‹ Les droits de la pensée; questions de presse: 1830-1864Chapitre 113 sur 156 · LA SAISIE DE LA VOIX VU PEUPLE · texte numérisé non relu

LA SAISIE DE LA VOIX VU PEUPLE

9 février 48BO.

Le Moniteur annonce que la Voix du Peuple a été saisie, et que l'un des motifs de cette saisie est l'article intitulé :

VITE l'bHPBREUR I

Le parquet a trouvé, sans doute, que cet article, tiré à l Pamphlets politiques et littéraires, tome Ier, pages 61 et suivantes.

cinquante mille exemplaires, n'avait pas reçu encore une publicité assez grande; il a craint qu'il ne fût trop vite oublié! C'est une attention dont M. Proudhon doit être

Srofondément reconnaissant envers son ancien collègue [. Baroche.

Une preuve de plus que tous les procès de presse sont absurdes était-elle donc nécessaire?

On poursuit la Voix du Peuple pour un article que le Constitutionnel reproduit, et l'on ne poursuit pas le Constitutionnel! Ce n'est donc pas l'écrit que l'on incrimine? c'est donc l'intention ! Ce n'est donc pas à la liberté de la presse seulement que l'on en veut, mais encore à la liberté de la pensée*

Nous le disions bien.

Chaque jour, un fait nouveau vient nous fortifier dans nos opinions et en attester la justesse.

Nous touchons à 1750 ou à 1950.

La question est de savoir si nous sauterons d'un siècle en arrière ou d'un siècle en avant.

40 février 4860.

La Voix du Peuple a publié deux articles ; L'un intitulé : vite l'empereur !

L'autre intitulé : au président de la république, le socialisme RECONNAISSANT.

Ces deux articles offrent la preuve la plus éclatante, la plus manifeste que la liberté de la presse n'est qu'une question de forme.

Pour s'en convaincre, il suffit de rapprocher les deux articles signés Proudhon, l'un publié le 29 janvier 1849 et l'autre publié le 1er février 1850.

L'article publié le 1er février 1850 n'est l'objet d'aucune poursuite.

L'article publié le 29 janvier 1849 fait condamner son auteur à trois années de prison.

Le fond est exactement le même.

Les deux articles ne diffèrent que par la forme.

Donc la forme est tout ; donc les poursuites en matière de prétendus délits de presse sont puérils et ne servent qu'à affaiblir et déconsidérer l'action de la justice, lorsqu'on ne devrait penser qu'à en accroître constamment la force et le prestige.

Nous lisons dans le Droit :

a Noos avons annoncé hier la saisie du journal la Voix du Peuple, à raison de deux articles dont Kun , intitulé : Vive V empereur ! est signé de M. Proudhon. M. Proudhon, qui jusqu'à ce moment avait joui de la faculté de recevoir dans sa cellule sa famille et ses amis, a été mis ce matin au secret, et se trouve par conséquent privé de communication avec le dehors. »

Dès que le président de la république connaîtra ces rigueurs déployées contre un écrivain, il est impossible qu'il ne donne pas immédiatement les ordres nécessaires pour mettre fin à cet excès de zèle. Oui, cela est impossible, car le président de la république se souviendra que, lorsqu'il était enfermé à Ham, il ne se faisait aucun scrupule d'écrire, dans le Courrier du Pas-de-Calais, des articles où le gouvernement du roi Louis-Philippe n'était pas traité par le prisonnier Louis Bonaparte avec plus de ménagements que le gouvernement du président L. N. Bonaparte n'a été traité par le prisonnier P. J. Proudhon.

Le président de la république se souviendra encore qu'à son retour en France, après trente années d'exil, la personne qu'il voulut voir et qu'il vit en effet la première, ce fut M. Proudhon qu'il envoya chercher en toute hâte.

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