ILLUSIONS DU COLLECTIVISME
lieu de rêver et d'affirmer ce qu'on souhaite; qu'on voie avec quelle mollesse l'ouvrage s'exécute dans les bureaux des gouvernements ; qu'on mette en parallèle le travail d'un journalier avec celui du paysan sur son propre champ, et l'on ne tardera pas à se convaincre que sans un changement général des dispositions morales, le fonctionnarisme universel serait un agent de production bien insuffisant. S'il ne faut pas désespérer d'un tel changement, si Ton peut avec une certaine apparence juger qu'une meilleure organisation des rapports économiques serait un moyen efficace d'amener une réforme des mœurs, du moins faut-il se garder avec soin de prendre pour certitude un espoir fondé sur notre désir et d'escompter une réforme qui, fût-elle possible, ne saurait être l'œuvre d'un jour ni même d'une génération. Chacun pour soi: c'est la malédiction du présent. Un pour tous, tous pour un : c'est l'idéal et c'est l'espérance.
Le problème pratique consiste à découvrir le chemin qui conduit de l'un à l'autre, car ce chemin n'est point trouvé. L'auteur de Looking backward, cette utopie enfantine qui a charmé tant de lecteurs des deux côtés de notre océan, est loin de faire comprendre le passage de la concurrence au communisme et de l'intérêt personnel à la solidarité volontaire.
Il y a ici trois problèmes sur lesquels on est en droit de demander au collectivisme des explications catégoriques : l'un est juridique, le second moral, le troisième relève plutôt de la statistique.
Problème juridique : comment faire passer les outils, les capitaux entre les mains du gouvernement sans dépouiller du fruit, de leur travail ceux qui les possèdent? Suffirait-il pour cela d'assurer à ces derniers un menu choisi jusqu'à leur mort, sans rien stipuler pour leurs enfants9
Problème moral : comment surmonter