RÉFUTEZ ET NE RÉPRIMEZ PAS
29 octobre 1840.
Les journaux qui défendent en France les intérêts de l'ordre^ de la liberté et de la paix sont, il faut en convenir, en très-grande minorité; toutefois il en existe qui s'efforcent
de suppléer le nombre par la vigueur, la persévérance et le courage avec lesquels ils combattent les doctrines anarchiques et rétablissent les faits dénaturés par la mauvaise foi. Mais rien, absolument rien n'est fait pour limiter l'influence pernicieuse exercée par les publications dites démocratiques, éditées par M. Degouves de Nuncques,qui a ses magasins dans la même maison où le National a ses bureaux, et par le libraire Pagnerre ; c'est un champ fertile que ces messieurs exploitent sans concurrence. Pas un petit discours n'est débité à un banquet réformiste, pas un discours important n'est prononcé h la tribune par un député de Fopinion radicale, que ces discours ne soient aussitôt réimprimés en petits volumes, vendus à bas prix, colportés à grand nombre et pompeusement annoncés dans tous les journaux de départements dont M. Degouves de Nuncques, rédacteur du National, est le correspondant central.
L'opinion conservatrice regarde faire tout cela insoucieusement, comme s'il était indifférent pour elle que le peuple, hors d'état encore de discerner ce qu'il y a de sincère dans le langage qu'on parle à ses passions, lût des libelles ou de bons livres. 11 semble que ce ne soit pas son affaire de défendre la religion , la morale, la propriété, la royauté, toutes nos institutions attaquées, mais uniquement celle du ministère public !
Une telle insouciance est coupable, et le retour des excès révolutionnaires dût-il être encore une fois son expiation, qu'elle ne subirait que la peine qu'elle aurait méritée.
Comment! dans les rangs de celte opinion prépondérante se trouvent des propriétaires riches de plus de vingt millions, des banquiers plus riches encore, des gens enfin dont la fortune, la parcimonie ou la prodigalité sont le levain qui met en fermentation toutes les passions mauvaises ; et à ceux-là qui auraient tant à perdre à une révolution nouvelle, la pensée n'est pas encore venue de se réunir et de se cotiser pour former une sorte de fonds d'assurance de cent, de deux cent mille francs^ s'il le faut, consacré à l'établissement d'une librairie populaire qui pourrait s'appeler :