gouverneurs. Il resta attaché au duc de Mayenne et ne se soumit qu'avec lui en 1595, après avoir encore défendu Laon ; il servit ensuite Henri IV avec la même fidélité et continua jusqu'en 1619 à commander le régiment qui, en 1635, prit le nom d'Auvergne, et qui avait dès 1610 et conserva jusqu'en 1792 des drapeaux dans lesquels deux quartiers noirs rappelaient peut-être l'origine ligueuse. (V. ci-dessus, p. 176).

Vers le milieu du mois de février 1592, Henri IV attaqua dès le grand matin et défit à Bures, sur la rive gauche de laBéthune, l'avant-garde des ligueurs commandée par le duc de Guise, le pennon vert de celui-ci fut pris h son logis ; le duc était absent, ayant été, avant le jour, en personne, au quartier général prendre les ordres des ducs de Mayenne et de Parme.

Le 5 février 1595, les bourgeois de la ville de Beaune firent capituler la garnison du château qui tenait pour la ligue, ils eurent entre autres trophées un drapeau qui est encore conservé dans la bibliothèque de Beaune, « il est long d'environ S pieds et moins lai : étal de vétusté est tel que

imblèmes, s'il y en a eu, ne sont, plus visibles et que l'étoffe ne se compose plus que d'une multitude de lambeauxflétris,lesuns vert$s les autre . les

autreswoîrs ». (Lettre de M. Albertier, conservateur

de la Bibl. de Beaune, en date du H février 1873.) Le 30 avril 1589, iHenri de Bourbon, roi de Navarre, chef du parti protestant, rejoignit, au château de Pïessis-lès-Tours, Henri IIL qui l'avait appelé à son secours contre le duc de Mayenne. « Le Béar-

« nais s'y rendit avec ses gardes Tous avaient

<c l'écharpe blanche, le roi seul portait un manteau « d'écarlate, vêtu d'ailleurs en soldat, le pourpoint « tout usé sur les épaules et aux côtés de porter la « cuirasse, le haut de chausses de velours feuille « morte, le chapeau gris avec un grand panache « blanc, où il y avait une très-belle médaille (1). » Le 8 mai, le duc de Mayenne attaqua Henri III dans Tours, le roi ne dut son salut qu'à l'arrivée de l'armée protestante. « La lune était belle et claire, « les sentinelles du duc de Mayenne voyaient que « les sentinelles qui étaient dans les îles avaient « des écharpes blanches, ils jugèrent incontinent « que les troupes du roi de Navarre étaient arri- « vées. » Après le combat, Henri III quitta l'écharpe rouge et, pour honorer la valeur de ses nouveaux soldats, 9 prit l'écharpe blanche, ce qui fâcha plusieurs « des siens, ne pouvant de bon cœur voir honorer « la marque contre laquelle ils avaient eu et avaient « encore tant de passion (2); de ce rang furent d'O,

(1) Aubigné, Chronologie novenaire,

(2) Une écharpe ou cravate des mêmes couleurs que l'écharpe de la troupe était attachée au haut de la hampe des enseignes, ainsi cette cravate était rouge dans l'armée royale, blanche dans celle des protestants, verte dans celle de la ligue. Plus tard les cravates furent aux couleurs des chefs de corps, ce n'est qu'après

« Clermont, d'Antragues, Chateauvieux et au- « très (1) ». Depuis lors, pendant deux siècles, les écharpes des armées du roi furent blanches (2).

Au moyen âge les gens d'armes portaient sur leurs casques un lambrequin ou cornette de casque aux couleurs ou devises des princes, seigneurs ou capitaines, ainsi que nous l'avons déjà dit p. 257.

Sous Charles Y1II et Louis XII, de grands bouquets de plumes furent mis sur les casques, chapeaux ou bonnets (3). En 1498, à l'entrée de Louis XII à Paris, les Suisses du roi, vêtus de hoquetons rouge et jaune, avaient sur leurs têtes de « grands plumeau. r » des mêmes couleurs; en 1515, pour l'entrée de François Ier, ils étaient vêtus de rouge, blanc et jaune, couleurs du nouveau roi et avaient sur leurs bonnets « plumail » pareil; la garde (4), écossaise portait

1661 et peut-être même dans le dernier quart du XVIIe siècle que toutes les cravates furent blanches. « L'infanterie a des drapeani « auxquels on a ajouté une écharpe blanche depuis la bataille de « Fleurus », 1690, (Les guidon, cornette et enseigne du temps de Louis XIV, estampes gravées par Guérard). L< ^ régiments de cavalerie, de 1 635 à 1789, n'avaient pas de cravates à leurs étendards.

(1) Aubigné, Confessions de Sancy.

(2) En 1651, l'écharpe àla couleur des partis se retrouve encore. Dans l'armée du prince de Coudé, les officiers portaient l'écharpe de couleur isabelle ; dans l'armée du cardinal Mazarin, commandée parle maréchal d'Hocquincourt, les officiers portaient l'écharpe verte. Le sieur de la Prugne, dans ses Principes de l'art militaire (Bibl. oat., R. **p, p. 6) dit, en 4636 : « Le soldat doit avoir soin... qu'il porte toujours la livrée de son prince en écharp

(3) Ou du moins l'usage en devint général, car dès 1449 on mentionne les plumets, voir p. 122.

( l) Du llaillan. dans sou livre de r Estai des affaire* de Fr

« plumails blancs » ; en 1548, à l'entrée de Henri II à Lyon, les tpennaches » sont blanc et noir; en 1571, à l'entrée de Charles IX à Paris, on voit les chapeaux de velours noir garnis de « pennaches » bleu, blanc et incarnat.

Sous Henri III, les plumes diminuent beaucoup et prennent plutôt la forme d'aigrette, une ou trois petites plumes sortent souvent alors d'un groupe de petites balles d'étoffe placées sur le rebord du chapeau et portant le nom d' « étoeufs »; en 1586, les étoeufs des Suisses de la garde du roi, ceux des gardes de la prévôté de l'hôtel, ceux des mousquetaires et ceux des courtisans étaient des couleurs du roi : bleu, rouge et blanc (1).

Sous Henri IV les « panaches » revinrent à la mode, à son entrée à Rouen, en 1596, ils sont « aux a trois couleurs de Sa Majesté. »

Nous n'avons mentionné ici que des corps de la garde des rois, parce que ces indications très-précises se trouvent pour ainsi dire réunies, tant dans le Cérémonial français que dans la série des Entrées et Fêtes du département des estampes à la Bibliothèque nationale, mais ce qui est dit de ces compagnies peut à la même époque s'appliquer aux compagnies des autres princes ou seigneurs.

dit que Charles IX et Henri III ont des gardes composées de Français et d'Ecossais, les Ecossais à la « différence des Français por- •« tent la casaque blanche et les Français la portent de la couleur « du roi. »

(1). Bibl. nat., Est. Collection Gaignières, t. IX, p. 77 à 80, 130 à 452.

Sous Louis XIII de longues plumes, flottant presque horizontalement, étaient en usage et persistèrent pendant une partie du règne de Louis XIV (1); elles variaient de couleur par corps, par compagnie et même par division de compagnie : ainsi à l'entrée de Louis XIV à Paris, en 1660, les mousquetaires du roi étaient divisés en quatre troupes ayant des plumes blanches; blanches, jaunes et noires; blanches, bleues et noires; blanches et vertes (Bibl. nat., P.d.43). Les gardes françaises avaient alors plumes rouges (2), et les chevau-légers du roi plumes blanches, qu'ils ont toujours porté ensuite jusqu'à la suppression du corps. En même temps se multiplièrent les nœuds de rubans des couleurs distinctives sur les épaules (3), à la poignée de l'épée, à la jonction des hauts de chausses et du pourpoint, aux jarretières, autour de la

(1) Quoique sous Henri IV et Louis XIII il n'y eût pas encore d'uniforme ni de marques de grade en France, pourtant on voit dans les Maximes et instructions de l'art de la guerre de messireÂ. Gontaull de Biron, maréchal de France, Paris. 1611, p. M. que les fourriers avaient hoquetons d'orfèvrerie (brodés) et qu'il leur était recommandé de les porter pour être reconnus et respectés.

(2) Dans les gardes françaises, en 1661, la compagnie de Maupeou avait habit gris, chausses bleues; la compagnie de Castelnau, casaquin rouge; la compagnie de llautefeuillo chausses et ratines fourrées; peu après (1670) ils furent tous habillés de gris bleu, les officiers étant écarlates, « aujourd'hui officiers et Boldatssdnl ha- « billes de bleu qui est la couleur rotale. (Abrégé citron, de la maison du Roi. Lepipprc de Neuville, 1734, t. m. p. 19.)

(3) Suivant Beneton, le nœud d'épaule servait dans l'origine à fixer l'écharpe (pie depuis il a remplacée. Sous Louis W ont été adoptées, pour la première fois, les épaulettes, qu'on appelle dans L'année » guenilles de Ghoiseul », du nom du ministre qui en prescrivil L'usage.

forme du chapeau. Ces nœuds, tantôt étaient de la même couleur que la plume du chapeau, tantôt en différaient; ainsi, en 1671, les gardes françaises avaient plume rouge et nœud d'épaule rouge, et les fusiliers du roi avaient plume rouge et nœud d'épaule bleu. A cette même époque, dans les corps qui n'appartenaient pas en propre au roi, les hommes portaient des nœuds de rubans aux couleurs des colonels.

Dans un règlement pour l'exercice de l'infanterie, fait le 2 mars 1703 « par la main de Sa Majesté » (Bibl, nat., R. ***■ p. 90), on lit : «Il paraît que le « soldat n'est pas bien avec des rubans, sur l'épaule, « à la cravate, à l'épée, ni même au chapeau, comme « c'est l'usage et qui est une dépense; s'il est souf- « frable en quelqu'un de ces endroits, c'est seu- « lement au chapeau, cela faisant un parterre agréait ble pour ceux qui étant à cheval voient les troupes, « c'est à Sa Majesté à en décider (1). »

L'uniformisation du costume militaire, dont le premier essai date de 1670, n'était pas encore appliquée avec une grande rigueur en 1703, mais, à cette époque, toute règle fixée, quelque absolue qu'elle puisse paraître, admettait bientôt des exceptions. Le premier uniforme porté par l'infanterie française se composa d'un habit gris clair pour tous les régiments ; ceux-ci se distinguaient par la couleur de la

(1) Ce même règlement dit (p. 98) : « que tous les chapeaux soient retroussés fort haut avec 2 audaces devant et autant derrière, lesquelles doivent être fortes, que les soldats portent leurs chapeaux un peu sur les yeux et relevés derrière.

veste et de la culotte et quelquefois par celle de la doublure qui ressortait dans les collets et les parements retroussés. Ces couleurs dlstinctives étaient le bleu, le rouge et le blanc de la liorée royale. Un petit nombre de régiments auxquels se rattachaient certaines traditions ou qui avaient une origine étrangère portaient des couleurs différentes, ainsi le régiment de Piémont, en souvenir des bandes noires, eut le parement noir; le régiment de Dampierre, qui était d'origine lorraine, le porta vert (général Susane, Hist. de Vinf. fr., t. Ier, p. 238). Les couleurs n'étaient du reste pas arbitrairement imposées aux régiments, car le règlement de 1703, que nous venons de citer, porte, p. 85 : « Les soldats sont habillés uniformé- « ment avec des vestes de la couleur que les régi- « ments les choisissent. »

Après la paix de Ryswick, en 1697, l'infanterie dut avoir au chapeau le nœud, dit cocarde parce qu'il remplaça les plumes de coq, m rubans noirs, le règlement de 1763 donna aussi à la cavalerie la cocarde noire et après 1767 l'infanterie dut porter la cocarde blanche, laquelle fut aussi donnée à la cavalerie par le règlement du 30 octobre 1786, mais par suite de la latitude laissée alors à la diversité, il s'en fallut de beaucoup que les cocardes fussent toutes noires de 1697 à 1767 ou qu'elles fussent toutes blanches de 1767 à 1790. On peut juger de leur variété par le tableau suivant des cocardes au XVIIIe siècle.

I7o;;. — Blanche et noire, colonel général cavalerie. 17K). — Jaune, Lenck, depuis Royal-Suédois.

1720. — Blanche et rouge. Alsace.

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