LE COLLECTIVISME
Si ces machines et ces assemblages de machines, ces usines, ces fabriques deviennent ou demeurent propriété privée, il y aura forcément, semble-t-il, des ouvriers réduits à travailler pour le compte de patrons, ce que les collectivistes ne sauraient admettre ; tandis que si l'Etat acquiert ou confisque tous les établissements industriels et se décerne le monopole de leur possession, chacun sera serviteur de l'Etat et recevra de lui sa nourriture, ce qui leur convient parfaitement.
Ce n'est pas le lieu d'examiner jusqu'à quel point une semblable combinaison pourrait se plier aux besoins d'une population croissante et soutenir la concurrence sur les *narchés extérieurs. Ces points, que les socialistes ont grand soin de ne pas approfondir, fussentrils pleinement éclaircis, et résolus dans le sens de l'affirmative, la transition pût-elle même être opérée à l'amiable et sans spoliation, il n'en subsiste-
mit pas moins contre un tel régime une invincible objection de droit. Maître de moi-même, j'ai droit au produit de mon activité, j'ai le droit d'utiliser mon travail de la journée à faciliter celui du lendemain, nul n'a compétence pour m'interdire de fabriquer un outil à mon propre usage, même si les forces d'un seulbommene suffisaient pas à le mettre en œuvre et que sa possession me permît et me contraignit d'embaucher des compagnons pour l'utiliser aux conditions qu'il leur conviendrait d'accepter,— sous cette réserve toutefois que ceux qui entreraient à mon service le feraient librement, ou que du moins ils seraient seuls responsables des nécessités qui pourraient les y contraindre.
Aujourd'hui tous sont nominalement libres, quelques-uns, en minorité peut-être, sont libres de fait; légalement ils peuvent tous le devenir. L'idéal des institutions économiques ne serait-il pas de rendre cette