‹ Les drapeaux français: étude historiqueChapitre 22 sur 29 · COCARDES · texte numérisé non relu

COCARDES

de 1697 à 1769.

I à IBM

Bleue et rouge,

Blanche et noire.

Blanche et rouge.

Noire,

Blanche,

Bleue,

Blanche,

1741. — Noire, 1744 (1). — Bleue et rouge, 1744. — Blanche et rouge, 1744. — Blanche et jaune,

1746. — Blanche,

1747. — Bleue et rouge,

1756. — Blanche et verte,

1757. — Blanche et rouge, 1759. — Pas de cocarde,

1762. — Blanche,

1763. — Noire, Depuis 1697. — Noire, Depuis 1767. — Blanche, Depuis 1786. — Noire,

— Noire,

Saxe.

Gent-Suisses, gardes de la Prévôté.

régiment du roi.

gardes de la manche.

2 compagnies des gardes du corps.

2 compagnies des gardes du corps.

gentilshommes gardes du pavillon amiral.

gardes du pavillon amiral.

arquebusiers de Grassin.

Lowendal.

Gardes-Lorraines.

compagnie franche de Croates.

Saint-Germain.

l'armée du maréchal de Soubise en Allemagne.

Bouillon, Royal-Deux-Ponts.

Picardie.

chevau- légers de la garde.

les régiments de cavalerie.

pour tout le reste de V armée.

l'infanterie.

la cavalerie.

les compagnies de gens d'armes jusqu'à leur suppression, la maréchaussée., les gardes du pavillon amiral, les gardes marines, les gardes de la porte du roi, les Gardes-Françaises, Royal-Artillerie, Dillon (2).

En résumé, à la veille de la révolution de 1789, la cocarde en France était blanche ou noire suivant le

(1) Dans la relation de la réception de Louis XV à Metz en 1744, (Bibl. nat., Est. P.d.45), figure une troupe a cheval portant une bandoulière jaune avec plaque aux armes de France et de Navarre et dont la cocarde est bleue et blanche ; il serait permis de supposer que c'était la 4e compagnie des gardes du corps.

(2) Voir les divers Etats militaires, ou Tableaux du militaire de

corps; un règlement même, vers cette époque, venait d'interdire aux particuliers d'avoir des domestiques porteurs d'armes ou insignes militaires ayant au chapeau cocarde noire ou blanche, ces deux couleurs étant exclusivement réservées pour les cocardes de V armée.

Le 12 juillet 1789, au milieu du tumulte qu'excita à Paris la nouvelle du renvoi du ministre Necker, Camille Desmoulins poussa les Parisiens à s'armer et leur proposa de prendre des cocardes pour se reconnaître. « Voulez-vous, leur dit-il, le vert, couleur « de l'espérance? » et, de la table sur laquelle il était monté dans le jardin du Palais-Royal, il arracha d'un marronnier une feuille verte qu'il mit à son chapeau; tout le monde l'imita et les arbres environnants fournirent quantité de cocardes vertes, concurremment avec ce que l'on acheta de rubans verts.

Le lendemain ce signe de ralliement céda la place à un autre; un comité d'électeurs, installé à l'Hôtel de Ville, créa ou plutôt rétablit la milice parisienne, par un arrêté dont l'article 10 dit que, comme r marie que distinctive, les couleurs de la ville ont été « adoptées par l'assemblée générale ; en conséquence « chacun portera la cocarde bleue et rouge. »

Le 14, le peuple de Paris, aidé du .régiment des Gardes-Françaises révolté, attaqua et prit la Bastille,

la France, etc. Les hussards n'avaient pas de cocardes. Eu les Cent-Suisses de la garde du Hoi, dans leur costume de monie, avaient la cocarde blanche et un plumet blanc sortant d'mw touffe de rubans bleus el rouget, placée entre la forme et le rebord retroussé du chapeau (Hoffman, maison du Roi, etc., Bibl. nat., Est. o.a.io;,, t. ij.

défendue par 82 invalides sous le capitaine de Monsigni, auxquels depuis quelques jours on avait adjoint 32 grenadiers suisses du régiment de Salis-Samade, dont, par une bizarre coïncidence, le drapeau, comme nous l'avons déjà dit (p. 186), se trouvait justement être bleu, blanc et rouge.

Le 17, le roi Louis XVI, étant venu de Versailles à l'Hôtel de Ville de Paris, fut reçu par le maire Bailly, qui lui dit : « Sire, j'apporte à Votre Majesté « les clefs de sa bonne ville de Paris ; ce sont les mêmes qui ont été présentées à Henri IV; il avait re- <( conquis son peuple, ici c'est le peuple qui a re- « conquis son roi ! » En ce moment le roi, d'après le conseil, dit-on, de M. de la Fayette, attacha la cocarde parisienne bleue et ronge sur la cocarde blanche qu'il portait à son chapeau. De là la cocarde tricolore, qui fut, en effet, sous la Piépublique et sous le premier Empire, ainsi disposée : le bleu au centre, le rouge ensuite et le blanc à l'extérieur.

On a beaucoup cherché à donner des raisons politiques ou philosophiques de l'adoption de la cocarde à trois couleurs; pour nous, le fait matériel que le roi ait posé une cocarde bleue et rouge des insurgés victorieux sur la cocarde blanche, qu'il portait, constitue une raison suffisante pour expliquer l'origine de la cocarde tricolore. Sur ce fait historique, relativement bien récent, les descriptions, les suppositions d'intention varient à l'infini, et ce n'est même pas dans les journaux (l)ou écrits du temps qu'on peut trouver grand

(1) L'Ami du Roi, le Journal de Paris, la Gazette nationale ou Moniteur universel,

éclaircissement, chacun présentant les faits à sa manière, ou n'en parlant même pas du tout ; ainsi on chercherait en vain une trace de ces événements dans les numéros de la Gazette de France des mardi 14, vendredi 17, ou mardi 21 juillet 1789. On ne peut pas non plus prendre au sérieux les raisons données par ce que nous nommerions maintenant un placard et qui s'appelait alors un « canard », feuille volante imprimée d'un seul côté et que Ton criait dans les rues pendant les dix derniers jours de juillet 89. On y voit que le bleu indique la justice, la loyauté, la beauté, la bonne réputation ; le rouge veut dire vaillance, hardiesse, générosité ; le blanc représente espérance, pureté, innocence, charité. Sur une de ces feuilles (conservée à la Bibl. nat., dép. des Estampes), la nouvelle cocarde est appelée cocarde royale et de la liberté, et un dessin la représente, nous le reproduisons. 11 y a une certaine logique dans l'arrai ment des rubans dans cette cocarde et dans celle adoptée par Louis XVI; le roi a ajouté des rubans bleus et rouges sur une cocarde blanche, et le peuple de Paris a ajouté un ruban blanc sur un nœud bleu et rouge (1).

Non-seulement l'uniforme de la nouvelle milice parisienne fut composé des trois couleurs (:2\ maisc on porta des ceintures, des écharpes, des brassards, des

(!) Sur le drapeau qu'adopta en 1789 la 'garde nationale du districi des Capucins du .Marais (ci-après, p. 309), on voit an carde OÙ les 3 couleurs sont dans cet ordre : blanc au contre, bleu ensuite et rouge à L'extérieur.

(2) Voir ci-après, p. 306.

plumets aux trois couleurs, dits à la nation les

brevets de francs-maçons, d'officiers et autres furent ornés d'un ruban national servant à maintenir le

sceau les églises devaient aussi arborer les trois

couleurs (1). »

Il dut alors y avoir une grande variété dans la disposition de ces emblèmes tricolores ; mais la cocarde royale ou militaire resta, comme elle avait paru pour la première fois le 17 juillet, c'est-à-dire, bleu et rouge sur fond blanc : seulement elle fut bientôt faite d'un morceau d'étoffe tissé aux trois couleurs plissé en rond (2) et n'eut plus la forme de papillon des anciennes cocardes. On peut en voir un exemple dans la cocarde des gardes du corps du roi en 1791, dans les Costumes militaires de la France (Bibî. nat., Est. O.a.101). Le bleu qui est au centre est à peine visible à cause de la ganse du chapeau qui passe pardessus ; on ne voit bien que le rouge et le blanc à l'extérieur.

Au 2 octobre 1789 les gardes du corps du roi n'avaient pas encore adopté la cocarde tricolore ; ce jour-là ils reçurent les officiers du régiment de Flandre, ceux des dragons et chasseurs des Évêchés et ceux de la garde nationale de Versailles dans un banquet où ils ne tardèrent pas à communiquer leurs

(1) F. Pouy. Hist. de la cocarde tricolore, Paris, Bauer et Detaille, 10, rue des Beaux-Arts, 1872, p. 36, et Recherches sur ï imprimerie et la librairie dans le département de la Somme, par le même auteur.

(2) La cocarde est de forme ronde, « des trois couleurs adoptées « par la nation, blanche, ronge et bleue » (Description curieuse, etc., dédiée à l'abbé Fauchet, Sorin, 1790).

sentiments d'enthousiasme royaliste à leurs convives, qui quittèrent alors les cocardes tricolores et les remplacèrent par des cocardes blanches et par des cocardes noires qui, les unes aussi bien que les autres, étaient les anciennes cocardes de l'armée. Le lendemain, à Paris, beaucoup de gardes-françaises licenciés, désireux de reprendre leur service auprès du roi, arborèrent de nouveau leurs anciennes cocardes noires ; des rixes s'ensuivirent (1) et la Commune prohiba les cocardes d'âne seule couleur.

A partir de ce moment, la cocarde acquit une importance qu'elle n'avait pas lorsque dans la même armée les troupes portaient des cocardes différentes, ainsi que cela avait lieu avant 1789; elle fut l'objet d'une série d'actes, proclamations ou décrets (2).

Dans sa proclamation du 28 mai 1790, Louis XVI

dit : « Nous avons jugé digne de notre sollici-

« tude paternelle d'interdire jusqu'aux signes qui <( seraient propres à manifester des divisions et des

« partis Instruit qu'en divers lieux du royaume

« des particuliers se seraient permis de porter des

(1) Le 4 octobre, aux Champs-Elysées, dos hommes de tout rang cl de tout âge arborèrent la cocarde noire el se présentèrent ainsi à une revue de la garde nationale; un volontaire sortil des rangs et arracha une de ces cocardes; au Luxembourg, au Palais-] on arracha cinq autres cocardes, etc. (F. Pouy, Hist. de la cocarde tricolore, p. Y2.)

("2) Voir aussi à ce sujet la Motion pour engager les 1 cl les Françaises à porter la cocarde nationale. Séviniant, Brest, imprimerie de Malassis, 1789; Les différents effets delaco nationale, S. 1. 1790, in-8. I de nationale, journal

entre toutes les indue* du royaux numéros,

-'.m. tant an 17 avril 1790, in-8».

« cocardes différentes de la cocarde nationale que

« nous portons nous-même faisons défense à

« tous nos fidèles sujets et dans toute retendue de « notre royaume, de faire usage d'aucune autre coït carde que de la cocarde nationale » . . .

Un décret de l'Assemblée nationale du 18 juin 1790 déclare que toute cocarde, autre que la cocarde nationale, demeure réformée, aux termes de la proclamation du roi.

L'article 16 du décret du 5 juillet 1792 prescrit à tout homme, résidant ou voyageant en France, de porter la cocarde nationale ; toute autre cocarde est considérée comme insigne de rébellion, et tout individu qui s'est revêtu à dessein d'un signe de rébellion sera puni de mort.

Le 2 août 1792, la municipalité de Paris défendit toute autre cocarde que la cocarde militaire (c'est-àdire de la forme que nous venons d'indiquer, p. 277). Le même jour, en réponse à cette défense, un décret de l'Assemblée décide que les cocardes nationales peuvent être formées de toutes sortes d'étoffes et de rubans, pourvu qu'elles soient aux trois couleurs nationales (1).

(1) Un décret du 17 octobre 1792 condamna à la peine de mort tout fournisseur qui contreviendrait directement ou indirectement à la loi qui défend les cocardes autres que celles aux trois couleurs nationales. Tout le monde étant oblige de porter la cocarde, cette denrée renchérit beaucoup, par suite « des calculs liberticides » des spéculateurs, dit l'arrêté de vendémiaire an n du conseil général du district d'Amiens, qui comprit la cocarde dans son tarif de maximum et en taxa le prix un tiers en sus seulement de celui de 3790 (F. Pouy, p. 50). L'armée des royalistes qui en Bretagne cl

La cocarde militaire elle-même ne dut pas alors conserver toujours la même disposition des couleurs, car sur un modèle de chapeau et de panache, joint au règlement du 27 messidor an vm, concernant les uniformes (Arch. du dépôt de la guerre) on voit dans la cocarde le blanc au centre, puis le rouge, puis une mince zone blanche, puis le bleu et enfin une autre mince zone blanche. Peut-être n'est-ce que la cocarde des généraux en chef, quoique ce ne soit pas spécifié dans le texte qui donne les formes et couleurs de leurs panaches et baudriers.

Sous Napoléon Ier une circulaire du ministre directeur de l'administration de la guerre du 20 février 1811, dit : « Il ne sera rien changé à la matière, à (( la forme ni aux dimensions des cocardes qui sont « en usage ; le bleu doit être placé au centre, le « rouge ensuite et le blanc à la circonférence. » On les voit effectivement ainsi représentées dans les Costumes militaires du premier Empire (Bibl. nat., Est. O.a. 113 a) toutes pareilles à celle de 1792.

Lors de la chute de Napoléon Ier, le gouvernement provisoire, par un arrêté du 10 avril 1814, enjoignit à la garde nationale de prendre la cocarde blanche (1); on

en Vendée combattirent les troupes de la République, avait repris la cocarde blanche et arboré un drapeau blanc à bordure dentelée noire, portant au centre l'éeu de France avec la devise : Pro Dw et Ih'ije.

(1) Dans son allocution à ses troupes à Fontainebleau, le 3 avril,

l'Empereur dit «Des émigrés ont arboré la cocarde blanche

« jurons de taire respecter cette cocarde tricolore qui. depuis « vingt ans, nous trouve sur le chemin de la gloire et de l'honu neur »

ne donna pas encore le même ordre à l'armée. Le 12, M. le comte d'Artois, frère de Louis XVIII, fit son entrée dans Paris à cheval, revêtu de l'uniforme de la garde nationale, avec la cocarde blanche ; il était entouré d'un nombreux état-major dans lequel on remarquait six maréchaux de France et plusieurs officiers généraux; dans ce cortège, les uns portaient la cocarde blanche, les autres n'avaient pas encore quitté les trois couleurs (1).

Le 13 avril deux arrêtés du gouvernement provisoire portent l'un que « la cocarde blanche est la « cocarde française et sera prise par toute l'armée » ; l'autre que « le pavillon blanc et la cocarde blanche « seront arborés sur les bâtiments de guerre et les « navires du commerce. » En exécution du premier de ces arrêtés, dans la plupart des régiments on se contenta de coller un morceau de papier blanc sur le bleu et le rouge de la cocarde, ne laissant ainsi paraître, que le blanc qui sous l'Empire était à l'extérieur.

Au mois de mars 1815, l'empereur Napoléon quitta l'île d'Elbe, débarqua en France, rencontra des troupes envoyées pour le combattre, mais qui passèrent de son côté et qui, pour reprendre la cocarde tricolore, n'eurent qu'à enlever le morceau de papier qui en cachait le centre bleu et rouge. Deux décrets impériaux du 9. mars (de Grenoble) et du 13 mars (de Lyon) abolirent la cocarde blanche et rétablirent la cocarde nationale aux trois couleurs.

(1) Histoire de la Restauration, par L. de Vielcastel, de l'Académie française, t. i, p. 302 et 303.

Par un autre décret du mois de mai, toute personne convaincue d'avoir porté un signe de ralliement, autre que la cocarde nationale, est punie conformément à la loi du 27 germinal an iv, et à l'article 91 du Gode pénal, qui édictait la peine de mort et la confiscation.

A la fin de juin 1815, l'Empire tomba de nouveau et la cocarde blanche fut ramenée par Louis XVIII malgré les démarches qui furent faites auprès de lui, malgré un projet de constitution adopté par la Chambre des représentants, qui conservait, par son article 47, la cocarde tricolore, et malgré l'art. 5 de la loi du 4 juillet qui plaçait la cocarde et le drapeau tricolores sous la sauvegarde de l'armée, etc. Le 6 juillet le roi refusa positivement de prendre la cocarde tricolore.

Une loi du 9 novembre édicta contre ceux qui arboreraient un drapeau autre que le drapeau blanc, ou porteraient des cocardes non autorisées, des peines qui allaient jusqu'à la déportation ; quelques exaltés avaient même proposé la peine de mort.

Tout naturellement, en juillet 1830, les trois couleurs furent le signe de ralliement de ceux qui renversèrent le gouvernement de Charles X, et une ordonnance du 1er août porta: Art. lor Il ne

plus porté d'autre cocarde que la c tricolore.

Celte ordonnance fut confirmée par l'article 67 de la Charte constitutionnelle. Mais comme il pouvait trèsbien arriver que, par opposition au nouveau gouvernement, on dissimulât sous la ganse de la coiffure les couleurs du centre, ne laissant ainsi paraître que le blanc, on modifia Tordre dans lequel les douleurs

étaient disposées dans la cocarde antérieure à 1815. En conséquence la circulaire du 11 sept. 1830 sur l'habillement (1), etc., de l'armée dit : « La cocarde <( sera aux couleurs nationales divisée en trois zones « de largeur à peu près égale, la lie formant base au <( centre sera bleue, la 2e sera blanche et la 3e écarlate. » C'est ainsi que la cocarde a toujours été portée depuis lors.

Le rétablissement de la cocarde tricolore en 1830 amène à penser au coq gaulois qui fut, à la même époque, placé en haut des hampes des drapeaux; nous avons supposé que quelques détails sur cet emblème pourraient être intéressants.

Les anciens habitants de notre pays, les Gaulois, s'appelaient Gaël ou Gall, forme encore aujourd'hui existante dans la langue bretonne ; les Romains y mirent une terminaison latine, d'où Gallia, Gallus ; en latin gallus veut dire coq ; cette consonance prêtait à un jeu de mots, qui aura ensuite été traduit en emblème ou sorte de devise parlante (2).

(1) Cette circulaire, conformément aux traditions, donne une marque distinctive aux tambours et trompettes ; elle dit que : « l'habit des tambours, clairons et trompettes sera entièrement « semblable à celui de la troupe , il sera garni au collet, aux pa- « rements et à la taille d'un galon de laine tricolore », c'est-à-dire d'un galon aux couleurs nationales ; de même que la circulaire du 23 avril 1814 (cité p. 74) donnait aux tambours et trompettes « des galons à la livrée de la maison régnante. ». Dans les dernières années du premier Empire (4812) on leur avait assigné l'habit vert à galon d'or de la livrée impériale: auparavant ils portaient l'habit de la couleur distinctive et non de la couleur du fond du corps auquel ils appartenaient.

(2) Les Gaulois avaient pour emblème le sanglier, que l'on rc-

Le coq employé comme blason parlant est presque aussi ancien que l'usage des armoiries et comtemporain, en tout cas, des premières fleurs de lis d'un type armoriai bien déterminé. Sur une Charte de 1243 (Arch. nat., J.305, n° 39) est le sceau de Bertrand de Galliac sur lequel se voit un écu chargé d'un coq et d'une étoile en chef avec une bordure componée. En 1303 le sceau des capitouls de la ville de Gaillac, dans le pays de Foix, porte une fleur de lis, accostée en pointe de deux coqs adossés. (Ibid. J. 480, n° 46.)

Deux siècles plus tard le coq personnifie la France dans une gravure faite en 1 544 lors de l'expédition que Charies-Quint poussa jusqu'à Soissons. Le coq déchiré par l'aigle impériale est couvert de blessures; il rend des flots de sang dans lequel sont mêlées des fleurs de lis héraldiques, et le tout est expliqué par cette légende : Âquila voliicrum regina gallum affatur oppressum. (Bibl. nat., Collection Hennin, t. III). En 1546, P. Danes, un des ambassadeurs de la France au concile de Trente, priant, dans un de ses discours, le concile de veiller à ce que l'Eglise de France, dont le roi était le défenseur-né, fût confirmée dans ses droits et immunités, et s'élevant, entre autres irrégularités, contre les mœurs relâchées du clergé italien,

trouve sur presque toutes leurs monnaies et sur les sculptures de l'arc de triomphe d'Orange | Le drapeau national, par Lègues, sousintendant militaire, 1873, p. 5). Cet emblème était aussi porté bous

forme d'enseigne de guerre. Un sanglier de bronze disposé pour

(Hrc monté sur une hampe a été décrit par Grivaud de la Vineelle et a fait partie du cabinet de M. Du pré.

un prélat de ce pays, l'évêque d'Orvieto, piqué de reproches, peut-être personnellement mérités, l'interrompit par ces mots proférés avec mépris ou colère : Gallus cantat. Danes répartit : Utinam ad galli cantum Petrus resipisceret (1).

En 1554, le comte Wolfgang Schwarzenberg, qui commandait les reîtres impériaux, avait une cornette blanche sur laquelle était représenté un renard dévorant un coq ; M. de Turenne s'en empara au combat de Renty, où les impériaux furent défaits.

Sur une médaille frappée en 1601 pour célébrer la naissance du Dauphin (Louis XIII) on voit un enfant nu tenant d'une main un sceptre et de l'autre une fleur de lis; à ses pieds est un coq couronné posant une patte sur un globe ; la devise est : Regnis natus et orbi. (Il est né pour ses peuples et pour le monde.)

Le 7 avril 1612 au carrousel donné à Paris à l'occasion des fiançailles de Louis XIII, avec Anne d'Autriche, l'union de la France et de l'Espagne fut représentée par un cartouche placé en pendant des armes des deux époux et portant un coq et un lion avec cette devise : Félicitas ex concordiâ. (Vulson, le Vrai théâtre d'honneur et de chevalerie, Bibl. nat., Z. 230.)

En 1660, lors de l'entrée à Paris de Louis XIV et de Marie-Thérèse après leur mariage, on fit sur la place Dauphine une construction tendue de toiles peintes imitant des tapisseries où « sont représen-

(1) Rey, Hist. du Drapeau, t. i, p. 126.

i tés le roi et la reine dans un char conduit par le « dieu Hymen et tiré par un coq et un lion ; le (( hymen qui conduit le coq et le lion représente « comme ce mariage a réuni la France et VEspagm « signifiées par le coq et le lion. » Bibl. naL, Est. P.d. 43, p. 26.)

En 1679 la Monnaie de Paris frappa une médaille qui porte pour légende : Gallas protector sub umbrà al arum.

Aux archives du ministère de la marine, dans la série des dessins originaux des riches sculptures qui du temps de Louis XIV couvraient l'arrière des vaisseaux de guerre, se trouve celui qui représente l'arrière du vaisseau à trois ponts le Gaulois ; on y voit l'écusson de France protégé par les ailes du coq.

Une gravure du temps (1) représente le « magazin « royal des armes, à Paris, appelé vulgairement de « la Bastille » pendant la visite qu'y font des Orientaux qu'à leur costume on reconnaît pour être les ambassadeurs Siamois (venus auprès de Louis XIV en 1684), Le trophée principal porte au centre les armes de France accompagnées de chaque côté d'un coq sortant à moitié de derrière l'écu.

La Bibliothèque nationale (ms. fr. 2014) possède une superbe copie sur vélin du manuscrit autographe de Louis XIV de la relation de ses campagnes : dans la première miniature encadrant le titre, on voit en haut les armes de France et en bas le coq gaulois ehirant les lianes du lion néerlandais.

il) Dessin do E. Fourier, architecte, gravure de V. Lepautrè.

Sur le fronton intérieur de la cour du Louvre, adossé à la colonnade, on voit deux renommées couronnant un coq, attribut de la France, au milieu d'un cercle formé par un serpent se mordant la queue, symbole de l'éternité, et placé au centre d'un soleil rayonnant ; cette sculpture est de Goustou, né en 1658, mort en 1733.

Sur une médaille hollandaise de 1712, on voit le coq gaulois qui demande la paix au lion batave et au léopard anglais; elle doit être antérieure à la victoire de Denain (24 juillet) à la suite de laquelle les Hollandais se virent contraints de reprendre les négociations qu'ils avaient interrompues.

Une médaille allemande de 1760, citée par Ferdinand Pouy (Hist. de la Cocarde tricolore, 1872), représente le coq gaulois déchiré par un aigle.

La famille de Bègue, originaire de Provence, dont un membre était major général à la Martinique, au milieu du siècle dernier, portait : d'azur à 3 fleurs de lis d'or posées en bande, au chef d'argent chargé d'un coq de gueules, avec la devise : Défendit lilia Galhis.

Il n'y eut donc rien de très-neuf ni de très-révolutionnaire dans l'adoption du coq comme emblème de la France. Il est du reste à remarquer que parmi les drapeaux que se donna la garde nationale de Paris en 1789, il y en a trois sur lesquels figure le coq, et qui sont complètement blancs ; on en trouvera plus loin la description (p. 313, 314).

Pour terminer, nous rappellerons que Vulson de la Colombière (Science héroïque) et le P. Ménestrier (Méthode royale du blason. — L'Art du blason justifié)

disent que le coq est symbole de hardiesse, de majesté, de victoire, etc. (1).

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