LE DROIT CONSÉQUENCE DU DEVOIR
Chaque individu , chaque peuple, chaque civilisation trouvent la mesure, le nombre et la définition de leurs droits dans la notion du devoir à laquelle ils sont parvenus.
Nous nous proposons dans les pages qui suivent de résumer d'après nos lumières les droits de l'humanité, tels qu'ils sont impliqués dans la civilisation occidentale et compris des hommes qui participent à cette civilisation. Proclamés par quelques législateurs, parfois sous-entendus, trop souvent contredits , l'opinion du public éclairé demande qu'ils soient reconnus partout et que la loi, s'inspirant d'une logique intègre, en tire partout les conséquences. Pour expliquer ce vœu , pour établir ces droits, il faut donc les appuyer sur la manière dont cette portion de l'humanité comprend le devoir. Si la formule nous en appartient en quelque mesure, nous pensons que l'idée en est, au fond, commune à tous.
Le devoir n'a rien d'arbitraire ; notre raison repousserait un commandement arbitraire, quelle que fût l'apparente autorité de celui qui chercherait à l'imposer. Le devoir est naturel; notre devoir c'est notre nature même, ou plutôt notre nature c'est notre devoir.
Il s'agit de nous constituer, de nous développer, de nous réaliser, de nous manifester nous-mêmes. Notre nature, c'est ce que nous sommes destinés à devenir, et le trait distinctif de cette nature, c'est de nous sentir tenus à le faire. Nous sommes appelés à nous faire nous-mêmes et nous pouvons nous soustraire à cet appel ; nous nous sentons libres. Séduits par des raisons spécieuses, plusieurs contestent cette liberté, ce qui les conduit à nier le devoir; mais ne souffrant pas qu'on touche au devoir, nous n'avons pas à discuter la liberté.
Notre nature est la liberté, notre devoir est de nous constituer, de nous établir dans