XX
45 octobre 4869.
Le Moniteur publie l'avertissement suivant :
« Le ministre de l'intérieur,
» Vu le numéro de la Revue nationale du 10 octobre 1863, lequel contient, de la page 567 à ia page 579, un article intitulé : Chronique politique, signé P. Lanfrey ;
n Considérant que I auteur de cet article est sorti des limites d'une discussion sincère et d une critique loyale, et qu'en rabaissant la politique de l'Empereur et en dénaturant les actes et les intentions, il cherche à égarer l'opinion publique, et excite à la baine et au mépris du gouvernement ;
» Vu 1 article 32 du décret organique du 17 février 1852 sur la presse,
» Arrête:
» Art. 1". Un deuxième avertissement est donné à la Revue nationale, dans la personne de MM. Charpentier, propriétaire-gérant, et Lanirey, signataire de 1 article.
» Art. 2. Le préfet de police, chargé de la direction générale de la sûreté publique, assurera l'exécution du présent arrêté.
» Paris, le 13 octobre 1863.
» P. BOUDKT. n
C'est avec regret que nous voyons un gouvernement consacré par le suffrage universel, et dont nous souhaitons avec sincérité l'affermissement par la liberté, changer de ministres sans changer de voie et persister dans l'usage des avertissements. Ce qu'il fait est justement le contraire de ce qu'il devrait faire. Au lieu d'avertir, au lieu de suspendre, au lieu de supprimer, au lieu de réprimer soit administrativement, soit judiciairement, il devrait considérer les journaux comme les sillons d'un chant ensemencé, il y devrait faucher, moissonner, glaner. Le journal est au livre ce que le labourage est au aéi richement. C'est le livre qui défriche les questions, c'est le journal qui, ensuite, les laboure; dans cet ordre de travaux, les gouvernements devraient être les moissonneurs, mais le plus souvent les moissonneurs man-
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quent et les moissons pourrissent sur pied... Pourquoi en est-il communément ainsi ? C'est qu'il y a des ministres qui signent, il y a môme des ministres qui discourent, il y a surtout des ministres qui perdent le temps à écouter les soiliciteurs ; mais où y a-t-il des ministres qui lisent, des ministres qui étudient, des ministres qui cherchent le vrai, des ministres qui descendent au fond des questions, des ministres qui, sur chacune d'elles, ouvrent une enquête dans laquelle soient entendus tous les penseurs qui l'ont traitée, chacun à son point de vue? Partout les. ministres se préoccupent encore des partis... Ce n'est pas des partis qu'ils devraient se préoccuper. . . qu'importent maintenant les partis I C'est là un vieux mot qui n'a plus de sens. Convertir les questions en solutions, voilà ce dont les ministres devraient se préoccuper uniquement, exclusivement. Hais voilà précisément ce dont ils ne se préoccupent aucunement; aussi flottent-ils au gré de l'incident, comme flotteraient au gré de la vague des navires qui seraient sans gouvernail et sans ancre, sans boussole et sans pilote. L'absence absolue de toute prévoyance, de toute science, est ce qui caractérise la politique dont prévoyance et science, cependant, devraient être les synonymes. Ministres et journalistes se traitent réciproquement en ennemis ; les journalistes s'armant de l'opinion publique contre les ministres et les ministres s'armant de la loi pénale contre les journalistes. Au lieu de s'appliquer à ne Voir et à ne chercher dans les journaux que crimes, délits et contraventions, un gouvernement consacré par le suffrage universel devrait s'appliquer à ne voir et à ne chercher qu'idées justes et avertissements utiles. Le régime de la répression appliquée à la pensée parlée, écrite, imprimée, n'a rien fondé ni rien sauvé en aucun pays. C'est un régime qui paraît souverainement condamné par l'expérience. Le temps ne serait-il pas venu d'essayer du régime contraire, sauf à l'abandonner s'il vaut moins que le précédent? Assurément, ce ne serait pas l'Empereur, que M. Duruy a proclamé « l'homme le plus libéral de l'empire, » qui y ferait opposition. Pourquoi n'essaierait-on pas, en matière de presse, ce que M. Rouher a si judicieusement ordonné qu'on essayât pour l'ouverture des salles d'attente dans les gares de chemins de fer?
Sa circulaire du 22 juin 1863 se termine par ces lignes :
« .Si l'expérience no répondait pas à mes prévisions, je n'hésiterais » pas à vous autoriser à revenir sur une mesure qui n'aurait pas at- » teint le but que je me propose, celui d'habituer le public à se guider » lui-même dans ses rçMioRS avec les chemin*» de for, »
J'appele sur ces lignes si sensées l'attention et les méditations de M. Boudet, mon ancien collègue à la Chambre des députés, où il siégeait sur les bancs de l'opposition à côté de M. Barrot, tandis que je siégeais sur les bancs de la majorité à côté de M. Guizot. Le nouveau ministre de l'intérieur, je n'en doute pas, est animé des intentions les meilleures. Il ne glisse que parce qu'il est sur une pente. Qu'il supprime la pente et il ne glissera plus I Le jour où l'on saurait que le ministre de l'intérieur ne lit plus ou ne fait plus Vre les journaux que pour y recueillir des avertissements et non pour en donner, ce serait, entre journalistes, à qui aspirerait le plus à être distingué dans ce concours des idées. Ce serait la presse uVîie succédant h la presse hostile. Ce serait la presse régénérée par elle-même. Encore une fois, où donc serait le danger d'essayer. «Si l'expérience ne répondait pas aux prévisions, on reviendrait sur la mesure qui n'aurait pas atteint le but proposé. »
3 décembre 4863.
Que sont des articles de journaux? à peine les grains de poussière d'un tourbillon qu'abat le même vent qui l'a soulevé. Le vrai nom de la presse, ce n'est pas là pressb, c'est l'oubli. Qui se souvient le lendemain de l'article de la veille? Le dédain des articles, telle devrait donc être la seule conduite des gouvernements, et plus particulièrement d'un gouvernement qui vient d'appeler sur lui les regards de tous les peuples, dont il a reconnu et proclamé les légitimes aspirations. A tort ou à raison, on ne croira jamais qu'un pays est libre si chez lui la presse ne l'est pas. On ne se demande pas si sur tels points, même importants, l'Angleterre, la Belgique, l'Italie, la Suisse n'ont pas une liberté moins grande que la France? Il suffit que dans ces Etats la presse soit libre pour qu'ils soient désignés sous le nom de pays libres, tandis que ce nom de pays libre est refusé h la France, quoiqu'elle jouisse incontestablement de libertés nombreuses. C'est un sac auquel il manque l'étiquette.
Plus que le peuple français, le gouvernement français a intérêt à ce que cette étiquette du sac , qui s'appelle là liberté de là presse, ne manque plus à la France.
Comment le gouvernement français, comment un gouvernement éclairé ne comprend-il pas une vérité qui, la frontière franchie, est une banalité?
Des restrictions mises à la liberté de la presse en France
pourraient encore s'expliquer, si les mêmes restrictions existaient dans les pays qui nous confinent. Mais elles n'y existent pas. En Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Italie, en Suisse, en Russie, etc.; etc., on peut dire impunément du gouvernement français, de ses institutions et de ses actes tout ce qu'on en pense. Si la liberté de la presse avait la puissance qu'à tort on lui suppose, le gouvernement français, attaqué comme il l'est au dehors, ne se soutiendrait donc que par la force de sa pesanteur au dedans. En est-il ainsi? Le gouvernement français, sur lequel la presse anglaise a le droit de tout dire, en pèse-t-il en Angleterre un poids moins considérable? S'aperçoit-on qu'il s'est affaibli en Allemagne, en Belgique, en Italie, en Suisse, où les journaux ont le même droit et pratiquent la même liberté? Lorsque le Times peut imprimer ce qu'il veut du gouvernement français, qu'importe ce qu'en pourra dire, par exemple, le Progrès de Lyon?
La seule excuse de son erreur que puisse donner le gouvernement français, c'est que celte erreur est partagée, plus que cela, propagée par la presse française, qui aime mieux être persécutée que de passer pour impuissante. Logiquement, la presse française n'est pas fondée à se plaindre des coups qui la frappent. Mais ce n'est pas une raison pour que je ne persiste pas dans le combat à outrance que j'ai entrepris contre une méprise fatale.
5 décembre 1863.
Toutes les rigueurs contre la presse ont trouvé en tous temps des apologistes ; voici en quels termes le vicomte de Bonald, le savant auteur de la Législation primitive, exaltait, en 1821, la censure et la plaçait au-dessus de la justice :
a Ce ne sont ni les lois répressives, ni les lois préventives qu'il faut opposer à la licence de la presse, mais des lois efficaces. Préférer d'être puni par la justice, à être averti par la censure, est un droit civil abject, qui déshonorerait un écrivain et ne peut tenter qu'un libelliste <. »
Le principal argument qu'on oppose à la restitution de la liberté de la presse en France, c'est qu'il existe encore des factions qui souhaitent le retour de gouvernements autres
' Moniteur, 1811, page 1005.
que le gouvernement impérial. La citation suivante montre
Ïu'en 1863, nous sommes moins avancés que M. de Vaulanc, rapporteur d'un projet de loi sur la presse, ne l'était en 1821 :
t Si les journaux sont propres à exciter et à favoriser les factions, les journaux par là ont un caractère dangereux bien imminent. Je crois, au contraire, que les journaux sont plutôt faits pour substituer l'esprit de parti à l'esprit de faction *. »
On le voit, les régimes les plus opposés tiennent le môme langage. Ce qu'on répète en 1863, on le disait en 1821, et c'était M. de Vaublanc qui le réfutait I... M. de Vaublanc !
Il est curieux de relever, en 1863, ce que le comte de la Bourdonnaye, ce fougueux royaliste, disait, en 1827, de la liberté de la presse :
« Les mauvaises administrations ont perdu plus d'empires ot amené plus de révolutions que la licence de la presse et la propagation des journaux. Jamais leur malveillance, leurs calomnies ne feront autant de mal aux dépositaires du pouvoir que leur silence forcé ne pourrait en faire au pouvoir lui-même *. »
Ces paroles, prononcées en 1827 par M. Bourdeau, qui fut garde des sceaux sous la Restauration, méritent d'être rappelées :
t On accuse journellement les journaux de pervertir l'esprit public. Qu'on nous apprenne donc enfin, par une enquête de bonne foi, et en remontant aux causes, si les journaux font l'opinion ou si l'opinion fait les journaux s. »
Ces paroles de M . Mestadier, prononcées à la même époque, méritent également d'être cilées :
a Dans l'état actuel de la civilisation en France et en Europe, nulle puissance ne peut étouffer la liberté de la presse qui est plus forte que tous ses détracteurs; elle se joue de leurs efforts, elle en triomphera toujours. Instrument de vérité bien plus encore que de bouleversement, elle est plus utile, plus nécessaire aux rois qu'aux peuples.
» La licence de la presse, dont on exagère beaucoup les effets, sera moindre lorsque 1 existence de la presse ne sera plus mise en problème par personne *. »
M. Thouvenel disait des journaux .
« Les journaux ne font que manifester les symptômes du mal; ils aident même à en découvrir les causes, et par là ils facilitent les moyens d y remédier. Bien loin de Jes considérer comme causes productives des maladies politiques, je les regarde comme d'excellents
« Moniteur, 1821, page 1016.
* Moniteur, 1827, page 666.
• Moniteur, 1827, page 668.
4 Moniteur, 1827, page 667.
1>réservatlfs de ces maladies. Je dis plus, c'est qu'ils en sont les metteurs médecins dans beaucoup de cas.
» Les journaux n'auraient-us d'autre avantage que de fournir à lire, d'exciter à réfléchir, qu'ils feraient le plus grand bien en fixant tous les jours 1 attention de quatre à six cent mille lecteurs sur des choses sérieuses. En occupant d'intérêts généraux , ils éloignent de la sphère des intérêts privés, et par là ils affaiblissent l'instinct de l'égoïsme, qui fait les mauvais citoyens *. »
M. Charles Dupin rendait alors justice en ces termes à la liberté de la presse :
« Quand nous réclamons pour la liberté de la presse, ne nous peint-on pas comme inspirés par le désir insensé de voir diffamer impunément ce que lÉtat a de plus vénérable, afin de hâter la ruine de l'édifice social ?
» La presse agit sur le monde depuis près de quatre siècles. Lors-
2 u' elle produisit les premiers livres imprimés, rappelez-vous quel tait le relâchement des mœurs du clergé, et la grossièreté des esprits, chez des peuples qui portaient le nom de chrétiens, mais qui ne connaissaient guère, du christianisme, que les pratiques extérieures : comparez ces mœurs du quinzième siècle a celles du dixneuvième, et dites-moi si la presse a corrompu l'espèce humaine... Éclairés par cette longue expérience de ses bienfaits dans le passé , soyons donc pleinement rassurés sur ses bienfaits pour l'avenir *. »
De 1827 à 1864, près de quarante années se sont écoulées. Liberté de la presse qu'on dit si puissante, quel chemin as-tu fait pendant ce demi-siècle? Au lieu d'avancer tu as reculé !
34 décembre 4863.
L'année 1864 commence mal pour la liberté de la presse : le Courrier du Dimanche est suspendu pour deux mois :
a Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,
» Vu le numéro du journal le Courrier du Dimanche du 27 décembre 1863, lequel contient à la troisième page un article intitulé : Lettre au rédacteur et signé Prévost-Paraaol, commençant par ces mots : « C'est une excellente habitude. . . , » et finissant par ceux-ci : «... savoir la vérité » ;
» Considérant que l'auteur de cet article dénature à la fois les causes et les conséquences de l'emprunt voté par le Corps législatif, et que, par des appréciations d'une ironie injurieuse, u cherche à exciter a la haine et au mépris du gouvernement, dont il calomnie la politique ;
» Attendu que le journal le Courrier du Dimanche a déjà, depuis moins de deux ans, reçu deux avertissements, à la date du 9 octobre 1862 et du 8 janvier 4863:
i Moniteur, 1828, page 768.
2 1828, 2 juin.
QQEST10KS DE MESSE Ml
• Va l'article M du décret organique du 17 ffvrier 1S5* sur U presse
et la loi du î juillet mi,
» Arrête :
> Art. 1". Le journal le Courtier au Dimanche est suspendu pour deux n.ois, h partir du 1" janvier 1864.
» Art. t. Le piéfet de police, chargé de la direction générale de la cûrelé publique, a^ureia 1 exécution du piègent arrêté.
» Paris, le 31 décembre 1863.
» IOUDIT. »
Prodiguées aux journaux, ces rigueurs attestent que le gouveiiK ment croit, avec eux, à la puissance de la presse.
Ou celte puissance existe ou elle n'existe pas.
Si wttepui&ancee\tsle,ccmment, depuis qu'elle s'exerce, n'a-elle pas acquis la force de se proUger efficacement ?
Si celle puis tance n'existe pas, c< minent le gouvernement lui faii-il rhenneur de la redouter et de la combattre ?
Comment se dcmontie la puissance du poison? — Par la mort qu'il cause.
C minent se démontre la puissance des nouveaux canons que l'Amérique, l'Angleterre et la France s'occupent de perfectionner h l'envi? — Par le nombre de plaques que percent les boulets lancés à une distance donnée.
Comment se démontre la puissance du levier? — Par le peids qu'il déplace.
Etc., etc., etc.
Si la preste avait la puissance qu'on lui attribue, comment se démontrerait la puissance de la presse ? — Par la liberté qu'elle aurait.
La presse est-elle libre, lorsqu'il dépend d'un ministre d'avertir un journal, de Je suspendre, de le supprimer?
La preuve que la presse est impuissante, c'est qu'elle nVst pas libre. Elle fut restée libre, si elle avait eu la plus pe;iie parcelle de la puissance qu'un lui suppose et qu'elle s'attribue.
UaTriHSM.
Lorsque je mo fonde sur l'impuissance de la presse — * attestée moins encore par le poids de ses chatnes que par la stérilité de ses efforts «— pour en réclamer l'impunité! c'est à qui parmi les journalistes raillera ma proposition et la traitera d'erronée... Cependant, il n'y a pas de jour où la vérité n'en soit reconnue paries railleurs sans mémoire et sans logique. Cédant à la force de l'évidence, ils oublient ce qu'ils ont dit la veille sous la pression du lieu commun, saul le lendemain à retomber dans l'ornière d'où la choc .4*
U vérité les avait fait sortir sans qu'ils s'en aperçussent. M. Guizot a présidé la séance annuelle de la Société biblique
iirotestante de Paris, qui s'est tenue au temple de l'Oratoire ; e discours qu'il a prononcé renferme l'aveu suivant :
• « Votre Société, et toutes les Sociétés bibliques dans le monde chrétien, sont mises de nos jours à une grande épreuve et offrent un grand spectacle. Partout, en Allemagne, en Angleterre, en France, les atta-
?ues contre la Bible se renouvellent et se multiplient. On conteste authenticité de la plupart des écrits qui la composent, leurs dates, leurs auteurs. On conteste, ce qui est bien plus grave, leur divine inspiration. Quel effet produisent ces attaques sur les Sociétés bibliques, sur la vôtre? En sont-elles refroidies, découragées ou seulement embarrassées? Nullement. Elles redoublent, auxontraire, de zèle et d'activité. Regardez ce qui se passe en Allemagne, en Angleterre, en France, en Suisse, aux Etats-Unis d'Amérique, en Russie : partout les travaux des Sociétés bibliques prennent chaque jour plus de développement ; partout leurs publications et leurs missions s'étendent. Plus la Bible est contestée, plus elle trouve de défenseurs dévoués pour Vafflrmer et la répandre; elle se retrempe dans les épreuves, et toutes ses luttes lui valent de nouvelles conquêtes.
» Ce n'est point là, messieurs, un fait qui soit propre à notre temps. Depuis dix-neuf siècles, la Bible a subi bien des attaques et traversé bien des crises, qui ont toujours amené pour elle les mêmes résultats. Au quinzième siècle, au moment où la renaissance de l'antiquité païenne a rempli le monde de surprise et d'admiration, la Bible était bien négligée, bien délaissée, comme endormie. De quel livre s'est-on armé alors pour réveiller dans les âmes la foi et 1 esprit chrétien? de la Bible. La Bible a vaincu une seconde fois la Grèce et Rome. C'est au nom de la Bible, et pour lui rendre sur les âmes tout son empire, que s'est faite la réforme du seizième siècle, et l'esprit de la loi biblique y a tenu encore plus de place que l'esprit de liberté. Deux siècles plus tard, à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du notre, la Bible avait subi de nouveau de bien rudes attaques : *lle était bien dédaignée, elle semblait bien affaiblie. Qu est-il arrivé? Les Sociétés bibliques se sont fondées, les missions bibliques se sont répandues sur toute la terre, des trésors de dévouement et d'argent ont été dépensés pour la cause biblique, et elle a reparu plus forte et plus puissante qu'elle ne l'était avant les coups qu'elle avait reçus.»
Ainsi la contradiction, cette gymnastique de l'esprit, n'a d'autre effet que d'affermir chacun dans sa conviction... c'est M. Guizot qui le déclare !
Quel aveu plus concluant que cet aveu échappé des lèvres de l'un des auteurs de la loi du 9 septembre 1835 contre la liberté de la contradiction 1
S'il est vrai, et cela est Vrai, que plus « la Bible a été contestée, et plus elle a trouvé de défenseurs dévoués pour l'affirmer et la défendre » , pourquoi n'avoir pas laissé contester la royauté et la dynastie de 1830? Plus elles eussent été contestées, non pas hypocritement et perfidement, mais ouvertement et violemment, et plus, elles aussi, eussent trouvé de défenseurs dévoués pour les affirmer et les défendre. Elles n'eussent pas été surprises comme elles l'ont été
par la république, le 24 février 1848. Ce qui manque à l'empire de 1852 et à l'empereur Napoléon III; c'est d'être contestés. . . Plus on les contesterait et plus iJs trouveraient de défenseurs dévoués pour les affirmer et les défendre. Le pays où la liberté de la contradiction existe est, au pays où cette liberté n'existe pas , ce qu'est au marais où les eaux croupissent», exhalant des miasmes mortels, le fleuve dont les eaux portent à la mer et dans toutes les parties du monde les navires d'un peuple, ses produits, ses idées, sa prospérité, son nom.
La liberté de ta presse existe en Belgique depuis 183t. La presse libérale a-t-elle ébranlé et affaibli le parti catholique? Non. La presse catholique a-t-elle ébranlé et affaibli le parti libéral? Non. — Les deux partis se balancent en 1864, à une voix près, comme ils se balançaient en 1834, il y a trente ans. La presse catholique n'a servi qu'à tenir en éveil le parti libéral, comme la presse libérale n'a servi également qu'à tenir en éveil le parti catholique, chacune -des deux presses se faisant contre-poids et équilibre l'une à l'autre. C'est là un fait attesté par l'impuissance dont le cabinet belge donne le spectacle significatif: un. cabinet ne pouvant ni rester ni s'en aller, n'ayant la majorité ni pour ^fui ni contre lui ; 57 voix contre 59.
11 faut choisir : si M. Guizot a raison, j'ai raison ; si j'ai tort, M. Guizot a tort.
Autre aveu non moins significatif échappé au journal le
Monde, s'exprimant ainsi sur M. Renan, l'auteur de la Vie
de Jésus :
a II n'est pas d'homme dans ce siècle qui ait fait plus de bien à ia religion. On le verra bientôt. Cet homme, en s'attaquant à Jésus- Christ, a reporté l'attention publique sur la pierre angulaire du -monde nouveau, car cette pierre, c'est Jésus-Christ. Or cette pierre sera posée forcément- C'est une question d'honneur et une affaire de cœur pour les catholiques qui ont si noblement relevé le gant. Aussi 11 ne se passe pas de jour que nous ne voyions dans les journaux l'annonce de quelque beau travail sur la divinité de Notre-Seijraeur. Si les catholiques, cédant à un premier mouvement de juste indignation, avaient pu supprimer le livre de M. Renan, ils auraient supprimé du même coup les beaux travaux d'exégèse et d'apologétique que ce livre a suscités et suscitera encore. »
Après cet aveu, comment le Monde ne conclut-if pas à la liberté de la presse, puisque,, loin de nuire, elle profite à la cause dont il est l'ardent défenseur?
M avril 4864.
Si la presse a la puissance que l'erreur générale lui attribue, comment se lait-il que tout ce qui a été dit et écrit,
sous les régimes politiques lés plus divers, en faveur du
droit de libre examen, soit demeuré inefficace et inutile?
Je commence par l'Évangile qui renferme cette admirable
parole de Jésus:
« Si j'ai mal parlé, répondez-moi ; si j'ai bien parlé, pourquoi me frappez-vous? »
Cet enseignement évangélique a-t-il fait que Ton se contentât de répondre à ceux qui parlaient mal, et que Ton s'abstînt de frapper ceux qui parlaient bien?
Pascal, le profond Pascal, condense toutes les lois de la
presse dans cet admirable axiome :
« Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n ont que la violence et le mensonge ; mais la violence et la vérné ne peuvent rien l'une s»ur 1 autre. »
> Cet axiome a-t-il empêché qu'on ne fît contre la presse
Ifcts positives sur lois positives, toutes plus fausses et plus
fragiles les unes que les autres?
Montesquieu pose ce principe :
m Dans une nation libre, il est très-indifférent que les particuliers raisonnent bien ou mal ; il suffit qu'ils raisonnent : de là sort la liberté qui garantit des effets de ce même raisonnement. »
.L'autorité de Montesquieu a-t-elle empêché qu'on traîîàt l'erreur comme un crime, et que ceux qui passaient pour raisonner mal fussent punis comme des coupables?
Avant que la révolution de 1789 éclate, le comte de Mirabeau, revendique en ces termes la liberté de la presse :
• t La politioue q*.i interdit la liberté d écrire et de publier ses pensées est aussi mauvaise comme politique que baibare comme iot. ■■ » Elle est mauvaise, parce qu'elle doit inspirer la plus grande inéfianoe contre les intentions du gouvernement ; parce qu elle rend inévitables les faute* des ministres, qui ne sont ni éclairés, ni conseillés, ni redressés, et qui ne craignent plus ui U ci itique, ni les plaintes, ni le jugement sévère de 1 opinion publique, qui ne peuvent plus se manifester. . .
» Cette politique est barbare, car comment qualifier autrement la Constitution d un Etat où le roi peut toujours faire la guerre à la nation, sans que la nation puisse jamais être instruite de ses droLs, des Injustices qu elle endure, des vexations dont elle est la proie; sans qu 11 soit possible de se plaindre des ministres, de détromper le maître, de lui lier les mains s'il devient un tyr&n? » *
u . . . C est la liberté de la presse qui e»t le pallad'um de toutes les libertés ; c'est elle qui peut rapidement amener les Etats naissants à une maturité précoce et durable: c'est à elle qu appartient le rajeunissement des empires usés j ar la décrépitude. * »
*. E$$ai $ur U despotiftn*.
* Sur U stathoudérhL
w ... Quels sont les effets de la gène de la presse? C'est de rendre, par l'ignorance et par l'erreur des cœurs purs, des notâmes tiracvres les satellites du despotisme, en même temps qu'ils en sont les viclimes.
• En vain ceux que la tyrannie intéresse répètent-ils I satiété que la 1 cence d 3 crMquar tas actes du gouvernement est hérissée de périls privés et publics, et par conséquent doit n'être accordée qu avec àôs précautions infinies et sous bénéfice d'inven aire.
» Il en est d) cette précieuse liberté, san. laquelle il ne peut exister ni instruction, ni constitution. comme de la laifce célèbre qui seule pouvait guérir les blessures qu elta avait faites. » <
Expression du sentiment public, celte revendication faitelle tomber le bandeau qui couvre les yeux de la royauté et l'empêche de voir le gouffre qui va l'engloutir?
Beaumarchais, avec son inimitable verve, s'exprime ainsi :
« Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais :
» Que les sottises imprimées n'ont d'importance qu'aux lieux où Ton en gène le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n'est point d éloge flatteur; et qu'il n y a qua les petits hommes qui redoutent les petits écrits. »
Les petits hommes en ont-ils moins continué de redouter les petits écrits?
Loustalot proclame en ces termes les droits de la presse :
c 11 faut à un peu île esclave et frivole du pain et des spectacles; il faut du pain et des journaux à une nation jalouse de ses droits.
• La liberté incomplète de la presse a déterminé la Révolution ; la liberté indéfinie de la presse peut seule la maintenir, seuie latbover.
» L'opinion publique est la souveraine du monde ; ses décrets pas^ sent avant eaux des Assemblées nationales et durent davantage ; elle casse les décrets du des otisme et annule les règlements aristocratiques de ia police municipale.
» Or I imprimerie franche est la nourrice de 1 opinion.
» La liberté absolue dd la près e est le tronc de la liberté nationale.
» ... Nul tnmme n'a le droit d'em.Jécher un autre homme d'écrire, de < ublier ce qu il lui plaît ; mais tout bomme a le droit d'être ferme dans les principes du bien ; et si tous s'accordent dans la sévérité de leur pratique, que deviendra l'ouvrage licencieux? Les livres n'ont de droit sur les mœurs que celu que l'homme leur concède ; mais les mœurs ont un droit sur les livres qu ils ne peuvent éviter.'
» Si la liberté de la presse pouvait exister dans un pays pu le despotisme le plus absolu réunit dans une seule main tous, les pouvoirs, elle suffirait seule pour faire contre-poids. » *
La liberté de la presse règne souverainement en France.,,. Combien de temps y fait-elle contre-poids à la violence?
i La liberté de la presse.
* Révolutions de Paris.
M* 1M9— IMS— 1M4
Combattant la fausse interprétation de l'article 11 de 1» Déclaration des droits, Camille Desmoulins s'exprime ainsi 1
< « SI l'article il est un décret illusoire, si le fouet du journaliste n'est pas constamment levé sur les mauvais citoyens, sur les ministres, sur toutes les personnes publiques. . ., je ne crains pas de le dire, plutôt l'ancien régime et la contre-révolution ! Du moins, dans l'ancien régime, je savais que je ne pouvais dire ma pensée sous peine à être enseveli vivant dans les cachots de la Bastille ; mais aujourd'hui tromper les écrivains patriotes, les encourager à dire librement leur pensée, et ensuite les décréter, les emprisonner, n'est-ce pas foire comme le crocodile qui imite la voix humaine et les vagissements de l'enfance pour attirer l'humanité du voyageur dans. le piège du monstre? »
Ailleurs, dans le Vieux Cordelier, Camille Desmoulins laisse tomber de sa plume les réflexions suivantes :
« La presse est comme cette lance d'Achille qui guérissait les blessures qu'elle avait faites. Le grand remède à la licence de la presse, c'est la liberté de la presse.
» Nous n'avons plus de journal qui dise la vérité, du moins toute la vérité...
» Quel homme de bonne foi osera comparer aujourd'hui la France à l' Angleterre, pour la liberté de la presse? Voyez avec quelle hardiesse le Mornxna Chronicle attaquait Pilt et les opérations de la S lierre ! Quel est Te journaliste, en France, qui osât relever les bévues e nos comités, des généraux et des ministres, comme 1 opposition relève celles du ministère britannique f
»-J£t moi, Français, moi, Camille Desmoulins, je ne serais pas aussi libre qu'un journaliste anglais I Je m'indigne à cette idée. Qu'on ne dise pas que nous sommes en révolution, et qu'il» faut suspendre la liberté de la presse pendant la révolution. Est-ce que toute l'Europe n'est pas aussi en état de révolution ? Les principes1 de la liberté de la presse sont- ils moins sacrés à Paris qu'à Londres?
» Je l'ai dit il y a cinq ans, ce sont les fripons qui craignent les réverbères..! Est-ce que la raison peut craindre le duel de la sottise?
» Il n'y a que les traîtres qui puissent avoir intérêt à interdire en France la liberté même indéfinie de la presse; la liberté, la vérité ne peuvent jamais craindre 1 écritoire de la servitude et du mensonge.
» ... Quelques personnes ont improuvé mon numéro 8. où je me suis plu, disent-elles, à faire des rapprochements qui tendent a jeter de la défaveur sur la Révolution et les patriotes [elles devaient dire sur les excès révolutionnaires et les patriotes d'industrie). Elles croient le numéro réfuté et tout le monde justifié par ce seul mot :
ON SAIT BIEN QUE L'ÉTAT PRÉSENT N'EST PAS CELUI DE LA LIBERTÉ, SAIS PATIENCE, VOUS SEREZ LIBRES UN JOUR!
» Ceux-là pensent apparemment que la liberté, comme l'enfance, a besoin de passer par les cris et les pleurs pour arriver à l'âge mûr. La liberté n'a ni vieillesse ni enfance. Elle n'a qu'un Age, celui de la force et de la vigueur. Autrement, ceux qui se font tuer pour la République seraient aussi stupides que les fanatiques de la Vendée.
» Si par la liberté vous n'entendez Das les principes, mais seulement un morceau de pierre, il n'y eût jamais d'idolâtrie plus stupide et plus coûteuse que la votre.
» 0 mes chers concitoyens, serions-nous dpnc avilis à ce point de nous prosterner devant de telles divinités ?
» Tant que j'aurai vécu, je n'aurai pas laissé déshonorer mon écritoire véridique et républicaine.
» On a étrangement trompé les meilleurs esprits de la Convention sur les prétendus dangers de la liberté de la presse. On veut que la terreur soit à l'ordre du jour, c'est-à-dire la terreur des mauvais citoyens : qu'on y mette donc la liberté de la presse, car elle est la terreur des fripons et des contre-révolutionnaires.
» Loustalot, qu'on a trop oublié, ne cessait de répéter cette maxime d'un écrivain anglais : o Si la liberté de la presse existait dans un » pays où le despotisme le plus absolu réunit dans une seule main » tous les pouvoirs, elle suffirait seule pour faire contre-poids... » L'expérience de notre révolution a démontré la vérité de cette maxime. . .
» Il a suffi d'une poignée d'écrivains courageux pour mettre en fuite des milliers de plumes vénales, déjouer tous les complots, et amener la République sans effusion de sang, en raison de ce qu'il en a coulé depuis.
» Tant que la liberté indéfinie de la presse a existé, il nous a été facile de tout prévenir.
» 0 liberté de la presse, ce dernier retranchement de la liberté des peuples, qu'ôtes-vous devenue?
» Le meilleur retranchement des peuples libres contre les invasions du despotisme, c'est la liberté de la presse. »
Le talent, la verve, la plume, le journal de Camille Desmoulins l'ont-ils empêché de porter sa tête sur l'échafaud le 5 avril 1794?
Le 23 août 1790, dans son discours sur la diffamation des fonctionnaires publics, Pétion s'exprime ainsi :
« Un des plus grands bienfaits de la liberté de la presse est d'inviter les citoyens à surveiller sans cesse les hommes en place, à éclairer leur conduite, à démasquer leurs intrigues, à avertir la société des dangers qu'elle court. La liberté de la presse crée des sentinelles vigilantes; elle donne quelquefois de fausses alarmes, mais quelquefois en donne d'utiles; et il vaut mieux être sur la défensive, lorsquon n'est pas attaqué, que d'être pris au dépourvu... On sera intimement convaincu qu'un fonctionnaire public est coupable, qu'il trahit la confiance du peuple ; on aura reçu une confidence d'un inférieur qui ne voudra pas être nommé ; enfin une foule d'indices obligeront la conscience d'un homme vertueux de se déclarer. Il aura sauvé la patrie ! Et en vertu de la loi qu on vous propose, il sera traduit en justice et déclaré calomniateur!... Quoi 1 j'attendrai que l'ennemi soit entré en France pour dire que la France est menacée ! j'attendrai qu'un complot ait éclaté pour le dénoncer ! »
Combien de temps cette liberté bienfaisante, proclamée par Pétion, a-t-elle été respectée?
Le 1er février 1793, Gondorcet concédant que, dans l'état
d'imperfection où est l'espèce humaine, la publication d'un
ouvrage peut être considérée comme un délit, proteste en ces
termes contre la censure :
« Que la publication d'un ouvrage puisse être un délit, c'est ce que, dans Vétat d'imperfection où est l'espèce humaine, il est peut-être difficile de nier ; mais défendre un ouvrage avant qu'il existe, soumettre a des peines celui qui le distribue, sans savoir encore si l'ouvrage est
innocent ou dangereux, c'eet attaquer directement la liberté de la presse.
» Ce n'est pas parce qus i'ouvrago prohibé est bon ou mauvais, c'est parce qu'il est prohibé d'avance, qu une injonction comme cell j de la police ost à la fois une violation de la Déclaration des droits et un attentat contre la liberté. Convoin u que celle de la pressB est la seuls barrière dont ta tyrannie la plus adroite ne puise se jouer, qu II me soit permis de prendre ici I engagement de dénoncer, n^n à I accusateur de tel ou tel arrondissement, mais à la Prunse en* titre, mais à I Europe, toutes les atteintes qu'un pouvoir quelconque essayera de porter a ce bouclier de nos droits. » <
Cette protestation empôcha-t-elle le rétablissement de la
censure 7
Mm# de Staël écrit ces belles pages :
' « Dans un pays où la liberté d) la presse favorise le développement de I esprit public, il est imp)ssibl3 que toutes las vérités ne finissent pispir rentrer efficacement en circulation.
» En Angleterre, pir la liberté de la presse, la vérité est mise sous les yeux de tous, tandis que les diverses contraintes dont on fait usage ailleurs sont nécessairement la cause d une grande incertitude dans les jugoments. Un libelle qui seglisse à travers le silence obligé de la presse peut altérer 1 opinion sur qui que ce soit, car les louanges ou les censures ordonnées par le gouvernement sont toujours suspectes. Rien ne s établit solidement dans la tête des hommes que par une discussion sans entraves.
«Grâce à la tolérance, aux institutions politiques et à la liberté de la presse, il y a plus de respect pour les mœurs en Angleterre que dans aucun autre pays de 1 Europe. On se plaît à dire en France que c'est précisément pour les mœurs qu'on a de tout temps eu des censeurs ; et néanmoins il suffit de comparer 1 esprit de la littérature en Angleterre, depuis que la liberté de la presse y est établie, avec les divers écrits qui ont paru sous le règne arbitraire de Charles 11 <kt sous celui du Hégent et de Louis XV en France. La licence des écrits a été portée chez les Français, dans le dernier siècle, à un drçréqui fait horreur. Il en est de même en Italie où, de tout temps, on a soumis cependant la presse aux restrictions les plu* génintes L ignorance aans la masse et T indépendance la plus désordonnée dans les espri s distingués sont toujours le résultat de la contrainte.
»0n ne saurait citer, depuis que la liberté est en vigueur, aucun de ces ou vr«g3s licencieux dont la France a été in jndée ; l'opinion publique les a repousses dès qu'elle a pu les craind.e. et elle s'en charge d'autant p us volontiers quelle seule fuit la garde à cet égird. La publicité est toujours favorable à- la vérité ; or, comme la morale est la vérité par excellence, plus vous permettezaux hommes de discuter sur ce sujet, plus ils s éclairent et s'ennoblissent. ' » La liberté des journaux, qu on a voulu nous représenter comme contraire à la délicatesse des mœurs, en est une des causes les plus efficaces : tout est si connu, si discuté en Angleterre, que la vérité en toutes choses est inévitable; et 1 on pourrait se soumettre au jugement du public anglais, comme à celui d un ami qui entrerait d»ns les détails de notre via, dans les nuances de notre caractère, pour peser chaque action, ainsi que le veut 1 équité, d après la situation de chaque individu.
« Convnti**. Séanoedui" février 17M.
QUESTIONS M PRESSE le»
» La- liberté de la presse est le seul droit dont tons les antres dépendent: les sentinelles font la sécurité de l'armée. *
» I es Français ont plus besoin uifaucun autre peuple d'un certain degré de la liberté de 1 1 presse ; il faut ou ils pensent el qu'ils sentent on commun ; I électricité do Pémolion ue leurs voinns leur est nécessaire pour en éprouver a leur tour, et leur enlh< usiu*me ne se développe pas d'une manière isolée. C'est ilono tivs-bien (ait è cel i qui veut ê^re Lui- tyran de ne permettre à I opinion publique aucun genre de manifestation, et Bon «parte joint, à cette idée commune à U>us les despates, une ruse particulière à ce tem s-ci, c'est lurt de roclamer une opinion tictice par djs journaux qui ont I air d'être libres, ttnt ils font de phrases d.ins le sens qui leur est ordonné. Il n y a, Ton doit en convenir, que nos écrivains français qui puissent broder ainsi, chjque mitin. Ijs m«im9s soohismes et qui se complaisent dans lo superflu même de la servitude. » *
Quel compte est-il tenu de ces réflexions si senrées? M. le duc de Broglie fait entendre en 1818 ces belles paroles:
« On craint pour la tranquillité publique l'effet nue peut produire la liberté des journaux. Peut-être sera-t-on étonne du calme qui en sera la sui e. En révélant aux partis le secret de leur fuiblesse, elle les obligera de rabattre de leurs préten lions. »
Quel souvenir M. de Brrglie en garde-l-il en 1835? Paul-Louis Courier ressuscite en ces termes Beaumarchais
«Laissez dire, laissez- von s blâmer, condamner, emprisonner; laissez-vous pendre, mai« puh'nz votre pen-ée. Ce n est (.as un droit, c est un devoir, étroite obligation de quiconque a una p nsée, de la produire et mettre au jour pour le bien commun. La vérilé e&t toute è tous. Ce qua vous conn lissi z u'Jle, bon à savoir pour rh icun, vous ne le pnuvez taire en conscience. Jenner, qui trouva la vaccina, fût été un franc scélérat d en g irder une hsure le secret ; et comme il n y a pont d homme qui ne croie ses I lées utiles, il n y en a point qui no soit tenu de les communiquer et répandre ar tous moyens a lui pissibles. Parler est bien; écrire e*t mi3ux ; i np/imer est excellente cluse. Une pensée déduite en ter m as courts et cliirs, avec p.*euves, documents, exemples, qu.nl on l'imprime, c'est un pamphlet, et la meilleure action, courageuse souvent, qu nomme puisse (rire au monde. Car si votre pensée est bonne, on en profite; mauvaise, on Ici corrige, et Ton profite oncore. Mds labus ?... — Sottise que ce mot; ceux qui I ont inventé, ce sont eux vraiment qui abusent de la p esse, en im rinw.nt ce qu'ils veulent, trom tnl, calomniant, et empêchant de répondre. Ouund ils client contre les pamphlets, journaux, brochures, ils ont leurs rai.ons admirables. J a i les miennes, et voudrais quon en fit davantage; que chacun publiât tout ce qu'il pense et sait. Les jésuites aussi criaunt contre Pascal, et l'eussent appelé pamphlétaire, mais le mot n'existait pas encore; ils I appelaient /^on deifttr, la même chose en style cagot. Cela si-
Snifie toujours un homme qui dit vrai et se fait écouler. Us réponirenta ses pensées d'abord par d autres, sans succès, puis par des lettres de cachet, qui leur réussirent bien mieux. Aussi était-ce la
* Révolution française.
* Dix antues d'exil.
190 lM»-t9M-19*4
réponse que faisaient d'ordinaire aux pamphlets les gens puissants et
les jésuites.
» A les entendre cependant, c'était peu de chose ; ils méprisaient les petites lettres, misérables bouffonneries, capables tout au plus d'amuser un moment par la médisance, le scandale ; écrits de nulle valeur, sans fond, ni conscience, ni substance, comme on dit maintenant, lus le matin et oubliés le soir; en somme, indignes de lui, d'un tel homme, dun tel savant 1 L'auteur se déshonorait en employant ainsi son temps et ses talents, écrivant des feuilles, non des livres, et tournant tout en raillerie, au lieu de raisonner gravement ; c'était le reproche qu ils lui faisaient, vieille et coutumière querelle de qui n'a pas pour soi les rieurs. Qu 'est-il arrivé? la raillerie, la fine moquerie de Pascal a fait ce que n'avaient pu les arrêts, les édits, a chassé de partout les jésuites. Ces feuilles si légères ont accablé le grand corps. Un pamphlétaire, en se jouant, met à bas ce colosse craint des rois et aes peuples. La société tombée ne se relèvera pas,
Quelque appui qu'on lui prête ; et Pascal reste grand dans la mémoire es hommes, non par ses ouvrages savants, sa roulette, ses expériences, mais par ses pamphlets, ses petites lettres...
» Heureuse de nos jours, l'Amérique, et Franklin qui vit son pays libre, ayant plus que nul autre aidé à l'affranchir par son fameux Bon Sens, brochure de deux feuilles i. Jamais livre ni gros volume ne fit tant pour le genre humain : car, aux premiers commencements de l'insurrection américaine, tous ces Etats, villes, bourgades étaient partagés de sentiments. Les uns tenaient pour l'Angleterre, fidèles, non sans cause, au pouvoir légitime ; d autres appréhendaient qu'on de s'y pût soustraire, et craignaient de tout perdre en tentant l'impossible ; plusieurs parlaient d'accommodement, prêts à se contenter d'une sage liberté, d'une charte octroyée, dût-elle être bientôt modifiée, suspendue ; peu osaient espérer un résultat heureux de volontés si discordantes. On vit, en cet état de choses, ce que peut la parole écrite dans un pays où tout le monde lit, puissance nouvelle et bien autre que la tribune. Quelques mots par hasard d une harangue sont accueillis de quelques-uns ; mais la presse parle à tout un peuple, a tous les peuples à la fois, quand ils lisent comme en Amérique ; et de l'imprimé rien ne se perd. Franklin écrivit son Bon Sens, réunissant tous les esprits au parti de Y indépendance, décida cette grande guerre qui, là terminée, continue dans le reste du monde. . .
» De tout temps, les pamphlets ont changé la face du monde. Le (en Amérique), tout s'imprime ; rien n'est secret de ce qui importe à chacun. La presse y est plus libre que la parole ailleurs, et l'on en abuse moins. Pourquoi? C'est qu'on en use sans nul empêchement, et qu'une fausseté, de quelque part qu'elle vienne, est bientôt démentie par les intéresses, que rien n'oblige à se taire. On n'a de ménagement pour aucune imposture, fût-elle officielle ; aucune hâblerie ne saurait subsister ; le public n'est point trompé, n y ayant là personne en pouvoir de mentir et d'imposer silence à tout contradicteur. La presse n'y fait nul mal, et en empêche... Combien ? C'est à vous de le dire quand vous aurez compté chez vous tous les abus. Les feuilles imprimées, circulant chaque jour et en nombre infini, font un enseignement mutuel et de tout Age. Car tout le monde presque écrit dans les journaux, mais sans légèreté; point de phrases piquantes, de tours ingénieux ; l'expression claire et nette suffit à ces gens-là. Qu'il s'agisse d'une réforme dans l'Etat, d'un péril, d'une coalition
t En collaboration avec M. Thomas Payne,
QUESTIONS DE PRESSE iM
des puissances d'Europe contre la liberté, ou du meilleur terrain à semer les navets, le style ne diffère pas, et la chose est bien dite des que chacun l'entend ; d'autant mieux dite qu'elle Test brièvement, mérite non commun, savez-vous? ni facile de clore en peu de mots beaucoup de sens... Et notez ceci en passant, mal compris de ceux qui, chez vous, se mêlent d écrire : il n'y a point de bonne pensée qu'on ne puisse expliquer en une feuille et développer assez ; qui s'étend davantage souvent ne s'entend guère ; on manque de loisir, comme dit l'autre, pour méditer et faire court.
» Vous en verrez d'autres assez, et de la meilleure compagnie, qui trompent un ami, séduisent sa fille ou sa femme, prêtent la leur pour obtenir une place honorable, mentent à tout venant, trahissent, man quent de foi, et tiendraient à grand déshonneur d'avoir dit vrai dans quinze ou seize pages, car tout le mal est dans ce peu. Seize pages, vous êtes pamphlétaire, et gare à Sainte-Pélagie. Faites-en seize cents, vous serez présenté au roi.
» ... Cest I imprimerie qui met le monde à mal. C'est la lettre moulée qui fait qu'on assassine depuis la création, etCaïn lisait les journaux dans le paradis terrestre, il n'en faut point douter, les ministres le disent ; les minisires ne mentent pas, a la tribune surtout.
» Que maudit soit l'auteur de cette damnable invention, et, avec lui, ceux qui en ont perpétué 1 usage, ou qui jamais apprirent aux hommes a se communiquer leurs pensées Pour telles gens, l'enfer n'a pas de chaudières assez bouillantes ! Mais remarquez, monsieur, le progrès toujours croissant de la perversité. Dans 1 état de nature, célébré par Jean-Jacques avec tant de raison, l'homme, exempt de tout vice et de la corruption des temps où nous vivons, ne parlait point, mais criait, murmurait ou grognait, selon ses affections du moment. Il y avait plaisir alors a gouverner. Point de pamphlets, point de journaux, point de pétitions pour la charte, point de réclamations sur l'impôt Heureux âge qui dura trop peu !
» Bientôt des philosophes, suscités par Satan pour le renversement d'un si bel ordre de choses, avec certains mouvements de la langue et des lèvres, articulèrent des sons, prononcèrent des syllabes. . . Si Ton eût réprimé dès le commencement ces coupables excès de 1 esprit anarchique , et mis au secret le premier qui s'avisa de dire : Ba bé bi bo bu, le monde était sauvé ; l'autel sur le trône, ou le trône sur r autel, avec le tabernacle affermi pour jamais; en aucun temps il n'y eût eu de révolutions. Les pensions, les traitements augmenteraient chaque année. La religion, les mœurs... Ah! que tout irait bien! Nymphes de l'Opéra, vous auriez part à la mense abbatiale et au revenu des pauvres. Mais fait-on jamais rien à temps? Faute de mesures préventives, il arriva que les hommes parlèrent et tout aussitôt commencèrent a médire de l'autorité, qui ne le trouva pas bon, se prétendit outragée, avilie, fit des lois contre les abus do la parole ; la liberté de la parole fut suspendue pour trois mille ans, et en vertu de cette ordonnance, tout esclave qui ouvrait la bouche pour crier sous les coups ou demander du pain était crucifié, empalé, au contentement de tous les honnêtes gens. Les choses n'allaient point mal ainsi, et le gouvernement était considéré.
» Biais quand un Phénicien (ce fut, je m'imagine, quelque manufacturier sans titre, sans naissance) eut enseigné aux hommes à peindre la parole et fixer par des traits cette voix fugitive, alors commencèrent les inquiétudes vagues de ceux qui voulaient à toute force qu'on travaillât pour eux. Les premiers mots tracés furent : Liberté, droit, équité, raison, et dès lors on vit bien que cet art ingénieux tendait directement à rogner les pensions et les appointements. De cette époque datent les soucis des gens en place, des courtisans»* > •
» Ce fut bien pis quand l'homme de Mayence [aussi peu noble, je crois, que celui de Si Ion) è son tour eut i mugi né de serrer entre deux au» Ih feuille qu'un autre lit de chiffons réduits en note, tant le démon est habile à tirer parti de tout pour la oerto dos Ames. L'Allemand, par tel moyen, mu 1U pli nt ces tr«.itsde figures tracées qu a vai inventées le Phénit-ian, multiplia doutant les mots que fait la |eit&ée. 0 terrible influence de cette race qui n * sert ni Dieu ni *e roi, adonnée aux sciences u ioUvh.ii us, i.ux viles proférions mec* niques! engeance I erait-Luise, que ne ferait-elle es m on la laissait foire, aliandonnée sans frein è ce fatal esprit de connaît! e, d étudier et de perfec, tonner I Un ouv ier, un misérable ignoré dans son atelier, de quelques guenilles fuit une colle, et de cette colle du papiar qu'un autre rêve de gaufrer avec, un peu de n »ir : et voilà la monde bouleversé, les vieilles monarchies ébranlées, les canonicats en péril 1 Didboliquo industriel rage de travailler, au lieu de chômer les saints et de faire péni ence ! . . .
» Tant il y a qu'il n'y a plus au un moyen de gouverner, surtout depuis qu un autre éuiissaiie de I enfer a trouvé cette autre invention de distribuer chaque matin a vingt ou trente mille abonnés une feuille ou se lit tou'. ce que le monde dit et pense, et les projets des gouvernants et les craintes des gouvarnés. Si cet abus continuait, qua pouiTciit entreprendre la cour qui ne fût contrôlé devance, examiné, jugé, critiqué, apprécié? Le i ublic se mêlerait de tout, voudrait fourrer dans tout son petit intérêt, com terait avec la Trésorerie, surveillerait la haute police, et se moquerait de la diplomatie. La nation, enfin, ferait marchar le gouvernement comme un cocher qu'on paye, et qui doit nous mener non où il veut, mais où nous prétendons aller, et par le chemin qui nous convient . chose horrible à penser, et contraire au droit divin et aux capitulaires!
» Mriis oomme si c'é'-ait peu de toutes ces machinations contre les bonnes mœurs, la g *an la propriété et hs riviléges das h utes clas- Fes, voici bien autre ch>se! On mande de Berlin que le docteur Kirluusen, fameux mathématicien, a depuis neu imaginé de nouveaux caractères, une nouvelle près e maniable, légère, mobile, portative, à mettre d«n» la poche, expédilive surtout, et dont I usi ge est tel qu'on écrit comme pn parle, aussi vue, aisément. C'est une lathilypte. On peut, dans un salon, &<ns que personne s'en diute, imprimer tout co que I on dit, et, sur le lieu même, tirer à mille exemplaires toute la conversation, à me^re que les ac.eurs parlent. La plume, de cette façon, ne servira presque plus, va devenir inutile. Une femme, dans ton ménage, ku lieu d écrire le compte de son linge à laver eu le journal de sa dépense, l'imprime, di',-on, pour avoir \ lus tôt fuit. Je vous laisse à penser, monsieur, quel déluge va nous inonder, et ce que pourra la censure contre un pareil débordement Mais on ajoute, et c'est \i pis pour quiconque pense bien et toucha un traitement, qua la com M nui son de ces nouveaux caractères est si simple, si cluire, si facile a concevoir, que l'homme le plus grossier apprend «n une leçon à lire et à écrire. Le docteur en a Lit publiquement l'expérience avec un succès eflrayant; et un paysan qui, la veille, savait à \ eine compter se.- dugts. «près une instruction de huit à dix minutes, a composé et distribué aux assistants un potil discours fort bien tourné, en bon sllamand, commençant par ces mots : De si o'es ho nomos, c'est-àdire, comme on me Ta traduit. La loi doit gouverner. Qù en sommesnous, grand Dieu! qu allons-nous devenir! Heureusement, l'autorité avertie a pris des mesures pour la sûcaté de I Etat ; les ordres sont donnés, tonte la police de I Allemagne est à la poursuite du docteur, avec un prix de cent mille florins a qui le livrera mort ou vif, et Ton attend fe choque moment la nouvelle de son arrestation.
» La chose n'est pas de peu d'importance ; une pareille Invention, dans le siècle où nous sommes, venant à se répondre, c'en serait fait de tontes les bases de l'ordre soci»! ; il n y aur< L plus rien de caché pour le public. Adieu Us ressorts de la politique: Intrigues, complots, notes eecrèto» ; plus d hypocrisie qui ne lu bicn.Ot démat-quée, d imposture qui ne nu démentie... Comment gouverner après cela? »
Les pamphlets de Paul-Louis Courier sont lus avec avidié par toute la France : la presse en est-elle plus libre?
Vous tous qui prétendez que j'ai tort lorsque je nie la puissance de la presse. dite:-nioi donc par quelles conquêtes définitives, par quels progrès durables cette puis* irance s'est traduite en faits accomplit»? Sinon par I impuissance de la presse, comment expliquer que tout ce qui a été écrit et dit dtpuis cent ans en laveur de la lihei\é de là presse soit resié à l'état de paroles d'L-afe dans le dé&ert? Comment expliquer que scient restés vains et stériles les éloquents discours de Mirabeau,- de lie yer-Col lard, de Casimir Perier, de Scbastiani, de lh.mnnn, de Tracy, de Dtpin aine, de Charles Dt pin, d'Odilon fiarrot, de Bignon, du général Foy et du géner.il Bertrand, etc.; les savants rap]x>rts de Sicyès, de Portalts, de Pasloret, de Ray noua ni, etc.; les vigjureux écrits de Voltaire, de Beaumarchais, de Chateaubriand , de Benjamin Constant, de Paul- Louis Courier, d'Atmand Carrel, d'Alexis de Tocqueville, de Lacordaire, de Lamennais, d'Achille Murât, de Milton, de Blackstone, de Junius, de Jefferson, de Filangieti, etc. ; et enfin les tardifa aveux de Napoléon l*rt Comment expliquer que, plusieurs fois en possession de sa libené, la preste l'ait toujours perdue?
M. PRÉVOST-PARADOL ET L'IMrUXITÉ DE LA PRESSE
4 Juin 4863.
Partisan de « la liberté réglée par des lois sages » 4, M. Prévost-Paradol m'attaque en ces termes :
i^M— — «»^— fc*- ■■•^-■P*— •■*— ****-^^>
t Circulaire aux électeurs de la Dordogne, mai IMS.
m ims
« Entre le déoret de 185* et cette ijfcoMPRiatiffiiBLB mbmxé UUmitée dont on nous fatigue, il y a place pour un nombre infini de lois équitables et praticables sur fa presse. Enfin, nous n'étions pas prér cisément un peuple barbare avant le décret de 1852 et il y a dans notre législation antérieure sur la presse d'utiles traditions qui) serait aisé de reprendre. Sans être le dernier moi de la sagesse humaine en cette matière, la loi de 1819, votée par les Chambres de la Restauration, serait reçue aujourd'hui avec gratitude par tous les libéraux de France. Si l'on ne veut pas aller jusque-la d'un seul coup, les fameuses lois de septembre, qui ont été votées sous la monarchie de Juillet et qu'on accueillerait encore avec reconnaissance, pourr raient servir de transition et nous prépareraient à une liberté plus grande. Nous ne nous dissimulons pas que nos ministres orateurs ont contre ces lois de septembre des objections de diverses sortes : jadis ces lois leur paraissaient si rigoureuses, qu'elles anéantissaient à leurs yeux la liberté de la presse ; aujourd'hui elles leur paraissent si indulgentes, qu'elles rendraient à leurs yeux la répression de la
grosse impossible. Us allaient beaucoup trop loin alors ; ils vont cerlinement trop loin aujourd'hui. La vérité est entre ces deux extrêmes. »
« Je fatigue » M. Prévost Paradol !
La lioerté que je revendique sans relâche depuis vingt ans est une « liberté incompréhensible. »
En matière de presse, la vérité, selon lui, est entre la loi du 9 septembre 1835 et le décret du 17 février 1852.
Que H. Prévost-Paradol essaye donc de rédiger dans ces termes, posés par lui, une loi sur la presse qui tienne debout, qui résiste à l'expérience ! Je l'en défie.
En matière de presse, M. Prévost-Paradol n'admet rien de
Elus, rien de mieux que le. retour à la juridiction du jury, ouïe jurés condamnant M. de Lamennais, traduit devant eux en 1840 par M. Thiers et par M. Guizot, pour une brochure intitulée: le Pays et le Gouvernement... voilà l'idéal de M. Prévost-Paradol ! Le jury condamnant à outrance Béranger, qui eut à sa mort des funérailles nationales ; le jury condamnant M. de Jouy et M. Jay, deux membres de l'Académie française, suspects de bonapartisme ; le jury condamnant M. Anselme Petelin, aujourd'hui conseiller d'Etat et directeur de l'Imprimerie impériale ; le jury condamnant M- Pagnerre, le créateur du Comptoir d'escompte en 1848, pour avoir édité, en 1835, trois chansons ; le jury condamnant, sous le ministère de M. Guizot, en 1841, ftt.'Thoré Jour un écrit intitulé : la Vérité démocratique; le jury conamnant, toujours sous le ministère de M. Guizot, en 1844, M. Louis Veuillot pour un écrit intitulé : la Liberté de l'enseignement, procès de Vabbé Combalot; le jury, sous la monarchie de 1830, entassant condamnations sur condamnation»-eentre la Gazette de France; le jury aboutissant à la suppression du National, à la. suppression de la Révolution
de 4850, à la suppression du Capitule, etc. ; le jury, sous la république de 1848, condamnant, en 1849, pour un cas douteux de doctrine constitutionnelle, M. Proudhon à trois ans de prison qu'il a subis à la Conciergerie... voilà l'idéal de M. Prévost-Faradol ! voilà la fameuse garantie dont il souhaite le rétablissement, parce qu'elle a sufû au Journal des Débals. Et ce jeune écrivain de trente-trois ans ne veut pas que je dise qu'il représente le Passé. Il veut que je m'a-
Senouille dévotement avec lui devant le jury et devant la loi u 9 septembre 1835 ! Non, non I Pour fléchir le genou devant une juridiction dont le rétablissement serait la négation de l'inviolabilité de la pensée, la négation de l'impunité de la presse, mes muscles n'ont plus assez de souplesse, et pour distinguer la différence entre la législation de 1835 et la législation de 1852, mes yeux, qui ne sont plus des yeux de trente- trois ans. ne voient pas assez clair. S'il était vrai que M. Emile Ollivier, cet esprit si juste et si sagace, ne souhaitât pas autre chose pour la presse que ce que demande M. Prévost-Paradol, j'en serais fâché, je l'avoue, pour l'élu de la troisième circonscription de Paris; mais cela prouverait seulement qu'il n'a pas encore fait de la presse une étude aussi approfondie que celle à laquelle je me suis livré depuis une époque qui remonte plus loin
Ïue celle où le jeune M. Prévost-Paradol était encore au erceau.
Je fais à M. Prévost-Paradol l'honneur de croire que sa tolérance religieuse se révolterait à la pensée qu'un jury pût, en 1863, condamner un Français, un chrétien, parce que ce Français, ce chrétien penserait, dirait, écrirait, par exemple, que dans l'eucharistie il n'y a point, après la consécration, de changement d'une substance en une autre. Comment 1 sa tolérance religieuse se révolterait à la pensée d'une telle condamnation, et sa tolérance politique trouverait tout simple qu'en 1863 un jury condamnât un Français, un contribuable, parce que ce contribuable et ces jurés ne seraient pas d'accord, soit sur l'interprétation à donner à tel article de telle Constitution ou de telle loi, soit sur l'opportunité de telle mesure prescrite ou de tel acte accompli par tel ) gouvernement. Dans cette tolérance si large en matière de oi religieuse et dans cette tolérance si étroite en matière de foi politique, il y a là une contradiction; une inconséquence sous le coup de laquelle je ne comprendrais pas que restât le jeune rédacteur du Journal des Débats. Je le comprendrais d'autant moins que j'ai lu, dans le numéro du l*r janvier 1863 de la Revue des Deux-Mondes, je ne dirai pas sa