CHAPITRE III
De l'avènement de François I A LA PAIX DE Madrid.
Parmi les recueils de documents de cette époque nous signalerons d'abord l'ouvrage de Le Glay « Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche», dont nous avons déjà parlé en indiquant les sources du second chapitre.
M. Champollion-Figeac a réuni en un volume, qui porte pour titre « Captivité du roi François I (i)», tous les documents qui concernent la captivité de ce prince et les négociations qui aboutirent à la paix de Madrid.
Les « Papiers d'Etat du cardinal de Granvelle (2) », publiés sous la direction de M. Weiss, renferment aussi des pièces importantes, notamment une relation circonstanciée des conférences de Calais.
Pour ce qui concerne la part prise par l'Angleterre dans la lutte entre François I et Charles-Quint, il faut consulter le «Calendar of state papers (3)», où sont rassemblés toutes les correspondances, les traités, etc., qui concernent l'histoire de la Grande-Bretagne à partir du xvi® siècle.
En dernier lieu nous indiquerons les <* Actenstûcke
(1) Paris, Imprimerie royale, 1847.
(2) Paris, Imprimerie nationale, 1841-1852.
(3) Londres, 1856.
und Briefe «ur Geschichte Kaiser Karl V (i) », publiés par le docteur K. Lanz, et contenant une collection de pièces qui concernent la maison de Habsbourg.
Presque tous ces ouvrages sont précédés d'excellentes introductions.
§ I. Le traité de Paris. — Les conférences db NoYON. — Les traités de Bruxelles et de Cambrai. — Election de Charles - Quint a l'Empire.
Charles VIII, le premier des rois de France, avait tenté des expéditions en Italie. Il s'était emparé de Naples dont il se considérait comme légitime propriétaire en vertu du testament de Charles III (mort en 1481), comte du Maine et de Provence, et légataire du roi René pour le royaume de Naples. Il n'avait pu garder cette conquête et se l'était vu reprendre en moins d'un an par Frédéric d'Aragon. Louis XII hérita des prétentions de son prédécesseur et, de plus, en sa qualité de petit-fils de Valentine Visconti, il réclamait le duché de Milan, dont il prit possession en 1499. Dès qu'il y eut affermi sa domination, il s'entendit en 1500 avec le roi d'Aragon pour s'emparer du royaume de Naples et se le partager. La conquête fut faite, mais l'accord ne se maintint pas entre les vainqueurs. La guerre éclata, les Français furent expulsés et, en 1505, lorsqu'il maria sa nièce Germaine de Foix à Ferdinand-le- Catholique, Louis XII renonça à la part à laquelle il avait droit. Il ne fut pas plus heureux à Milan, que parvint à reprendre Maximilien Sforza. A sa mort, les Français ne possédaient plus un pouce de terrain en Italie (2).
Cette situation allait amener de nouveaux conflits entre la maison d'Autriche et celle de France. Ni Maximilien, ni Marguerite d'Autriche, ni Charles-Quint, ne voulaient
(1) Vienne, Imprimerie impériale, 1853.
(2) Mignet, Rivalité de Charles-Quint et de François /. Introduction.
renoncer définitivement à la Bourgogne. De son côté, François I, en montant sur le trône, entendait continuer la politique italienne de ses prédécesseurs et reconquérir Naples et Milan. Pour le duché, il avait en face de lui l'empereur Maximilien, qui considérait comme dangereux pour lui l'établissement de la puissance française dans la péninsule. A Naples, il rencontrait Ferdinand-le-Catholique, auquel Louis XII avait cédé ses droits et qui n'entendait pas se laisser dépouiller de cette riche possession.
Dès les premières années de son règne, Charles-Quint devait hériter de l'empereur et du roi d'Aragon. En succédant à leurs possessions, il succédait aussi aux causes d'inimitié qui séparaient ces princes de la France. Celles-ci, s'ajoutant à celles qui existaient déjà entre les successeurs de Charles-le-Téméraire et de Louis XII, allaient amener de ijombreux conflits, rendre à peu près impossible la conclusion d'une paix sérieuse, et agiter pendant de longues années l'Europe presque entière, grâce aux immenses possessions de la maison d'Autriche.
Le règne de Philippe-le-Beau avait été calme. Pour obtenir qu'il ne les entravât pas dans leurs expéditions d'Italie, Charles VIII et Louis XII lui avaient rendu une partie des biens enlevés à sa mère. La minorité de Charles- Quint ne fut pas aussi paisible ; l'ambition qui poussait l'empereur et le roi de France à étendre leur domination dans la péninsule, avait provoqué des luttes, arrêtées un moment par le traité de Londres, mais qui devaient reprendre avec violence à l'avènement de François I.
A son début, le règne de ce prince sembla cependant promettre la paix.
Le 5 janvier, deux jours après la mort de Louis XII, l'archiduc Charles avait été émancipé. Un de ses premiers devoirs était de prêter l'hommage féodal au nouveau roi pour les comtés de Flandre et d'Artois, et, en sa qualité de pair de France, d'assister au sacre ou de s'y faire représenter. Pour remplir cette double mission, il choisit le comte
Henri de Nassau, Michel de Croy, seigneur de Sempy, Michel Pavie, doyen de Cambrai, Philippe Dales, maître d'hôtel, Gattinare, président du parlement de Dole, Jean Caulier, maître des requêtes, et Gilles Van den Damme, secrétaire.
Il voulut profiter de la prestation de l'hommage féodal pour affirmer une fois de plus ses droits au duché de Bourgogne. Dans les instructions remises au comte de Nassau il est dit : « Semblable présentation de debvoir (foi et hommage) fera mondit seigneur de Nassou, en vertu d'autres jet semblables lettres de procuracion que lui seront aussi délivrées pour la duchié de Bourgogne et à cause d'icelle, comme doyen des pers. »
Mais, comme on désirait maintenir la paix, il ne fallait provoquer aucun éclat en face d'un refus probable et même certain de François 1 d'accepter cet hommage ; aussi l'on ajoute : « Et, s'il n'est à ce receu ne admis, fera secrète protestation de non préjudice au droit de mondit seigneur en ceste partie, et en prendera instrument tel qu'il appartiendra, sans toutesfoiz aucun bruyt ou semblant de regret, aigreur ou mescontentement, ains le plus gracieusement que fere se pourra (i). »
Les ambassadeurs avaient aussi été chargés de négocier l'union de l'archiduc Charles avec Renée de France. Les pouvoirs, qui leur avaient été confiés à ce sujet, leur enjoignaient d'émettre des prétentions fort élevées.
Ils avaient d'abord à demander la confirmation du traité de Cambrai et la remise immédiate de madame Renée qui devait être élevée en Flandre jusqu'à son mariage; « et oultre diront que, pour dresser une bonne et entière aliance qui soit de durée. Ion doit oster et pourveoir à ce que pour le passé auroit esté cause de débat, discorde.
(1) Le Glay, op. cU„ II, 6. Instructions aux ambassadeurs envoyés vers François I.
diffidence ou regret, et que pour lavenir pourroit donner occasion d y recheoir.
» Diront que par le passé, la detencion par feurent le» roys que Dieu absoiUe, du ducé de Bourgogne, du visconté d'Auxonne, d'Auxerre, Auxerrois, Masconnois et Bar-sur-Saine, notoirement ait esté cause des differendz, diffidences et regretz d'entre feurent lesdits roys et les prédécesseurs de monseigneur, et que bon seroit y pourveoir pour l'avenir.
^ Et soubz ceste couleur et affln de parvenir à une bonne, seure, entière et durable amitié, de la plus doulce et gracieuse sorte que fere pourront, requerront lesdites parties estre rendues à monseigneur comme choses qui de son droit de patrismoine et anchien heritaige lui compétent et appartiennent
» Pour la dot de madame Renée, ilz demanderont le ducé de Milan et le conté d' Ast avec leurs appartenances,, et que le roy à ses despens en donne à madite dame et à monseigneur la possession et joyssance.
» La somme de deux cens mil escuz d'or pour une fois à icelle payer au jour et solempnité dudit mariage et de la consommation d'icelui, et ce oultre plus que à madame Renée, comme fille seconde de feu le roy son père, lui doibt et peult de droit competer et appartenir.
« En oultre demanderont, en faveur de ce mariage, la composicion et taille ordinaire du roy en Artois, du moina aux vies de madite dame et de monseigneur et du survivant d'eulx (i). »
Il y avait encore deux autres demandes relatives au comte de Nevers et à Charles de Gueldre, mais trop peu importantes et trop étrangères à notre sujet pour que nous nous y arrêtions.
Que de telles conditions ne seraient très probablement
(1) Le Glay, op, cit,, II, 22.1nstructions aux ambassadeurs pour négocier le mariage de Charles d'Autriche et de Renée de France.
pas accordées, l'archiduc, Marguerite d'Autriche et Guillaume de Chièvres, le prévoyaient bien ; aussi les instructions des ambassadeurs contenaient-elles l'autorisation de céder successivement sur divers points et même sur tous afin de parvenir à conclure une bonne et solide alliance (i). En France et aux Pays-Bas la paix était nécessaire pour l'accomplissement des projets des deux jeunes princes.
(1) «Et si le roj, au fait du mariage» du dot de madame Renée ou de la délivrance d'icelle, ne voulsist entendre aux ouvertures que dessus, ne à aucune d'icelles, ce qui n est que vraysemblable» en ce caz lesdits ambassadeurs, remonstrance faicte au roy de l'affection de mondit seigneur à son amistié et alliance par mariage et autrement, pourront comme d*eulx-mesmes lui mectre en avant et dire qu'ilz tiengnent que monseigneur, plustost que faillir audit mariage, s'il plaisoit au roy lui délivrer madite dame Renée, en rendant à mondit seigneur la ducé de Bourgogne, le visconté d*Auxonne, le ressort de Saint-Laurens, les ville et cité d*Auxerre, TAuxerrois, Mascon et Masconnois et Bar-su r-Sey ne, qui sont de son vray patrimosne, serait content de quicter au roy tout le dot de madicte dame. Et ou cas susdit contenderont que ainsi se face, et encoires à Textremilé, et se autrement faire ne le peuvent avant que rompre, en recouvrant promptement ladite ducé de Bourgogne et autres parties dessus nommées, se déporteront du dot de madite dame et de la prompte délivrance d'icelle, moyennant comme dessus bonne et souffisante seureté de la délivrance d'icelle dame, icelle venue audit eage de XII ans. — Hz se conduiront au fait du douaire que monseigneur devroit donner à madame Renée selon ce que par leurs précédentes instructions leur est ordonné. — Et si lesdits ambassadeurs, en façon que ce soit, ne peuvent parvenir à l'adresse et conduite dudit mariage par nui des moyens susdits, en ce caz néantmoins ilz en traicteront, apoincteront et concluront au plus grand honneur et prouffit et au moindre grief de monseigneur et de madame Renée que bonnement faire le pourront, saulf et pourveu toutesvoyes que monseigneur, à ce moyen, n'entre en nouvelle obligation qui prejudicier lui puist, et que aussi il ne quite ou renonce à aucuns de ses droitz, actions ou querelles, ny aux parties de son patrimoisne dessus touschiés occupées par le roy, ni à autres ses droits, querelles ou actions quelz qu'ilz soient ou puissent estre ; se aussi lesdits ambassadeurs poussent ou sceussent traicter dudit mariage ou de Tamitié mieulx et plus commodieu sèment que dessus n'est touchié, monseigneur entend et se confye d'eulz qu'ilz le feront. — Et ledit mariage à quelque moyen que ce soit accordé, lesdits ambassadeurs procéderont à traicter et conclure de l'amistié d'entre le roy et monseigneur, leurs royaulmes, pays et subjectz, selon les articles par eulx conceuz et exhibez aux députés du roy. » Le Glay, op, cil,^ II, 33. Supplément d'instructions aux ambassadeurs, 1 Février.
François I avait besoin de la tranquillité sur ses frontières du nord afin de pouvoir concentrer toutes ses forces dans le midi et se livrer sans souci à ses projets de descente en Italie. Charles-Quint désirait ne pas avoir à subir l'hostilité française lorsqu'il irait prendre possession des couronnes d'Espagne, où il était menacé de grandes difficultés par la rivalité de son frère Ferdinand que le roi catholique semblait vouloir lui opposer. Le moment n'était donc pas venu pour exiger une solution des questions irritantes qui depuis si longtemps divisaient la France et les Pays- Bas. Des concessions momentanées étaient nécessaires, quitte à saisir plus tard une occasion favorable pour vider les anciennes querelles.
Dès la première entrevue qu'eurent les ambassadeurs de l'archiduc avec le chancelier de France, toutes leurs demandes furent rejetées. 11 leur fut répondu « au regard de la duchie de Bourgogne, visconté d'Auxonne, contez de Masconnois, Auxerroys et Bar-sur-Seine, qu'ils appartenoient nuement au roy, et que la duchie de Bourgogne et visconté d'Auxonne luy estoient escheu à la couronne par droit d'appenage, et les autres contez et seigneuries estoient membres de la couronne que l'hon n'avoit peu dismembrer au préjudice des successeurs (i). » Les ambassadeurs de Charles répliquèrent, quant au duché de Bourgogne et aux autres biens dont Louis XI s'était emparé à la mort du Téméraire, que l'archiduc ne faisait que réclamer son bien et cela dans le but d'enlever toute racine de discordes. Ils ajoutèrent que bien que leurs instructions ne leur permissent pas de discuter les droits de leur maître, ils étaient cependant prêts à établir le bien fondé de ses prétentions. « Ce que fismes, écrit de Gattinare à Marguerite d'Autriche, au mein mal que nous fut possible (2). y»
(1) Id., Ily 55. de Gattinare à Marguerite d'Autriche. 14 Février.
(2) Idem.
Comme les ambassadeurs persistaient dans leurs demandes, le chancelier leur dit qu'il ne pouvait aisément y répondre sans en référer au roi, tellement de telles prétentions étaient déraisonnables. Il lui fut répondu que si on demandait trop, lui ne présentait rien du tout, que si le roi voulait se montrer conciliant Tarchiduc ne le serait pas moins. Sur ce on se quitta.
Avant de se séparer le chancelier avait demandé si Charles ne consentirait pas à conclure un traité sans qu'il fat question de mariage. La réponse fut affirmative. « Tiens, écrit de Gattinare, qu'ils tachieront d'entrer en ceste voye de traicter amjrtié par aultre moyen, sans touchier au mariage, pour nous réduire à parler plus bas (i). »
Le roi répondit, au sujet de la Bourgogne et du Milanais, « que tous les princes, grands et petits, ne l'amèneraient jamais à souffrir une diminution de sa hauteur (2). »
Les négociations continuèrent longtemps; comme ils l'avaient déjà laissé pressentir dans la première entrevue, les Français cherchèrent à conclure un traité de paix et d'amitié sans trancher la question du mariage. Devant l'insistance des Flamands il fallut agir autrement. Des propositions furent faites de part et d'autre ; on eut peine à s'entendre et plus d une fois tout faillit être rompu. Le point sur lequel les ambassadeurs insistaient surtout et qu'on leur refusait toujours, c'était la délivrance immédiate entre leurs mains de madame Renée (3). Lorsqu'enfin François I, qui désirait la paix autant que Charles, craignit de voir se retirer les ambassadeurs, il se montra plus conciliant et fit faire des avances (4) qui furent longuement discutées et finalement aboutirent à un traité signé le 24 mars 1515.
(1) Le Glay, op, cU,, II, 57.
(2) Mignet, Rivalité de Charles-Quint et de François I, l, 62.
(3) Le Glay, op, cit,, II, 79. Lettre de de Gattinare à Marguerite d'Autriche.
(4) Le Glay, op. cit., II, 78. Lettre de de Gattinare à Marguerite d'Autriche.
A l'âge de sept ans madame Renée devait être fiancée « par paroles de futur », et à Tâge de douze ans « si et entant que nôtre Mère Sainte Eglise s'y accorde et consente r> mariée à l'archiduc « par parole de présent »» . Une fois le mariage accompli, elle serait conduite aux Pays- Bas ou en Espagne. Comme dot le roi lui donnait 600,000 écus d'or au soleil, dont 200,000 en espèces et pour les 400,000 autres le duché de Berry dont il se réservait toutefois « la Souveraineté, l'Hommage-lige, les Eglises catédrales, et autres de fondation roiale, les cas roiaux, et ceux dont par prévenance la connoissance appartient à ses juges. »
Notons que le duché de Berry était ainsi cédé pour « tous les Hoirs et successeurs quelconques, maies et femelles, »
En cas de non consommation du mariage par la faute du roi, de la reine ou de madame Renée, le comté de Ponthieu, les villes de Péronne, Mondidier, Roie, Saint- Quentin, Corbie, Amiens, Abbeville, Montreuil, le Crotoy, Saint- Valeri et Dourlans, devenaient la propriété du prince de Castille. Divers seigneurs français, ayant des biens aux Pays-Bas, les engageaient en garantie de l'exécution de cette clause. D'autres sûretés étaient encore promises. Si le mariage ne s'accomplissait pas pour un motif imputable à Charles, il devait céder à François I les comtés d'Artois et de Charolais et les seigneuries de Noyers et de Château-Chinon.
En même temps que le mariage les négociateurs stipulaient une alliance ofifensive et défensive.
. Une des dernières clauses du traité disait : « en outre, \ sans préjudice des choses dessus traitées, icelles demeurant ! en leur entier, et tous autres Droits, actions, et querelles 1 prétendues par le Roi, etMonditsieur le prince d'Espagne, j à quelque couleur, titre ou occasion que ce soit, dont ! n'est fait mention en ce Traité, et ausquels n'est par icelui j Traité dérogé demeureront en leur entière force et vigueur,
lesquels tant d'un côté que de l'autre se pourroient poursuivre par voie aimable de justice (i). » Cette clause se
(1} « Premièrement. Que le Roi et la Reine sa compagne, autorisée comme il appartient, d'un commun accord et consentement, en parole de Roi et de Reine, et par solennelle stipulation promettront et jureront sur la vraie •Croix, et sur les Saints Evangiles de Dieu, par eux et. chacun d'eux corporellement touchez, et en la présence du Saint Sacrement de TAutel, et vrai Corps de nôtre Sauveur et Rédempteur Jesus-Christ, sous les peines et obligations ci-dessous contenues et écrites, faire, et procurer par effet, que Madame Renée, Sœur de ladite Reine, et belle-Sœur dudit Roi très Chrétien, après qu'elle aura accompli Tâge de sept ans, et durant lahuitieme année de sondit âge, sera fiancée par paroles de futur à Monseigneur le Prince d'Espagne, et après icelle Dame Renée venue à Tâge de douze Ans complets, eUe par parole de présent prendra pour son légitime Mari et Epoux, ledit Seigneur Prince, avec les solennitez sur ce requises, si et entant que nôtre Mère Sainte Eglise s'y accorde et consente. Semblablement, les Ambassadeurs de Monditsieur le Prince, en vertu du pouvoir qu'ils ont, et eux faisans forts pour ledit Seigneur Prince leur maître, auquel ils feront ratifier et agréer en semblable forme tout le contenu en ce Traité, promettront et jureront en la même manière que dessus, que aiant icelle Dame Renée accompli l'âge de sept ans, et avant le laps de la huitième année de sondit âge, icelui Sieur Prince d*Espagne, par Procureur aiant de lui pouvoir et mandement spécial, fiancera madite Dame Renée par paroles de futur, et après icelle Dame venue en âge de douze ans complets, Monditsieur le Prince par paroles de présent, avec les solennitez sur ce requises, prendra madite Dame Renée â Femme et Epouse, si et entant que nôtre Mère Sainte Eglise s'y accorde et consente. Lequel mariage sera solennisé en face de nôtre Mère Sainte Eglise dedans deux mois après que icelle Dame aura accompli l'âge de douze ans ; et au cas que pour la solennisation et perfection dudit Mariage, fussent nécessaires aucunes dispenses, eUes seroient obtenues et impetrées aux frais et dépens du Roi et de la Reine, avant lesdites fiançailles : et après que ledit Seigneur Prince d'Espagne aura en personne, ou par Procureur, épousé ladite Dame Renée par paroles de présent ; seront tenus lesdits Sieur Roi et Reine, pour l'accomplissement dudit Mariage, faire mener et conduire icelle Dame Renée honorablement, et comme à son état appartient, et icelle rendre à leurs frais et dépens es Païs de Monditsieur le Prince d'Espagne,... Pour le dot de madite Dame Renée, tant pour le droit successif des cotez paternel et maternel, que pour la dot à icelle appartenant du côté de la Couronne, comme Fille de Roi, icelle Dame aura six cens mille Ecus d'or de poids au soleil, desquels six cens mille écus d'or, le Roi baillera ea argent comptant, à Monditseigneur le Prince, cent mille écus d'or au soleil, au jour de la solennisation et consommation dudit Mariage; et autres cent n^ille écus d'or au soleil au bout de Tan, et icelui complet et
retrouve dans presque tous les traités, on y attachait une grande importance, et, dans le cas présent, elle avait lavantage de réserver la question litigieuse du duché de Bourgogne et des autres domaines enlevés à Théritière du Téméraire.
Aucune stipulation du traité de Paris ne fut exécutée ; ce mariage à longue distance, pas plus que bien d'autres projetés pour le futur empereur, ne s'accomplit jamais.
Une fois la paix conclue, François I partit pour Tltalie pendant que Charles se préparait à aller] prendre posses-
revolu. Et pour les quatre cens mille écus restans, aura iceUe Dame la Duché de Berri, ensemble toutes ses appartenances et dépendances, pour en jouir par ses mains sans que le Roi y réserve aucune chose, fors la Souveraineté, THommage-lige, les Eglises catedrales, et autres de fondation roiale, les cas roiaux, et ceux dont par prévenance la connoissance
appartient à ses Juges Que s'il avenoit, que Dieu ne veuille,
que madite Dame Renée venue en âge de puberté, ne voulût consentir ou procéder au parfait et consommation dudit Mariage, ou que ledit Mariage rompit par le Roi, la Reine, ou autre de leur part, durant la minorité ou pupillarité de ladite Dame, ou que par autre moien quelconque à faute ou coulpe dudit Sieur Roi, de ladite Reine, ou d'icelle Dame Renée, ledit Mariage ne sortît effet, en ce cas ledit Sieur Roi et Reine, et chacun d'eux entant qu'il lui peut toucher, consentent dés maintenant, pour lors, et déslors pour maintenant, que le Comté de Ponthieu, Villes de Peronne, Montdidier et Roie, Saint- Quentin, Corbie. Amiens, Abbeville, Montreuil, le Crotoi, Saint- Valeri, Dourlens, les Châteaux d'icélles, leurs appartenances et dépendances , demeurent et appartiennent à Monditsieur le Prince d'Espagne ; et dés maintenant en ce cas, le Roi cède et transporte audit Sieur Prince lesdits Comtez, Villes et Châteaux, Seigneuries, Châtellenies, avec toutes leurs appartenances et dépendances, droicts et actions
qu'ils prétendent, ou pourroient avoir sur icelles Par le contraire,
s'il avenoit, que madite Dame Renée venue en l'âge de douze Ans complets, Monditsieur le Prince d'Espagne ne voulust procéder à la consommation et solennisation dudit Mariage ; ou que ledit Mariage rompist par sa faute; en ce cas Monditseigneur le Prince dés maintenant, cède et transporte audit Sieur Roi les Comtez d'Artois et de Charolois, ensemble
les Seigneuries de Noiers et de Châtelchinon
Le Roi rendra en soufrance les foi et hommage, que ledit Prince d'Espagne est tenu de lui faire, à cause des Comtez, Terres, et Seigneuries qu'il tient sous son obéissance, jusques à ce que ledit Seigneur Prince d'Espagne aura l'âge de vint ans ; et néanmoins, si cependant il se trouve en personne «vec le Roi, lui pourra faire lesdits foi et hommage, et à ce sera par ledit Sieur reçu n du Mont, op. cit., IV, pars I, 200-203.
sion de ses royaumes d'Espagne. Ferdinand le Catholique était mort le 23 janvier 1516.
En même temps qu'il héritait de TAragon, le prince de Castille succédait au royaume de Naples, sur lequel lés Français continuaient à élever des prétentions. On voulut prévenir un conflit toujours possible malgré le traité de Paris. Des conférences s'ouvrirent à Noyon.au mois de mai 1515, entre Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres, et Arthur Gouffler de Boissy, grand-maître de France (i). Un traité fut signé le 13 août. Les deux rois s'engagèrent à se soutenir mutuellement dans la défense de leurs biens et même à s'aider dans les justes conquêtes qu'ils voudraient entreprendre (2).
Le traité de Paris fut modifié par la substitution à Renée de France de Louise, fille aînée de François I, qui devait être remise à Charles lorsqu'elle aurait atteint onze ans et demi. Son père lui donnait en dot ses droits sur le royaume de Naples. Le roi de Castille s'engageait à payer au roi Très-Chrétien jusqu'à l'accomplissement du mariage la somme de cent mille écus d'or au soleil et cinquante mille écus d or pendant toute la vie de François 1 ou jusqu'à ce que des enfants fussent issus de l'union projetée (3).
Quelques mois après, le 3 décembre 1516, l'empereur Maximilien adhérait au traité de Noyon par le traité de Bruxelles (4).
(1) Les conférences commencèrent et furent interrompues au mois de mai, puis reprises en août. Lanz, Actenstûcke und Briefe zur Geschichte Kaiser Karl V, I, pars II, 24. Protocol! der BevoUmâchtigten der Kônige Franz von Frankreich und Karl von Spanien.
(2) « Et si iceux Rois et Princes vouloient ci-après faire aucune juste conquête, celui d'eux qui la voudra faire la communiquera à l'autre, et par commun accord seront tenus s'entr*aider selon ce qu'entr'eux sera lors avisé. »
- (3) du Mont, op. cit., IV, pars I, 224.
(4) Après la conquête de Milan par François I, Maximilien, craignant de perdre ses possessions de la Lombardie et secondé par Henri d'Angleterre, Ferdinand d'Aragon et les cantons suisses, avait attaqué Milan sans aucun succès. Les traités de Bruxelles et de Cambrai rétablirent la paix entre lui et le roi de France.
Un troisième traité d'alliance défensive (i), en même temps que d'alliance offensive contre les Turcs, fut signé à Cambrai le 11 mars 1517 entre Maximilien, François I et Charles (2).
Toutes ces belles promesses d'amour et d'assistance devaient être sans effet ; quelques mois plus tard le décès de Maximilien et les brigues de l'élection impériale faisaient revivre les différends déjà presque séculaires de la maison de France et de la maison d'Autriche, et l'ambition déçue de l'un des compétiteurs trouvait facilement un prétexte à tenter la vengeance par les armes.
Maximilien était mort le 12 janvier 1519. Le 28 juin suivant, à dix heures du soir, Charles, roi de Castille et d'Aragon, duc de Bourgogne, etc., fut proclamé roi des Romains, après une campagne électorale où l'or et la mauvaise foi brillèrent avec éclat.
§ II. Conférences de Montpellier. — Hostilités aux Pays-Bas et en Navarre. — Conférences de Calais. — Ligue contre la France.
En apparence, François 1 se montra peu désolé de son échec et, pendant quelque temps encore, la paix, qui durait depuis quatre ans, persista; mais trop de questions
(1) Lanz, Actenstucke und Briefe, l, pars II, 31 et 36. — da Mont, op, cit,^ II, pars I, 256. — Il fat ratifié par Maximilien et Charles à Lierre, le 14 mai, et par François I à Abbeville, le 14 juillet suivant. Lanz, op,cU.^ l, pars II, .37.
(2) •< Lesdits trois Princes, (:our mieux assurer, confirmer, et corroborer, les Amitiez, Fratemitez, Confédérations, et Alliances naguère prises entreux et les rendre plus étroites, fermes et stables, feront par ensemble nouvelle Alliance, Ligue et Confédération, par laquelle ils se lieront, déclareront, et obligeront derechef et de nouvel, d*étre doresnavant bons, vrais, et loiaux Frères, Amis, Alliez, et Confederez, Amis d*amis et ennemis d*eiinemis, pour la garde, tuïtion, et défense de leurs Etats, Rioaumes, Païs, Terres, Seigneuries, et Sujets, tant de deç& que delà les Monts ; s*entrai^ meront, chériront, et garderont chacun bien et loiaument de tout leur pouvoir, la vie, Thonneur et les Etats Tun de l'autre, sans fraude, dol on machination quelconque. *» du Mont, op, cit., IV, pars I, 256.
étaient en litige entre les deux princes po^r qu'elle continuât fort longtemps. Sur les frontières des Pays-Bas François 1 soutenait trois ennemis déclarés de la maison d'Autriche : le duc de Gueldre, le duc de Lorraine et Robert de la Mark, souverain de Sedan et de Bouillon. Aux Pyrénées il réclamait pour Henri d'Albret la restitution du royaume de Navarre incorporé par Ferdinandle-Catholique à la monarchie espagnole. Charles-Quint revendiquait le duché de Bourgogne. Enfin chacun des deux princes désirait expulser son rival de l'Italie pour l'y supplanter.
Une dernière tentative de conciliation fut faite par Guillaume de Chièvres et Boisy qui se réunirent à Montpellier et essayèrent de résoudre les questions que soulevait la possession des royaumes de Naples et de Na varre. Les conférences ne durèrent que quelques jours et furent interrompues, le 13 mai 1519, par la mort de Boisy fi).
Après l'élévation de Charles -Quint à l'empire, deux années se passèrent dans le calme : chacun des princes mit ce temps à profit pour se faire des partisans. Le pape Léon X et le roi d'Angleterre, Henri VIII, virent marchander leur alliance en monnaie de belles promesses et môme d'argent comptant (2).
Les embarras politiques et religieux que Charles-Quint rencontrait en Espagne et en Allemagne, parurent à François I une occasion propice pour commencer l'attaque. Au printemps de 1521, il lança Robert de la Mark sur le Luxembourg, pendant qu'à Liège les Français tramaient un complot pour livrer la cité épiscopale à leur roi et que le seigneur de Lespierre, s'emparant de la Navarre, la re-
(1) Lanz (op, cit,, I, pars II, 78) a publié un projet de traité élaboré entre ces deux diplomates. Ils y stipulaient le mariage de Charles avec Charlotte, fille de François I (Louise était morte), et une réduction de la rente que Charles devait payer au roi de France pour le royaume de Naples.
(2) Mignet, op. ctt., I, 221 et suiv.
plaçait sous lobéissance d'Henri d'Albret. Les succès français furent éphémères : Robert de la Mark vit bientôt tous ses domaines occupés par le comte de Nassau et Franz de Sickingen; Lespierre, qui avait voulu soutenir la révolte des communeros, vivement attaqué par l'armée des caballeros, fut fait prisonnier à la bataille d'Ezquiros et la Navarre rentra sous le sceptre de Charles-Quint.
Des deux côtés on se prépara à la guerre, des troupes furent levées et chacun des belligérants, accusant l'autre d'être Tinfracteur de la paix, réclama Taide du roi d'Angleterre. Celui-ci, avant de se prononcer, se posa en médiateur et obtint que les deux rivaux envoyassent leurs ambassadeurs à Calais, où des conférences eurent lieu sous la présidence du cardinal d'Yonk.
Mais, s'il faut croire M. Mignet, cette conduite de Henri n'eut rien de sincère; pendant qu'il envoyait son ministre sur le continent avec une mission de conciliation, il se préparait dans ses Etats à la guerre et son alliance avec l'empereur était décidée (i).
Des relations très circonstanciées des discussions qui se produisirent à Calais nous ont été conservées ; chacune des deux parties rédigea la sienne, la version impériale fut faite par de Gattinare (2), la version française par le
(1) Mignet, op. cit., I, 267,
(2) de Gattinare écrivit cette relation en latin. C'est ce que nous déduisons des lignes suivantes tracées en tête d'un manuscrit (n® 11976) de la relation qui repose à la bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles : « Les communications tenues à l'assemblée qui fut en la ville de Calaix en l'an xvc xxi sur les diflférens de nre sainct père le pape, l'empereur et le roy de France, rapportées par monss"^ Messire Mercurin de Gattinare, conte de Valance en Italie, etc. En façon de dialogue translaté de langue latine en françoise. » Dans le même manuscrit nous lisons encore : m Ce dialogue que voici fut composé après le congrès de Calais en 1521, Le même autheur étant encore Président de Dôle fit en 1514 un autre pareil ouvrage qui eut pour titre Sommaire Déduction des querelles que la maison d^ Autriche et de Bourgogne a contre la Maison de France pour le Duché de Bourgogne, Cet ouvrage est conservé en manuscript dans la Bibliothèque de la Cathédrale de Tournay à ce que marque Sanderus dans la Bibliotheca belgica; Manusc. tome I fol. 216. Il en est aussy parlé par le Long, num. 11976. n
secrétaire du chancelier du Prat ; Tune 'nous permet de contrôler l'autre (i).
Le débats s'ouvrirent le 5 août 1521.
Les griefs de chacun furent exposés, on se reprocha \ mutuellement l'infraction de la paix, la non-exécution des traités, etc., et parfois en termes fort peu diplomatiques.
Une fois de plus les droits de Marie de Bourgogne au / duché de ce nom furent débattus
Le chancelier de Gattinare commença la discussion. Comme prémisses il prétendit que les femmes avaient toujours été capables de succéder au duché de Bourgogne. Dès le x® siècle il y en eut un exemple, lorsque Gislebert de Bourgogne, fils de Manassès de Vergy et beau-frère de Raoul de Bourgogne, roi de France, mourut sans hoirs mâles, ne laissant qu'une fille, dont l'époux, Othon, devint duc de par les droits de sa femme. De même Jean II acquit le duché comme héritier de sa mère, Jeanne, fille de Robert, duc de Bourgogne. Lorsqu'il fut ainsi en possession de ce domaine, voulant récompenser les services que lui avait rendus son fils Philippe, notamment à la bataille de Poitiers, cédant à la requête des Bourguignons, il lui transporta le duché, avec le titre de doyen des pairs de France, perpétuellement, pour lui, ses hoirs légitimes et toute sa postérité, pour en jouir avec les privilèges dont avaient joui les ducs de la première race. Jean II déclarait de plus que le duché lui était venu par succession et non par réversion à la couronne de France. La cession, faite en ces termes, fut ratifiée et approuvée par
(1) Sur les relations des conférences de Calais voyez Wilhelm Busch, Drei Jahre englischer VermiUlungspolUik, 183.
Pour la marche des conférences voyez le même ouvrage, 124-183. — Mignet, Rivalité de Charles-Quint et de François J, I, 265-272. — Le Glay, op. cil, — H. Baumgarten, Geschichte Karls V, II, 17. — Lanz, Act&nstOcke und Briefe xur Geschichte Kaiser Karl V, I, 268. — Lanz, (op. cit., I, pars 11,272-471) a publié la correspondance de l'empereur avec ses envoyés et Wolsey. Celle de Wolsey avec Henri VIII est insérée dans le tome I du CcUendar of state papers.
Charles V. Quand mourut Charles-le-Téméraire, Louis XI, sous prétexte de protéger sa filleule Marie, « à Tumbre de ce, exerceant l'office, non pas de tuteur, mais plustôt de troubleur, feignant d'estre le bon pasteur, gaignant et attirant soubz ceste couleur les subjectz, comme loup aflfamé après sa proye » s'empara autant qu'il le put de la succession du Téméraire. Il ne se contenta pas de se saisir du duché, mais prit aussi possession de la Comté de Bourgogne, de la vicomte d'Auxonne, du ressort de Saint-Laurent, qui devaient revenir à Marie en légitime héritage. Il usurpa le comté de Boulogne, le comté de Mâcon, Bar-sur- Seine et d'autres seigneuries et terres, qui avaient été assurés au duc Philippe par le traité d'Arras pour lui et tous ses successeurs mâles et femelles, en réparation des dommages que lui avait causés l'assassinat de son père, Jean-sans-Peur. Le traité de Conflans avait confirmé la possession de Boulogne au Téméraire. Louis XI occupa le comté de Guynes et ses dépendances qui avaient été transférés à Charles et à tous ses successeurs par le même traité de Conflans, confirmé par celui de Péronne. Il prit les villes de la Somme cédées au père de Marie, sous condition de rachat, et le comté de Ponthieu donné en hypothèque au même duc pour la somme de 120,000 écus d'or, dot de sa femme Catherine de France (i).
Le chancelier de France, du Prat, assez mal instruit de la question, commença par affirmer que la Bourgogne n'avait point été transférée à Philippe -le -Hardi par le roi Jean mais par son fils Charles V. Le duché avait été d'abord incorporé au royaume et par conséquent il était soumis à la loi salique, puis donné au jeune prince en apanage, et telle était la nature des apanages qu'ils ne pouvaient être possédés par les femmes. Ainsi en avait-il été des duchés de Berry et d'Anjou, qui, donnés
(1) Papiers d'État du cardinal de Granvelle, l, 213-217.
en apanage à Louis et à Jean, frère de Philippe-le-Hardi, étaient revenus à la couronne du moment où la descendance mâle de ces princes avait fait défaut. C'est en vertu du même droit que Louis XI s'empara de la Bourgogne et d'autres domaines de l'héritage du Téméraire. Quant à l'homicide du duc Jean, la cause en avait été le meurtre du duc d'Orléans qui demandait un châtiment. 11 eut été honorable de la part des ambassadeurs de l'empereur de ne pas rappeler ces funestes incidents dont tant de maux étaient pro venus. Pour le traité d'Arras il était sans aucun fondement valable : l'accord fait sur des choses volées est nul tant qu'elles ne sont pas rentrées dans la possession du dépouillé. D'autre part ce traité fut conclu sous l'empire de la peur, Charles Vlll était dans une situation désespérée : les Anglais et les Bourguignons détenaient la plus grande partie de son royaume ; par crainte d'une situation pire encore, il avait été forcé de conclure cette paix. Quoique depuis elle eut été renouvelée par plusieurs autres traités, elle n'en était pas moins restée le point de départ sur lequel on s'était fondé. Le traité d'Arras avait été violé par Charles-le-Téméraire qui s'était emparé par force des villes de la Somme, bien qu'elles eussent été rachetées par Louis XI en vertu dudit traité. Cette infraction déliait Louis XI et ses successeurs de l'obligation d'observer leurs engagements (i).
de Gattinare, dans sa réponse, releva l'erreur dans laquelle était tombé du Prat en contestant la cession de la Bourgogne par Jean-le-Bon. Celui-ci ajouta-t-il, avait à peine gardé le duché pendant deux ans, Charles V approuva et ratifia la concession et promit de la garantir. On alléguait donc mal à propos l'incorporation à la couronne. Si tant est qu'elle eut jamais été faite, elle s'était presque immédiatement trouvée rompue par celui-môme qui l'avait opérée et du consentement de son successeur,
(1) Le Glay, op, cit,, 552-553.
« la chose estant en son enthier, et avant que le droit fiit acquis à aultruy ». De là résulte que le duché n'était point soumis à la loi salique. D'ailleurs cette loi n'excluait point les femmes de la succession aux apanages, plusieurs exemples étaient là pour le prouver. On n'avait aucune apparence de raison pour rejeter le traité d'Arras, jamais paix ne fut conclue entre les rois de France et la maison de Bourgogne dans de meilleures conditions, elle fut confirmée et approuvée par l'autorité du saint siège apostolique par le ministère du cardinal de Sainte Croix, qui avait assisté aux délibérations en qualité de légat du pape. Si, à cette époque, Charles VII avait été privé d'une bonne partie de son royaume, c'était par sa faute et en punition de son crime : il avait permis d'assassiner devant lui le duc Jean malgré les lettres de sauf-conduit et refusé de punir les coupables. Pour réparer un tel forfait, Philippele-Bon avait, à juste titre, pris les armes, et, on ne peut lui reprocher d'avoir accepté à la paix d'Arras l'ofire faite en réparation du mal qu'il avait souffert. Si les rois de France, selon leur coutume, n'ont pas tenu leurs engagements, il en est d'autant plus dû à l'empereur, car le fait d'une partie de ne pas observer la convention, ne détruit pas pour l'autre le droit d'en exiger l'exécution (i).
Pendant les conférences, Wolsey se rendit à Bruges près de Charles-Quint. Les conditions de l'alliance entre l'Angleterre et TEspagne, notamment le mariage de Çharles-Quint avec la fille d'Henri VIII, furent définitivement arrêtées {2).
A son retour à Calais, le cardinal ne travailla plus à obtenir la paix, il se borna à négocier une simple trêve, toujours au dire de M. Mignet, pour permettre aux deux
(1) Papiers du cardinal de Gramelle, I, 224-225.
(2) H. Baumgarten, op, cit,, I^ 20. — Mignet, op. cit., I, 270. — Lanz {op. cit., l, p. II, 244) publie le texte de ce traité, qui fut conclu à Bruges le 25 août 1521, et ratifié par Charles-Quint à Bruxelles en septembre et par Henri VIII à une date inconnue.
souverains alliés de mieux se préparer à la guerre. Dm ne parvint point à s entendre; des deux côtés on <)ontinuait à se reprocher mutuellement d'avoir enfreint la paix. Les ambassadeurs de Charles-Quint déclarèrent que lempereur entendait poursuivre, au besoin par la force si le roi ne consentait pas à lui rendre justice 4e bon gré, les anciennes querelles que les maisons d'Espagne, de Bourgogne, et VEmpire avaient contre la France. Les envoyés français firent de leur côté des menaces semblables et posèrent comme conditions à la trêve (i) que divers alliés de l'empereur en seraient exclus, que pendant sa durée Charles-Quint ne pourrait se rendre en Italie, qu'il solderait immédiatement la redevance arriérée qu'il s'était engagé à payer pour le royaume de Naples, que la Navarre serait restituée promptement à son roi légitime, que des sûretés seraient données pour l'accomplissement du mariage stipulé par le traité de Noyon et qu'enfin Thommage dû à cause des comtés de Flandre et d'Artois serait prêté dans un bref délai (2).
Bien que ces exigences eussent été un peu adoucies dans la suite, elles furent trouvées exorbitantes et les négociations cessèrent le 22 novembre. Deux jours après , une ligue ofiensive contre la France était conclue entre le pape, l'empereur et le roi d'Angleterre.
. (1) Le Glay, op. cU., II, 548.
(2) Idem, I, CLXV.
§ III. Bataille de Pavib. — Négociations pour la