DROIT DES ENFANTS A LA MONOGAMIE
donner la place et le rang qui lui appartiennent en raison du lien qui l'attache à vous? Mais cette obligation est contestable : les lois et les mœurs de la société se modifient, les relations juridiques fondées sur la nature ne sauraient changer qu'avec la nature elle ■ même.
Les enfants ont droit à l'éducation ; ils ont droit à la famille, toute paternité hors de la famille implique une violation du droit, qu'il est naturellement impossible d'empêcher, et qu'il n'est pas toujours opportun de vouloir punir.
Nous ne demandons pas les rigueurs que nos lois ont édictées pendant quelque temps sous l'influence des clergés, mais nous n'estimons pas non plus que la distinction salutaire entre la morale et le droit conduise à les réprouver, et nous conviendrons franchement que leur tort principal à nos yeux consiste dans leur impuissance.
Égalité : C'est l'affection naturelle des parents pour leurs enfants qui conduit à la monogamie et à la perpétuité du mariage ; c'est le devoir des parents envers leurs enfants qui imprime à ces rapports un caractère d'institution juridique ou d'obligation sociale. Le même droit des enfants réclame impérieusement l'égalité des époux dans la famille. C'est l'accord des époux, non la volonté exclusive d'un des époux, qui doit présider à leur éducation. Ils ont besoin d'une mère qui soit une femme et qui soit traitée comme une partie intégrante de l'humanité. Leur mère est leur première, leur véritable éducatrice, le développement des facultés maternelles est la condition de leur propre développement. Mais un être éduqué pour la servitude ne saurait pas plus à Paris qu'à Bagdad en élever d'autres à la liberté, et si l'éducation de nos femmes ne les avait pas adaptées à leur servitude,
droit de l'enfant a la liberté de sa mère 121
elles ne consentiraient fîoint à la subir. Comment une mère pourrait-elle aider ses enfants à comprendre leurs vrais devoirs et leur position dans le monde, lorsque s'ignorer elle-même est la plus indispensable condition de sa propre existence? Obligée à mentir souvent, à dissimuler toujours, comment parviendrait-elle à leur inculquer la franchise? La frivolité, la puérilité, ces imperfections natives que l'éducation devrait mettre tous ses soins à corriger dans la jeune fille, elle est réduite à les fomenter pour lui rendre sa condition supportable; de sorte qu'en la qualifiant pour son rôle, ici de jouet, plus bas de servante, elle la rend impropre à sa tâche d'institutrice. L'éducation vraiment morale, en revanche, et l'instruction solide que l'opinion éclairée réclame aujourd'hui pour la femme au nom de la simple justice et de nécessités économiques inéluctables, sont incompatibles avec sa domesticité perpétuelle.
A travers ses variations et ses contradictions innombrables, notre droit nuptial est dominé par l'idée fixe que l'asservissement de l'autre sexe étant d'intérêt général pour le sexe qui fait les lois, il ne peut y être dérogé par des conventions particulières ; de sorte que ce que nous appelons un contrat de mariage ne peut être qu'un arrangement relatif aux biens des époux, sans toucher à leurs rapports personnels, sauf exceptionnellement pour des bagatelles, hors ce qui concerne la religion proposée aux enfants dans les cas de mariages mixtes. La subordination de la femme dans son intérieur est de droit public ; sans cette précaution, la position des époux dans la famille, leurs obligations réciproques et leurs compétences respectives pourraient être déterminées en modalités variables, suivant les convenances de chaque union.
Sous ce régime libéral, que l'équité réclame, tout porte à croire que les choses