DE LA PROPOSITION TINGDY
M. de Tinguy propose d'ajouter à l'article 2 de la loi le paragraphe suivant :
« Tout article de discussion politique, philosophique ou religieuse inséré dans un journal devra être signé par son auteur, sous peine d'une amende de cinq cents francs pour la première contravention,, et de mille francs en cas de récidive.
» Toute fausse signature sera punie d'une amende de mille francs et d'un emprisonnement de six mois, tant contre l'auteur de la fausse signature que contre l'auteur de l'article et 1 éditeur responsable du journal. »
L'adoption de la proposition Tinguy fera entrer la presse périodique dans une voie nouvelle qui pourra être plus difficile à gravir, mais aussi qui la fera monter plus haut. En définitive, loin d'y perdre, la presse périodique y gagnera. Ce qui nuira à la polémique profitera è la publicité. L'amendement Tinguy ne détruira pas, la liberté de la presse, ainsi 3ue l'a prétendu à tort M. de Kératry ; cette proposition ne étruira que la fiction judiciaire qui prenait le principal auteur du délit, l'écrivain, pour en faire le simple complice, et prenait lé simple complice, le gérant, pour en faire le véritable auteur du délit.
Le Journal des Débats et le Constitutionnel ne manqueront pas de répéter que l'amendement Tinguy rendra impossible la publication des journaux. En disant cela, ils ne
feront que redire ce qu'ils ont objecté contre le droit de réponse aui a prévalu, ce qui n'a empêché d'exister ni le Journal des Débats ni le Constitutionnel. De toutes choses nouvelles, avant qu'elles aient été appliquées, on dit qu'elles ne seront pas applicables ; et le lendemain les difficultés
Îui , la veille , paraissaient insurmontables s'aplanissent 'elles-mêmes.
Nous serions donc sans inquiétude sur le sort des journaux s'il n'était menacé que par l'obligation de signer les articles politiques, comme déjà Ton signe les articles littéraires et scientifiques. 11 n'y aura qu'une exception de moins. On signait les articles sur les séances de l'Académie des sciences, eh bien! on signera les articles sur les séances de l'Assemblée législative; on signait les feuilletons de théâtre, éh bienl on signera les feuilletons de bourse, ceux de commerce et des travaux publics. Les journaux en seraient quittes pour chercher les rédacteurs les plus distingués, les plus considérés, les plus capables. Le public y gagnera et le journal n'y perdra rien, car chaque, article, étant signé, sera de la part de l'auteur l'objet d'un soin plus grand et d'une surveillance plus attentive. A tous les points de vue, il faut donc se féliciter du vote. Ce vote resserre ces trois termes : — liberté, publicité, responsabilité.