DE LA CRITIQUE PRÉVENTIVE
44 septembre 4837.
Nous n'hésitons pas à le déclarer et à le prédire ! si d'ici à vingt années la presse périodique ne subit pas une réforme radicale, réforme légale, réforme fiscale, réforme morale, il ne sera pas plus permis à cette époque d'établir un journal, qu'il n'est permis aujourd'hui de lever un régiment d'infanterie ou de cavalerie.
La critique qui n'attendrait pas, pour s'exercer sur l'œuvre, que l'auteur ou l'artiste l'eût finie, empêcherait tous les artistes et auteurs de jamais rien terminer, de jamais rien produire.
Les journaux se sont toujours énergiquement récriés contre les lois préventives, et jamais le gouvernement ne s'est élevé contre la critique préventive qu'ils exercent sur toutes les intentions qu'ils lui supposent !
Pour un peu de mal que la critimie préventive a pu empêcher et empêchera de faire, quel mal n'a-t-elle pas fait, mais surtout quel bien a-t-elle empêché et empêchera-t-elle encore de faire ?
Ressuscitez Sully, Mazarin, Richelieu, Colbert, Turgot, tous nos plus grands ministres, ressuscitez Napoléon, et demandez-leur de gouverner la France avec la liberté de la presse telle qu'elle y est entendue et pratiquée ; dites-leur d'y exécuter les choses glorieuses et utiles qu'ils concevront. Aucun n'osera le tenter. Si vous en doutez, demandez à Na-
QUESTIONS DE PRESSE 9l
poléon, non pas ce qu'il ferait, mais, ce qui est moins douteux, ce qu'il fit.
Gouverner est l'art d'agir et de se taire; ce n'est pas l'art de parler de tout et sur tout; c'est l'art d'exécuter opportunément ce qui a été conçu, prévu, mûri dans le recueillement.
Ce recueillement, cette maturité nécessaires sont-ils possibles avec la liberté de la presse telle qu'elle est entendue et pratiçruée? Nous n'hésitons pas à répondre : Non. — Fautil donc aéscspérer de l'avenir? Non. — Faut-il donc anéantir la liberté de la presse? Non. — Que faut-il donc faire? En chercher et en trouver la loi.
La presse périodique attend son Fulton. Bien comprise, elle rendra de non moins grands services que la vapeur depuis qu'elle est maîtrisée par le génie de l'homme. — Vous voulez le rétablissement de la censure? — Non, car pour la conduire nous ne voudrions même ni de votre pénalité, ni de votre fiscalité, ni du timbre, ni des cautionnements. — Comment feriez-vous donc? — Quand ce serait fait, on vous le dirait. Qui ne sait rien taire ne sait rien exécuter.
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