LA QUESTION SOCIALE
sager comme mie condition normale le salariat que nous connaissons. Et si les lois, si l'action des pouvoirs publics sous une forme quelconque sont pour quelque chose dans les faits qui l'ont amené, le législateur ne saurait s'en désintéresser. Si les positions respectives du manœuvre et du capitaliste qui l'emploie ne laissent pas au premier la liberté de refuser Jes conditions qui Lui sont offertes, l'Etat doit chercher à lui rendre cette liberté. C'est ainsi que les rapports du capital et du travail ne sont pas seulement un problème économique, mais un intérêt juridique ; c'est ainsi qu'il y a réellement une question sociale.
La considération qui justifie une intervention de l'Etat en marque aussi les limites et le caractère. Sa mission n'est point de cori'iger les elïets naturels de la liberté pour établir violemment une égalité contre nature ; c'est de restaurer la liberté compromise par des faits dont il ne saurait dé-
cliner absolument la responsabilité. L'Etat qui comprend son devoir n'essayera pas d'élargir sa compétence. 11 sait que son intervention n'a pas pour objet dernier le bien-être et la sécurité matérielle de ceux qui se plaignent, mais qu'il importe avant tout de respecter et de cultiver en eux les qualités vraiment humaines. Faire à leur place ce qu'ils pourraient faire eux-mêmes, les dispenser d'un effort dont ils seraient capables, serait donc marcher dans le sens contraire au but.
Ensuite, en s'efïorçant de réparer l'injustice des lois, il faut respecter autant que possible les droits acquis sous l'empire et sous la protection de ces lois injustes Autant que possible, disons-nous : lorsqu'on s'est égaré il n'y a pas toujours moyen de revenir au bon chemin en suivant une ligne droite. On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, dit le proverbe. Le proverbe a peut-être tort, deux petits trous