VI
Le drapeau lorrain.
Les princes qui régnèrent sur les pays autres que la France eurent aussi leurs couleurs personnelles et en changèrent de même parfois durant leur règne ; les enseignes deces pays n'ont pas toujours non plus porté les mêmes couleurs; on pourrait en citer de nombreux exemples. Nous nous contenterons d'en donner un seul emprunté à M. H, Lepage. Le Drapeau lorrain, chez G. Crépin-Leblond, Grande Rue, 14, à Nancy, et Journal d'Archéologie, avril 1872.
M. Henri Lepage, à la question : Quel était le drapeau lorrain? répond : « Il qst permis d'affirmer que le drapeau lorrain, celui que les anciens auteurs appellent la grande bannière du duché, et qui devint ensuite le grand étendard des pays, a varié plusieurs fois de couleurs et d'emblèmes. »
(1) Voir plus haut, p. 71, l'ordonnance du 21 décembre 1762.
« Elle fut d'abord rouge... (1). sans ornements ; peut-être y fit-on ensuite représenter un aigle, puis après les trois alérions (2).
« Sous René II elle est encore rouge, mais ornée de l'image de l'Annonciation (3).
« Sous Charles III et son successeur, le grand étendard est jaune avec la figure de l'Annonciation, semé de croix de Jérusalem et de Lorraine, d'alérions, de bars et du chiffre du souverain (4).
« Sous Léopold, il est d'abord vert, coupé par une croix rouge, puis rouge, coupé par une croixjaune...
La bannière de Lorraine (jaune) avec la bande (rouge) aux trois alérions (d'argent)... disparait sous Léopold.
« De tous les drapeaux lorrains c'est le seul que Ton connaisse aujourd'hui, ou du moins le seul dont on fasse usage; il est pourtant difficile de dire que ce soit véritablement le drapeau national (5). »
(1) Dom Calmct, Hist. de Lorraine, t. ni, i re édit. , préliminaires col. XXXVII.
(2) La bannière qui ligure sur le sceau de .Mathieu de Lorraine, 1225 (Arch. nat., n° 779), ne porte point d'armoiries, sur celle de Ferri, J316 (Ibid., n° 782), il y a la bande chargée de trois alérions.
(3) Une miniature du manuscrit de P. de Manu tait voir en outre à la bataille de Nancy, 147G, une cornette bleue chargée d'un dextrochère armé, avec la devise : Toutes pour une. et un guidon bleu chargé d'une croix de Jérusalem d'or.
(4) Pompe funèbre de Charles 111, 1609.
(:>) Sur deux tableaux représentant la défense de Blamont, 1636, celle de Mandres, 1633, cuis, macs ;l Chatillon, près Girey, chez le baron de klopstein, les troupes lorraines sont figurée! avec un drapeau jaune à croix rouge, l'écusson de Lorraine au centre de la ••poix et une croix double ,'t chaque angle.
Tel est en quelques lignes le résumé de l'histoire du drapeau en Lorraine (1).
Dans le cours de notre travail, on trouvera plusieurs fois la couleur verte mentionnée comme étant la couleur des princes lorrains, il ne faut pas en conclure que ce fut la couleur de la Lorraine; elle avait été adoptée personnellement par les princes de cette maison comme une sorte d'héritage des rois deNaples de la maison d'Anjou. (Voir la note au bas de la p. 57.)
§ vu
Marques de commandement.
Lorsque l'organisation féodale était dans toute sa vigueur, la marque du commandement était la bannière du suzerain ou son pennon, la bannière autour de laquelle se réunissaient tous ceux qui devaient au suzerain le service militaire, le pennon qui était porté à l'armée derrière le suzerain ou celui qui le remplaçait afin d'indiquer où il était pour qu'on pût soit
(1) A l'énumération des divers drapeaux lorrains donnée par M. Lepage nous en ajouterons un qui figure aux archives d'Etat à Turin dans la collection des enseignes prises par le duc Philibert Emmanuel à la bataille de Saint-Quentin en 1557, il est noir à bordure rouge et jaune fendu en deux pointes, semé de croix de Jérusalem et de doubles G, chargé près de la hampe d'un bras armé d'une épée entourée de la devise : Fecit potentiam in bracchio suo et au centre d'une image de l'Annonciation; ces divers signes indiquent qu'il avait appartenu à Charles III, duc de Lorraine et de Bar, dont la compagnie de gens d'armes était à St-Quentin (Bibl. nat. ms. 20532, p. 46).
venir prendre ses ordres, soit veiller à sa défense. Et cela était applicable également au roi, aux grands vassaux et aux seigneurs, enfin à tous ceux qui pouvaient avoir à commander dans les guerres, générales ou particulières.
Plus tard, lorsque les rois organisèrent une force militaire en dehors du système féodal qu'elle était appelée à contenir ou même à combattre, la bannière féodale ne pouvait plus avoir la même signification, il fallut recourir à une autre marque de commandement; c'est alors qu'on voit apparaître la cornette que le P. Daniel (Milice française, 1721, livre VI, ch. 10) définit ainsi : « L'étendard auquel on donne « le nom de cornette est une pièce d'étoffe de taffetas « d'environ un pied et demi en carré, sur lequel sont « brodés les chiffres, armes, devises du prince ou du « mestre de camp; on l'attache au bout d'une lance « longue de 8 à 9 pieds (1); on l'enferme lorsqu'il « fait mauvais temps dans une bourse attachée au « fer de la lance; en campagne, on y attache une es- « pèce d'écharpe de taffetas afin qu'on le distingue « de plus loin. »
On comprend qu'à une époque où l'on n'avait pas encore établi de grades militaires et par conséquent pas d'insignes, il fallût avoir un moyen de faire reconnaître les chefs (2); on se servit donc pour cela de la
(1) C'est conformément à cet usage que le fanion tricolore de Henri d'Orléans, duc tTAumale, comme gomcrncur général de l'Algérie, avant 1 Sis. était de cette dimension et portait son chiffre 11. O. entrelacés, snrmonté die sa ci uronne.
(2) En 1383, Le pape Urbain VI publia une croisade conti
cornette, mais rien ne prouve qu'elle fut blanche dès l'origine. Onpeut néanmoins le supposer par plusieurs raisons.
1° Le blanc était déjà au xrve siècle considéré comme signe de domination. « Lorsque l'empereur d'Allemagne Charles IV vint, en 1378, faire visite au roi Charles V, on lui fit faire à Paris une entrée solennelle. L'empereur fu montez sur le destrier que le Roy lui ot envoyé, lequel estoit morel (noir) et semblablement fu montez son fils : et ne fu mie sans avis envoyé de celluy poil, caries empereurs, de leur droit, quant ilz entrentès bonnes villes de leur seigneurie, ontaccoustumé estre sus chevauls blancs : si ne voult le Roy qu'en son royaume le feist, affin qu'il n'y peust estre noté aucun signe de dominacion... Adont, de son pallays parti le Roy, monté sur un grand palefroy blanc. A l'occasion de l'entrée de Charles VII à Paris, en 1437, Montfaucon dit : Le roi est monté sur un cheval blanc, cela passait alors pour une marque de souveraineté^). On lit dans les Mémoires de Duclercq, àla date
France et contre les partisans de son rival Clément VII, la guerre recommença alors en Flandre et l'on voit dans les miniatures des chroniques de Froissart (Bibl. nat. et bibl. de l'Arsenal) l'évêque de Norwich accompagné de son pennon personnel (écartelé d'argent et d'azur) et de la bannière de saint Pierre (de gueules chargée de deux clefs) comme gonfanonnier du Pape en cette guerre.
(1) Un rapprochement curieux nous est inspiré par ce que dit le général Bardin de M. de Lafayette qu'il « conservait l'ancien « usage de ne monter que des chevaux blancs devant les troupes ; « c'était jadis la couleur du cheval de commandement, c'était un « des insignes du général d'armée. » (Dictionnaire des armées de terre et de mer, A vol. in-8°.)
de 1461 : Et puis alloit le Roy de France sur ung cheval blanc, en signe de seigneur ({). »
2° Le blanc, couleur des Orléans ou Armagnacs qui, avant la mort de Charles VI, 1422, luttaient avec le Dauphin contre les Anglais, était déjà devenu la couleur distinctive (2) de l'armée royale sous forme de bande blanche sur le vêtement ou de chaperon blanc, sans avoir encore paru cependant sous forme de drapeau.
3° En 1428, l'élan delà nation avait été ranimé par l'intervention merveilleuse de Jeanne d'Arc qui, en accomplissant la mission qu'elle croyait fermement avoir reçue du Ciel, portait ou faisait porter auprès d'elle par Jean sire d'Aulon, chevalier de l'hôtel du roi, un étendard bianc (3).
(1) Rey, Hist. du Drapeau, t. n, p. 460 et 461 , citant : Christine de Pisan, Fais... de Charles V, lui, ch. 33; Montfaucon, Monarch. franc., m, p. 39, pi. 10, etc.
(2) Voir ci-après, aux Couleurs distinctives de partis.
(3) D'après l'interrogatoire de Jeanne cet étendard était blanc. semé de fleurs de lis, à l'image de Dieu tenant le globe du monde, accompagné de deux anges agenouillés, avec celle inscription : jhesus marie. Elle en eut plusieurs, car le compte de Kaguier, trésorier des guerres, porte : « à Hauves Poulnoir, peintre, demeu- « ranl à Tours, pour avoir painf et baillié estoffes pour ung granl o estandart et ung petit pour la Pucelle, 25 liv. tourn. >> Un dessin rail par Faukembergue, greffier du Parlement, en marge du registre dll conseil, a la date du 10 mai I i2i). OÙ est mentionnée la présence à l'armée a d'une pucelle ayant bannière », donne à cette4 bannière la tonne d'une tlainme à deux pointes portant le monogramme
JUS. (Arch. nat., u, À. 1481, musée des arch.) Les divers auteurs,
même contemporains, donnent des descriptions un peu différentes do ces étendards. Au reste, comment avoir sur ces détails des idées bien précises puisque l'on voil que, interrogée <i. SUT les pennon-