‹ Les droits de la pensée; questions de presse: 1830-1864Chapitre 117 sur 156 · M MM · texte numérisé non relu

M MM

Or je vous demande aujourd'hui si le compte rendu de vos séances, tel qu'il a lieu dans le plus grand nombre des journaux , vous satisfait?

Si le compte rendu tel qu'il a lieu dans les journaux ne vous satisfait pas, quel est le moyen d'en avoir un meilleur?

voix â droits : Ce n'est pas la question 1

voix â gauchi : Sil sil Parlez 1

u. lk président, à l'orateur : L'amendement de M. de Tinguy ne s'applique pas aux comptes rendus; il ne s'applique qu'aux articles de discussion, et celui de M. Casimir Perier également.

Ainsi, ce que vous proposez dans ce moment est en dehors de tout ce qui a été discuté jusqu ici.

u. émile de girardin : Je ne propose rien ; je maintiens la nécessité de ne pas frapper le grand format.

une voix a gauche : Faite» une proposition.

m. émile de girardin : Il no s'agit pas d'une proposition; il* s'agit d'empêcher que vous ne créiez un droit qui ait pour conséquence d'encourager le petit format au détriment du grand format.

Permettez-moi de vous dire qu'il vous est impossible de voter sur l'amendement après les paroles qui viennent d'être prononcées par l'honorable M. Chambolle, qui vous a dit de la chose la plus facile du monde qu'elle était impossible.

Si je vous démontre en peu de mots que...

voix a droite : La clôture ! la clôture !

voix a gauche : Parlez I parlez 1

m. émile de girardin : Je voudrais pouvoir saisir la volonté de l'Assemblée, afin de m'y conformer. Veut-elle ou non m'écouter? (Parlez ! — La clôture 1)

On me demande de parler, et on demande la clôture. Je demande, moi, qu'une des deux opinions prévale. (S adressant à M. le président :) Veuillez consulter l'Assemblée.

m. le président : Je consulte l'Assemblée pour savoir si elle entend fermer la discussion sur le paragraphe.

(Le vote a lieu. Un grand nombre de représentants n'y prennent pas part.)

m. le président, après avoir consulté le bureau : L'épreuve est douteuse. (A M. de Girardin:) Continuez!

plusieurs membres a droitb : Il faut renouveler l'épreuve!

m. le président : Je vais la renouveler; mais alors votez donc pour ou contre !

Je consulte de nouveau l'Assemblée pour savoir si elle entend clore la discussion.

(L'épreuve et la contre-épreuve ont lieu.)

m. le président, après avoir consulté le bureau : 11 y a doute encore-en conséquence, la discussion continue; mais au moins écoutez! Obéissez à vous-mêmes !

m. émile de girardin : Je prie l'Assemblée de croire qu'il n'est pas dans mon caractère et qu'il no sera jamais dans mes nabitudes de m'imposer à son attention. Co que j ai à dire, je le résumerai en trèspeu de mots. (Bruit J

m. le président : Puisque vous avez décidé que la discussion continuait, écoutez! écoutez tout!

m. émile de girardin : Ce n'est pas une discussion, c'est une explication très-brève. (Parlez !)

La question posée à cette tribune à l'occasion du grand format est celle-ci : Peut-on ou ne peut-on pas faire un compte rendu de vos séances qui soit impartial et fidèle?

11. Chambolle, qui a une expérience que je ne récuse pas, prétend que

cela est impossible. Avec une expérience non moins grande que la sienne, je prétends que cela est très-possible, et je vais le démontrer.

Comment le compte rendu de vos séances se (ait-il? Il salait dans chaque journal, au moyen dun, deux, trois rédacteurs sténographes au plus, qui luttent contre la très-grande difficulté, avec un aussi petit nombre, de rendre exactement compte des séances, difficulté qui est d'autant plus grande qu'ils n ont pas 1 avantage que possèdent les rédacteurs du Moniteur, d'être au pied de cette tribune; Ils sont fort éloignés et ils sont en très-petit nombre.

Qu'est-ce que je propose? je propose un compte rendu commun

S nu* tous les journaux, compte rendu qui sera au compte rendu du oniteur ce que la réduction d'un tableau est à un tableau plus grand. (Mouvement en sens divers.)

Ce compte rendu est-il possible et sera-t-il impartial ? Je vais vous démontrer qu il ne pourra point ne pas être impartial ; il n'y a rien au monde de plus simple.

Ce compte rendu devra nécessairement être fait au point de vue des opinions divergentes de tous les journaux ; car s'il est partial au profit du journal de telle opinion, il blessera le journal dune opinion contraire. 11 sera donc obligé d'établir une balance d'impartialité ; c'est une conséquence de l'unité et de la communauté du compte rendu.

On dit : U y a des difficultés d'analyse. Je dis qu'il n y a pas de difficultés d analyse. Aujourd'hui, les journaux qui empruntent au Moniteur les épreuves du compte rendu des séances sont des journaux qui, en raison d un moins grand nombre d'abonnés, peuvent mettre sous presse plus tard que les autres journaux.

Je vais en citer un exemple. Un journal le fait ; ce journal, auquel j'aime à rendre justice, c'est le Journal des Débats. Son compte rendu est de tous les comptes rendus de nos séances le moins imparfait.

voix nombreuses : C'est vrai I c'est vrai I

n. émilx de GMARDift : Le compte rendu du Journal des Débats, je le demande à tous les membres de l'Assemblée, sans distinction de partis, le compte rendu du Journal des Débats n'est-il pas le mieux fait et le plus impartial de tous les comptes rendus des journaux, en ce qui concerne vos séances?

voix nombreuses, à droite et à gauche : Oui f oui ! — C'est vrai I c'est très- vrai 1

m. emile de girardin : Eh bien! si le compte rendu du Journal des Débats est supérieur au compte rendu des autres journaux , cela

grouve matériellement qu'il serait possible, qu il serait facile d'améorer le compte rendu de tous les journaux, puisqu'il ne s'agirait que de prendre les épreuves du Moniteur et de leur faire subir quelques retranchements; et je crois que vos discours y gagneraient, car beaucoup de répétitions y seraient retranchées.

un membre : On serait obligé de réduire les bons comme les mauvais discours.

m. emile de girardin : U est évident, par l'exemple que je viens de citer, qu'on peut déjà avoir un compte rendu meilleur que celui de la plupart des journaux. Je demunde qu'on se contente de ce mieux, je demande qu'on puisse imposer à tous les journaux, sans distinction de couleur, d opinion, un compte rendu uniforme qui sera une amélioration sur les comptes rendus informes que publient tous les journaux.

Eh bien I ce compte rendu informe, on ne peut pas faire qu'il soit moins imparfait. Pourquoi? H y a là non pas une question de dépense, mais une question de place et une question de nombre. Trois rédacteurs ne peuvent pas faire, dans une tribune éloignée de l'orateur, ce que font douze ou quinze sténographes habiles placés au pied de la tribune.

Vous avez des moyens faciles d'améliorer le compta rendu de vos

386 .": ltM

séances, et vous les négligée. Vous ne vous en servez qu'au profit de la publicité la plus restreinte, car le Moniteur n'a que quinze cents eu deux mille abonnés...

La France, qui devrait assister à vos séances d'une manière moins imparfaite, ne peut se faire une idée juste des discours qui sont prononcés à cette tribune ; elle n'a que des séances tronquées, que des séances mutilées. Trouvez -vous que cela soit bon? Alors adoptez l'amendement de M. d'Adelsward, faites obstacle à l'agrandissement du format. Mais si, au contraire, vous trouvez qu'il est désirable de pousser le journalisme dans les voies d'une publicité plus fidèle et plus impartiale, je dis qu'il ne faut pas faire obstacle à l'agrandissement du format ; seulement, fi ne faut pas que l'agrandissement du format profite à la spéculation, il faut que cet agrandissement profite à la publicité.

tmz voix a gauchi : Et les annonces?

m. émilk db Girard» : Les annoncesl on les ôtera. Je m'étonne croe dans cette Assemblée on revienne toujours sur une question qui n est pas même secondaire.

Il s'agit d imposer à l'agrandissement du format des journaux une obligation qui profitera à l'éducation du pays, c'est-à-dire 1 obligation de faire m compte rendu fidèle. Je viens de démontrer que c'est facile, puisque cela se fait. Il ne s'agit que d'adopter le mieux. Les comptes rendus seront nécessairement impartiaux, parce que la balance de toutes les opinions s établira d elle-même et tout naturellement.

Je ne veux pas abuser plus longtemps de l'attention de l'Assemblée ; je descends de la tribune. (Aux voix! aux voix!)

■. Léon faucher : La proposition de M. de Girardin est impraticable. Ce n'est qu'une manière de tuer la presse, et d'ajouter au droit au travail, à ces autres prétendus droits dont on a fait tant de bruit, celui du droit au compte rendu. (Exclamations et rires nombreux.)

ISftO

Page 1