‹ Les droits de la pensée; questions de presse: 1830-1864Chapitre 109 sur 156 · USA · texte numérisé non relu

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EfchMn!qi»tiilla J>rtf»«? fille reproduit l'article «te la Refonte, elle I encadre de réflexions. Mais avait-elle donc le besoin, le morde le rep réduire? Nea. Toutefois, si elle avait eu cebesein, ce désir, le parquet la servirait à souhait ; car II. l'avocat générai, qui n'aime pas les article* ennuyeux (Rires), aine passionnément lire les articles dangereui, à ce qa'if parait, puisqu'il les relit si souvent. (Nouveaux rires.)

». lb p«AaiDB5T : Monsieur de Girardin , vous ne devei pas ainsi vous prendre corps à corps avec M. l'avocat générai, qui n'a fait que son devoir.

n. l'avocat QÉjnaAL suin : Si je lis les articles du procès, c'est que j'y suis obligé. Je ne les lis que malgré moi et par devoir.

u. émile db GuuaniH : Sur ce banc, au lieu d'un seul prévenu, il devrait y en avoir deux. 11 n'a pas dépendu de l'auteur de l'article qu'il en fût ainsi ', car il a livré son manuscrit. Si je n'ai pas signé mon article, c'est que les circonstances ont bien changé depuis un an.

Qu'on ouvre la collection de la Presse, et Ion verra que pendant les trois ou quatre mois qui ont immédiatement suivi la révolution du 24 février, quand il y avait danger à le faire, l'auteur signait tous ses articles ; s'il ne les signe plus, c'est que les circonstances ne sont plus les mêmes, et qu'il y aurait aujourd'hui, non plus de courage, mais affectation, a mettre sa signature chaque jour au bas de ses articles. Mais son regret le plus profond est de n'être pas assis à côté du gérant de la Presse. Permettez-moi donc de parler ici en quelque sorte pour le prévenu absent.

m, lb président : Il n'y a pas de prévenu absent. La loi ne reconnaît que le prévenu cité régulièrement. *

h. Emile db girardin :• Cela est vrai en droit; mais s'il y avait eu deux prévenus, il y aurait eu deux défenseurs.

m. le président : La justice ne craint rien, elle ne craint personne'; mais il n y a de cité qu'un prévenu, qui est le seul que nous puissions connaître légalement. Vous avez demandé l'autorisation d'assister le prévenu ; on a bien voulu vous l'accorder. Prônez garde d'abuser de notre tolérance: Vous entrez dans une voie qui n'est pas celle de la poursuite. Kestez dans l'examen de la prévention; ce sera, croyezmoi, plus digne de la défense.

* « 18 janvier 1850.

» Monsieur le procureur général,

» M. Nefftzer, secrétaire de la rédaction et l'un des gérants de la Presset me communique la citation qu'il a reçue à comparaître pardevant la cour d assises, le mercredi 23 janvier 1850, à raison de rarticle intitulé : inconséquences, qui a paru dans la Pi esse du samedi 12 janvier 1850.

» Comme je lis quo vous avez donné « l'ordre de saisir tout manuscrit, toute pièce écritet enfin, se rapportant à Varticle incriminé *, j'en conclus naturellement que vous avez le désir d'en connaître l'auteur, afin de le mettre en cause ; je m'empresse donc, premièrement, de vous déclarer que je suis l'auteur de l'article incriminé ; et, deuxièmement, de vous envoyer le manuscrit oui a servi à l'impression.

» N'ayant, en aucune circonstance, décliné la responsabilité de mes œuvres, j'insiste, monsieur le procureur général, pour être admis à donner a la cour et au jury des explications que seul je puis donner.

» Je suis, monsieur le procureur général, avec le respect profond que m inspire la justice,

» Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

a EMILE DB GIRARD**. »

' QUESTIOMfclE PRESSE 367

m. émile de girardin .- Je me renfermerai étroitement dans ces limites.

Je disais que le gérant de la Presse n'avait pu avoir l'intention d'exciter h la naine du gouvernement et des citoyens, car alors il eût reproduit l'article comme tous les journaux l'ont fait.

On dit qu'il y a danger à reproduire fin article ; c'est ce que le gérant de la Pressç contestait. Puis il ajoutait que si l'article n'avait pas été

Soursuivi,, il n'y aurait pas eu de reproduction. Le ministère public a onc été précisément contre son but, qui était d'empêcher la publicité de cet article.

Pourquoi le gérant de la Presse supporte-t-il si impatiemment l'accusation dont il est l'objet, c'est qu'a cette accusation se rattache tout le passé et tout l'avenir d'un journal dévoué aux principes vraiment conservateurs; c'est qu'il ne peut accepter sans indignation qu'on le soupçonne d'avoir voulu porter les citoyens à la haine les uns des autres.

La Presse, en insistant sur la nécessité de faire deux parts, l'une à la justice, l'autre à la liberté, se préoccupe des circonstances trèsgraves dont elle prévoit l'arrivée prochaine.

En mars et en avril 1818, messieurs, la Justice était muette. Qui luttait alors contre les journaux terroristes ? D'autres* jour naux. C'était la liberté qui faisait alors l'office de la justice, car alors la justice ne poursuivait pas, soit qu'elle fût désarmée par les lois, soit que les circonstances lui imposassent silence.

Eh bien ! est-ce que la Presse n'a pas toujours lutté vigoureusement à cette époque dès qu'une doctrine de désordre se faisait jour?

Je crois qu'il n'est pas bon que la justice soit mêlée à la politique ; je crois qu'il n'est pas bon que la justice transforme son temple en arène.

Si je le crois, et si j'ai pris la parole devant vous, messieurs les jurés, c'est mie je prévois ou'il peut revenir des circonstances aussi graves au moins que celles dans lesquelles nous nous sommes déjà trouvés ; et si je revendique les droits de la liberté, c'est que je les crois nécessaires, indispensables au salut de la société.

h* j. langlais, dans une autre réplique, insiste sur les arguments déjà présentés par mi dans son premier plaidoyer : il soutient de nouveau que l'article publié le 12 janvier parla Presse n'est autre qu'un compte rendu, et qu'il n'y a pas eu de la part du gérant intention a'exciter à la haine des citoyens les uns contre les autres.

m. lb président : Monsieur NefTtzer, avez -vous quelque chose à ajouter à votre défense?

h. nefftzbr : Non, monsieur le président.

Après un résumé impartial des débats, M. le président donne lecture à MM. les jurés des questions suivantes :

« M. Nefftaer est-il coupable d'avoir, en insérant ou faisant insérer dans le numéro du 12 janvier 1950 du journal la Presse un article intitulé : Inconséquences, commençant par ces mots : a Le 19 août 1848 », et finissant par ces mots : « Nous le prions d'y répondre », d'avoir :

» i* Excité à la haine et au mépris du gouvernement de la république;

» 2° Excité à la haine et au mépris des citoyens les uns contre les autres? »

A deux heures, le jury se retire dans la salle des délibérations ; il en sort à deux heures dix minutes et rapporte un verdict négatif.

En conséquence de ce verdict, M. le président prononce l'acquittement du prévenu et ordonne la restitution des exemplaires saisis.

A la sortie de l'audience{ M. Emile de Girardin est accueilli par des acclamations répétées qui l'accompagnent jusque sur la pièce du Palais-de- Justice et jusqu'au moment où il monte en voiture.

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