‹ Les droits de la pensée; questions de presse: 1830-1864Chapitre 144 sur 156 · J. GARIBALDI · texte numérisé non relu

J. GARIBALDI

Jamais calomnie n'a résisté au mépris et ne s'est rejçvée sous lui. La calomnie ne prend la parole que pour qu'on lui réponde. Ne lui répondez pas. et il ne restera pour l'auteur de la calomnie que la honte d'avoir calomnié. Si Beaumarchais ressuscitait, il serait de cet avis ; il ne dirait plus : « Calomniez , calomniez ! il en restera toujours quelque chose... » Il dirait: Ne répondez jamais à la calomnie; si vous n'y répondez pas, il n'en restera rien.

49 novembre 4863.

Une erreur commune est celle qui consiste h croire qu'un article de journal, qui a paru le matin et qui sera oublié le soir, ou qui a paru le soir et qui sera oublié le lendemain, puisse porter atteinte à la solidité d'un gouvernement solide, è la considération d'une Assemblée considérée, ou même à l'honneur d'une personne honorable ; mais quand on voit celte erreur opiniâtrement partagée par les journalistes eux-

mêmes J, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'elle le soit par le Corps législatif personnifié dans son président.

Si l'opinion que nous sommes seul à soutenir dans toute la presse est erronée, H. le duc de Morny a eu raison, parfaitement raison de s'exprimer comme il l'a fait à l'occasion d'un article du Journal des Débats. Le premier juge. 3u'on a de son honneur, c'est soi-même. Telle injure, telle iffamation qui paraîtront très graves ne provoqueront que le dédain ; telle autre injure, telle autre diffamation qui paraîtront très-légères donneront lieu à un procès ou à un duel. L'injure et la diffamation ne doivent donc pas se mesurer relativement à elle-mémes ; elles doivent se mesurer relativement à la susceptibilité qu'elles ont blessée.

Si l'article du Journal des Débats qui a motivé le discours de M. le duc de Morny a blessé la susceptibilité du Corps législatif, nul n'est fondé à la qualifier de .susceptibilité exagérée. Tout écrivain, quelque réserve qu'il apporte dans • les termes de ses appréciations, doit toujours s'attendre, en France, à être traduit soit à la barre du Sénat, soit a la barre du Corps législatif, soit à la barre des tribunaux. C'est la conséquence rigoureuse de la doctrine opposée à la nôtre. Mais ce qui prouve que déjà nos mœurs valent mieux que nos lois, c'est le petit nombre de procès en diffamation qui ont lieu relativement à l'immense nombre de diffamations mises chaque jour en circulation. Il y a certains journaux dont • c'est à la fois l'industrie, l'attrait et le succès. Or ces jour- * naux, qui seraient ceux qui devraient être assujettis au cautionnement le plus considérable si. la loi sur la presse était conséquente, sont précisément ceux qu'elle a exemptés de toute caution. Supprimés par une condamnation judi- J ciaire, ils peuvent reparaître le lendemain sous un autre titre, sans être tenus de solliciter et d'obtenir aucune auto-: risation. 11 n'y a d'astreints à l'autorisation ministérielle et au cautionnement préalable que les journaux qui traitent de matières politiques et d'économie sociale.

1 « Bien que la source de la considération nécessaire aux Assemblées soit surtout en elles-mêmes, nous n'avons jamais contesté le droit qui leur est attribué de se défendre contre les attaques extérieures qui dépasseraient la limite d'une critique indépendante... Il v a. en effet, un certain genre d attaque par la voie de la presse on <)e la parole que les Assemblées ne peuvent longtemps souffrir sans dommage pour le pays et pour la mission qui leur est confiée.

» Le secrétaire de la rédaction,

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