‹ Les droits de Charles-Quint au duché de Bourgogne;Chapitre 13 sur 16 · PAIX PENDANT LA CAPTIVITÉ DE FRANÇOIS I EN ITALIE · texte numérisé non relu

PAIX PENDANT LA CAPTIVITÉ DE FRANÇOIS I EN ITALIE

— François I en Espagne. — Attitude de la reinerégente ET DE SON CONSEIL EN FRANCE. — ArRIVÉB

A Tolède des ambassadeurs français. — Rupture

DES négociations. — PROTESTATION DE FRANÇOIS I.

Arrivée en Espagne de la duchesse d'Alençon. — Nouvelles négociations. — Abdication de François I. — Traité de Madrid.

La guerre, qui pendant les conférences n'avait pas été interrompue, continua.

En faire la description, rappeler les épisodes multiples de cette lutte où des deux côtés Ton mit une passion et une persévérance égales, sortirait du cadre de notre étude. Nous ne nous arrêterons donc qu'à la partie diplomatique, dans les limites de notre sujet.

Après avoir vu ses troupes chassées d'Italie, son royaume envahi par l'étranger et sauvé par l'héroïque résistance de la ville de Marseille, François I avait traversé les Alpes, pris Milan sans coup férir et assiégé Pavie où, attaqué par l'armée de Charles-Quint et des villes italiennes, il avait été vaincu et fait prisonnier.

Le roi était enfermé au château de Pizzighettone lorsque commencèrent les négociations pour la paix. L'empereur envoya en Italie Adrien de Croy, seigneur de Rœulx, porter des instructions au duc de Bourbon et au vice-roi de Naples, qui devaient être ses intermédiaires auprès du prince captif et lui dicter les conditions de sa liberté (i).

Dans un long préambule chargé de la phraséologie qui distingue le style diplomatique de l'époque, Charles-Quint

(1) Gachard. Captivité de François I, I, 29. — Nous avons fait usage de la réédition de cette étude, qui, avec d^autres, vient d'être publiée sou» le titre Etudes et notices historiques concernant l'histoire des Pays-Bas.

commençait par démontrer qu'il aurait pu justement revendiquer toute la France en vertu du jugement porté parle pape Boniface VIII, qui avait enlevé le royaume à Philippe-le-Bel pour l'attribuer à l'archiduc Albert d'Autriche, roi des Romains. Passant à des idées plus positives, il proposait à François I une alliance contre les Turcs et le mariage du Dauphin avec la fille d'Eléonore, reine de Portugal. Puis il entreprenait le sujet qu'il avait le plus à cœur, il formulait la condition sans laquelle une longue paix lui paraissait impossible, la victoire sans résultat, nous voulons parler de la restitution de la Bourgogne : « Que le roy de France, pour avoir sadicte liberacion et pour le bien de paix, affin d'extirper toutes les racines des deffidences et injures, qu'elles ne puissent jamais pulluler ny engendrer nouvelle guerre, nous restitue entièrement, comme nostre ancien patrimoine, à nous appartenant à cause de nostre maison de Bourgongne, ce qui en despend, ensemble toutes les autres contez, villes, terres et seigneuries que feu monseigneur Charles, duc de Bourgongne, nostre bisaïeul, tenoit et possedoit au temps de son trespacs, tant en vertu de la concession faite en l'an mil trois cent soixante-trois par le feu roy Jehan au duc Philippes le Hardy, son fils, pour luy et toute sa postérité, confirmé par le roy Charles le quint en Tan mil trois cens soixante-quatre, que aussy en vertu des traitez- despuis faits entre le feu roy Louis XP et le bon duc Philippes et le duc Charles, nos anteces-

seurs (i) » Il réclamait l'exécution exacte et immédiate

des traités d'Arras, de Conflans et de Péronno, la restitution de la ville de Thérouanne « avec toutes ses appartenances et despendances sans y rien reserver » , puis la

ville et le château d*Hesdin et tout ce que François I retenait en Artois (2). D'autres stipulations réglaient les

(1) Captivité de François J, documents publiés par M. Champollion- Figeac, 153.

(2) Idem, 154-155.

iûtérêts d'Henri VIII, du duc de Bourbon et de ses divers alliés. Il exigeait enfin que le roi livrât des otages pour assurer l'exécution de la paix et, avant sa délivrance, fit jurer son observation par tous les états de son royaume, la fit enregistrer par les chancelier, présidents et gens de ses conseils, par les parlements de Bourgogne, du Dauphiné, de la Provence et de Toulouse, par toutes les chambres des comptes de la France, et mettre en la possession de ses capitaines et gens d'armes les villes, châteaux et forteresses dont la restitution était stipulée (i).

La réponse de François I à ces conditions, qui lui furent communiquées par Hugues de Moncade, est nette et catégorique ; d un seul mot écrit à côté de chacune d'elles il manifeste son intention :

« Le fait de la reddiction de Bourgoigne et vicomte d'Auxonne et ressort de Saint-Laurent ;

Impossible,

Souveraineté de Charolloys^ Noyon et Chasteau- Chinon ;

Impossible.

Souveraineté de Flandres et Arthoys, en quittant tous droicls de régale et cas royaulx ;

Impossible, quant à la ratifiQcation des estats et cours de parlemens ; mais le Roy en baillera lettres à part, telles que sera advisé.

Restitution de Hesdin, facille. Et quant aux autres, difficille, comme choses qui se allyennent de la couronne (2). »

Il fit offrir de soumettre le différend touchant le duché à une cour de justice, promettant que, si la sentence était en faveur de l'empereur, le bien en litige lui serait immédiatement restitué. Si, au contraire^ les juges se prononçaient pour le droit du roi, celui-ci, qui devait épouser

(1) Idem, 157-159.

(2) Idem, 166-169.

EléODore de Portugal, considérerait la Bourgogne comme apportée en dot par cette princesse ; il stipulait de plus qu'après sa mort le duché irait en héritage à laîné des enfants mâles qui naîtraient de ce mariage. A défaut de descendants le duché reviendrait au second fils de l'empereur et, s'il n'en avait pas, au second fils de François I qui devait épouser une fille de Cbarles-Quint. Si toutes ces combinaisons échouaient, en dernière analyse le duché rentrerait en possession du Dauphin, qui devait s'unir à la fille de la reine Eléonore. En outre le roi consentait à renoncer à toute suzeraineté sur la Flandre et l'Artois, à obtenir sur ce point le consentement du parlement de Paris et des Etats de France, à restituer Hesdin, à abdiquer tous ses droits sur Tournai et à payer pour les villes de la Somme telle indemnité qu'il plairait à Marguerite d'Autriche et à Charles-Quint de fixer (i).

Certes ces conditions étaient avantageuses pour l'empereur, mais elles avaient le grave défaut de faire dépendre l'examen des droits réciproques des deux adversaires du jugement des pairs de France dont l'impartialité pouvait être justement mise en doute. Le vice-roi de Naples, Lannoy, conseilla pourtant vivement à Charles de les accepter, mais le prince les regarda comme insuflBsantes, en môme temps que la régente de France et son conseil les repoussèrent comme excessives (2).

Peu confiant dans les négociations qui se poursuivaient ainsi de loin, François I espéra arriver plus vite à une entente s'il pouvait traiter en tête à tête avec l'empereur. Il obtint de Charles de Lannoy d'être transporté en

(1) Idem, 170-173.

Nous faisons observer que nous nous occupons de ces négociations surtout au point de vue de la Bourgogne et des autres biens enlevés à Marie de Bourgogne. Nous passons donc sous silence toutes les propositions de mariage, les clauses concernant l'Italie, le roi d'Angleterre, le duc de Bourbon, etc.

(2) Mignet, op. cU., II, 93.

Espagne, et, spectacle unique peut-être dans Thistoire, la flotte française prêta son aide pour faciliter et protéger le transport de son roi prisonnier dans les domaines de son rival (i).

Conduit dabord à Benisano, dans les montagnes des Morisques, et de là à Madrid (2), François attendit qu'il plût à son vainqueur de consentir à une entrevue.

La reine-régente de France et son conseil ne se montraient pas aussi larges que le roi dans les concessions qu'ils voulaient bien faire pour obtenir la paix. Les instructions données le 6 juin 1525 aux ambassadeurs envoyés en Espagne, ne leur permettait de parler d'abord que d'une rançon en argent ; successivement ils pouvaient oflFrir la renonciation des droits de François I sur les royaumes de Naples, d'Aragon et de Valence, sur la Sardaigne, le Roussillon, Majorque et Minorque, la quittance des 356000 écus que la France réclamait à l'Espagne, l'abdication de toute suzeraineté sur la Franche-Comté, la Flandre et l'Artois, « choses de grosse importance au royaulme de France, et seront fort difficiles à gouster et porter aux François ; toustesfoys, pour la grande et cordiale amour qu'ilz portent à leur prince, l'auront très-agréable pour le recouvrer. » Quant à la Bourgogne, il ne pouvait être question de l'abandonner, ce duché était un apanage féminin et l'empereur n*y avait aucun droit. Soumettre le droit litigieux à un jugement, la régente n'en parlait pas; sans doute les droits de son fils lui paraissaient incontestables ; mais, comme dernière concession, elle admettait à peu près le système qu'avait proposé le roi pour le cas où les pairs se seraient prononcés contre l'empereur. Elle n'entendait point accéder à la cession du duché de Milan ; la France avait payé trop cher sa possession pour pouvoir y renoncer. Elle

(1) Gachard, op. ciU, I, 34.

(2) Gachard, op. cit., I, 39-42.

voulait aussi garder Hesdin et ne point payer d'indemnité pour les villes de la Somme (i).

Peu de temps avant le transport du roi captif à Madrid, une trêve, qui devait durer six mois, avait été conclue et un sauf-conduit accordé à la duchesse d'Alençon pour qu elle pût venir en Espagne travailler à la paix. Charles- Quint fit avertir cette princesse que si elle se présentait à Madrid sans avoir les pouvoirs nécessaires pour lui céder la Bourgogne, son arrivée était inutile (2).

Cette volonté de Charles-Quint de se mettre en possession du duché de Bourgogne n'était pas née de la victoire de Pavie. Elle n était que la continuation d'une politique constante dans sa famille depuis la mort du Téméraire. Ses devoirs de chef souverain delà Toison dor, le serment qu'il avait prêté en cette qualité, l'obligeaient à faire tous ses efforts pour reconquérir le duché, à la souveraineté duquel Philippe-le-Bon semblait avoir attaché le droit de conférer le noble ordre. Différents actes de la vie de l'empereur prouvent que dès le début de son règne, cette idée de revendication le hantait. En prêtant à François I le serment de foi et d'hommage pour les comtés de Flandre et d'Artois, il voulut le faire aussi pour la Bourgogne. La première ambassade qu'il envoya vers le roi de France eut pour mission de réclamer le duché. Lorsque, en 1522, il fit un testament, il exprima la volonté d'être enseveli à Dijon à côté de ses ancêtres, si à l'époque de sa mort cette ville était rentrée sous sa domination (3). Il y avait de plus à la cour un parti de Bourguignons qui n'avait pas oublié, ses anciens princes, qui se montrait irréconciliable au conquérant et aspirait avec ardeur au retour de son pays sous le sceptre des descendants de Philippe-le-Hardi.

Les ambassadeurs de la régente étaient François de

(1) ChampoUion-Figeac, op. cU., 202-204. — Mignet, op. cit., II, 109. — Baomgarten, op. cit., II, 445.

(2) Mignet, op. cit., II, 106. — Gachard, op. cit., I, 40.

(3) Papiers d'état du cardinal de Granvelle, I, 253.

Tournon, archevêque d'Embrun, et Jean de Selve, premier président du parlement de Paris. Ils arrivèrent à Tolède Id 15 juillet et le 17 obtinrent de Charles-Quint une audience qui dura une heure et demie. Jean de Selve fit à lempereur un long discours dans lequel il lui rappela les liens de parenté qui unissaient la maison de Bourgogne à celle de France, (luy déduisi amplement la généalogie), le pria de rendre la liberté à son prisonnier, lui montrant toute la gloire qu'il retirerait de cet acte de magnanimité (et sur ce luy furent advancez plusieurs exemples de la Ste Ecriture, des histoires grecques et romaines, d'aulcuns personnaiges • qui auroient usé de grant libéralité pour la délivrance de leurs prisonniers), la facilité qu'il aurait, grâce à cet acte, à unir les princes européens contre les ennemis du nom chrétien. Charles-Quint répondit qu'il avait bien compris les idées exprimées par l'orateur, mais qu'il ne pourrait réciter autant d'histoires et de bons exemples, puis après quelques autres pourparlers renvoya les députés aux gens de son conseil (i).

Les conférences s'ouvrirent entre les diplomates des deux princes, le 20 juillet, à Tolède, dans une des salles du palais impérial.

Avant son départ pour l'Espagne, de Selve avait fait rechercher les originaux des traités de paix et des autre» documents qu'il voulait invoquer dans les discussions. Il nous est resté à ce sujet un écrit qui prouve que certains des arguments des conseillers de l'empereur gênaient lin peu les représentants du roi et que ces derniers n'hésitaient pas à y répondre par des prétextes. Dans une lettre adressée le 12 juillet 1525 au maréchal de Montmorency, le premier président écrivait : « Item, fault noter que le traitié de Peronne faict Tan mil IllP LXVIII par le roy Loys XI, qui est fort préjudiciable, car confirme lô traicté d'Arras, fust depuys icelluy t)*aitié de Peronne

(1) Idem, 256-258. — Gachard, op. ciU, I, 43-44.

confirmé et approuvé par ledict roy Loys XI estant en sa liberté à Amboise, qu'ils allèguent contre nous, disant quô' la force et contraincte de Peronne est purgée par là. Ne pouvons aultre chose dire, fors seuUement que le Roy ne pouvoit alliener les terres de la couronne ; que encores la force et armée du duc Charles de Bourgogne duroit et estoit entière.

« Fault sur ce point visiter les registres de la cour de parlement et pour sçavoir si le procureur du Roy, en présentant ledict traictié de Peronne, fist aucune prêtes-^ tation publique ou secrète, et s'il y eut aucune opposition ou contredit du procureur du Roy.

« Au regard du traitié de Conflans qui est précédant, c'est à sçavoir de Fan mil IIP LXV (i), il fut fait à cause de l'armée de Montlhery et ne fut jamais sceue ; mais sera bon visiter les registres de la cour sur lesdicts deux traictez pour sçavoir s*il y a riens pour nous contre lesdicts traictez (2). »

Les envoyés français commencèrent par déclarer, suivant leurs instructions, qu'il leur était impossible de discuter les demandes de lempereur, s'il ne consentait à les diminuer, de Gattinare riposta que l'empereur avait été fort Dttodéré dans ses prétentions, qu'il aurait encore pu revendiquer justement le Languedoc et le Dauphiné. Si Ion voulait faire une paix durable, il fallait extirper toute racine de guerre ; ce qui avait causé les présentes hostilités, c'était la détention par François I du duché de Bourgogne injustement enlevé à la grand'mère de l'empereur. Le chancelier continua en cherchant à démontrer les droits de la fille du Téméraire à ce domaine. Il se basa surtout sur ce fait que si le roi Jean II avait hérité du duché, c'était grâce aux droits de sa mère, « par quoy appert que, de sa nature, c'est un fief transmissible aux

(1) Le texte publié par M. Champollion dit mil III<^ LXV. Il faut lire . mil IIII*^ LXV.

(2) Champollion-Figeac, op, cit., 250.

femmes ». de Selve fut naturellement d'un avis contraire et pour établir les droits imprescriptibles du roi sur le duché, il remonta jusqu'au temps de Charlemagne, en se livrant à des digressions sur lesquelles nous passerons sans nous y arrêter. Selon lui la notion d apanage existait déjà au temps du roi Lothaire, fils de Louis le Débonnaire, car ce prince donna le duché de Bourgogne en apanage à son fils Hugues. Du temps du roi Henri I, exposa de Selve, la Bourgogne fut soumise à la couronne pendant l'espace de trente ans, ce fut alors qu'une division éclata dans le royaume et qu'une partie s'unit à l'Allemagne. Cette réunion à la France, durant un tel espace de temps, suflSrait à elle seule pour rendre le duché inaliénable autrement que comme apanage réservé aux seuls enfants mâles. Le roi Jean II , dit-on , reçut la Bourgogne en héritage, cela ne prouve pas qu'il n'eut point le droit de la revendiquer comme fief vacant par suite du défaut de lignée masculine. Il y a d'ailleurs une raison péremptoire prouvant que l'empereur ne peut prétendre aucun droit au duché : en 1301 Jean-le-Bon incorpora le duché à la couronne perpétuellement et inséparablement, jurant sur les Saints Evangiles, les mains élevées vers le ciel, de ne jamais rien faire contre cette union ; il ordonna que son fils Charles et ses autres successeurs fissent un semblable serment. Une telle promesse, faite de cette façon, empêche pour toujours l'aliénation, du moins en ce qui regarde la transmissibilité à la duchesse Marie, car les terres qui constituent les apanages ne peuvent échoir qu'aux mâles. Puisque l'empereur ne pouvait succéder au duché, il ne pouvait prétendre qu'un droit quelconque lui avait été enlevé, et par conséquent ses réclamations étaient sans fondements.

Ces arguments ne convainquirent pas de Gattinare. Celui-ci répondit que le duché était un fief et non un apanage, et que, même eut-il eu ce dernier caractère, il se faisait fort de citer des apanages qui vinrent à des

femmes par voie d'héritage : tel fut le cas pour la Flandre et la Guyenne. La réunion à la couronne n'avait pu empêcher Tinféodation à Philippe-le-Hardi ; d'abord le roi Jean n'avait pas le droit de faire cette incorporation sans le consentement de ses enfants, car c'eut été leur enlever la succession qui leur venait de leur aïeule. Puis la cession avait été ratifiée par Charles V du vivant de son père et après sa mort ; de plus une possession sans troubles de plus de cent quarante ans constituait une prescription contre laquelle il n'y avait plus à réclamer.

Les ambassadeurs de la régente essayèrent de nouveau d'obtenir que la querelle fut soumise à l'arbitrage des pairs de France, mais les représentants de Charles-Quint s'y refiisèrent formellement : la justice à laquelle on prétendait les soumettre ne présentait pour eux aucune garantie d'impartialité (i).

Ces conférences ne produisirent pas de résultat, d'aucun côté on n'entendait rien céder. D'ailleurs devant l'attitude des envoyés français une entente était difficile. Ils se refusaient à toute cession de territoire, ou s'ils y consentaient, ils se réservaient toujours une échappatoire pour le moment de l'exécution en affirmant que tout bien de là couronne était inaliénable.

Les pourparlers cessèt'ent et la relation en fut adressée au roi captif par ses ambassadeurs (2).

C'est alors que François I formula une première protestation contre toutes les concessions qu'on pourrait lui arracher en le retenant en prison : « Lequel seigneur Roy, est-il écrit dans l'acte qu'il fit dresser à cette occasion, à ceste cause, après avoir ouy le raport desdicts ambassadeurs, a dit que combien qu'il aimast mieux tollerer longue prison que faire chose à luy honteuse et dommageable à son royaulme, toutesfoys, craignant que

(1) Champollion-Figeac, op. ciu, 264-281.

(2) Baumgarten, op. dt,, II, 445.

sa longue prison et absence de son royaume ne portast plus de préjudice à son dict royaume, à sa couronne et à ses enfans qui sont mineurs et en bas aage, à l'occasion des divisions, guerres et désobéissances qui s'en pourroient ensuivre, qu'il ne feroient délaissant par contrainte la possession de ladicte duché de Bourgogne, et qu'il proteste que ou cas qu'il fust contraint par ledict empereur de quitter et laisser ladicte duché de Bourgogne en la possession d'icellui, ou autres droitz de la couronne de France au proffit de l'empereur, par détention et longueur de prison, que cela sera et demourera de nul efiect et valleur, et comme fait par force et contraint ; et que en ensuivant ce que autrefois il a dit aux vice-roys de Naples, marquis de Pesquare, Anthoine de Levé, AUarcon, l'abbat de Nageres et dom Hugues de Montcade, qui sont chevaliers d'honneur et qui en pourront respondre, il est délibéré et se délibère, luy ayant liberté de sa personne, de poursuivre les droits de la couronne de France, de recouvrer la duché de Bourgogne et autres droits d'icelle couronne qu'il auroit baillez par contrainte ; et pour ce faire y employer sa personne, ses subjets et ses biens : proteste aussi, ou cas dessusdicts, de nullité de tous pactes, conventions, transactions, renonciations, quittances, revocations, desrogations et sermons que Ton luy feroit faire contre son honneur et le bien de sa couronne au prouffitdudict empereur, ou d'autre quel qu'il soit (i). »

A la fin du mois d'août, François I tomba dangereusement malade au point que les derniers sacrements lui furent administrés. Ce fut en cet état inquiétant qu'il reçut la première visite de l'empereur et qu'arriva sa sœur la duchesse d'Alençon (2).

Les négociations furent renouées directement entre cette

(1) ChampoUion-Figeac, op, cit., 302-303. — Baumgarten, op, cit,^ II, 446. — Cette protestation fut fait le 16 août par devant notaire.

(2) Baumgarten, op. cit., II, 458. — Mignet, op. cit., II, 132. — Gachard, op. cit., I, 46 «

princesse et Charles-Quint (i). Elle renouvela l'offre fait 4éjà antérieurement de donner la Bourgogne en dot à Eléonore de Portugal avec transmission à Tainé des eur Êints mâles nés de son mariage avec François I. L'empereur ne voulut point y consentir disant que sa sœur était promise au duc de Bourbon. Marguerite promit alors de mettre l'empereur en possession du duché dès que le roi aurait été rendu à la liberté et de donner pour garantie de sa promesse des otages et autres sûretés, mais à la condition que la question de légitime propriété fût soumise au jugement des pairs de France et que Charles- Quint donnât de son côté des garanties pour la restitution de la Bourgogne si la décision n'était pas en sa faveur. Cette proposition n'eut pas plus de succès que celles du même ^nre faites auparavant, elle fut rejetée. La duchesse d'Alençon offrit telle rançon qu'il plairait à l'empereur ; il répondit qu'il n'en voulait point, qu'il ne réclamait pas autre chose que ce qui lui était dû (2). « Il consentit tout^ fois à faire décider le différend par des arbitres nomméis de part et d'autre. La duchesse d'Alençon ne rejeta point œtte proposition, elle la communiqua aux commissaires français, qui ne fiirent pas d'avis de l'accepter. Ils trouvèrent avec raison que soumettre le droit de la France à un arbitrage, c'était l'infirmer et même l'exposer. Ils décidèrent la duchesse à retirer son adhésion, au grand contentement de l'empereur, qui de son côté, était fâché d'avoir donné la sienne. Afin d'accorder à Charles-Quint, sinon le pays qu'il revendiquait, du moins le titre auquel il semblait tenir, la duchesse d'Alençon lui offrit la vicomte d'Auxonne, qui serait réunie à la Comté de Bourgogne, érigée en duché, mais l'empereur rejeta bien loin une offre qu'il traitait de dérisoire (3). »

(1) Elles commencèrent le 4 octobre. Baumgarten, op, cit,, II, 460»

(2) ChampoUion-Figeac, op, cit„ 360-361. — Gachard, op, ciL, l, 56 et suiv.

(3) Mignet, op. di., II, 143.

Finalement les deux parties mirent chacune leurs propositions par écrit et se les communiquèrent. Elles n'offraient rien de nouveau.

Aux exigences de Charles-Quint, François I répondit que lui demander des choses impossibles équivalait à le déclarer prisonnier pour toujours.

Les négociations furent abandonnées pendant un mois. Une nouvelle tentative fut faite par le monarque français ; celui-ci offrit l'énorme somme de trois millions d'écus d'or pour sa rançon, en même temps qu'il renouvelait sa promesse d'épouser Eléonore, en lui attribuant la Bourgogne en dot. Elle resta sans résultat (i).

Une résolution soudaine de François I sembla vouloir changer un moment le cours des choses : le roi se décida à abdiquer en faveur de son fils. Cet acte, s'il eut été sincère ou suivi d'exécution, aurait diminué étrangement l'importance du prisonnier que l'empereur avait entre les mains. Invoquant le jtcs postliminii^ François 1 se réservait toutefois le droit, au cas où sa captivité viendrait à finir, de reprendre la couronne et le gouvernement de son royaume (2). Paraissant persister dans sa résolution, le roi désigna différentes personnes qui devaient composer sa maison et adoucir les rigueurs de la captivité (3).

L'empereur, d'accord en cela avec le chancelier de Gattinare, était déterminé à garder son adversaire prisonnier jusqu'à la restitution du duché. 11 ne diminua aucune de ses exigences.

Devant cette résolution qu'il ne pouvait espérer fléchir et que son abdication simulée n'avait point ébranlée, François I cessa d'y donner suite et se décida à subir les conditions que lui imposait le vainqueur. De son côté, la régente envoya à ses ambassadeurs en Espagne, à la fin de novembre, par le sire de Brion, des instructions qui

(1) Gachard, op. cU,, I, 60.

(2) ChampoUion-Figeac, op. cU,, 416-423. — Mignet, qp, cU.j II, 150. — Baumgarten, op. cit., 462. — Gachard, op. eit, I, 65.

(3) Gachard, op. eU., I, 69.

leur permettaient d'accéder à la cession de la Bourgogne en indiquant différentes dispositions à prendre pour l'exécution.

Pour justifier cet acte qu'on aurait pu taxer de faiblesse, elle invoquait l'exemple du traité d'Arras par lequel Charles VII avait consenti à des abandons de territoires bien plus grands et pour obtenir un moindre résultat : alors il ne s'agissait que d'enlever un allié au roi d'Angleterre, tandis que maintenant on travaillait à la délivrance d'un roi et à la cessation de toute guerre. Les événements avaient prouvé que les concessions faites profitèrent au royaume et contribuèrent peut-être même à sa conservation. Lorsque Jean II eut été fait prisonnier, on donna pour sa rançon une somme de terres et d'argent bien plus considérable que celle que réclamait Charles- Quint ; alors cependant le Dauphin était en âge de régner, tandis qu'actuellement il faudrait attendre encore de longues années avant qu'il ne fût capable de prendre en main les rênes du gouvernement. En dernier lieu les finances se trouvaient dans une mauvaise situation et le peuple n'était pas capable de supporter de nouvelles charges. En résumé il valait mieux sacrifier un duché que d'exposer le roi, ses enfants et son royaume au danger d'être détruits (i).

(1) « Sj ladicte daché de Bourgongne se pouvoit saulver à perpétuité, ou durant la vye du Roy et de monsieur le daulpin, ce seroit un grand bien pour ledict seigneur et son royaume ; mais où sa dellivranoe ne se pourroit recouvrer sans icelluy duché et aux conditions qu*ils demandent, si aucune chose n'estoit rabatue, la personne dudict seigneur est tant à estimer, avec les commoditez qui viendront de sa délivrance, et pour ne tumber aux inconvénients qui pourroient survenir de sa longue prison, vaut trop mieulx et non seuUement délivrer Bourgongne, mais trop plus grand chose que de le laisser en Testât où il est,

» Et pour ce monstrer, soit considéré le traité d'Arras, qui fust fet pour disjoindre le duc de Bourgongne, qui estoit pour lors avec le roy d'Angleterre et faisoient ensemble la guerre de France ; par lequel traicté furent remises de plus grosses choses et de plus grance conséquence que ce dont est à présent question de bailler pour la paix et délivrance du Roy ; et si ne mist icelluy traicté d'Arras fin à la guerre, car elle dura longtemps

Ce beau, langage appuyé d'excellentes raisons, montre que les exigences de Charles -Quint, mâme abstraction faite de son droit sur la Bourgogne, n'avaient rien d exorbitant et que plus d'une fois la France avait dû en subir de semblables. 11 condamne aussi le refus ultérieur du roi de donner suite au traité de Madrid. Rien dans l'histoire de France ne justifiait cette conduite ; ses prédécesseurs s'étaient inclinés devant la nécessité et avaient loyalement rempli leurs engagements.il était réservé au Roi-chevalier, ^u type du gentilhomme d'être parjure.

Dans les dernières instructions à ses ambassadeurs le monarque français demandait encore que la Bourgogne et les autres domaines fussent mis en la possession de l'empereur seulement jusqu'à ce que des arbitres, choisis de part et d autre, eussent décidé à qui ces biens appartepaient (i).

«prés cantre les Anglois. Et s*il n'estoit question lors de dellîvrer nng roy de prison, et par le présent traioté est question d^avoir entière paix et sans expectation d'avoir guerre et délivrance du Roy, et combien que les promesses faictes par icelluy traicté furent fort grandes, neantmoins, par expérience, fut trouvé qu'elles furent profitables au royaume, et peut-estre  la conservation d'icelluy.

n D'aultre costé, soit considéré que le roy Jehan, prisonnier en Angleterre, qui estoit jà sur son aage et avoit son fils aisne grand pour régir son royaume, fut rachapté beaucoup plus et eh terres et argent que n'est ce dont à présent est question pour la délivrance du Roy, et avoir paix entière.

Soit aussy considéré Taajge du Roi, qui est en la fleur de sa jeunesse; restât et la qualité de sa personne, douée de toutes grâces et dons, et le gros fruict qu'il peut faire. Aussy soit regardé l'aage de monseigneur le daulphin, et que le Roy, pour longueur de prison, se pourroit ennuyer, de sorte que tumberoit en quelque grosse maladie, par le moyen de laqueUe nous pourroit faillir, que Dieu ne veuille ! et son royaulme viendroit à icelluy monseigneur le daulphin, qui ne seroit de longtemps pour gouverner; dont ce royaume pourroit souffrir des maux irréparables, attendu les ennemys qu'avons. Et, d'aultre part. Madame pourroit tumber en tel ennuy qu'elle ne pourroit porter le faix, comme a fet saigement et prudemment jusques à présent, dont procedderoit une telle confusion et division en ce royaume, que chascun auroit grand regret de n'avoir eu aultre soing de rachapter le Roy. — Champollion-Figeac, op. cit., 412-414.

(l) Champollion-Figeac, op. cit., 428.

Mais le 19 décembre 1525 il enjoignit enfin à ses envoyés d accéder aux conditions impériales.

Le 14 janvier 1526, l'observation du traité de Madrid fut solennellement jurée par les plénipotentiaires des deux princes et par François I. Après avoir prêté le serment de monarque, le roi donna celui de chevalier. « Je, François, roy de France, gentilhomme, donne ma foi à l'empereur Charles^ roy catholique, gentilhomme, en la personne de vous, Charles de Lannoy, commis et habilité par luy et par moy pour la recevoir, que, en cas que, dedans six semaines après le jour que l'empereur m'aura fait délivrer et effectivement mis en liberté dedans mon royaulme de France, je ne luy accomplisse la restitution du duché de Bourgogne et aultres pièces déclairées par icelluy traicté et selon la forme d'icelluy, j'ay maintenant juré et signé, et pareillement en cas que les ratifications et autres seurtés mentionnées audict traité, selon qu'en icelluy est contenu et promis, ne fussent délivrées dedans quatre mois, en chascun desdicts cas je retourneray au pouvoir de l'empereur et viendray incontinent, passé ledict temps, par devers luy, quelque part qu'il soit, et me rendray son prisonnier de guerre, comme suis de présent, pour tenir prison là où il plaira audict empereur me ordonner, tant et si longuement que le contenu audict traité soit entièrement fourny et accomply (i). »

Les principales dispositions du traité de Madrid étaient les suivantes : « Sera tenu ledit Roy dans six sepmaines, à conter dez le jour de sa délivrance, et qu'il sera entré en son Royaume, bailler, rendre, restituer, et effectuellement délivrer et remettre au pouvoir dudit Seigneur Empereur, ou de ses Commis et Députez qui à ce seront ordonnez, ladite Duché de Bourgongne, ensemble la Comté de Charolois, Seigneuries de Noyers, et Chastelchinon, dépen-

(1) Gachard, op, cit., 81-82.

dantes de ladite Duché ; la Viscomté d'Auxonne et Ressort de Sainct-Laurent estans et dépendans de la Franche Comté de Bourgongne, et tout ce qui de toute ancienneté estoit ou souloit estre du fief, ressort et appartenances desdites Duché et Viscomté : et ce purement, librement, perpétuellement et à tousjours, au profit dudit Seigneur Empereur, ses Hoirs, Successeurs, et ayant cause, taat masles que femelles, en toute Souveraineté, Prééminence et exemption de la Couronne de France, sans reserver

chose quelconque à ladite Couronne de France;

» Item, pource que ledit Seigneur Roy Tres-Chrestien, pour accomplir le contenu de ce que dessus, ensemble les seuretez nécessaires, prétend estre besoin qu'il soit en son Royaume en Personne; a esté traité, appointé, accordé et conclu, que ledit Seigneur Roy Tres-Chrestien soit délivré et remis en son Royaume et Limites d'iceluy, du costé de Fontarabie, dedans le dixième jour de Mars prochainement venant. Et à ce mesme jour, heure et instant que ledit Seigneur Roy Tres-Chrestien sortira des Terres et Puissances de l'Empereur, et entrera en France, les Ostages ensuivans sortiront de France, et entreront es Terres et Puissances de l'Empereur;.... Lesquels Ostages seront ceux qui s'ensuivent : à sçavoir les deux Fils aîsnez dudit Seigneur Roy Tres-Chrestien, qui sont Monseigneur le Dauphin aisné, et Monseigneur le Duc d'Orléans, second, seulement : ou mondit Seigneur le Dauphin, et avec lui Monsieur de Vendosme, Monsieur d'Albanie, Monsieur de Sainct Pol, Monsieur de Guise, Monsieur de Lautrec, Monsieur de Laval de Bretagne, le Marquis de Saluées, Monsieur de Rieux, Monsieur le Grand Seneschal de Normandie, Monsieur le Mareschal de Montmorency, Monsieur de Brion et Monsieur d'Aubigny : lesquels Ostages, ou lesdits deux Fils aisnez seulement, ou ledit Seigneur Dauphin et lesdits douze Personnages conjointement (cette alternative au choix de madite Dame la Régente) seront baillez et délivrez comme dit est,

pour estre et demeurer en Ostages devers ledit Seigneur Empereur, et au lieu qu'il luy plaira leur ordonner, tant ^t si longuement que ledit Seigneur Roy Tres-Chrestien ait accomply de sa part ce que dit est de la restitution et délivrance de Bourgongne et autres pièces en la forme avantdite. Et aussi demeureront lesdits Ostages, comme dit est, jusques à ce que ledit Roy Tres-Chrestien ait fait ratifier et appreuver cedit Traité de Paix, et tout le contenu en iceluy, par les Estats Généraux de son Royaume et Pais, et par eux jurer et promettre la perpétuelle observance d'iceluy, et l'ait fait interiner, vérifier et enregistrer en la cour du Parlement à Paris, et autres Parleraens du Royaume de France : ....

y» en cas que dedans ledit terme de six sepmaines

iceluy Seigneur Roy n'eust accomply ladite restitution de Bourgogne et pièces dessus déclarées ; et pareillement en cas que les Ratifications et autres seuretez dessus mentionées ne fussent délivrées dedans lesdits quatre mois, comme il est ici dessus convenu et traité : en chascun desdits cas ledit Seigneur Roy Tres-Chrestien retournera au pouvoir dudit Seigneur Empereur, et viendra incontinent passé ledit temps par devers Sa Majesté, quelque part qu*il soit, et se rendra son Prisonnier de Guerre, comme il est à présent, pour tenir prison là où il plaira audit Seigneur Empereur luy ordonner, tant et si longuement que le contenu de ce présent Traitté soit entièrement foumy et accomply : et lors et au môme instant que ledit Seigneur Roy retournera, seront rendus et délivrez sesdits Ostages.

» ledit Seigneur Roy, pour luy, ses Hoirs et Successeurs quelconques, renoncera... perpétuellement et à

tousjours au profit dudit Seigneur Empereur et de ses

Hoirs, Successeurs et ayans cause, tous et quelconques droits, actions, querelles ou prétentions que ledit Roy Tres-Chrestien, ou sesdits Hoirs et Successeurs ont et prétendent, ou pourroient avoir et prétendre pour quelque

causa ou raison que ce soit, en quelconques des Royaume», Estats, Terres* Pais et Seigneuries présentement tenues et possédées par ledit Seigneur Empereur, ou en son nom, mediatement ou immédiatement ; et spécialement tout le droit que ledit Seigneur Roy Tres-Chrestien et ses Prédécesseurs Roys de France, ont eu et prétendu, et qu'ils peuvent prétendre au royaume de Naples

» Aussi le droit que ledit Seigneur Roy Tres-Chrestien prétend,... en façon quelconques, es Estats de Milan et Gennes, ensemble le Comté d'Ast, et toutes leurs appartenances et dépendances.

n Pareillement renonce, quite et transporte ledit Seigneur Roy Tres-Chrestien.... au profit dudit Seigneur Empereur Charles..., tout le droit que ledit Roy Tres- Chrestien a et prétend... es citez d*Arras, Tournay et Tournesis, es Lieux de Mortaigne et Sainct Amand, avec k droit de rachapt qu'il prétend es Villes et Chastellenies de Lille, Doûay et Orchies, présentement possédées par ledit Seigneur Empereur : et aussi ce qu'il pret^d en la ville, Chastel et Bailliage de Hesdin ; par ledit Seigneur Roi Tres-Ckrestien présentement occupez,..

91 Et semblablemant demeurera ledit Seigneur Empereur pour luy, ses Hoirs, Successeurs et ayans cause, quite, exempt et absous à perpétuité et à toujours, de tout et quelconque droit de ressort de Souveraineté que ledit Seigneur Roy, ou ses Successeurs de la Couronne de France, pourront prétendre et quereller sur les Comtez de Flandres et d'Artois, et quelconques autres pièces que ledit Seigneur Empereur à présent tient et possède, tiendra et possédera ci-aprés en vertu de ce présent Traitté de Paix.

» Et réciproquement ledit Seigneur Empereur... transportera... au profit dudit Seigneur Roy... tous et quelconques Droits, Actions, querelles ou pretensions que ledit Seigneur Empereur ou sesdits Hoirs et Successeurs ont et prétendent... en quelconque des Estats, Terres et Sei-

gneuries dudit Roy TresChrestien, pour luy ou en son nom présentement tenues et possédées mediatement ou immédiatement : et spécialement tout ce qu'il prétend aux Villes et Chastellenies de Peronne, Montdidier et Roye, aux Corniez de Bolongne, Guines et de Ponthieu ; aux Citez, Villes et Seigneuries assises sur la Rivière de Somme d'un costé et d'autre, soit par tiltre d'engagere ou autrement : ensemble tous autres droits, actions et querelles, que ledit Seigneur Empereur pourroit avoir et prétendre contre ledit Seigneur Roy aux choses par luy possédées, soit à cause de ses couronnes d'Espagne, ou des autres querelles de sa Maison de Bourgongne ; tant en vertu du Traitté d'Arras, que des Traitiez subsecutifs de Conflans, Peronne et autres : exceptez seulement les Comtez de Masconnois et Auxerrois, et Seigneurie de Bar sur Seine ; desquelles sera ci- après particulièrement disposé (i). y»

Le traité stipulait aussi le mariage de François I avec la reine Eléonore de Portugal, à laquelle l'empereur donnait en dot deux cent mille écus d'or, et les comtés de Mâcon, d'Auxerre et la Seigneurie de Bar sur Seine. Le dauphin devait épouser l'infante Marie, fille d'Eléonore. François I promettait de rendre au duc de Bourbon et à ses amis tous les biens qui leur avaient été confisqués. La paix de Madrid contenait encore un grand nombre d'autres conditions, mais étrangères à notre sujet.

Malgré l'avis de de Gattinare, qui refusa même de dresser le traité, Charles Quint rendit la liberté à François I avant d'être mis en possession de la Bourgogne, se fiant à son adversaire.

Il iîit cruellement trompé. Avant môme d'avoir promis l'exécution du traité, le roi chevalier était résolu de violer le serment qu'il allait prêter sur les Saints Evangiles. Le 13 janvier 1526 en effet, François entouré du premier

(1) du Mont, op. cU., IV, pars I., 400-403.

président de Selve, de l'archevêque d'Embrun, du maréchal de Montmorency, de Chabot de Brion, du prévôt de Paris La Barre et du secrétaire Bayard, leur fit prêter serment de garder le secret sur ce qui allait se faire et protesta contre le traité qu'il devait signer le lendemain. Il rappela les négociations passées, les arguments qui, selon lui, prouvaient son droit au duché de Bourgogne, les propositions faites pour obtenir sa délivrance ; il allégua la contrainte qu'on avait exercée sur lui, dit que si on avait voulu se contenter de sa parole pure et simple, jamais il n'aurait violé ses engagements, mais que la violence employée contre lui rendait ceux-ci nuls et le déliait de ses serments. Il ajouta qu'il ne voulait pas frustrer l'empereur de ce qui lui était légitimement dû et promit de lui payer tel « party de rançon comme chascun connoistra qu'il veut faire justice de soy-mesme, et soy mettre en son debvoir (i). »

Nous avons déjà fait justice de cette théorie. La conduite de François I, en vérité, est inexcusable. Si les concessions exigées étaient contraires à l'équité et aux intérêts vitaux de son royaume, il avait à réaliser son projet d'abdication et à subir une détention qui n'aurait jamais été perpétuelle; sa constance eut fini par avoir raison des exigences de l'empereur intéressé à ne pas laisser la victoire sans résultats. Mais l'ennui de la captivité, la privation des plaisirs de sa cour et de ses maîtresses, dominèrent chez le monarque français tout sentiment de loyauté, lui firent méconnaître la sainteté du serment et préférer le parjure à quelques mois de prison.

Nous l'avons dit en commençant, la revendication de la Bourgogne par Charles-Quint lors du traité de Madrid se justifie par l'origine des démêlés de la maison d'Autriche et de la maison de France. Nous avons indiqué la

(1) Champollion-Figeac, op, cit,, 446-478. — du Mont, op, cit,^ IV, pars I, 412-516. -- Gachard, op. c«., I, 77.

cause des discordes survenues entre Marie de Bourgogne et Louis XI. Nous avons cherché à prouver qu'à l'héritière de Charles-le-Téméraire revenait la légitime possession du duché. De cette démonstration une conséquence découlait naturellement : c'est que Charles- Quint en revendiquant la Bourgogne ne faisait que réclamer un bien injustement enlevé à son aïeule et sur lequel il avait des droits incontestables. La conduite de l'empereur ne fut pas autre que celle de Philippe-le-Beàu, de Maximilien d'Autriche et de Marie de Bourgogne. Ces princes, nous Tavons montré en faisant l'histoire de leurs négociations avec la France, profitèrent de toutes les occasions pour affirmer leurs droits. Charles-Quint fit comme eux et la fortune des armes le servit. Peut-on lui reprocher d'en avoir profité pour faire triompher ses desseins? Sa cause était juste en elle-même et si, à la paix de Madrid, il exigeait une possession que François 1 ne pouvait lui céder sans regret, il ne demandait cependant que son bien. On ne peut pas plus l'accuser de rapacité et d'ambition que l'on ne pourrait adresser aujourd'hui de tels reproches aux Français si, après une guerre heureuse, ils reprenaient l'Alsace et la Lorraine.

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