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MORALE DE L'ÉTAT DE GUERRE

bientôt complice du crime. De même, celui qui s'empresserait de soulager toutes les souffrances encouragerait la paresse et la débauche. Les devoirs, qui, dans l'idéal, convergent tous, se contredisent dans la réalité de notre vie, le souci de notre conservation personnelle, qui est proprement un devoir, parce que cette conservation est nécessaire à l'accomplissement de tous nos devoirs, nous permet rarement de suivre jusqu'au bout les inspirations de la charité ; pour atteindre le même but il nous force à suivre d'autres voies. La morale effective consiste à balancer constamment des obligations contraires, pour les concilier lorsqu'il est possible, ou sinon pour satisfaire à la plus impérieuse aux dépens des autres. La règle du moindre mal se substitue au pur idéal du bien, et la casuistique, justement vouée au mépris ensuite de l'abus qu'on en a fait dans un intérêt étranger au bien général , reste , après tout, le seul

guide et le seul flambeau de ceux qui veulent sérieusement obéir aux prescriptions de la conscience.

Séparation de la morale et du droit : le droit est la règle de ce qui est défendu, de ce qui est permis et de ce qui peut être ordonné ; les obligations juridiques sont exigibles Si la justice et la bienveillance régnaient ici-bas, l'idée d'un devoir exigible ne trouvant pas l'occasion de s'appliquer ne serait probablement venue à l'esprit de personne, tandis qu'elle s'impose aux plus débonnaires dans le monde que nous habitons. Chacun entend qu'à tout le moins on respecte sa vie, l'intégrité de sa personne, ses moyens d'existence et la liberté de ses mouvements. Sa conscience lui dit bien haut qu'il a le droit de réclamer toutes ces choses et d'employer la force pour les ob-

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