ILLIMITÉE
* Mémoires sur Ut Cent-Jours, par Benjamin 'Gouttant. '
* Mémorial de^ Sainte-Hélène, 1 SI S. '
516 IMS
Ce qui précède est conBrmé en ces ternies par V Histoire du Consulat et de V Empire :
m Le palais des Tuileries, pendant la soirée du 20 mars, présenta le spectacle d'une joie confuse et bruyante, que le respect, toujours fort amoindri par les révolutions, ne contenait plus...
• Les courtisans sont toujours et partout les mêmes devant le succès, et les hommes oui, pendant le séjour de l'empereur à Me d'Elbe, avaient montré la plus extrême prudence et recommandé aux impatients de ne point oouçer sans les ordres du maître, exposaient avec complaisance au triomphateur leurs services et leurs conspira tiens.
» -«-Je vois, leur dit Napoléon, qu'on a conspiré, et, oonttnua-t-H en souriant, je veux bien croire que c'est pour moi. Quant à moi, je n'ai conspiré avec personne. Mes seuls correspondants ont été les journaux.
» Lorsque j'ai vu, en les lisant, de quelle manière on traitait l'armée, les acquéreurs des biens nationaux, et, en général, tous les hommes oui avaient Hé leur cause à celle de la Révolution, je n'ai plus douté dés sentiments de la France, et j'ai résolu de venir la délivrer de l'influence des émigrés.
» Une fois échappé à la mer, je me suis présenté aux soldats, et je leur ai demandé s ils voulaient tirer sur moi. Us m'ont répondu en criant : Vive l'empereur! Les paysans ont répété ce cri en y ajoutant : A bas les nobles ! à bas les prêtres!... Et les vrais conspirateurs 4&i m'oût préparé ces amis ont été les Bourbons eux-mêmes. Maintenant, Il faut profiter de leurs fautes et des nôtres, ajouta-t-il en Inclinant la tête avec un sourire modeste. Il ne s'agit pas de recommencer le passé. Je viens de demeurer une année à 111e d'Elbe et le, comme dans un tombeau, j'ai pu entendre la voix de la postérité. Je sais ce qu'il faut éviter; je sais ce qu'il fout vouloir. J'avais conçu 4e magnifiques rêves pour la France... Je n'ai pas besoin de vous dire que j'y ai renoncé... Je veux la paix, et moi qui n'aurais pas consenti a signer le traité de Paris, je m'engage, maintenant qu'il est signé, à l'exécuter fidèlement... Mais ce n'est pas la paix seule que je veux donner à la France, c'est la liberté.
» Notre réto est de faire résolument et bien tout ce que les Bourbons n'ont pas su foire. Ils ont alarmé les intérêts légitimes de la Révolution, et ont outragé notre gloire tout en voulant caresser les chefs de l'armée, tl faut rassurer ces intérêts et relever cette gloire. Il fout plus, il fout donner franchement la liberté qu'ils ont donnée contraints et forces, el tandis qu'ils l'offraient d'une main, essayant de la retirer de l'autre.
» Pour moi, sauver la cause de la Révolution, assurer notre Indépendance par la politique ou par la victoire, et puis préparer un trêne constitutionnel à mon fils, voilà la seule gloire à laquelle j'aspire... Sans tarder, nous rendrons demain la liberté de la preste. « La » liberté de la presse! s'écria Napoléon, pourquoi la craindrais-je » désormais?... Apres ce qu'elle écrit depuis un an, elle n'a plus rien » à dire de moi, et 11 lui reste encore quelque chose a dire de mes * nchrersaires... *
«... H (l'empereur Napoléon 1- préparant l'Acte additionnât) paraissait, sous certains rapports, entièrement converti, et particulièrement sur le plus important de tous, celui de la libre discussion des actes du pouvoir par la presse quotidienne.
» Sans* d*nlfes*il y % quelque chose qui au premier aspect révolte les âmes honnêtes : cest d'entendre ayofjdissâwsnent le» vrai et le faux, et le faux bien plus souvent que le vrai; d'entendre l'ignorance
ou l'improbité prétendre redresser les plus savants, les plus probes, et tout déisjurer cyniquement, impudemment, sans mesure. Mais il y a dans retat contraire, c'est-à-dire dans le silence forcé d'une nation éclairée, de quoi surpasser les inconvénients de Ja Hberté la plus excessive. En effet, un pouvoir couvert par le silence peut tout, et qui peut tout est tenté de tout foire ; de sorte qu'en y regardent bien, on se trouve placé dans cette alternative : ou laisser dire ou laisser commettre des indignités.
» Or le choix ne saurait être douteux, et à la pratique on reconnaît bientôt qu'il vaut mieux laisser dire des indignités, pour que ceux qui gouvernent soient empêchés d'en commettre. De plus, le défaut de contradiction engendre peu à peu une telle défiance, qu'un
gouvernement peut moins se défendre contre les faux bruits, contre i calomnie échangée de bouche en bouche, qu'il ne le peut contre une pièce l'attaquant à la face du ciel.
» A la vérité, cette sourde défiance du public, qui dans le régime du silence accueille si volontiers la calomnie et dément ainsi la -punition du pouvoir absolu, opère moins vite que la calomnie audacieuse de la presse libre ; mais ce mal lent et sourd qui mine est au moins aussi funeste quand il a gagné les masses, que le mal patent de la licence. On peut atteindre ce dernier par la réponse contradictoire : impossible d'atteindre l'autre dans l'ombre où 11 se cache*. Sans compter qu'il arrive un jour, jour bien mal choisi, car c'est celui du malheur, où toutes les barrières venant à tomber a la fois, la passion longtemps contenue éclate, verse sur vous l'énorme arriéré de vingt ans d'injures, et vous accable quand il n'y a plus une voix pour vous défendre, plus une oreille pour vous écouter.
» Ces expériences, Napoléon venait de les faire, et, suivant sa destinée toujours extrême, il les avait faites complètes et terribles. Disposant pendant son premier règne de tous les organes de l'opinion, il avait vu naître dans le public une telle incrédulité, qu il ne lui était plus permis de démentir un fait faux ni d'attester un fait vrai ; à ce point que le pouvoir était pour ainsi dire sans voix, et que Ton ajoutait plus de Toi aux bulletins de l'ennemi qui mentaient qu'à ceux du gouvernement qui disaient vrai. Aussi Napoléon avait-il renoncé, en 1813 et 1814, à publier des bulletins, et se contentait-il d'insérer au Moniteur des lettres qu'on donnait comme écrites par des officiers de Tannée à divers personnages de l'Etat... » i
Je suis d'accord avec H. Fiévée, que Napoléon Ier avait choisi pour qu'il fût son correspondant :
« Ceux qui croient que les gouvernements ne tombent que devant la violence se rassurent en disant qu'ils mourront l'épée a la main. Ils sont aussi braves que don Quichotte, qui avait incontestablement un grand courage ; seulement, ils sont un peu plus fous. Don Quichotte mettait l'épée à la main contre des moulins à vent ; mais peut-on frapper des doctrines avec une épée?
» Les lois préventives, les mesures préventives, les agents préventifs n'ont pas manqué au pouvoir absolu qui gouvernait la France avant la Révolution : pourquoi donc s est-il trouvé sans force ? C'est que les agents de ce pouvoir, sans habileté depuis qu'il n'y avait plus de résistance légale, n'avaient pas même compris que les intérêts nouveaux introduits dans la société exigeaient de la part du gouverr
i tbvm. Histoire du Consulat et de r Empire, tome XIX, page 108.