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les limites de leur service ils peuvent en écarter la souillure. En tous cas, les maires ont charge d'âmes. Que sert de « favoriser » l'instruction, ^e bâtir des écoles, si les écoliers, qui s'y rendent ou en reviennent reçoivent de la rue ces leçons ée choses ou d'images qui démentent celles du maître, et qui sont autrement suggestives ? Mais pourquoi accuser les pouvoirs publics? C'est Tespril public qui est coupable; c'est nous tous, complices, ne fût-ce que par notre inertie et timidité, de cette immense entreprise de démoralisation. C'est nous d'abord qui attentons à l'innocence de l'enfant ou manquons à le ■défendre. Les hommes en place ne sont que •dociles à l'opinion qui se complaît à ces mœurs, -ou s'y résigne par respect humain. Ils s'abstiennent, non sans regrets parfois, parce qu'ils ont peur, peur de l'impopularité et du ridicule ; car on serait ridicule à prendre en mains contre la pornographie la cause de l'enfant! Les ennemis de l'enfant ne sont pas seulement les professionnels du vice public et du théâtre obscène, ce sont tous ceux qui les font vivre ou les laissent faire fortune. Comment protesteraient les hommes pour qui la chasteté est pure sottise, l'adultère pratique courante ou toujours convoitée, la « gaudriole )) divertissement familier et jeu de société? Ils sont un grand nombre, peut-être le nombre :
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ce sont eux qui là-dessus font l'opinion; les autres suivent ou se taisent. Comment s'indigneraient les femmes pour qui la toilette, je dis la toilette de ville, n'est jamais assez découverte et provocante, les lectures ou spectacles assez pimentés? Assurément il y en a d'autres et qui,, peut-être, sont la masse : mais la masse est docile aux plus hardies, amusée plus ou moins elle-même; surtout. elle a toujours peur de n'être pas assez « moderne », sinon dans la conduite, du moins dans les manières, le costume, la conversation, dans toute la vie publique. Les plus irréprochables même, femmes et jeunes filles, sont bien obligées d'obéir, en gardant plus de mesure, à l'orthodoxie de la mode, religion qui ne connaît guère d'infidèles; car il en coûte cher de la braver, d'être ou de paraître dissidente et hérétique. Il s'agit bien du respect de l'enfant!
Mais le pire ou ce qui est ici le plus significatif, ce ne sont pas des faiblesses qui sont de tous les temps, même des grands siècles (i), encore que le nôtre en fasse plus volontiers sa: vie courante. C'est le fait que cette licence est revendiquée comme une liberté légitime, comme un droit. L'adulte, dans la vie publique, a le droit de vivre.
(i) Témoin la campagne menée entre i63o et 1660 par les Compagnies du Saint-Sacrement contre les « gorges découvertes ».
l'état.
LA VIE PUBLIQUE
sa vie, d'être de son temps, franchement et sanshypocrisie, d'employer ses loisirs à son gré. Mieux encore, c'est un droit plus haut qu'on invoque, et intangible, la liberté de l'art, le droit pour l'artiste de représenter ou de présenter la beauté humaine sans voiles, comme faisaient les Grecs, d'analyser et exprimer sans autre souci que de vérité les sentiments, les passions, les vices de l'homme, et de la femme. On connaît la thèse, et la discussion, toujours ouverte. Du point de vue de l'enfant il n'y a pas de discussion. Outreque la pornographie est tout autre chose que l'art, dont se réclament certains pornographes, il se peut que des chefs-d'œuvre, où bon nombre d'adultes voient déjà autre chose que la beauté pure, ne soient pas faits pour l'âge de l'enfance et de l'adolescence. Avec les meilleures intentions du monde la discrimination sera parfois délicate : il nous arrive d'y échouer dans nos programmes scolaires. Tout de même l'enfant doit pouvoir passer dans la rue, devant les kiosques et les affiches, étudier un ouvrage de programme sans être aguiché, troublé dans sa pudeur, attiré vers le mal. S'il faut choisir, c'est son droit qui est le premier. Mais l'art ne perdra rien à ne pas proposer certaines œuvres à ceux qui ne les comprennent pas encore ; les chefs-d'œuvre ne gagnent rien à des admirations
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qui les méconnaisscnl. Leur droit reste donc entier. Ce qu'on met sous la protection de l'art, c'est un besoin de lucre et de réclame malsaine. Aucun homme de bonne foi ne s'y trompe, s'il •y veut regarder.
En tout cas, ce n'est pour personne un droit de vivre publiquement, et devant les enfants, de mauvaises mœurs. La rue jappartient à- tout le monde, et d'abord aux honnêtes gens, non à rïînpudeur, quoi qu'il en semble dans les villes. La provocation à la luxure est pour l'enfartt pire que l'exemple du vol. Personne ne le nie audelà de certaines limites : mais on recule ou laisse reculer de plus en plus les limites, jusqu'à l'aberration. C'est le fait de certaines époques : on n'y saurait défendre un principe de liberté sociale. N'en doutons pas :la lutte contre l'in- /discipline des mœurs, privées et publiques^^^isï^ I avant tout œuvre d'éducation, parce que sans \ l'éducation l'avenir ne vaudra pas mieux que le \ présent, ou plutôt vaudra moins. La police des ! rues n^st-pasHxstrtTTîTrnemel'essentiel. Pourtant j^.-elle-est quelque chose qui importe, même pour l'éducation, qui sans cela risque d'être impuissante puisque la vie est devenue, pour tous les âges, de plus en plus extérieure et sociale. Et c'est l'enfant d'abord qu'elle doit garantir. Ainsi posée, la question ne comporte pas de contro-
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verse, et il n'y a pas d'antinomie de droits. Mieux encore. C'est aussi bien le droit de l'adulte, de tous les adultes de bonne volonté, le seul qui compte ou qui existe, le droit de ceux qui ne savent pas le défendre parce qu'ils n'osent pas l'affirmer, mais qui est aussi positif que celui de l'enfant. Car c'est la condition de toute vie socialji. Nous n'aimons pas assez l'enfant ni
ni.
fa justice, parce que nous ne comprenons pas^ Tous ces attentats à la pureté des enfants, tous ces entraînements qui appellent publiquement les adolescents à la vie sexuelle précoce et coupable préparent des générations déprimées, avariées, qui seront des générations de décadence. Dépopulation, dégénérescence, 'c'est la mort] Le Jiespect desjjroits de l'enfant peut seul nous en sauver.