RÉPARTITION DES BIENS
foncière, dont l'origine est toujours politique et qui n'est pas de droit naturel, en a déterminé la concentration progressive.
Toute épargne supposant un revenu supérieur à la dépense obligée, le riche seul peut accumuler, et les biens en circulation viennent forcément grossir les biens consolidés. Traitements, pensions, dotations, ferme des impôts, concessions, adjudications, monopoles, négligence ou favoritisme, établir en détail que l'Etat n'est point étranger à la distribution des richesses qui s'observe dans nos sociétés serait vraiment prendre une peine inutile ; ceux qui contestent ce fait aujourd'hui le contesteront toujours, quels que soient le nombre et l'évidence des preuves qu'on en fournira Les mieux avisés s'ingénient à n'y point songer. Nous tenons la preuve pour faite, et nous en concluons que l'Etat est responsable des suites fâcheuses que cette distribution entraîne après elle, qu'il est tenu d'y porter
remède dans la limite de ses facultés, et que cette obligation lui donne un titre pour s'y employer..
Si l'on accorde que l'Etat est pour quelque chose dans la collocation de la richesse actuelle, il ne suffira point pour le mettre hors de cause d'alléguer qu'avec l'égalité la plus complète au point de départ et le respect du principe que chacun a droit au produit de son travail, la diversité des chances et des aptitudes aurait bientôt ramené l'inégalité dont on se plaint. Autant vaudrait dire qu'un assassin devrait être absous s'il pouvait établir que, lorsqu'il a fait son coup, la santé de sa victime était compromise. En fait d'ailleurs, la thèse serait contestable : l'inégalité n'aurait acquis ni la permanence, ni par conséquent les proportions qui la signalent aujourd'hui, si l'appropriation s'était bornée à ce qui est propriété naturelle, l'Etat garantissant à chacun le produit de son travail ou du tra-