LÀ LIBRAIRIE À UN SOU
Cette librairie serait une fondation désintéressée qui existerait sous le patronage d'un Comité élu par les souscripteurs ;
Les fonctions du Comité consisteraient à désigner les ouvrages, discours, réquisitoires, plaidoyers, articles de jour-
naux, dont il déclarerait utiles la réimpression et la propagation ;
La feuille d'impression de 32 pages se vendrait le prix coûtant, c'est-à-dire 4 centimes aux libraires et aux colporteurs, qui ne pourraient pas la vendre au public plus de 5 centimes, attendu que ce prix serait coté sur chaque feuille ;
Ainsi un petit volume de 162 pages ne se vendrait que 25 centimes.
Mais l'idée serait incomplète et bâtarde, si elle se bornait aux réimpressions que nous venons d'indiquer; pour s'élever à la hauleur d'une création utile et féconde, il faudrait qu'en même temps que la librairie ne vendrait qu'uN sou la feuille d'impression de trente-deux pages, elle en payât la rédaction mille francs!
Le jour où le peuple saurait que tel petit volume de 320 pages, écrit exprès pour lui, se vendant dix sous, aurait été payé dix mille francs à l'auteur, les exemplaires s'en débiteraient par dizaines de mille !
Croit-on que cent feuilles d'impression, où toutes les grandes questions de morale, de politique et d'économie sociale à Tordre du jour seraient mises à la portée de toutes les classes de lecteurs, les moins comme les plus éclairés, ne représenteraient pas utilement la somme de cent mille francs qu'elles auraient pu coûter à une association qui se serait imposé la double loi de vendre très-bon marché les ouvrages dont elle aurait payé le manuscrit très-cher?
Croit-on qu'un almanach dont la rédaction ainsi largement rétribuée serait soumise à la garantie d'un Comité consciencieux et éclairé, ne l'emporterait pas sur ces almanachs prétendus démocratiques ou populaires qui ne sont que d'assez pauvres compilations?
Habilement présenté, le rapprochement de ces deux termes :