L'UXITÉ DE COMPTE RENDU LÉGISLATIF
44 janvier 4864.
Une question d'une certaine importance sY>l pj&ée. à la suite de plusieurs réclamations contre le compte rendu analytique des discours prononcés dans l'enceinte du Corps législatif.
Ces réclamations étaient-elles fondées?
A ce sujet, nous sommes pleinement de l'avis de M. le duc de Morny... Le compte rendu analytique est aussi bien fait qu'il est possible de le faire, vu le "peu de temps et le peu d'espace que les rédacteurs ont devant eux. Tout comble rendu réduit sera toujours forcément infidèle, et donnera constamment lieu à des réclamations plus ou moins motivées .
Lorsque le compte rendu était libre, c'est-à-dire lorsque chaque journal avait son personnel composé de quatre ou cinq sténographes, est-ce que des réclamations infiniment plus nombreuses et mieux fondées n'avaient pas journelle-
ment lieu? Est-ce que le Siècle, est-ce que la Presse, par exemple, n'en étaient pas assaillis?
C'est donc à tort que M. Glais-Bizoin s'est élevé contre ce qu'il a appelé le compte rendu « imposé ».
Nul n*a le droit, nul n'est libre, nul ne doit l'être de dénaturer, de tronquer, d'analyser, d'abréger, de supprimer le discours ou le plaidoyer qui a été prononcé à une séance ou à une audience dont il est rendu compte.
On doit reproduire les discours ; on ne doit pas les réduire.
Contre la reproduction des discours dans le Moniteur est-ce qu'il s'élève une seule réclamation? Non; au contraire, il n'y a de tous côtés qu'une voix pour rendre hommage à la scrupuleuse, à l'irréprochable, à l'étonnante, à la merveilleuse fidélité de celte reproduction.
Si la reproduction est unanimement louée et si la réduction est généralement critiquée, qu'en doit-on conclure? On en doit conclure qu'il faut supprimer la réduction et ne garder que la reproduction.
11 ne doit y avoir qu'un compte rendu. Dès qu'il y a deux comptes rendus différents, si l'un est exact, l'autre nécessairement ne l'est pas.
i'nité db compte rendu : voilà le vrai, voilà le simple !
Contre cette unité do compte rendu il s'est élevé des objections. Contre quelle réforme, si petite qu'elle soit, ne s'en élève-t-il pas ' ? Afin d'avoir une idée exacte de la timidité qui s'oppose à toute réforme, quand elle n est pas provoquée par In concurrence, on n'a qu'à relire, dans la réponse de M. Rouher au dernier discours de M. Thiers, le passage qui est relatif à la suppression des quarantaines, à la réforme postale, au billet de banque de cent francs, à l'échelle mobile, etc., etc. « Proposer de faire ce qui est
i Pour juger des objections qui ont été présentées afin de démontrer que ce qui a été fait n'était pas faisable, lire le rai Port de M. de la Hochet te, au nom 'de la douzième commission d'initiative parlementaire, sur la proposition de M. Emile de Girardin relative aux moyens d'assurer l'impartialité du compte rendu, dans les journaux, des séances législatives et des audiences judiciaires.
Cette proposition était conçue en ces termes :
« Il sera nommé par les bureaux une commission de quinze membres, chargée de présenter à l'Assemblée législative un rapport sur les moyens d'assurer la fidélité et l'impartialité du compte rendu, dans les journaux, des séances législatives et des audiences judiciaires. »
AS3KIIBLÉE NATIONALE LÉGISLATIVE, séance (ili %8 juillet 1850.
faisable, c'est comme si Ton proposait de faire ce qui se fait, » a écrit avec raison Jean- Jacques Rousseau.
Le moyen présenté par M. Jérôme David vaut ce que vaudrait une proposition qui consisterait à dire : « Un train de grande vitesse ayant déraillé sur un chemin de fer, les trains de grande vitesse sont supprimés. A l'avenir, on ne voyagera plus qu'en train de petite vitesse, on ne fera plus que dix kilomètres à l'heure. »
En même temps que l'on doit tenir compte de la stricte fidélité des discours reproduits, est-ce qu'on ne doit pas tenir également compte de la légitime impatience des lecteurs de journaux? N'est-ce donc pas déjà trop que de les obliger d'attendre au lendemain pour pouvoir lire des discours que rigoureusement on pourrait lire à Paris le soir même du jour où ils ont été prononcés?
Quoique présentées par « un homme du métier », les observations de M. Guéroult ont trop montré qu'elles avaient été improvisées et qu'elles manquaient de maturité.
Si la commission, dont M. O'Quin était l'un des membres et dont il a rappelé les travaux, n'a conclu Tannée passée à rien de mieux que ce qui a eu lieu, c'est qu'elle a agi comme agirait un malade qui enverrait chercher un médecin pour le guérir et à qui ce médecin dirait : « L'air que vous respirez est vicié, il faut changer d'air, » mais qui n'en chan- Serait pas et continuerait de souffrir et de se plaindre. Eviemment ce ne serait pas la faute du médecin, ce serait la faute du malade.
Le régime fiscal de la presse périodique en France n'est pas meilleur que son régime légal. Si l'on veut que la presse change d'errements, il faut la changer de régime. Elle est à l'état maladif d'une personne malsaine ou d'une plante souffreteuse.
Entre les droits de la polémique et les devoirs de la publicité, il convient de distinguer : ceux-ci sont les correctifs naturels de ceux-là. Que la polémique soit partiale, si elle ne peut s'élever plus haut, mais que la publicité ne le soit jamais et ne puisse jamais l'être 1
Que tous les journaux, sans distinction entre les journaux de Paris et les journaux des départements, soient placés dans cette alternative : ou de ne rendre aucun compte, sous aucune forme, des débats législatifs et des actes du gouvernement, ou d'être tenus d'insérer en leur entier le compte rendu sténographique des séances du Sénat et des séances du Corps législatif, les exposés des motifs et le texte des lois.
QUESTIONS DE PBESSE 607
Mais que de son côté le gouvernement, à titre de compensation, supprime le timbre en élevant à 10 centimes par feuille transportée le droit de poste!
Nous allons au-devant de l'objection que nous prévoyons. On dira que ce retour aux vrais principes, en matière de
ftublicité et de polémique, porterait un préjudice grave à 'existence de beaucoup de journaux de petites villes. Mais parce que ces journaux seraient réduits à n'être plus que des feuilles d'intérêt local? y aurait-il là un motif suffisant
Eour immoler un grand principe à une petite considération ? 'entier et libre développement de tout ce qui porte en soi une force expansive : voilà la vraie loi de toute ascension démocratique, de toute supériorité scientifique ou industrielle, de toute liberté commerciale, de toute grandeur nationale 1
Le moyen de résoudre les questions, ce n'est point de les prendre par un seul côté et presque toujours par le plus étroit; c'est de les prendre sous toutes les faces et en remontant toujours de l'effet à la cause.