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Gape de saint Martin0
507. Clovis fit porter comme étendard devant son armée le manteau, cape ou chape de saint Martin, à la bataille de Vouglé, près Ghampagné-Sain t-Hilaire-surle-Clain , à 10 milles de Poitiers; dans cette bataille, il vainquit et tua de sa main Alaric, roi des Wisigoths. Clovis, nouveau chrétien, avait pris cette cape comme étendard, afin de s'assurer le concours des chrétiens orthodoxes contre les Wisigoths qui étaient Ariens. La cape de saint Martin était de couleur bleu turquin.
L'existence de cet étendard, affirmée par certains auteurs (1), a été fort contestée par d'autres qui, tout en admettant que les rois se fissent accompagner à l'armée par la châsse contenant, entre autres reliques, des vêtements de saint Martin, disent que la bannière de saint Martin était une vraie enseigne et « n'était « point un vêtement : ces deux choses se respectaient
(1) Aug. Galland, avocat au Parlement, Des anciennes enseignes et estendarts de France... Paris, 1637, in-4°, p. 95.
« infiniment, et si la chape ou relique de saint Mar- « tin se portait avec vénération, cette vénération « s'étendait sur la bannière d'accompagnement de « cette chape » (1).
Le fait que la principale relique de saint Martin fut un manteau justifie l'emploi qui en fut fait comme bannière ; malgré l'opinion récemment exprimée que « ce manteau, porté au bout d'une pique, ne laisse « pas de paraître étrange » (2). Un exemple analogue est fourni par l'histoire de la Perse, dont la bannière nationale a été le tablier de cuir du forgeron Kaveh, porté au bout d'une lance les jours de bataille (3). En l'an 636, cette bannière fut prise par les Musulmans, commandés par Saïd, lieutenant du khalife Omar, à la bataille deKadesch, qui amena la chute des rois Sassanides des Perses, et elle fut brûlée ensuite par ordre du khalife.
Il est permis de penser « que pendant l'époque la « plus voisine de saint Martin (4), on porta, en effet,
(1) E. Cl. Bcncton, Commentaire sur les enseignes de guerre.... Paris. 17i:2. in-8°, p. T'J et s.
(2) .Marins Sepet, Le Drapeau de la France. Taris, V. Palmé, 1873, p. s. A propos de l'emploi d'un vetemenl comme enseigne, nous citerons avec Vigenève (Y Art militaire, 1605, Bibl. nat.. E. 765) le GuaCo/.ov y.-;uyjo; (enseigne de combat) dont parle Plutarque dans la vie de Brutus el qui aurait été o une colle d'armes couleur de pourpre ».
(3) Shea, History oftheearly kings of Persia, London, 1832, iii-N'. p. 136 el \M. Pirdousi, Shah Nameh, dans la collection orientale, traduction de Mohl, in-l\ I. i.
(4) Mort àCandé le dimanche S novembre 397. L'Art de vérifier les dates, par un religieux bénédictin de la congrégation de Saint- Main-. Paris, 17s:<. m-ï". t. i. p. 71. i"' colonne.
« à la guerre (1), au bout d'une lance, quelque chose « qui lui avait appartenu, sans qu'on puisse préciser « si c'était le manteau du saint, le rochet sans man- « ches dont il s'était servi, ou le voile qui couvrait « son tombeau » (2), et qu'ensuite une bannière fut faite à l'imitation et en commémoration de cette relique (3).
La tradition a attribué la couleur bleue à la bannière de saint Martin, soit parce que le bleu était la couleur du manteau que le saint partagea avec un pauvre, soit parce que ce fut la couleur des confesseurs de la foi, ainsi qu'il est écrit dans des règlements d'anciennes églises : In festis sanctorum Martini, Benedicti, Lu-pi et aliorum confessorum, ornamenta cœrulei coloris.
En 732, les Sarrasins, conduits par leur roi Abdérame, après avoir mis en déroute le duc d'Aquitaine, menacèrent d'envahir la France. Le duc d'Austrasie, maire du palais, « Charles, qui devait, à partir de ce « moment, recevoir le surnom de Martel, accourt
(1) Hujus capa Francoruin regibus ad bella euntibus pro signo anteferebatur. Ducangc, Glossaire, au mot Capa s. Martini.
(2) Rey, Histoire du drapeau, des couleurs et des insignes de la monarchie française. Paris, 1837, t. i, p. 148.
(3) « Depuis le triomphe de la religion chélienne, il est arrivé « souvent, qu'outre les enseignes d'origine ou de dévotion, on a « porté à la guerre des choses plus saintes encore, comme si l'on « eût voulu témoigner plus hautement sa foi, et marquer que l'on « se glorifiait de combattre en môme temps pour la religion et pour u la patrie. Les empereurs grecs, surtout dans les expéditions con- « tre les infidèles, faisaient marcher la vraie croix devant le laba- « rum. » Rey, Histoire du drapeau, t. i. p. 14i.
« avec le paladium des Franks, et la cape de saint « Martin voit reculer le flot des envahisseurs » (1).
795. — « Léon III, romain, prêtre, fut élu pape le a 26 décembre 795 et sacré le lendemain... Aussitôt « après son ordination, il envoya une députation à « Charles (Charlemagne), roi de France, chargée des « clefs de la confession de saint Pierre et de Véten- « dard de la ville de Rome pour ce prince. Léon, dans « les premières années de son pontificat, s'appliqua x beaucoup à réparer et orner les églises de Home. » M. Ciampini (de Musivis, par. 2, c. 23; donne la description d'une mosaïque qui subsiste encore dans l'église de Sainte-Suzanne, et dans laquelle on voit, outre la figure d'un pape (c'est Léon III lui-même qui porte une église sur sa main), l'image de Charlemagne couvert d'un manteau, avec des moustaches et l'épée pendante à son côté. Mais un autre ouvrage plus considérable, du môme genre, qui se conserve près du palais de Latran, est une salle à manger où notre Seigneur présente de la main droite les clefs à saint Pierre, et de la gauche un étendard à un prince couronné, avec cette inscription : CONSTANTINO V (c'est l'empereur Constantin, fils d'Irène, ce qui prouve que dans les premières années de lit la
souveraineté de l'empereur grec était encore reconnue dans Rome, et donne lieu de supposer, avec Muratori, que les rois de France, en acceptant le patriciat des Romains, avaient fait avec les empereurs
( 1) !.. 1 ni militaii
. Publications de la réunion des offici
quelque traité par lequel ils le reconnaissaient pour leurs vicaires par rapport à Rome et à son duché). Dans la même mosaïque, on voit saint Pierre qui, de la main droite, présente un manteau à un pape à genoux, et de la gauche un étendard à un prince dans la même situation, avec cette épigraphe : BEATE PETRE DONA VITA. LEONI PPET BICTORIA. CA- ROLV DONA (1). Saint Pierre, donnez la vie au pape Léon et la victoire à Charles. « Cette bannière porte « sur un fond bleu six roses rouges, attachées d'un « seul côté à la lance.. . c'est une large flamme à trois « queues » (9).
Dans la précédente édition de notre travail sur les drapeaux français nous n'avions pas mentionné cette bannière, parce que nous ne regardions point comme une enseigne française cette bannière reproduite dans un monument destiné à perpétuer le souvenir de la fondation du Saint-Empire Romain, et n'étions point en cela de l'opinion de M. Sepet : « qu'il nous faut « arriver au temps de Charlemagne pour trouver un
(!) LArt de vérifier les dates...., t. i, p. 2G1 et 2G2.
(2) Marius Sepet, le Drapeau de la France, p. 22. Cet auteur ne répond, du reste, pas de la couleur de cette bannière, quoiqu'il la représente ainsi dans la planche I de ses dessins. En voici la description vérifiée sur les lieux : la hampe est vcrle, bordée à droite d'un rouge brique, le for de lance est bleu à gauche et blanc à droite, le gland est bleu, blanc et.rouge, le fond de l'étendard est vert foncé broché d'or, il porte 5 anneaux, 2, 2 et 1 ayant le centre blanc, le fond vert et la circonférence rouge; l'étendard est à trois pointes et n'est pas bordé. (Cette mosaïque se trouve au triclinium de Léon III, sur la place de Saint-Jean, en face de la porte de la ville, et est fixée contre le mur de flanc du bâtiment qui contient la Scala sauta.)
« étendard auquel il semble bien qu'il y ail lieu d'at- « tribuer un caractère national (l), et que l'on pource rait, ce semble, supposer même avec quelque rai- « son que, transmise à ses héritiers avec sa couronne « par le grand empereur, elle fut, avant la bannière « de Saint-Denis, l'étendard religieux et national des « Français, l'oriflamme par excellence (2). »
L'origine romaine et non française de cette bannière est pourtant bien indiquée par les vers de la chanson de Pioland que cite M. Sepet :
Mont joie ils crient l Entre eux est Charlemagne.
Geoffroy d'Anjou y porte l'oriflamme, fût de Saint- Pierre et avait nom romaine. Mais de Montjoie son nom là prit échange (3).
Dans ce môme poème nous voyons que les gonfanons de l'armée de Charlemagne étaient blancs el vermeils et bleus :
« E gunfanuns blancs c vermeil/, e blois.
Il en est de même, du reste, dans celle des Sarrasins :
« E gunfanuns blancs e blois e vermeil/.. »
Roland, commandant l'arrière-garde qui fut dé-
fi ) M. Sepet, le Drapeau..., p. 21.
(2) lbid.t p. 24.
(3) Tbid., p. 2S el eq uote.
Munjoie escrient. Odelsest Carlemayne, Gefreiz d'Anjou portel l'orie- flambe, Seint Pierre fut, si aveit num Romaine; Mais (le Munjoie iloec OUI pris escange.
/.*/ chanson de Roland, texte critique par Léon Gautier, Tours, 1x7-2. in-is. p. 163, strophe cclii (ccxxvw de l'éd.gr. in-s )
truite à Roncevaux, y est représenté tenant son fort épieu, contre le ciel le fer en est tourné, un gonfanon tout blanc tient au sommet; les franges d'or lui battent jusques aux mains.
Ce n'était pas l'étendard de l'armée, c'était le gonfanon personnel de Roland et qu'il porlait lui-même.
La romaine était le gonfanon de Charlemagne que portait Geoffroy d'Anjou, gonfanonier du Roi,
« Gefreiz d'Anjou li reis gunfanuniers. »
Ce n'était pas l'étendard national français, autant vaudrait dire qu'au XVIe siècle l'étendard national espagnol était blanc à croix rouge, parce que l'on voit à Ventrée de Charles-Quint à Bologne, en 1529, porter devant lui « deux bannières, l'une de drap d'or à l'aigle de sable, l'autre de damas blanc à la croix de gueules » que le Saint-Père avait offertes à l'Empereur (I).
De même que les artistes, qui ont peint les miniatures si précieuses des manuscrits jusqu'au XVIe siècle, avaient souvent l'habitude de donner aux Grecs, aux Romains, aux Juifs les costumes et les armes de leurs contemporains, de même les poètes, et notamment l'auteur de la chanson de Roland, à certaines traditions exactes mêlaient de nombreux anachronismes et ne peuvent être cités comme autorités historiques que pour le temps dans lequel ils vivaient. Ainsi ce poëte donne à la romaine le nom d'oriflamme qui de son temps appartenait plus particulièrement à la bannière de Saint-Denis. Pour lui le gonfanonier du Roi est
(1) Bibliothèque nationale, estampes, P. d. 21. a. Voir p l'étendard de la ville de Rome envoyé à Charlemagne.
Geoffroi d'Anjou et d'après Foulques le Rechin, comte d'Anjou lui-même en 10G0, le premier comte d'Anjou ne daterait que de 870, ses successeurs furent effectivement sénéchaux héréditaires et porte- étendards de France, de plus ils furent avoués ou protecteurs de l'église de Saint-Martin, protectorat qu'ils rendirent héréditaire ainsi que le droit, qui en découlait, de porter la bannière dite cap? de Saint-Martin.
Cette antique bannière de Saint-Martin postérieurement à Charlemagne, en 838, s'acquit un nouveau droit à la vénération des Français lors de la défaite, devant Tours, des Scandinaves, ou Normands, qui dévastaient tout le pays depuis l'embouchure de la Loire (1). Le lieu où cette victoire fut remportée s'appelle Saint-Martin-le-Beau, par corruption du nom de la chapelle qu'on y érigea en l'honneur du saint sous l'invocation de « Sanctus-Martinus de Bello » (Saint-Martin le protecteur dans la guerre).
Après cette époque on retrouve encore la bann de Saint-Martin plusieurs fois mentionnée en 1043 (2), 1066, 1195 (3), mais les comtes d'Anjou
(1) Voir Chroniques d'Anjou, édition de la Société de l'histoire de France, i. i, p. 30 et 48. Il n'y est question que «les reliques de saint Martin.
(2) Les Chroniques d'Anjou, citées ci-dessus, racontent (p, 122 que l<v comte Geoffroi Martel, avant d'aller combattre, en Inli implora le secours de saint .Martin, reçut V étendard dé VégUte de Saint-Martin de Tours, tt le fixa à sa propre Umct «Gosfridut... expetivit auxilium beati Martini... indeque accepte tigitto, impooens illml proprise hastse... obviais perrexil adverswn se dhnicaturis». (Sigillum, parvum vexillum, quasi diminut a aignum. Glossaire de Ducaoge, éd. Didot, 1846.)
(M) a Chronique de saint Mai tin : Anne Henrici imperatoris 3,
« dans leurs guerres personnelles et d'intérêt privé, levèrent en leur propre nom cette bannière qu'ils n'auraient dû lever que contre les ennemis de l'abbaye ou du Roi, et ils finirent même par commettre des seigneurs subalternes, tels que le baron de Parthenay et le baron de Preuilly, à l'office de la porter comme en témoigne le sceau d'Echinard de 1205 que Daniel a cité. Enfin les premiers rois de la troisième race n'ayant plus conservé de l'Anjou que la suzeraineté... la dévotion à saint Martin (1) fit insensiblement place à celle qu'on s'habituait à avoir pour saint Denis qui devint à son tour patron du royaume (Rey, Histoire du drapeau, t. i, p. 156). Ne pourrait-on pas voir un dernier souvenir de la bannière bleue de saint Martin dans le « grand estandart de satin bleu » qui fut porté aux funérailles de Henri IV, ainsi que nous le verrons ci-après page 49.
Henrici régis -12 (1043)... cornes Andegavensis Gaufridus Martillus... vexillum beati Martini in illo belle-, sicut consuetudo est habebat.— Cartulaire de Saint-Maur-sur-Loire : Nos concedimus... cum vexillo s. Martini in exercitum pergant. Anno 1066, régnante Philippo rege et juniore comité Gofredo Andegavensium. — Accord entre Philippe de France et Richard d'Angleterre (1195)... contra tamen regem Francorum nullo modo potest eos ducere» (Des anciennes enseignes..,, 1637, par Aug. Galland).
(1) La dévotion à saint Martin a été ravivée pendant la dernière invasion que nous avons eu à subir; au mois d'octobre 1870, on lit toucher les reliques de saint Martin, à Tours, par la bannière envoyée de Paray-ie-Monial au corps des volontaires de l'Ouest; sur cette bannière blanche étaient brodés en rouge le sacré-cœur et l'exergue suivant : « Cœur de Jésus, sauvez la France », au revers on lisait: «Saint Martin, patron de la France, priez pour nous». On ne la déploya qu'un seul jour, le 2 décembre 1870, à Loigny (Patay) où elle fut le centre d'héroïques dévouements. »
Bannières des paroisses et des communes.
Philippe Ier (monté sur le trône en 1060, mort en H 08), pour avoir une forée militaire indépendante du concours, souvent incertain, des grands vassaux, surtout lorsqu'il s'agissait de guerroyer contre l'un d'eux, ordonna « que les évêques s'entendraient à l'avenir avec les bourgeois des villes pour lever les milices par communes, ou paroisses, que les troupes fournies ainsi marcheraient leurs curés en tète et avec la bannière de l'église. Le R.oi de France et le duc de Normandie allèrent durant le carême (1090) assiéger Breherval et furent deux mois à ce siège. Là, les curés, avec leurs paroissiens, portèrent leurs bannières : les abbés y vinrent aussi avec leurs vassaux » (1). Le P. Daniel (Milice française) pense qu'auparavant les paroisses ne portaient dans les processions que la croix sans bannière et qu'alors seulement on aurait ajouté à la croix ces bannières comme étendards et signes de reconnaissance pour le service de guerre (2). Il s'appuie sur L'étymologie du mot bannière, venant de bannum et signifiant Tordre
(1) Rey, Hist. tlti drapeau, t. i, p. 159. Orderic Vital, Il - Norm., i.. vi h. m au.
(2) Dès le l\ s ècle les paroisses ou villes avaient pourtant déjà des bannières; eu 886, au siège de Paris par 1rs Normands, la bannière des défenseurs de la ville était jaune couleur de safran, le moine Abbou (Siège de Paris, L. i) dit «nie sa vue jetait la terreur
du souverain intimé à ceux qui devaient le service à l'armée.
Ces bannières d'églises, de paroisses ou de communes affectèrent des formes diverses : les unes étaient en façon de labarum (I), c'est-à-dire un carré d'étoffe, relativement petit, suspendu à un bâton transversal attaché au-dessous de la croix, quelques-unes étaient fendues en deux ou trois pointes (2) ; d'autres étaient un carré attaché par un côté au bâton de la croix et par le côté supérieur à un autre bâton fixé en potence sous la croix ; d'autres encore étaient une flamme ou banderole longue et mince attachée directement à la croix elle-même (3). Cette milice des paroisses et communes, marchant sous des bannières attachées à la croix, est la première origine de l'infanterie française (4) ; très-probablement en souvenir de cela, lorsque l'infanterie régulière fut formée à la fin du
dans les rangs ennemis : « Amictum oribus immodica croceum « formido Danorum ». Un inventaire du trésor de S. Martial, de Limoges, fait entre 19,26 et 1245 {Chroniques de S. Martial, éd. de la Société de l'hist. de France, p. 316), prouve qu'à cette époque les bannières étaient nombreuses « Decem intersigna minora et « undecimum intersignum crismatis ». ( DucangC' : Intersignum, signum, insigne, G ail, enseigne, bannière.)
(1) Daniel, Milice française, L. m, p. 95.
(2) Les anciennes tajrisseries. Tapisseries de Berne, Bibl. nat., Est., A. d., t. il, p. 62.
(3) Ibidem.
(4) Ces bannières des communes ne lardèrent pas à être distinguées entre elles par des armoiries; ainsi, en 1194, dans une expédition contre les Anglais les habitants de Gorbie portaient une bannière chargée de corbeaux (V. Dom Grenier), armes parlantes de cette ville.
XVe siècle, ainsi que nous le disons plus loin, la croix qui surmontait jadis la hampe fut rappelée par la croix traversant toute V étoffe des enseignes de gens de pied (1), tandis que la croix ne figura pas sur les étendards de la cavalerie, celle-ci étant la succession du service à cheval des hommes d'armes conduits par les seigneurs sous leurs bannières personnelles.
Oriflamme.
En 108:2, Simon de Valois, comte du Yexin, étant mort sans laisser ni enfants ni frères, ce comté fit retour à la couronne, et les rois succédèrent à tous les droits des anciens comtes, entre autres à celui d'avoué de Saint-Denis, et à celui de porter, en cette qualité, Y oriflamme à la tète des troupes fournies par les nombreux vassaux de cette église. Louis VI en lit un acte authentique, l'an 1124, en partant pour la guerre contre l'empereur Henri Y. Il vint prendre l'oriflamme sur l'autel des martyrs, et déclara que tait comme leur vassal qu'il la portait et comme étant aux droits des anciens comtes de Yexin : « Vexittum « de altare B, Martyrum, ad quos comitatus Yilcas- « sini, quem nos ab ipsis in feodum habemus, spec-
(I) La croix figura sur des enseignes dès le Mil siècle; car, en ISÙ2, à la grande défaite îles Sarrazins à Las Navas tic I étaient deux étendards de l'année, l'un général awv la croix, l'autre particulier, du roi d'Aragon, avec l'image de la Sainte- Vierge (Regist. d'Innocent 111. lib. m, epist. 130).
<( tare dinoseitur, morem anliquum pracdecessorum « nostrorum servantes et imitantes, jure signiferi, « sicut comités Vilcassini erant, suscepimus (1). »
Comme le remarque très-justement M. MariusSepet, « ce fut cette réunion du Yexin au domaine royal qui « procura l'honneur à la bannière de saint Denis de « devenir l'étendard suprême de la France, au lieu <( de demeurer, comme l'était alors l'étendard de « saint Martin, un étendard purement paroissial et <c seigneurial. Saint Denis étant regardé comme le <( protecteur particulier de la France, et les rois ayant « coutume de l'invoquer dans les dangers qui mena- « çaient le royaume, la bannière de saint Denis, dès « lors qu'elle fut portée par les rois, ne pouvait man- <( quer de devenir l'étendard religieux de la nation. « Il est probable même que ce caractère ne tarda pas « à dominer entièrement l'esprit du peuple, et c'est « alors que l'origine étant oubliée, on en arriva peu « à peu aux fables que Guiart et plus tard Raoul de « Praesles, admettent à ce sujet, expriment avec une « entière conviction, et qu'on pourrait appeler la lé- « gende de l'oriflamme. » (Le drapeau de la France, p. 35).
Dans la croisade que saint Louis entreprit en 1248, il emporta l'oriflamme, et voici ce qu'on trouve au sujet de cette enseigne dans Y Histoire de saint Louis par Joinville (édit. publiée par la Société de l'Histoire de France, 1868). «L'enseigne Saint-Denis qui allait en
(1) Orig., Arcli. nat., K. 22, n°4. — Felib., probat, p. xcm. — Tardif, Mon. hist., n° 391,
<< un autre vaisseau devant le roi (p. 55). A notre main « droite arriva la galère où l'enseigne Saint-Denis était « (p. 57). Quand le roi entendit que l'enseigne Saint- « Denis était à terre (p. 57), lors(àlaMassoure) com- « manda le roi au gonfanon Saint-Denis et à ses ban- « nières qu'ils se tirassent à main droite vers le fleuve « (p. 81). Les Musulmans jetèrent toutes les autres « troupes avec la troupe du roi sur le fleuve; là fut « la déconfiture si grande que le fleuve était couvert « de lances et d'écus, de chevaux et de gens qui se « noyaient et périssaient (p. 83).
« 11 paraît hors de doute que saint Louis ne rap- « porta pas l'oriflamme de son expédition d'Egypte. . . <( et de plus cet étendard n'étant pas de matière in- « corruptible, on en substituait un autre quand il « était usé. » (P. Daniel, Milice- française, p. 500.)
C'est donc probablement à la bataille de la Massoure que fut perdue l'oriflamme primitive. Les bannières qui, depuis, portèrent ce nom, ne furent plus que des imitations de l'ancienne, imitations qui ne furent certainement pas exactes, car elles eurent différentes formes suivant la coupe qui était le plus en usage aux diverses époques.
Du Gange (1) dit : Il est hors de doute qu'elle était faite comme les bannières de nos églises, que l'on porteordinairement aux processions, qui sont carrées. fendues en divers endroits par le bas, ornées de franges, et attachées par le haut à un bâton de travers qui les tient étendues, et est soutenue d'une forme de pique.
il) Dissertation xvin. Glossaire, éd. Henschel, t. vu.
« Oriflamme... d'un vermeil samit, à guise de gonfano-n à trois queues, et avoit entour houppes de soye verte », dit la chronique de Flandre, citée par Rey (Hist. du Drapeau , t. 1, p. 171) (1). « Cet étendart estoit fait en forme de gonfmon à trois queues, avec des houppes vertes sans franges d'or. » (Félibien, Hist. de l abbaye de Saint-Denys. )
« D'un vermeil samit à fîruise de çonfanon à deux queues et entour houppes de soye verte. » ( Grandes chroniques de France publiées par Paulin Paris ; Philippe de Valois, ch. 3.)
Un simple étendard, tissé de simple cendal, d'une splendeur rouge, semblable à ceux dont l'église a coutume de faire usage à certains jours, qui a nom oriflamme en langage vulgaire et qui h la guerre précède les autres enseignes (2).
Oriflamme est une bannière ...
De cendal roujoiant et simple Sans pourtraicture d'autre afairc.
(Guillaume Guiart, dans Du Gange, dissert, xvni, p. 72.)
Sur un vitrail de Notre-Dame de Chartres, XIIIe siècle, l'oriflamme a été représentée sous forme d'une
(1) Voir, comme exemple identique de cette forme, le gonfanon des armes du comté d'Auvergne.
(°2) Ycxillum simplex, cendato simplicc textum, Splendoribus rubei, letania qualitcr uti Ecclesiana solet, certis ex more diebus. Quod cum jlamma habeat vulgariter aurea nomen, Omnibus in bellis habet omnia signa praire.
(Philippide. L. il Guillaume le Breton.)
bannière rouge attachée à la hampe par 3 points et dont la partie flottante est divisée en o pointes.
Dans le recueil deGaignières(Bibl. nat., Estampes, t. IV, p. 7, O.a.9), se voit une oriflamme copiée sur une miniature d'un manuscrit de la bibliothèque desCélestins ; elle est carrée, à franges rouges, presque aussi large que longue, attachée d'un côté à la hampe, brochée de rouge sur fond rouge.
Dans le manuscrit de Froissart (Bibl. nat., Fr., 2643, fol. ccvii) (1), l'oriflamme, à la bataille de Poitiers, 1356, est figurée comme une flamme ou bannière longue et très-mince fendue en deux pointes avec l'inscription : Joie Saint-Denis, accompagnée de deux filets d'or; sous le fer de la lance estime houppe rouge.
Dans le ms. de Froissart, que possède la bibliothèque de l'Arsenal (ms. 1 H, datant de 15:20 environ), la miniature de la bataille de Rosbecq, 1382, représente l'oriflamme comme une bannière rouge trèslongue à deux pointes, la hampe surmontée d'une colombe blanche les ailes déployées.
Dans le manuscrit cité plus haut (Bibl. nat., 2043) à la même bataille de Rosbecq, l'oriflamme a la même forme, est aussi surmontée d'une colombe, mais l'étoffe est semée de sortes de flammes d'or et porte près de la hampe un demi-soleil.
Nous donnons ces diverses formes telles qu'elles nous sont fournies par les manuscrits que nous citons, mais il ne faut pas oublier que le ms, 2643 de la Bibl. nat. est du temps de Louis XI, que celui
(1) M anus, fait du temps de Louis XI,
de la Bibliothèque de l'Arsenal est du temps de Charles- Quint, que ce sont donc des miniaturistes de la fin du XVe et du commencement du XVIe siècle qui ont représenté l'oriflamme aux dates de 1346, 1356, 1382, que par conséquent ces représentations n'ont pour nous aucun caractère authentique et ne peuvent servir de base qu'à des suppositions.
De 1124 à 1386 l'oriflamme fut levée vingt et une fois et portée dans 4 croisades et 17 guerres contre les ennemis de la France. En 1412 et 1414 elle figura dans les guerres civiles; elle fut alternativement arborée par la faction des Bourguignons et par celle des Armagnacs ou Orléans, et, quoiqu'elle fût encore levée en 1415, 1450 et 1465 dans des guerres contre l'étranger, son emploi dans les luttes intestines entre Français (1) lui fit probablement perdre son crédit aux yeux de la nation, avant même l'époque où des troupes régulières remplacèrent les armées ou milices féodales. Mais il est remarquable que Louis XI, qui le dernier arbora en 1465 la bannière sous laquelle il avait le droit de faire marcher les nombreux vassaux de Saint-Denis, est aussi le premier qui ait, justement après 1465, essayé de donner une bonne organisation aux francs-archers, puis enfin ait formé, en 1480, le noyau del'infanterie française, les vieilles bandes dites de Picardie, qui eurent dès lors l'enseigne
(1) Louis XI prit i'oriflamme le 30 août 1465 pour aller combattre les Bourguignons. Dans le t. ni de la collection Hennin, Bibl. nat., estampes, on voit, dans une représentation de la bataille de Montlhéry, 1465, un étendard rouge, fendu en 2 pointes, chargé d'un soleil accompagné de 4 croisettes d'or. Serait-ce l'oriflamme ?
rouge, couleur de l'oriflamme, traversée d'une croix blanche, sans doute en souvenir des croix de paroisse qui avaient jadis conduit les gens de pied français. Cette enseigne figure avec les bannières de France au frontispice du manuscrit (Bibl. nat., Fr. 38) des commentaires de César, dédié à Charles, duc de Bourgogne.
Après Louis XI, l'oriflamme n'est plus mentionnée qu'en 1504, dans un inventaire du Trésor de Saint- Denis, qui parle d'un étendard que les religieux nommaient l'oriflamme; en io34, par les commissaires de la Chambre des Comptes qui, en faisant l'inventaire de ce trésor, y trouvèrent « un étendart d'un « cendal fort épais, fendu par le milieu en façon d'un « gonfanon, fort caduque, enveloppé autour d'un bâ- « ton couvert d'un cuivre doré et un fev long et aigu « au bout, » et en 1594, par Félibien, qui fait remarquer que l'étoffe en était à demi mangée par les mites. En 1610, aux funérailles de Henry IV, évidemment en mémoire de l'oriflamme, fut porté « le « grand Estendart sa in et Denys aréopagite, et apôtre « de la France, de double satin cramoisi rouge, semé « de flammes d'or en riche broderie, à l'image de « saint Denis, vêtu de blanc à l'antique, portant son « crâne entre ses mains. » (Favvn, Théâtre d'kônn 1620, Bibl. nat., Z ancien, 963, tome II, p. 1866.J A cette époque, l'oriflamme n'était déjà plus, comme de nos jours, que l'objet d'un souvenir historique.
i IV
Bannière de France ou bannière royale.
En 888, « Eudes (fils de Robert-le-Fort, duc de « France) ayant été élu roi pendant la minorité de « Charles (dit le Simple, 3e fils de Louis le Bègue), « apporta dans le royaume la bannière semée de fleurs « de lys, au rapport de Dutillet. » (Galland, Des Anciennes enseignes p. 54.)
Cette assertion est fort risquée, car, bien que les ducs de France dussent avoir une bannière ou enseigne de guerre (1), rien, du moins, ne prouve qu'elle fût semée de fleurs de lis, car le premier monument authentique sur lequel on trouve, non pas même une fleur de lis, mais quelque chose qui y ressemble, est un sceau du roi Piobert, fils de Hugues Capet, il est de 997 environ : « Le roi y est vu de face, à mi-corps, sa couronne est terminée par 3 fleurons triangulaires qui se rapprochent de la fleur de lis, » sans en être pourtant de véritables. (Archives nationales, Inventaires, Collection de sceaux, par M. Douet-d'Arcq, in-4°, Paris, 1863; t. I, p. xxxix, 1" col., sceau n° 31, p. 270.) Sur un sceau de 1035, Henri Ior porte une
(i) Vers 978 la bannière du Roi est mentionnée dans le récit du combat qui fut livré contre les Danois près de Paris, elle devait être fendue en pointes ou langues, mais aucune couleur n'est indiquée : « Gosfridus aggressus est illos ut vexilli régis lingulas
« in ore Danorum volitare facerct. » (Chroniques d'Anjou, édit. de la Soc. de l'Hist. de France, tome i, p. 8i.)
— :jo —
couronne à trois fleurons, ressemblant à celle de son père; « il tient à la main droite une espèce de fleur de lis » (ibid., sceau n° 32). « Dans un sceau de lOoï, « Robert, duc de Bourgogne, frère d'Henri Ier, a (( une fleur de lis entre ses pieds. » (Rey, Hist. du Drapeau, t. II, p. 202, pi. xm, 167) (1). Le sceau de Philippe Ier, de 1068 (ibid., sceau n° 33), est en tout semblable à celui de Henri Ier. Dans un autre sceau du même roi, de 1082, « le sceptre ou bâton royal se termine par une fleur de lis qui devient ici tout à
fait reconnaissable trois fleurs de lis de même
forme ornent la couronne » (ibid., p. xxxix, 2e col., sceau n° 34, p. 271). Dans le sceau de Louis le Gros. 1108, « la tleur de lis du sceptre est incontestable » (ibid., sceau n° 35). x\insi, vers 1082, la fleur de lis avait déjà pris sa forme héraldique, et il est donc admissible qu'à cette époque la bannière du Roi fut chargée de cet ornement.
En 1066, Mathilde, femme de Guillaume de Normandie, pendant l'expédition dans laquelle celui-ci fit la conquête de l'Angleterre, s'occupa à tracer sur la toile, avec l'aiguille, les circonstances de cette guerre ; cette tapisserie, monument bien authentique et d'une grande importance historique, existe encore à Baveux. Elle a été reproduite dans l'ouvrage intitulé : Les anciennes Tapisseries..., par M. Jubinal. On y voit représentées avec grand soin plus de vingt bannières normandes; elles offrent des dispositions
(1) Cette fleur de lis ressemble au fer «le la lance franque appelée angon.
variées de bleu, jaune, rouge, blanc, vert et brun, combinés par 2, 3 ou 4 couleurs par bannière; mais rien qui ressemble encore, si ce n'est de très-loin, aux dispositions héraldiques. Une seule chose est fixe, c'est la croix jaune qui figure sur un fond blanc dans un encadrement bleu au haut du mât du vaisseau que monte Guillaume; dans un fond blanc encadré de 3 côtés de bleu, du 4e de jaune, sur une bannière à 4 pointes bleues, portée par lui, sur une autre bannière pareille, mais à 5 pointes, portée aussi par lui ; dans un fond blanc entouré de 3 côtés de jaune, du 4e de blanc, chargé de 4 ronds jaunes: sur une bannière à 3 pointes nouées, 2 bleues et 1 blanche, portée également par lui, et dans un fond blanc bordé de rouge des 2 côtés verticaux, sur une bannière à 3 pointes, 2 rouges et 1 blanche, portée par un cavalier derrière Guillaume. Une seule bannière, demi-circulaire, blanche, à bordure bleue et jaune, porte sur le fond une sorte d'oiseau bleu se rapprochant de la figure héraldique appelée merlette. Si les armoiries existaient à cette époque, elles n'étaient toujours pas encore d'un usage bien répandu sur les enseignes, puisqu'on n'en retrouve pas sur cette tapisserie.
Un fait qui pourrait servir à prouver que les armoiries de la maison de France n'étaient pas encore bien fixées au Xe, au XIe ni môme au commencement du XIIe siècle, c'est que les ducs de Bourgogne, descendants du 2me fils du roi Robert, eurent pour armes : bandé d'or et d'azur de 6 pièces à la bordure de gueules (Inventaire des sceaux, Arch. nat., n° 466, se. de 1198), de même que les comtes de Dreux,
descendants de Robert, 2me fils de Louis VI, portèrent : écliiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules (ibid:, n°72l, se. de 1202), et que Pierre, seigneur de Courtenai, 3me fils de Louis VI, et ses descendants portèrent : d'or à 3 tourteaux de gueules (V6/t/.,n°863, se. de 1184), tandis que l'on voit les fleurs de lis être portées par Philippe-Hurepel, fils de Philippe- Auguste (semé de France, brisé d'un lambel, ibid., n° 1062, se. de 1225), et par toutes les autres branches qui se détachèrent ensuite du tronc principal, chaque branche adoptant une brisure distinctive (1).
A propos d'un combat livré en 1 147, dans les montagnes de la Phrygie, la chronique de saint Denis
mentionne la bannière royale « En iceluy jour
« Gicffroy de Iiaencon (2), qui portoit la bannière Je « Roy )> (cité par Rey, Hist. du Drapeau, t. I, p. 208). En la même circonstance, dans les Gesta Ludocici VII (c. XII), elle est distinguée de l'oriflamme : « 111a die « Gaufridus de Ranconio... gerebat Régis baiwriani, « quam praecedebat... vexillum beati Dionysii quod « gallice dicitur orijlandje. »
Jusque-là rien n'indique que cette bannière du roi fût bleue, semée de fleurs de lis, mais le joui' do la Toussaint 1170, à l'exemple des Rois, ses prédéecs-
(1) Voir pour les lils de Louis VIII, la bannière de Louis 1\ < iaprès p. Mil : la bannière d'Alphonse, comte de Poitiers, 1242 (Arch. iiat. .1. 317, d° <ei. trésor des chartes); -<>n sceau (Àrch. nat., n" 1UT7. -<•. de 1249); le sceau de Robert comte d'Artois (Arch. na!., n" 355, se. de Li.'tT): le sceau de Charles comte d'Anjou (Arch. nat., n" 340, m', de 1253); où les armes de France sont brisées à l'aide de la lour d'or de Caslillc SUT tond i
(2) (JeolVroi de Rancogne.
seurs depuis Hugues Capet, Louis VII fit sacrer Philippe, son fils, afin de lui assurer le trône après sa mort, et assista à la cére'monie dont il avait lui-même réglé les apprêts par une ordonnance qui prescrit que les vêtements du jeune prince soient semés de fleurs de lys... « Item, caligis sericis et iacinthinis(l), « intextis per totum Uliis aureis , et tunica ejusdem co- « loris et operis... nec non et socco prorsus ejusdem « coloris et operis... » (Mémorial de la Chambre des Comptes, an 1179). La forme des fleurs de lis, à cette époque, nous est donnée par les sceaux n° 37, de Louis VII, 1175, et n° 38, de Philippe-Auguste, de 1180 (Inventaire des sceaux, Archives nationales).
On peut donc admettre que la bannière de Louis VII, monté sur le trône en 1137, mort en 1180, était bleue semée de fleurs de lys d'or.
La bannière sous Philippe-Auguste, monté sur le trône en 1180, mort en 1223, est déjà l'objet de nombreuses mentions : 1191 au siège de Ptolémaïs :
« Près de l'une est ja sa bannière
« D'azur fin sur cendal parfaite
« Et à flours de lys d'or pourtraicte. »
(Guillaume Guiart, Royaux lignages.)
1205, au siège de Château-Gaillard :
« Du roy de France la bannière
« A Heurs de lys d'or bien apertes. »
{['oïd.)
1214, à la bataille de Bouvines :
« Galon de Montigny portant
(I) Bleu-violet.
« De fin azur luisant l'enseigne « A fleurs du lys d'or aournée, « Près du roi fut celc journée »
(Guillaume Guiart, Royaux lignages.)
Prœter ilammulam, regium insigne, liliis conspicuuni. ante
regem fuit. (Papirius Masso, Annales, lib. III.)
« Signum regale, vexillum scilicet iloribus lilii distinctum, fere- « bat Galo de Montiniaco. (Rigord, Gestes de Philippe-Auguste.)
oec Montinianum.
« Galonem taceam, qui mente immobilis, ut mons « Vexillum régale die portavit inillâ.
(Guillaume le Breton, qui a été précepteur de Pierre Chariot, évêque de Noyon en 12-43, fils naturel de Philippe-Auguste; Philippide, liv. X (1).)
Le sceau de Louis VIII (de 1223, Se. n° 40, Archives nationales) nous donne pour la première fois le type armoriai de Vécu semé de (leurs de lys, et nous trouvons de la bannière de France , bleue semée de fleurs de lys d'or, un type que l'on peut considérer comme bien authentique dans la miniature de la page 82 de la Vie de sain! Louis par Joinville, Bibl. nat. 13,508, manuscrit dédié par l'auteur à Louis de France, comte d'Evreux, petit-fils de saint Louis. Dans cette miniature, représentant, la prise de Damiette, 1249, le Roi ne porto pas lui-même sa bannière, elle est portée par un chevalier placé à sa gauche. Cette miniature est des neuf premières années du XIVe siècle. On y voit aussi les bannières d'Anjou, de Bourbon, de Bretagne et de Joinville (2).
(1) Voir Ducange, au mot: Vexillum regale, Glosi Henschell, t. m.
(2) Les coites d'armes, cens, ailettes, bardes de chevaux sont
La pièce J. 317, n° 62, des Arch. nat., trésor des chartes, rôle de 1242, offre une représentation plus ancienne d'une bannière de même forme : c'est celle d'Alphonse de France, comte de Poitiers, citée plus haut (p. 23 en note). Elle est rectangulaire, environ deux fois plus longue que large, le côté long attaché à la lance qui est terminée par un fer aigu.
L'azur semé de fleurs de lis d'or se retrouve encore sur d'autres monuments contemporains de saint Louis : sur un sceau de la régence pendant la dernière croisade (Arch. nat. n° 43, Se. de 1270); sur l'écu d'or de saint Louis (Longpérier, Notice des monnaies françaises de la collection Rousseau 1847, vignettes du titre) ; sur la cassette de ce Roi (Edmond Ganneron, La cassette de saint Louis donnée par Philippe-le- Bel à l'abbaye du Lis. Paris, 1855, in-fol., pi. 1 à 4). Quoique l'écu de France ait été ainsi semé jusque dans la seconde moitié du XIVe siècle, on voit pourtant déjà une exception à cet usage en 1285 ; îe sceau cle la régence du royaume, pendant que Philippe III faisait la guerre en Aragon, porte sur son contre-sceau un écu chargé de trois fleurs de lis. (Arch. nat. n°46, Se. de 42850
1306. A cette époque, à côté delà bannière féodale
armoriés; la cotte d'armes du roi et la barde de son cheval sont doublées de rouge. Sur le sceau de saint Louis de 1256 (Arch. nat. n° 42), le manteau du roi est entouré d'une bordure semée de fleurs de lis qui ne sont pas pareilles à celle que le roi tient à la main, mais à celle qui figure sur le contre-sceau ; il n'y avait donc pas encore un type uniforme.
(1) Rey, Hist. du Drapeau, t. n, p. 118, cite aussi un sceau du bailliage d'Amiens, portant un écusson à trois fleurs de lis, apposé sur une charte de 1310.
du roi on voit apparaître une autre enseigne, destinée dans les armées à indiquer la présence personnelle du roi. « L'ordonnance du roi (1306; quand
« il va en armées dit : le premier chambellan
« porte la bannière du roi... le premier valet tran- « chant doit être le plus prochain derrière le Roi, « portant son panon qui doit aller ça et là partout où <f. le Roi va, afin que chacun connaisse où le Roi est. » (Galland, Anciennes enseignes, etc., p. 59.)
1337. Une pièce fort curieuse conservée aux archives du ministère de la marine donne une idée de la quantité de bannières qu'on portait alors à la guerre. « C'est l'ordonnance de 40galées armées que l'on doit avoir tant de Jennes (Gènes) que de Moneghe (Monaco) pour le service du roi pour sa
guerre l'an 1337 par-devant Jean de Rueil et
Nicolas Legras, notaires à Paris... suivi de : c'est l'estimacion que l'armée d'Escosse se puet
couster
« 200 bannières cousues des armes le roi et le cannestable où il faudra 90 cendaux indes (indigo, bleu) et 30 jaunes (1). i
« 200 bannières battues des armes le roi et le connectable où il faut 100 cendaux indes (2).
(h L'or sur ces bannières était remplacé par de l'étoffe jaune cousue : les armes du roi devaienl être sur la face et relies du connétable sur le revers ; le connétable étail alors Raoul de Brienne, comte d'EUj qui portait : d'azur semé de billettes d'or, au lion d'or. On retrouvera tanl dans la marine que dans la cavalerie âpre- 1635 cet usage d'avoir 1rs armes ou devises du roi d'un côté et celles de l'amiral ou du chef de la troupe de l'autre.
($) Ici les bannières étant battues, e'esl-à-diiv dorées, OU ne demande pas d'étoffe jaune pour représenter l'or.
« 25 bannières battues des armes le roi où il faut « 13 cendaux indes (ici les armes du roi sont seules) « et autant du connectable (seules également) et tant « de garnitures (1).
« 510 panonceaux et guenelles des bannières et pa- « nonceaux où il faut 800 aunes de toile inde et 200 « aunes de toile jaune (2).
« 30 bannières des armes du roi pour 10 galées « (galères) et 20 bannières des armes au maréchal où « il faudra 33 cendaux inde, vert et jaune. » (Robert Bertrand, sire de Briquebec, qui était alors maréchal de France, portait : d'or au lion de sinople (vert). Il fut le dernier de sa lignée et mourut en 1353.)
A la bataille de Poitiers, 1356, « le prince de « Galles aperçut bien comme les François tournoient
« à desconfiture lors férirent tous ceulx des
« batailles au prince sur la bataille au roy de France. « Et le captai de Buch adreça sa bataille droit au « Roy et fit tant par armes qu'ils abatirent les banières « au Roy de France (3). Adonc quant les François
(1) Ce qui signiiic autant de fourniture, c'est-à-dire qu'il taut autant de cendaux indes.
(k2) Par « guenelles » ne faut-il pas entendre cravates des bannières et panonceaux? ce serait la première apparition de l'usage d'attacher au-dessous du fer de la hampe un morceau d'étoffe. Ces panonceaux ne portaient pas d'armoiries et ils devaient être bleus, si l'on en juge par la différence de fourniture de 800 aunes de bleu et de 200 de jaune; quant aux « guenelles », il est probable qu'elles étaient bleues et jaunes, reproduisant les couleurs du fond et des ornements des bannières.
(3) Le même chroniqueur emploie cette même expression (p. 461) dans le récit de la bataille d' Aurai, 1364, « et là furent abattues « les bannières du duc Charles de Blois et il fut occis, » et (p. 162)
« qui n avaient mais nulles enseignes virent que leurs « bannières estaient abalues, moult s'en prindrent à « faire. » (Chronique des quatre premiers Valois, publiée par la société de l'histoire de France, 186:2, p. 56.) La plupart des princes et seigneurs, portant bannière, avaient été tués, justifiant la maxime que « jamais la bannière ne se doit départir de la cotte « d'armes, sinon par mort ou prison. » (Le Trésor de noblesse, f°. 39. Bibl. nat. réserve, par Vérard « serviteur dudict seigneur Charles VIIIe. •) Les survivants s'étant réunis autour du Roi, tombèrent en le défendant ou furent faits prisonniers avec lui ; l'armée qui marchait sous les bannières féodales, comme le dit le chroniqueur, n'eut alors plus d'enseignes auxquelles elle pût se rallier (1).
Lorsqu'une armée royale n'était pas commandée par le roi en personne, lepennon du roi accompagnait celui qui la commandait à sa place, le lieutenant du
o la bataille de Mgr Bertrahd (du Guesclin) fui rompue, m bannière
« abattue par terre, celui ({111 la portail mort.
(1) Eustache Deschamps (Poésies, etc., Ed. Crapelet, Paris, 18 1:2. iii-8" ]>. 238, 239) racontant commenl les Parisiens en 139 couèrent la domination d'Etienne Marcel pour rétablir l'autorité du Dauphin-Régent, depuis Charles \, dit:
Jeans Maillais lors, les armes plaines Print du Roy, aux trois fleurs de lys
Portanl en ses poins la bannière de France
En confort de leur vraj seigneur.
Bust. Deschamps vivait au M1' siècle; c'est la bannière de cette époque qu'il mentionne suivant l'usage des poètes d'alors qui ne se piquaient pas d'exactitude historique.
roi (1). Nous en voyons une preuve dans une miniature du ms. de Froissart (Bibl. nat.), où avec l'armée de du Guesclin en Espagne (1365) est un pennon triangulaire bleu chargé de trois fleurs de lys d'or (2). De même en 1390 le duc de Bourbon, à la tête de chevaliers français et anglais, fit, sur la demande des Génois, une expédition contre les musulmans de Tunis. Froissart dit : là étaient le pennon du roi de France et sa devise. Une estampe de la collection Hennin (Bibl. nat.) représente le navire du duc de Bourbon; au grand mât est un pavillon carré bleu à trois fleurs de lys d'or. Dans le manuscrit de Froissart, appartenant au British Muséum, au sommet du grand mât de ce même navire, dans une hune couverte d'étoffe bleue semée de fleurs de lis d'or, est un chevalier tenant une enseigne carrée bleue à trois fleurs de lys d'or.
(1) En 1372, Jehan de « France », duc de Berry, à grand compagnie, alla chevaucher les bannières déployées devant la noble cité de Poitiers. Les bons bourgeois et citoyens de Poitiers qui étaient bons et vrais Français, quand ils virent les bannières des fleurs de lys, les armes de leur souverain seigneur le Roi de France prirent à crier Montjoye. » (Chron. des quatre premiers Valois, publ. par la Société d'hist. de France, p. 237.)
(2) Le chevalier breton
Qui tant servi de louial cuer et bon L'escu d'azur à iij flours de lys d'or.
(Le distic de mons. Bertran de Glasguin, ms. presque contemporain de du Guesclin. Bibl. nat., B. 7595.) Dans les miniatures du ms. de Froissart de la Bibl. de l'arsenal et de celui de la Bibl. nat. à la bataille de Rosbecq (1382) on a représenté le pennon carré à trois fleurs de lis. Dans le dernier de ces mss. cette bannière est entourée d'une bordure vert, blanc et rouge.
(Illuminated Illustrations of Froissait. Humphrey, London, Smith, 1844. Biblioth. nat., q.e.10). Un peu plus loin, dans la miniature qui représente l'attaque d'une ville pendant la même expédition, on voit la bannière de France semée de fleurs de lis et une autre avec trois fleurs de lis. Dans une autre miniature du même manuscrit, à la reprise de Ventadour (1390) l'enseigne à trois fleurs de lis est placée sur une tour, tandis qu'avec les gens d'armes est la bannière semée.
Un autre exemple est encore fourni par le même ms., dans une expédition faite par Guillaume de llainaut avec l'aide des Français en 1385, figure une bannière bleue à trois /leurs de lis, entourées d'une bordure ou frange composée de vert, de rouge et de blanc alternant. Cette même bordure entoure les autres bannières représentées dans cette miniature. Celle-ci était encore vraiment la bannière de France ; l'enseigne à trois fleurs de lys était alors plutôt le pannon du roi.
Dans l'inventaire de la grande écurie, 7 février 1 \i 1 , on voit un pannon de drap de Damas azuré à trois grans fleurs de lis d'or de broderie, brodé de fra d'or et de soye tout autour. Item deux banni* , France, pareilles audit pannon. (Choix de pièù - inédites relatives au règne de Charles 17, publié par la société de l'Ilistoiie de France. 1864, t. il, p. 394, 403.)
C'est effectivement à Charles V (monté sur le trône en 1364, mort en 1380) que l'on fait remonter la réduction, au nombre de trois, des fleurs de lis dans
— /Il —
les armes de France d'une façon à peu près définitive (1).
Raoul de Praelles, secrétaire de ce roi, en lui dédiant sa traduction de la Ciré de Dieu (entre 1370 et 1375), lui dit : « Et si portez les armes à trois fleurs « de lys, ensègne de-la benoîte trinité. » Charles V luimême, dans la charte de fondation du couvent des Célestins de la Sainte-Trinité à Limay, près de Mantes, au mois de février 1377, dit que les lis, symboles du royaume de France, sont au nombre de trois et non de deux en l'honneur delà Trinité, dont elles forment le signe mystérieux (2). L'original de cette pièce est conservé dans les archives de Seine-et-Oise ; un extrait en a été publié par M. Borel-d'Hauterive dans Y Annuaire de la noblesse (année 18oo, p. 390). Dans la lettre initiale ornée de cette charte le roi est figuré à genoux, nu-tête, surmonté de l'écu aux trois fleurs de lis, et dans la panse supérieure de cette lettre est la représentation de la Trinité. On trouvera dans le Bulletin du comité de l'histoire et des arts de la France, t. IV, p. 239, une reproduction de ce dessin d'après une
(1) Outre les exemples que nous avons déjà donnés (p. 33) de la réduction à trois on peut encore citer : le sceau d'une charte de Philippe de Valois (1343) qui porte trois lleurs de lis surmontées d'une couronne (Arch. nat., invention des sceaux, se. n°55); le revers du florin George (d'or) de Philippe de Valois qui porte quatre écus à trois fleurs de lis (Le Blanc, Traité des monnaies de France, Ed. d'Amsterdam 1692, pi. 22, n° 10, p. 206); et le gros d'argent du roi Jean (ibicl, pi. 25, p. 210).
(2) Jacques de la Motte, seigneur de Huppigny, dans un livre imprimé à Rouen chez Robert du Gard en 1549 (in-16), dit : « L< s trois fleurs de sapience, justice et bon conseil, assises au champ de vertu, armes célestes et très-chré'.ienncs de la France. »
photographie exécutée par les soins de M. le duc de Luynes. Quant à la forme des fleurs de lis à cette époque de leur réduction à trois, on en voit un exemple d'un dessin fort élégant, sur la charte de Charles V, de juillet 1364, portant défense d'aliéner l'hôtel Saint-Paul. (Àrch. nat., J. 154, n° 5, Trésor des Chartes.) C'est peut-être dans ce même sentiment de symbolisme en l'honneur de la sainte Trinité qu'il faut chercher l'origine de ces encadrements tricolores si fréquents dans les manuscrits ayant appartenu à Charles V et Charles VI, que possèdent nos bibliothèques publiques (1).
Mais si à partir du règne de Charles V les fleurs
(1) Cette dernière allégorie remonte du reste à une époque bien plus ancienne. Saint Jean de Matha, pendant sa première . après la consécration, avait vu apparaître un ange vêtu d'une robe blanche, ayant une croix ronge bordée de bleu sur la p litrine H posant ses mains sur la tête de deux cap uillés. Quelque
temps après, le même saint s'étant réuni à saint Félix de Valois, ermite dans une forêt de la Brie, un cerf d'uni* parfaite blancheur se présenta devant eux portant entre ses bois une croix dis;; par les mêmes couleurs. Ils allèrent à Rome, assistèrent à la . ss que Innocent 111 (élu pape eu 1198) célébrait à Saint-Jean-de-Latran. Pendant cette messe, le même ange apparut encore dans les mêmes conditions que d'abord. Le Pape ne douta pas qu'il n'y eut là un mystère à réaliser; tout s'expliqua par le récit des deux pèlerins, et en fondant à leur prière l'ordre de la Rédemption îles Captifs, il voulut que les membres en fussent vêtus comm s'étai montré' et que pour répondre à ces trois couleur* blanche, bleue et rouge, V institut fût consacré sous le c :
Voii Héliot, Histoire des ordres monastiques, . -i . t. n. p. 12 suiv. L'abbé A.uh r, Histoire .
Paris et Poitiei t. n, p. 618 et 619. (Voir pi
lu district des M&thurins et celui du diati ici d
de lis furent réduites au nombre de trois sur l'écudes armes de France, elles n'en continuèrent pas moins à être souvent semées sans nombre sur la bannière.
Voici les diverses formes de cette bannière dans les temps postérieurs : le fond en est toujours bleu. Bibliothèque de l'Arsenal, Renaud deMontauban, ms. du temps de Charles Vil, tome lï, p. 53, bannière longue fendue en deux pointes, semée de fleurs de lis, une houppe rouge sous le fer de lance ; tome IV, p. 310, pennon carré, à trois fleurs de lis. — Bibl. nat, 2679, Chroniques de > Monstrelet, tome II, p. 11, une miniature représente la proclamation de Charles VII à Espailly en Auvergne, deux hérauts d'armes portant l'un un pennon carré d'azur à trois fleurs de lis d'or, l'autre un étendard long fendu en deux pointes aussi d'azur à trois fleurs de lis d'or. — Bibl. nat., ms. Fr. 88, ancien 6762, Chroniques de Monstrelet, entrée de Charles VII à Paris, une bannière longue, allant en s'amincissant du bout, fendue en deux pointes, à trois fleurs de lis. A la même date, Favya (Théâtre d'honneur, Bibl. nat., z, ancien 963, p. 612), dit que « derrière le roi était Jean de Sca- « naville, ditHavard, bailly de Dreux, valet tranchant « du roi, lequel portait le pennon qui étaitde velours « azuré à trois fleurs de lis d'or, brodées de grosses « perles. » Suivant Favyn (ibid., p. 25) le pennon avait une forme triangulaire à pointe arrondie. — Au sacre de Louis XI (1461) représenté sur le vitrail de la cathédrale d'Evreux la bannière d'azur aux 3 fleurs de lis est portée près du roi. (Lasteyrie, Peinture sur verre, pi. 56.)
Deux étendards, l'un carré à trois fleurs de lis,
l'autre long et fendu en deux pointes, semé de fleurs de lis, sont représentées au frontispice dums. desCommentaires de César, dédié à Charles, duc de Bourgogne (Bibl. nat., Fr., 38). — Dans le tome III de la collection de Hennin (Bibl. nat., Est), sur une estampe représentant la bataille de Monllhéry, 1465, se voit, entre autres enseignes, le pennon carré à trois fleurs de lis. A partir de cette époque, la bannière féodale de France perdit en importance ce que l'autorité royale acquérait en prépondérance. Charles Vil avait formé les premières compagnies d'ordonnance de cavalerie i 1 : des gens d'armes touchant une solde du roi, commandés par des capitaines nommés par le roi, devant marcher soit pour les « montres » (revues d'effectif), soit pour la guerre sur un ordre du roi, devant combattre les ennemis quelconques du roi, remplacèrent alors les chevaliers ou bacheliers marchant sous les ordres de leurs suzerains directs, à l'appel des grands vassaux convoqués par le suzerain suprême le roi, mais marchant à leurs frais, pour un temps di miné, après lequel on n'avait nul droit de les retenir, quelquefois ne pouvant être menés hors de certaines limites, ayant la faculté et même l'obligation de refuser de combattre tel ou tel seigneur auquel les l'attachait quelque lien de vassalité. Enfin une troupe à cheval bien dans les mains du roi avait remplacé les lances féodales avec les droits ou les exigences desquelles il fallait trop souventoompter. De même, pour l'infanterie (2), Charles VIL par son ordonnance du
(I) Voir plus loin aux Étendards des troupes a cheval. 1 1 ) Voir plus loin ;iii\ Enseignes d'infante: ie.
28 avril 1448(1), organisa le corps des francs-archers qui, exempts de toutes tailles, droits, corvées, etc., sauf des aides de guerre et de la gabelle du sel, c'està-dire saufdes droits royaux, durent faire le « serment « par-devant les eslus de bien et loyaument nous <( servir envers tous et contre tous .., et ne serviront « aucun en fait de guerre sans nostre ordonnance. » Ce premier essai ne réussit pas d'abord (cette organisation fut améliorée en 1469 et 1480 par Louis XI, comme nous le verrons ailleurs), mais le coup n'en était pas moins porté aux droits féodaux, le roi se donnant le pouvoir de disposer des petits vassaux des fiefs sans recourir à l'intermédiaire des seigneurs et d'exiger d'eux un service direct en compensation duquel il les dispensait de certains devoirs envers leur suzerain (soit église, soit seigneur, soit ville).
Il y avait là un essai d'union direct du roi et du peuple; cette union se symbolisa en ajoutant sur le fond d'azur semé de fleurs de lis la croix qu'à défaut de vêtement uniforme le fantassin portait alors comme signe de reconnaissance (2), et qui de plus rappelait aux hommes des communes la croix de paroisse qui jusque-là les avait conduits au combat.
(1) Cette ordonnance no mentionne pas les enseignes des francsarchers, mais le héraut de Berry (Hist. chronologique de Charles VII) parle de la croix blanche des enseignes royales, « ce qui tendrait à confirmer l'opinion que renseigne générale des troupes servant directement le roi en dehors du service féodal, comme les francs-archers, fut bleue, semée de fleurs de lis, traversée d'une croix blanche. » (P. Daniel, Milice française, t. i, p. 486).
(2) Voir plus loin auxCouleurs distinctives de nation ou de parti.
Connue d'abord sous le nom de pennon royal, puis sous celui de grand étendard royal (1), cette enseigne devint, ensuite et resta jusqu'en 1789 ie drapeau du premier régiment de France, du régiment des g françaises du roi (ï).
Le pennon carré d'azur, soit semé de fleurs de lis, soit chargé de trois fleurs de lis seulement, prit vers cette époque le nom de cornet le de France, et continua à être porté derrière le roi pour indiquer sa présence. On le voit, entre autres exemples, au musée du Louvre, porté derrière le roi, dans le tableau de Rubens, représentant le mariage de Henri IV avec Marie de Médicis (1600); là il est bleu chargé de 3 fleurs de lis.
Dans la gravure de l'Olympe des Français, où sont représentés au naturel le roi. la reine, les enfants & France, le fond offre l'image d'un combat où son' portés au même rang deux étendards : l'un d'azur à 3 fleurs de lis, l'autre d'azur traversé d'une croix blanche, (Estampes du roi Henry IV, Recueil de Cangé, Ribl. nat., imprimés L. b., 35.)
Favyn (le Théâtre d'honneur, 16:20, Bibl. nat.. X ancien, 063, p. 1838 et suivantes jusqu'à 1869). dans le récit des « Cérémonies observées aux obsèques et funérailles du roi Henry-le-Grand, » nous donne la description de toutes les bannières qui y furent por- ; c'est comme un résumé de notre histoire jus-
(I) Général Susane, Histoire de Fancienne infanterie fran i. i, p. 32 en note.
rJi Voir plus loin aux Enseignes d'infanterie.
qu'à la date de 1610. On y voit la cornette de France suivie des cornettes des diverses provinces, souvenir du service féodal ; V étendard de satin bleu, souvenir de la cape de saint Martin ; V étendard de saint Denis, souvenir de l'oriflamme; V étendard bleu à croix blanche, symbole de l'armée au service du roi.
Nous croyons cette énumération assez intéressante pour être reproduite en entier.
« Le sieur de Rodes, grand maître des cérémonies de France, chevalier, grand prévôt des deux ordres du roi, premier écuyer tranchant et porte-cornette du roi, seul, à cheval, en sa robe de deuil, et le chaperon en tête, portant une lance peinte de bleu, ferrée d'or, où était le PHANON CARRÉ, c'est-à-dire la CORNETTE DE FRANCE develoux violet (1) semé de fleurs de lys d'or de Cypre en broderie, plus plain que vuide frangée d'or. » Il était suivi des cornettes des « marches et provinces de France, appartenant au sacré domaine du roi » : la cornette de Béarn, de satin jaune, chargée au centre des armes de la principauté qui sont d'or à 2 vaches passant de gueules: de Limoges, blanche, chargée d'hermine à la bordure de gueules ; de Cominges, rouge, chargée de gueules
(i) Il est difficile de savoir si ce mot « violet » est employé, comme il l'est souvent à cette époque, pour « bleu d'azur, » ou si, en signe de deuil, on n'avait pas, pour la circonstance, remplacé par du violet le bleu des bannières royales; les deux hypothèses semblent également admissibles. Le Brief discours des pompes, cérémonies et obsèques funèbres de Henry le Grand, P. lxxix du vol. Estampes du Roi Henry IV. Bibl. nat., L b. ff dit M. de Rhodes, maître des cérémonies, à cheval portant un guidon de velours violet semé de fleurs de lis couvert de crêpe noir.
à 4 otclles d'argent; de Saint-Gilles, rouge, chargée de gueules à 6 châteaux d'or; de Provence, jaune, chargée d'or à 4 pals de gueules au chef de France ; de Bresse et Baugé, rouge, chargée de : 1 et 4 d'argent à la bande d'azur à 2 lions d'azur, un en chef, un en pointe, qui est Bresse, 2 et 3 de gueules au lion d'hermine couronné d'or, qui est Baugé; d'Artois, bleue, chargée de France au lambel de gueules, chaque pendant chargé de 3 châteaux d'or; de Boulogne, jaune, chargée i et 4 d'or à trois tourteaux de gueules, qui est Boulogne, 2 et 3 d'or au gonfanon de gueules à 3 pendants frangés de sinople, qui est Auvergne; de Hoye et Guines, jaune, chargée de vairé, contre-vairé d'or et d'azur; de Vermandois, jaune, chargée d'échiqueté d'or et d'azur de o traits; de Poitou, rouge, chargée de gueules à o tours d'or maçonnées de sable; de Toulouse, rouge, chargée de gueules à la croix cléchée, vidée, pommettée d'or; de Bretagne, blanche, chargée d'hermine plein; de Guiennc, rouge, chargée de gueules au lion léopardé passant d'or; de Normandie, rouge, chargée de gueules à deux léopards passants d'or : de Bourgogne. bleue, chargée de 1 et 4 bandé d'or e! d'azur à la bordure de gueules, qui esl Bourgogne ancien, 2 et 3 de France à la bordure componée d'argent et de gueules, qui esl Bourgogne moderne; d'Kvreux, bleue, chargée de France à la bande componée d'argenl et de gueules: de Vendôme, violette, chargée de France à la bande de gueules chargée de 3 lionceaux d'argent; d'Alençon, violette, chargée de France à la bordure de gueules chargée de8 besants d'argent ; d'Anjou el Touraine. violette, chargée l et
4 de France à la bordure de gueules, qui est Anjou,
2 et 3 de France à la bordure componée d'or et de gueules, qui est Touraine ; d'Orléans, blanche, chargée de France au lambel d'argent de 3 pendants; du Dauphiné, violette, chargée de 1 à 4 de France, 2 et
3 d'or au dauphin d'azur; de Jérusalem et Sicile, violette, chargée de France au lambel de gueules, l'écu surmonté d'une couronne fleurdelisée ; de Jérusalem, blanche, chargée d'argent à la croix potencée d'or, cantonnée de 4 croisettes du même; de Navarre, rouge, chargée de gueules aux chaînes d'or posées en croix, en sautoir et en orle. Suivaient après la cornette des couleurs (1) et livrées de Sa Majesté très-chrétienne, ORENGÉ, BLANC et BLEU semée de masses d'Hercules en broderie d'argent avec la devise de S. M. qui était d'une H couronnée, entrelacée de deux sceptres en sautoir et d'une épée en pal sur le tout en riche broderie d'or de Cypre, avec cette légende : Duo protegit mus; le PENNONET et le GUIDON desdites couleurs,
livrées et devises le Heaume d'or, couronné, tarré
de front, à cimier d'une double fleur de lis d'or, aux lambrequins des couleurs et livrées le cheval de parade, housse de velours bleu couvert de riche broderie d'or et d'argent, à la devise Le GRAND
ESTENDART de satin bleu, à la devise en broderie d'or de Cypre. Suivaient après le GRAND ESTEN- DART de satin bleu céleste, en broderie de fleurs de lys d'or, plus plein que vide, à une grande croix pleine de satin blanc, qui est la croix de France, Le GRAND ES-
(1) Voir p. 69.
TENDART saint Michel, ange gardien de la France, de satin bleu, semé d'étoiles d'or. Le GRAND ES- TENDART saint Denys aréopagite et apôtre de la France, de satin cramoisi, semé de flammes d'or, à l'image de saint Denys, vêtu de blanc à l'antique, portant son crâne entre ses mains. Le GRAND ES- TENDÀPiï de ï ordre du benoii Saint-Esprit, de satin vert, à une colombe d'argent rayonnée d'or, le reste semé de flammes d'or, à la bordure des chiffres du
collier de l'ordre Le PENON de France, do v<
violet, semé de /leurs de lys d'or ; le GUIDON d< Pi idem; le GRAND ESTENDART de Franc idem:... le chevalier de Guise portant la GRANDE BANNIÈRE de FRANGE de reloue viola bleu celés* . semé de fkm$ de lys d'or en broderie plus plein que ruide:... les quatre drapeaux des quatre compagnies des archers de la garde du roi, de quatre différentes couleurs, aseavoir : ronge, ver de, bleue, grise (i) ».
Couleurs personnelles des Rois, Princes et Seigneurs.
Gomme règle générale on peut dire que du temps de la féodalité les bannières des chevaliers étaient peintes, cousues, brodées ou battues de leurs armoiries; mais, drs les temps les plus anciens, il eu des exceptions à cet usage, ainsi, en 1207, Guil-
(1) Noir plus loin aux Étendards dea tn -«val.
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PL. Il
bannière! de Chevalier
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Etendait de Louis II de BourL
Pennon Royal à Lord