DU DROIT DE TOUT DIRE
4 "janvier* 850.
VUnivers arbore le même drapeau que nous ; seulement, au lieu de ces mots : libeité de tout due I inscrits sur le drapeau de la Presse, V Univers met sur le sien : libbit! di
TOUT ENSEIGNEE .
Voici en quels termes sont conçus les aveux de VUnivers :
« Ce n'est pas' avec des inspections et de la surveillance, si rigoureuse qu'on la fasse, que 1 on peut changer les idées, les mœurs, les habitudes de tout un corps. Soumis à l'action des préfets ou à l'action des recteurs, les instituteurs resteront ce qu'ils sont. On pourra tout au plus prévenir quelques scandales, mais l'esprit du corps ne sera pas changé et l'influence de son enseignement, pour être plus cachée, n'en sera que plus dangereuse. Quand un corps est pénétré dim mauvais esprit, et qu'on se trouve dans ^impuissance de détruire ce corps, le seul moyen de neutraliser son influence est de créer un corps rkal pénétré d'un esprit opposé. Ce corps rival se formerait tout naturellement par faction de la liberté. Supposez renseignement primaire réellement libre, dans peu de temps des écoles s'élèveraient partout où les honnêtes gens en sentiraient la nécessite, et les écoles mauvaises ou tomberaient ou se transformeraient. La liberté seule peut donc guérir la plaie que le monopole a faite. »
S Janvier 4850.
Nous ne nous étions pas trompé quand nous disions que ceux qui réclamaient le plus haut en faveur de la liberté de l'enseignement seraient les premiers à déserter son drapeau dès qu'il faudrait le déployer. C'est ce qui est arrivé. Au premier rang de ceux qui ont donné le signal de la désertion et qui ont voté contre la liberté de l'enseignement, se rencontre M. Charles de Montalembert, qui s'est séparé de MM. Béchard, Bettingde Lancastel, Dufougerais, Nettement, de Noailles-Mouchy, Raudot, dejlesseguier, deSaint-Priest, de Vatimesnil, Vesin, etc., etc. M. Charles de Montalembert a été conséquent. Toutes les libertés de la pensée, sous toutes leurs formes diverses, croyance , parole, chaire, tribune, presse, enseignement, sont solidaires. On ne saurait en trahir une sans être contraint de renier les autres.
4 janvier 4850.
V Univers répond à la Preste ;
« L'expérience et la réflexion ne nous ont pas encore convertis à la liberté de penser, et nous n'avons inscrit sur notre drapeau ni ces mots : Liberté de tout enseigner, ni ceux-ci : Liberté de tout dire, dont la conséquence rigoureuse, inévitable, serait la liberté de tout faire, c'est-à-dire 1 anéantissement de toute liberté et la destruction de l'état social, remplacé par l'état sauvage.
» Sur quoi se fonde la Presse pour nous prêter de pareilles doctrines? Nous demandons pour tous la liberté a enseigner ce que la loi ne défend pas d enseigner, sauf à répondre devant les tribunaux des violations de la loi. Est-ce rendre fidèlement notre pensée que de la traduire par ces mots : Liberté de tout enseigner? »
La Presse répond è YUnivers par ces paroles qu'elle lui emprunte à lui-même :
« Une religion n'est pas libre lorsqu'elle ne peut enseigner ce qu'il lui platt et comme il lut plait. »
Quoi de plus explicite que ces paroles de V Univers, déclarant « qu'une religion n'est pas libre lorsqu'elle ne peut pas enseigner te qu'il lui plaît et comme il lui platt ? »
Il est donc vrai que V Univers ne se borne pas à demander vour fous la liberté d'enseigner ! La preuve qu'il demandera liberté de tout enseigner, c'est qu'il réclame la liberté d'enseigner ce qu'il lui plait et comme il lui plaît. »
6 janvier 48SO.
VUnivers est-il un journal sérieux ? C'est la question que l'on s'adressa après la réponse qu'il nous a faite. VUnivers ne veut pas de la liberté de tout enseianer, parce qu'il ne veut pas qu'on puisse « enseigner la dénauche, le vol, l'as- » sassinat, ou des doctrines qui sont la justification de ces » crimes. »
Sérieusement, est-il possible que jamais une école puisse s'ouvrir où s'enseigneraient la débauche, le vol, l'assassinat? Mais allons jusqu'à l'absurde, allons jusqu'à admettre que cptte école existe, où serait le danger? Quel est le père qui y enverrait son fils ? Quelle est la mère qui y conduirait sa fille? Ohl s'il y avait un danger, ce serait pour l'école et pour le maître, car il y aurait à craindre que l'indignation publique ne débordât sur eux et n'ensevelît le mettre sous les décombres de son école.
Assez de périls existent pour qu'on n'en crée pa§4'iaw-
ginaires. On peut conseiller la débauche, le vol, le meurtre; c'est là un péril réel et d'autant plus à redouter qu'il se cache dans l'ombre; mais les enseigner, jamais! Nous nous trompons, et nous reconnaissons qu'il y a des établissements entretenus à grands frais par l'Etat où l'on enseigne la débauche, le vol, le meurtre ; ces établissements, ce sont les maisons centrales et les bagnes. Vous y entrez élève, vous en sortez professeur 1 Ce sont les écoles normales du crime.
VUnivers, cherchant à préciser sa pensée, veut qu'il « ne » soit permis à personne d'enseigner des doctrines incom- » patibles avec Vexistence même de la société. »
Soit; mais qui sera juge du danger dans ces doctrines? VUnivers aurait-il donc déjà oublié les discours dans lesquels M. Thiers, combattant M. Guizot, en juin 1845, affirmait à la tribune que « les doctrines professées par les jésuites sont incompatibles avec Vexistence de la société? > Motion de M. Thiers; vote delà Chambre des députés; ordre donné aux vingt-sept maisons de jésuites de se dissoudre et de vendre leurs immeubles. Faut-il donc rappeler tous ces faits à VUnivers? A cette époque comme aujourd'hui, en 1845 comme en 1850, sous la monarchie comme sous la république, nous défendions la liberté avec M. deMontalembert et VUnivers, contre M. Thiers et le Constitutionnel... LiBBRrt pour tous et contre tous : telle fut et telle sera toujours notre devise. Nous n'en changerons pas au gré des événements. La peur ne nous fait pas flotter et tourner en tous sens.
Nous voulons la liberté de l'enseignement la plus entière. Pour garantie contre ses écarts, il nous suffit de la surveillance et de l'intérêt des familles.
Tout système restrictif n'aboutira qu'à l'arbitraire administratif. Nous en prévenons VUnivers à l'avance; nous déclarons inextricable et détestable toute loi sur l'enseignement qui ne se contentera pas d'un seul article exprimé par cette seule ligne :
« l'enseignement est libre. »
40 janvier 4850.
Il importe de bien préciser par quels pointe VUnivers et la Presse se rapprochent, et par quels points ils s'éloignent, sur la question de la liberté de l'enseignement ; c'est pourquoi nous reproduisons les déclarations suivantes de VUnivers :
« Sous prétexte des droits de la liberté, la Presse demande que la liberté d'enseignement ne soit limitée par aucune loi, ni préventive ni répressive ; elle devrait, par la môme raison, demander l'abolition de toute loi contre les voleurs et les assassins.
» Sous prétexte des dangers de la liberté, le régime actuel et les lois par lesquelles on essaye de le transformer, la loi de M. de Falloux, la loi de M. de Parieu, la loi du conseil d'Etat, limitent la liberté d'enseignement par des lois préventives, et imposent, à quiconque veut l'exercer, l'obligation de fournir des garanties, de passer des examens, d'obtenir des diplômes, de subir des inspections, etc. On devrait par la môme raison, et sous prétexte de prévenir le vol et l'assassinat, n'accorder aux citoyens la liberté de se mouvoir qu'après avoir justifie de leur honnêteté et à la condition d'être perpétuellement sous la surveillance de la police.
» Respectant à la fois les droits de la liberté et ceux de l'ordre social, nous demandons d'abord que la liberté de l'enseignement soit, comme toutes les autres, affranchie de toute loi préventive, car il est manifeste qu'avec de telles lois il n'y a plus de liberté véritable ; et, en second lieu, nous demandons que la liberté d'enseignement soit, comme toutes les autres, limitée par des lois répressives, car il est manifeste que l'absence de toute loi n'est autre chose que l'absence de tout ordre et de toute liberté. »
Ni V Univers ni la Presse ne veulent de lois préventives ; sur ce point, les deux journaux sont parfaitement d'accord. Mais V Univers veut des lois répressives; c'est sur ce point que la Presse s'éloigne de V Univers.
Nous ne voulons ni lois préventives, ni lois répressives contre la liberté de la pensée, de la tribune, de la chaire, de la presse, de renseignement. Vous voulez donc l'abolition de toute loi contre les voleurs et les assassins ? La pauvreté de cet argument donne la mesure de l'esprit et de la bonne foi de nos contradicteurs. Qu'a de commun la liberté de la pensée avec la liberté de l'action, le droit de tout dire avec le droit de tout faire ? Le droit de tout dire n'est jamais qu'une question de forme; le droit de tout faire est une question de fond. C'est ce que nous avons prouvé surabondamment. Punissez l'articulation précise, aussitôt l'insinuation transparente prend sa place; poursuivez l'insinuation, elle se transforme en allusion ; frappez l'allusion, elle se change en allégorie; réprimez l'allégorie, l'hypothèse apparaît ; défendez l'hypothèse, elle appelle à son secours l'interrogation sous forme dubitative; interdisez, si vous le pouvez, l'interrogation : interdirez-vous la réticence insidieuse, le démenti perfide, la fausse justification? Comment vous y prendrez-vous? Il y a cent et une manières, au moins, de dire la chose défendue. Vous n'avez pas le droit d'imprimer, sans Vous exposer à une condamnation judiciaire, que N... a volé ; mais rien ne s'oppose à ce que vous écriviez hypocritement : « Jusqu'où va la calomnie!
m tu»
» Croiriez* vous qu'elle va jusqu'à accuser N*.. d'avoir » volél... *
Le droit de tout dire n'est qu'une question de forme. En est-il ainsi du droit de tout faire? De quelque façon que vous vous y preniez pour me voler ma montre, si vous y parvenez, la montre que j'avais, je ne l'aurai plus ; de quelque façon que vous vous y preniez pour tuer un homme, si vous y* parvenez, il ne sera plus en vie quand il sera mort. Ici, le fond domine la forme.
Il y a des choses que vous avez l'entière liberté de faire, mais il est d'autres choses que vous n'avez le droit de faire sous aucune forme et sous aucun prétexte. Vous n'avez le droit, sous aucun prétexte, de tuer ni de voler. L'interdiction est absolue; il n'y a pas de degrés. Pourquoi, au contraire, est-il puéril de vouloir limiter la liberté de la presse, la liberté de la tribune, la liberté de la chaire, la liberté de l'enseignement? C'est qu'ici la forme domine le fond, et qu'on ne ga§ne rien à interdire d'exprimer, sous telle forme, ce qu'il est impossible d'empêcher de dire sous telle autre. Si vous êtes des écrivains sérieux et de bonne foi, cessez donc d'assimiler deux libertés qui n'ont rien do pareil, rien de commun.
La liberté de voler n'existe à aucun degré.
La liberté de parler existe.
La liberté de tuer n'existe h aucun degré.
La liberté d'enseigner existe.
Le propre de toute liberté, c'est d'être entière.
Toute liberté restreinte est une liberté mensongère. La demi -liberté ne saurait pas plus exister que la demivirginité.
La liberté de tout faire n'existe pas et ne saurait exister.
La liberté de tout dire doit exister, par cette raison souveraine qu'il n'y a aucun avantage à la limiter.
Toute limite, quoi qu'on fasse, sera toujours arbitraire.
Est-ce que V Univers aurait oublié les articles publiés dans le National par M. Genin, sur un livre de M. l'évoque du Mans? Si nous avons bonne mémoire, le rédacteur du National accusait M. l'évêque du Mans d'enseigner dans son livre ce qui était le plus contraire au respect des mœurs et des lois. Si M. l'évêque du Mans avait été à la tête d'un établissement d'instruction, et M. le rédacteur du National à la tête d'un parquet, que fût-il arrivé? L'ombrageux rédacteur du National eût poursuivi et peut-être (ait condamner le vénérable évêque du Mans. Qu'est-ce que cette condamnation eût prouvé? Eût-elle prouvé que M. Bouvier
avait eu l'intention de pervertir la jeunesse? La condamnation de Galilée a-t-elle empêché la terre de tourner? Les bûchers de l'inquisition ont-ils empêché le triomphe de la tolérance religieuse et de la liberté des cultes?
Nous l'avouons : en matière de liberté de la pensée humaine, nous n'admettons pas plus les lois répressives que les lois préventives ; nous n'admettons qu'un seul tribunal compétent, le tribunal de la conscience publique. Nous ne craignons pas qu'il manque jamais de sévérité ; il en déploiera d'autant plus qu'il prononcera à l'exclusion de tout autre.
Entière liberté de la pensée, de la tribune, de la chaire, de la presse, de l'enseignement; car ce que vous aurez condamné hier, vous le glorifierez demain 1 Galilée a été condamné 5 la prison perpétuelle 1 La Restauration a enlevé à M. Guizotsa chaire I La monarchie de 1830 a traduit devant la cour d'assises M. de Chateaubriand ; elle a fait condamner à vingt ans de détention M. Armand Marrast, qui, plus tard, présidait une Assemblée législative d'où M. Guizot était exclu, et où M. Thiers n'était qu'un membre muet de la minorité intimidée, de la minorité criant, à dix-huit reprises : Vive la république I et proscrivant le roi Louis-Philippe et sa famille! La république de 1848 a fait condamner a trois ans de prison M. Proudhon, qui, à son tour, peut-être, fera un jour condamner l'écrivain qui osera soutenir, contre ses doctrines victorieuses, la légitimité et l'utilité de l'intérêt 1 Qui sait? N'avons-nous pas vu les hommes partis des points les plus opposés tourner tous dans le même cercle de l'intolérance? C'est pourquoi nous terminons par ces mots: Pas de lois répressives contre la liberté de croire, de parler, de publier et d'enseigner ; droit de dire tout ce qu'on pense. Même inviolabilité pour la parole que pour la pensée.
42 Janvier 4850.
Le 19 août 1848, alors que Paris était protégé par cent mille soldats bivaquant dans les Champs-Elysées et cernant Paris, le conseil des ministres, présidé par M. le général Cavaigndc, et comptant parmi ses membres M. Marie, M. Senard,.se réunit et décide, sans rire, que l'existence de la Gazette de France est un danger public. En conséquence de cette délibération, la Gazette de France est solennellement suspendue. Aujourd'hui, ce fait paraît à peine croyable.
Dans quelques années , on aura la môme peine à comprendre qu'un grave débat ait pu s'engager entre deux journaux sérieux, V Univers et la Presse, sur la question de savoir si la liberté de tout dire implique la liberté de tout faire !
La doctrine de V Univers est celle-ci :
« L'homme doit toujours conformer son action à sa parole, sa parole à sa pensée. »
De cette doctrine, V Univers tire cette conséquence que, si l'homme a la liberté de tout penser, il a la liberté de tout dire, et que, s'il a la liberté de tout dire, il doit avoir la liberté de tout faire.
Puis, à peine V Univers a-t-il tiré cette conséquence, qu'il se hâte de se contredire et d'admettre entre la pensée et la parole la distinction suivante :
« La pensée est toute intérieure. La loi humaine ne saurait l'atteindre, car elle ne la voit point * la pensée est donc inviolable de fait. Mais la parole est extérieure , et la loi humaine peut la saisir: en fait, l'inviolabilité n'est donc pas la même. »
Puisque VUnivers admet une distinction entre la pensée et la parole, pourquoi donc n'admet-il pas une distinction semblable entre la parole et l'action? Est-ce que la liberté de tout dire ne porte pas en elle un antidote que ne possède pas la liberté de tout faire? La liberté de la parole a deux côtés : face et revers; ce que B... affirme, C... le contredit; ce que M... loue, N... le blâme. Toujours une affirmation provoque une contradiction, et rarement une calomnie se produit sans servir de passeport à une apologie. C'est là le correctif de la liberté de tout dire, correctif qui ne permet pas de l'assimiler à la liberté de tout faire, liberté qui ne peut et qui ne saurait jamais exister.
Nous l'avons dit et nous le répétons :
Nulle part et à aucun degré n'existent la liberté de voler, la liberté de tuer.
Partout, à des degrés divers, existent la liberté de parler, la liberté d'enseigner.
Liberté absolue ou interdiction absolue : telle est notre doctrine.
Liberté absolue de vous enrichir par le travail et l'épargne ; mais interdiction absolue de vous enrichir par le vol et par le meurtre : voici comment nous cou. prenons que la liberté d'action soit h la fois entière et limitée.
La liberté de faire est une liberté spéciale; c'est pourquoi ne saurait exister la liberté de tout faire.
La liberté de dire est une liberté générale; c'est pourquoi aucune limite légale ne doit être mise à la liberté de tout dire.
La parole , comme la pensée , échappe à la loi positive ; donc elles doivent être assimilées Tune à l'autre.
Est-ce à dire que nous approuvons l'erreur, l'injure, la médisance, la diffamation, la calomnie? Non; nous reconnaissons et nous proclamons qu'il peut y avoir des paroles coupables comme il existe des pensées criminelles ; mais le juge souverain des pensées criminelles, c'est la conscience intérieure; mais le juge souverain des paroles coupables, c'est la conscience publique. Elle seule doit prononcer; elle seule doit appliquer, selon les circonstances, l'une de ces trois peines: le blâme, le mépris ou l'indignation.
Prétendre assimiler des paroles à des actes, convertir des discours en délits justiciables des cours d'assises et des tribunaux correctionnels, c'est égarer la justice humaine dans une route où ii n'est pas bon, où il n'est pas prudent qu'elle s'engage. Toujours et partout le vol sera le vol; toujours et partout le meurtre sera le meurtre ; mais tel discours, telle doctrine, condamnés à telle époque comme des délits punissables, seront, à telle autre époque, proclamés comme des vérités victorieuses. En 1840, M. Guizot fait condamner M. de Lamennais à une année de prison; en 1848, M. de Lamennais est nommé, à Paris, représentant du peuple par 104,000 votants, tandis que M. Guizot est contraint ae se réfugier à Londres. Celui qui, le 22 février, eût crié : Vive la république! à bas la monarchie! eût été arrêté ; celui qui, quelques jours plus tard, eût crié : Vive la monarchie! à bas la république! eût été fort heureux d'en être quitte pour une condamnation judiciaire. Eternelles oscillations du pendule humain ! Laissez donc chacun exprimer librement sa pensée, son opinion. Que ceux qui préfèrent la monarchie à la république puissent le dire hautement, a la condition de la même liberté pour ceux qui préfèrent la république à la monarchie. Tolérance absolue et réciproque, car ce n'est pas la sincérité des opinions qui est dangereuse, c'est l'hypocrisie des partis. L'unique moyen de la combattre et de la vaincre, c'est de faire le contraire de ce qu'on a fait, c'est de proclamer la liberté de tout dire, de tout imprimer, de tout enseigner.
A quoi bon la restreindre? à quoi bon la comprimer? Qu'y gagnc-t-on? Ouvrez les journaux, et vous lirez qu'un jeune nomme de Blaye (Gironde) a été arrêté pour avoir crié : Vive la république démocratique et sociale. 11 a été acquitté à
Blaye; peut-être qu'à Bordeaux il eût été condamné. Cependant, si le cri était innocent à Blaye, ce cri ne devait pas être moins innocent à Bordeaux, ou si le cri était coupable à Bordeaux , il ne devait pas être moins coupable à Blaye. Mais admettez que partout ce cri fût également puni comme séditieux, empêcherez-vous de crier : Vive la république démocratique I vive l'égalité sociale? Même pensée aifféremment exprimée 1 M. Dupin et M. Sauzet, tour à tour présidents de la Chambre des députés, flnt-ils jamais réussi à empêcher M. Garnier-Pagès et M. Ledru-Rollin de laisser apercevoir, au travers la trame transparente de leurs réticences étudiées, la couleur tranchée de l'opinion républicaine h laquelle ils appartenaient? Non : alors n'eût-il pas mieux valu leur laisser dire franchement qu'ils étaient républicains? Que gagnait-on à leur ôter cette liberté? Rien; au contraire, par cette intolérance farouche et stupide. on révélait sa faiblesse et sa peur ; par la compression , l'on préparait l'explosion. Toute erreur est une semence qui
Krte son fruit ; la révolution du 24 février a été le fruit de rreur, qui a survécu, et que nous continuons à combattre sous le régime actuel avec la même ardeur que nous la combattions sous le régime précédent.
Ouvrez les journaux judiciaires : vous y trouverez l'arrêt
Îui condamne le gérant de la Réforme à deux mille francs 'amende et trois mois d'emprisonnement, pour avoir publié, le S décembre, un article intitulé : au peuple dis