RÉPARTITION DES BIENS
suffiraient à vider la coque, mais toujours y faudrait-il pratiquer deux petits trous. Bref, il ne peut être ici question que de transactions équitables, c'est-à-dire du moindre mal.
Enfin, il n'est pas permis de toucher à la distribution des richesses sans avoir égard à leur production. Hors des objets de luxe incapables de procurer un soulagement quelconque aux nécessiteux, et qui perdraient à peu près toute leur valeur dès l'instant où les inégalités sociales seraient supprimées, les trésors de la société ne consistent qu'en instruments de travail.
Toutes les réserves de consommation de ce globe disparaîtraient en quelques semaines. L'humanité ne vit que des récoltes de l'année; et comme, après tout, nul ne peut manger qu'à sa faim, comme les capitaux ne rapportent rien sans le travail qui les met en œuvre et qui trouve sa rétribution dans les produits, la première chose à con-
sidérer est toujours que la somme des produits soit suffisante. Elle ne l'est pas aujourd'hui; supérieure au pouvoir d'achat des multitudes, elle reste au dessous de leurs vrais besoins. Dès lors- toute mesure destinée à procurer une distribution plus satisfaisante, qui tendrait à diminuer la production en affaiblissant les mobiles propres à vaincre notre indolence naturelle ou de toute autre façon, doit être absolument réprouvée. Réflexion peut-être banale, qui suffit à la condamnation du collectivisme, dont les escouades ne fonctionneraient vraisemblablement que sous le fouet, et qui nous aurait bientôt plongés dans la misère la plus sordide.
Ces tristes prévisions sont contestées.
Ceux qui les émettent sont accusés de calomnier le genre humain ; les socialistes estiment que le sentiment de la responsabilité collective suffirait à remplacer l'aiguillon du besoin. Mais qu'on observe au