LE COLLECTIVISME
possibilité véritable, tellement que l'accès à la propriété s' ouvrant à chacun, les incapables et les paresseux en restent seuls exclus? Le socialisme, dans un intérêt d'égalité, préfère supprimer la liberté pour tout le monde, sans bien savoir si cette universelle servitude sera l'égalité dans le médiocre ou l'égalité dans la misère. Nous n'acceptons point un tel sacrifice ; la liberté est essentielle, l'égalité n'est qu'un rapport, la liberté c'est ma propre nature, l'égalité n'est pas naturelle, elle n'est pas juste, car ce qui est juste, c'est que chacun soit l'artisan de son propre sort, la liberté, c'est le droit lui-même. Fût-il économiquement viable, ce qu'on est bien loin d'accorder, le collectivisme est réprouvé par le droit ; il faut le combattre sans merci.
Cependant nous lutterions avec désavantage si nous méconnaissions la vérité dont il procède et. qu'il défigure. Nous sommes solidaires les uns des autres, nous procé-
dons, nous dépendons les uns des autres , physiquement, économiquement et moralement; nous nous devons les uns aux autres. Au fond toute propriété est à la fois individuelle et collective. Par le commerce et par l'industrie, l'élément collectif se réalise économiquement, c'est-à-dire naturellement, fatalement, nous ne pouvons utiliser nos biens qu'avec le concours d'autres personnes, et de manière ou d'autre nous devrons partager avec elles pour obtenir leur concours. L'élément collectif de la propriété se réalise juridiquement par la contrainte, sous la forme d'impositions. Il se manifeste enfin moralement par la libéralité sous toutes ses formes. Cette affirmation morale de la possession solidaire, le collectivisme la supprime, en appauvrissant, pour ne pas dire en mutilant ainsi l'humanité. Que la libéralité reste insuffisante dans la mesure et dans la forme où nous la voyons pratiquer, on l'accordera ; qu'elle