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L'existence de ces deux sociétés admise, il nous faut considérer les rapports qui peuvent exister entre celles.
Ces rapports ne sont pas et ne peuvent pas Ôtre toujours les mêmes, pour la bonne raison que la société civile ou PEtat offre dans sa composition une variété qui nécessairement
doit influer sur la nature de ses rapports avec l Eglise,
On comprend, en effet, qu’un Etat catholique ne peut pas avoii avec l’Eglise les mêmes rapports qu’un Etat hérétique ou qu’un Etat infidèle,
Mais nous laisscrons de côté la société civile composée, au point de vue religieux :
1° De membres infidèles : — société soustraite à la puissance de l’ Eglise ;
29 De membres schismatiques ou hérétiques :
société séparée de l’Eglise, quoique soumise à son pouvoir ; — pour ne nous occuper que de la société civile composée, toujours au point de vue religieux ;
3° De membres catholiques : — société unie à l'Eglise et soumise à sou pouvoir.
Dans cette dernière société, et c’est ce qui la distingue des deux autres, le même membre appartient à la fois à deux sociétés : à la société civile comme citoyen, à l’Eglise comme catholique.
Or, dans toute société il y a obligation pour ses membres d’unir leurs forces pour atteindre une fin déterminée.
Dans le cas présent, il y a donc pour celui qui est membre à la fois de la société civile et
de la société religieuse une double obligation : ceile d’atteindre la fin de la société civile dont il est membre, et celle d’atteindre la fin de la société religieuse dont il est aussi un des membres.
Si l’on compare maintenant ces obligations les unes aux autres, on trouvera qu’elles sont d'accord, c’est-à-dire qu’elles existent sans se choquer, ou qu’elles sont en conflit.
Donc, les sociétés se trouvant dans les mêmes conditions, puisque c’est de par leur nature que ces obligations existent, sont ou d’accord entre elles ou ex conflit l’une avec l’autre.
Que doit alors faire le citoyen catholique, c’est-à-dire celui qui est à la fois membre de la société civile et membre de la société religieuse ?
Si les deux sociétés sont d’accord, si leurs obligations existent ensemble, sans se choquer, le devoir du citoyen catholique est d’une exécution bien facile : il n’a qu’à se conformer aux obligations des deux sociétés dont il est membre.
Mais si ces deux sociétés sont en conflit, si l’une ne peut tendre à sa fin, du moins dans son opinion, sans entraver la marche de l’autre, si le citoyen, en un mot, se trouve en face d’obli-
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gations opposées, quelle doit être alors sa ligne de conduite ? quel motif doit déterminer le choix à faire ?
C’est ce que nous allons préciser.
La société religieuse—l’ Eglise —et la société civile—l’ Etat —sont, comparées l’une à l’autre, deux sociétés inégales, mais composées, dansle cas présent, des mêmes membres.
Elles sont deux sociétés inégales, parce que leur fin cst inégale.
En effet, il n’y a pas d'égalité entre le bonheur éternel — fin de l’Eglise—et le bonheur temporel —fin de l'Etat.
Si les fins sont inégales, il faut donc nécesgairement que l’une soit supérieure à l’autre, autrement elles ne seraient pas inégales.
Est-il besoin de prouver que le bonheur éternel est supérieur au bonheur temporel ?
Non, c'est une vérité admise, évidente pour tout le monde.
Done la fin de l’Eglise est supérieure à celle de l'Etat.
D'un autre côté il est admis, c’est le principe même qui sert de base À notre argumentation ct que nous avons invoqué en commençant cette
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étude, il est admis, sans conteste, que tout pouvoir, dans une société, doit être proportionné à sa fin. |
Donc, le pouvoir de l’Eglise—société supérieure à la société civile parce que sa fin est supérieure à celle de lEtat-—est lui-même supérieur à celui de l'Etat.
En face d'obligations contradictoires imposées, l’une par le pouvoir religieux, l’autre par le pouvoir civil, le citoyen catholique est donc tenu d’obéir à l’Eglise de préférence à l'Etat,
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Mais le devoir d’obéir est corrélatif au droit de commander, c’est-à-dire qu’il y a devoir chez le citoyen d’obéir parce qu’il y a droit chez l'Etat d'exiger cette obéissance.
Or, sien face d’obligations contradictoires, émanant, l’une de l'Etat, l’autre de l’Eglise, le citoyen catholique n’est tenu de se soumettre qu’à cette dernière, il ne doit donc pas ctil ne peut pas devoir obéissance à l’Etat.
Donc l'Etat n’a pas droit d’exiger telle obéissance : — pouvoir judiciaire.
Si l’Etat n’a pas droit d’exiger telle obéissance, il va de soi qu’il n’a pas plus celui de contraindre par la force le citoyen qui n’a pas le devoir d’obéir : — pouvoir coactif.
* I y a plus. Si P Etat n’a pas le droit d'exiger ou de contraindre, il ne peut pas avoir celui de proposer, sous forme obligatoire, ce qui ne peut pas être une obligation pour le citoyen catholique : — pourvoir législatif.
L'Etat n'a donc avcun pouvoir d'imposer aux citoyens catholiques des obligations qui soient contradictoires aux droits de lEgiise.
Tels sont les vrais principes qui doivent nous guider ct nous faire accepter, À nous atholiques, les enseignements de l'Eglise.
Mais quels sont ces enseignements, du moins en ce qui regarde l'éducation en général et la question des écoles du Manitéba en particulier ?