LE SALARIAT
en échange du prix qu'il débourse. Mais avec des heures et des taches bien réglées, cet inconvénient ne se fait pas trop sentir dans les exploitations qui n'exigent des ouvriers ni talent particulier ni beaucoup d'efforts, c'est-à-dire dans celles qui en emploient le plus grand nombre. Dans ces conditions, si le travail de la mine ou de la fabrique pouvait être l'objet d'un libre choix, s'il laissait à l'ouvrier le temps de réparer ses forces, de cultiver son esprit et de remplir ses devoirs de famille, si le prix de son labeur lui permettait d'ordinaire une épargne, ce qui devrait généralement être le cas, puisqu'il s'est créé de nos jours plus de capitaux que jamais et que la totalité du capital existant n'est que le reliquat du travail passé, le salariat serait un régime irréprochable. — ' Malheureusement il ne présente point cet aspect d'ordinaire La classe la plus nombreuse étant pauvre, consomme peu, tandis que les machines tra-
vaillent vite; de sorte que, dans la règle, il y a plus de mains à occuper que d'ouvrage à faire. Contraint de chercher au loin des débouchés et d'offrir sa marchandise à des prix ravalés par la concurrence, le fabricant ne saurait payer de bien forts salaires et donne en fait le moins qu'il peut; tandis que l'ouvrier isolé se voit obligé d'accepter ce qu'on lui propose sous peine de mourir de faim. S'il insistait pour obtenir mieux, on se passerait de lui sans difficulté; lui, par contre, ne saurait se passer d'ouvrage au lieu qu'il habite et dans le métier qu'il sait faire; il dépend absolument de l'atelier.
La misère se cache, l'opulence éclate aux yeux, mais le nombre des riches n'est grand nulle part ; tandis que l'indigence est à peu près universelle. Le revenu total du pays le mieux partagé divisé par le chiffre de ses habitants donne un quotient avec lequel aucun de nos lecteurs ne pourrait vivre conformément à ses habitudes. Cette pau-