DE LA PRESSE PÉRIODIQUE ET DE LA LIBRAIRIE
Avant que le Journal des Connaissances utiles parût et comptât cent trente-deux mille abonnés, celui des recueils usuels, agronomiques, industriels, scientifiques ou littéraires, qui avait le plus grand nombre de souscripteurs, n'en comptait pas trois mille. — La moyenne d'abonnés de ces recueils était quatre cents.
M. Guizot, alors ministre de l'intérieur, disait le 24 novembre 1830 :
« Le but principal de l'instruction primaire est d'enseigner au peu-
{)le la lecture, récriture et le calcul ; mais tout en acquérant ces notions ondamentales, il doit aussi recevoir de salutaires leçons de morale, de patriotisme et d'économie domestique. Enfin, il importe que des explications simples et claires lui soient données sur les merveilles de la nature, sur les phénomènes qui font "naître et entretiennent la plupart des préjugés populaires, sur les procédés des arts utiles et de l'agriculture, sur les faits les plus remarquables de l'histoire nationale. La presse périodique remplira aisément ces conditions essentielles, lorsque des journaux bien adaptés h leur destination seront en usage dans les campagnes.
» C'est ainsi qu'en mettant les idées en circulation en présence des masses de lecteurs, et donnant aussi au pouvoir des conseils par la critique qu'elle émet, par l'accueil qu'elle fait à toutes les doctrines, la presse périodique est destinée à s'introduire « rogressivement dans l'administration publique, et à devenir pour les peuples un moyen de se gouverner eux-mêmes. »
M. Benjamin Constant disait :
a Les journaux doivent être le livre de ceux qui n'en ont pas, le livre
Sue tout le monde lit d'un bout à l'autre ; chaque homme en France, epuis le mendiant sans asile jusqu'au roi dans son palais, ayant des droits que la loi consacre et protège. »
Les rédacteurs du journal le Globe publiaient le 29 juillet 1831 :
« Les classes inférieures manquent de lumières! elles ont surtout des besoins moraux d'une grande étendue ; elles ont besoin d'espoir et de confiance ; elles ont besoin d'avoir des chefs qu'elles aiment et dont elles soient aimées ; elles ont besoin qu'on leur inspire envers les classes supérieures des sentiments de conciliation ; elles ont besoin de substituer à des habitudes brutales des habitudes pacifiques. »
M. de Cormenin écrivait :
a Ce sont les journaux, véritables instituteurs publics, professeurs d'économie et de liberté, qui ont fait pénétrer dans les masses parisiennes ces idées d'ordre, de légalité et de générosité qui ont, aux yeux de l'Europe étonnée, caractérisé d'une manière si frappante et si glorieuse pour la France la différence des 1 évolutions de 1789 et de 1830.
» Il faut des journaux à bon marché, qui sillonnent la France dans tous les sens, et qui, dans leur appareil agricole, industriel, commercial, scientifique et politique, visitent chaumières, ateliers et métairies, écoles, presbytères et châteaux, sous toutes les formes et au plus bas prix.
» Les journaux sont une marchandise trop chère : c'est la presse à bon marché qui seule peut traverser l'opacité des masses, et achever l'éducation constitutionnelle du peuple.
» C'est donc vers l'amélioration physique, morale et intellectuelle des artisans, des laboureurs, des industriels et des souffrants que la presse périodique doit diriger exclusivement l'unité de ses efforts, pour que la Révolution, faite par le peuple, profite avant tout au peuple, en le rendant progressivement plus laborieux, plus éclairé, plus moral, plus heureux et plus libre. »
Tels étaient les vœux que s'accordaient à former les hommes les plus éclairés et les plus capables; mais ces vœux, si éloquemment exprimés en faveur de la presse populaire et à bon marché, personne ne songeait h les réaliser.
Deux obstacles s'y opposaient :
La fiscalité de la législation à l'égard de la presse périodique;
Le peu de superficie et de profondeur de l'instruction primaire en France.
En novembre 1830, une réunion des gérants et des écrivains des principaux journaux eut lieu dans les bureaux de la commission de la Chambre des pairs, chargée de l'examen de la dernière loi sur la presse périodique. La suppression du timbre rouge qui frappait les journaux politiques quotidiens, la réduction d'un centime sur le port de la poste y