‹ Les droits de la pensée; questions de presse: 1830-1864Chapitre 53 sur 156 · DE LA DÉCENTRALISATION DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

DE LA DÉCENTRALISATION DE LA PRESSE

Tel qu'il s'exerce communément, le journalisme est un pouvoir arbitraire, tyrannique, soupçonneux, qui perpétue dans le sein de notre société toutes les anciennes traditions des comités de salut public; cette comparaison n'est pas outrée, car, à l'exception du sang v^rsé, que faisaient de moins les comités révolutionnaires que ce que font les journaux qui les ont remplacés ?

Leurs dénonciations poursuivaient sans relâche quiconque n'était pas ou cessait d'être le complice de leurs fureurs. Tout homme, dès qu'il parvenait au pouvoir, fût-il sorti de leurs rangs, devenait suspect à leurs yeux. Dès lors sa perte était conjurée, sa mort inévitable.

Toutgénéral, qu'il réussttou qu'il échouât, à peine nommé, était déjà suspect;

Tout ministre, par le seul fait de son titre, était suspect :

Tout membre modéré d'une assemblée était suspect ;

Quelle que fût son intégrité, il était réputé vendu;

Quel que fût son patriotisme, il était dénoncé comme ambitieux, hypocrite et traître.

En quoi ce qui se passe aujourd'hui dans les bureaux de journaux diffère— t-il de ce qui se passait alors dans les comités révolutionnaires ?

Autrefois c'était la vie qui était mise en péril, maintenan c'est l'honneur. — La diffamation a pris la place de l'échafaud; et c'est une justice à lui rendre, la diffamation fait son devoir avec non moins de zèle que la guillotine fit le sien de 93 à 94.

A-t-on plus d'égards, plus de bonne foi, plus de justice ?

Quelle réputation, quelle position, quel caractère éminents ont échappé, nous le demandons, aux accusations successives et aux dénonciations permanentes du journalisme?

A lire les journaux, en vérité, ne dirait-on pas que l'honneur et l'intérêt du pays ne sont en sûreté que (fans leurs bureaux?... A les en croire, l'honneur et l'intérêt de la France sont méconnus par les Chambres législatives et trahis par les ministres : les unes sont toutes vénales, les autres tous corrupteurs. A qui donc confier notre avenir ?

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Telle est la question grave que laisse à résoudre le journalisme en France, tel qu'il est constitué et tel qu'il procède révolutionnairement.

Le journalisme est à la presse ce que la centralisation est à la liberté. 11 n'en est pas la liberté, il en est la centralisation. 11 n'en est pas le droit, il en est l'abus.

Il est le fruit de cet arbre qui a pour branches : le cautionnement, le timbre, le monopole Je la poste et les privilèges d'imprimeur.

Le moyen d'abolir la tyrannie du journalisme, c'est de rétablir la liberté de la presse.

Le moyen de la rétablir, c'est de l'individualiser au lieu de la centraliser.

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