‹ Les droits de la pensée; questions de presse: 1830-1864Chapitre 68 sur 156 · FAIRE LE GOUVERNEMENT, QUI EMBRASSERA LA QUESTION TOUT ENTIERE · texte numérisé non relu

FAIRE LE GOUVERNEMENT, QUI EMBRASSERA LA QUESTION TOUT ENTIERE

M. Mauguin prit alors la parole et s'exprima ainsi :

« Cet amendement mérite toute l'attention delà Chambre. J'aurais voulu que son honorable auteur le rendit plus large, et qu'il demandât que toutes les feuilles périodiques fussent affranchies du timbre. (Agitation.)

» plusieurs voix : Appuyé ! appuyé!

» m. le président : L'amendement est-il appuyé? (Oui ! oui !)

» m. mauguin : Plusieurs de nos collègues appuient la pensée que je viens de leur présenter, et demandent qu'on fa soumette au vote de la Chambre. En conséquence, je fais cet amendement : je demande

' Moniteur du 8 novembre 1830, page i W>. * Moniteur du 20 juin 18V0.

182 lft«4-194*-I9«7— 1*49

que tontes les feuilles périodiques, scientifiques ou politiques, soient affranchies du timbre. (Vives réclamations. Mouvement en sens divers.)

o h. iiAUGum : J'ai voulu frapper seulement l'esprit de la Chambre de la position des écrits périodiques et de la nécessité de reviser la législation dans cette partie.

» J'ai vu, par le peu de mots oue j'ai dits, au'il y a dans cette Chambre un grand nombre de députés disposés à proposer et à adopter l'abolition du timbre sur les feuilles périodiques, les journaux. (Oui, oui I) Cependant je ne peux pas me dissimuler la gravité delà question ; nous ne devons pas la poser de manière à ce qu'elle soit résolue par surprise: cependant, pour la session prochaine, je m'engage positivement à reproduire ma proposition. »

Si M. Mauguin n'a pas reproduit sa proposition, ainsi qu'il l'avait promis, il faut sans doute l'attribuer aux événements politiques qui sont survenus ; mais il y a lieu de penser que (a faveur avec laquelle ses paroles avaient été accueillies par la Chambre ne manquera pas à la proposition de M. Cnapuys de Montlaville, que doivent appuyer vivement MM. de Lamartine, Dufaure, de Corcelles et de Tooqueville. M. de Lamartine avait dit : i

« Si j'avais une loi à faire sur la presse, elle serait d'un seul mot : je supprimerais le timbre, et j'enlèverais ainsi le monopole aux journaux. »

Le ministère du 29 octobre ne voudra pas laisser à ses successeurs l'avantage de l'accomplissement d'une mesure libérale et populaire, oui, judicieusement appliquée, peut ne coûter au Trésor public qu'un faible sacrifice. M. Lacave- Laplagne ne voudra pas se montrer plus rigoureux que M. Passy.

C'est au Directoire que les journaux français sont redevables de l'assujettissement du timbre. La première loi qui a soumis au timbre les journaux, gazettes, feuilles périodiques, feuilles de papier-musique, affiches, etc., est la loi du 9 vendémiaire an vi. (Articles 56, 57, 58, 59, 60, 61.) Cette loi fut présentée le 24 fructidor an v, quelques jours après le coup d'Etat qui frappait de la déportation quarante-deux journalistes.

En 1829, l'impôt du timbre sur les imprimés rapportait au Trésor 1,816,478 francs; en 1841, grâce au développement de la presse a 40 francs, il s'est élevé à

Moniteur de 1835, page 1929.

3,363,745 francs; en 1842, à 3,519,000 francs; en 1843, <» 3,630,273 francs, de laquelle somme il faut déduire les frais matériels d'apposition du timbre qui sont assez considérables.

La perception de l'impôt du timbre sur les imprimés est protégée par une pénalité exorbitante. Chaque feuille non timbrée constitue une contravention, et chaque contravention est frappée de la confiscation de la feuille saisie et d'une amende de 22 francs.

Le limbre sur les journaux anglais, qui était de 40 centimes, a été réduit, en 1836, par le ministère whig, à 10 centimes par feuille ayant moins de 99 centimètres carrés, non compris les marges; celle taxe peut paraître encore trèsélevée, mais il faut se hâter d'ajouter que tous les journaux et toutes les publications périodiques timbrées sont transportées gratuitement dans toute l'étendue du royaume, pourvu qu'ils aient été mis à la poste dans les sept jours de leur publication.

En Belgique, le timbre des journaux du format des feuilles françaises est de 4 centimes; en Suisse, dans certains cantons, il est de 3 centimes. En Allemagne, le timbre n'existe que dans quelques Etats. La Russie, la Prusse, la Bavière, la Saxe, le pays de Bade, etc., ne frappent la presse d'aucun droit de timbre; aussi la Gazette d'Augsbourg ne coûte-t-elle que 30 francs par an.

En Espagne, les journaux ne sont soumis qu'à un droit de poste très-faible. Le timbre n'existe pas aux Etats-Unis, où toute faveur est accordée, avec raison, à la publicité qui donne l'essor à l'industrie et au commerce, par le développement de la consommation.

Les produits des droits de poste sur les journaux et écrits périodiques ont produit, en 1841, 2,173,000 francs. Si la suppression du timbre doublait le nombre des envois de journaux, on voit que le Trésor ne subirait dans ses produits qu'une faible perte.

Un journal du format de la Presse, qui, net de remise, produit 46 francs par an, paye :

Droit de timbre, 365 n<* à 5 cent., 18 fr. 25 j ^ f «« Droit de poste, 365 nos à 4 cent., 14 fr. 60 \ ô~ ,r* °° c '

184 1*44— 134* — tS4t— 184*

Il n'encaisse donc en réalité que 13 francs 15 centimes par abonnement annuel, pour faire face aux dépenses suivantes :

Fourniture de 400 feuilles de papier pour 365 numéros;

Tirage de 400 feuilles ;

Pliage de 365 feuilles;

Bandes et mise sous bandes de 365 feuilles :

Composition de 365 numéros ;

Rédaction politique ;

Rédaction littéraire (365 feuilletons) ;

Correspondance;

Administration.

Lorsaue le journal, pour subvenir à toutes ces dépenses

Îui s'élèvent à des centaines de mille francs, n'a que 3 francs 15 centimes par abonnement annuel, n'est-il pas exorbitant que le timbre prélève 18 francs 25 centimes, plus que le coût du journal? Telle est la question, réduite à ses termes les plus simples.

25 mars 4844.

La Démocratie pacifique publie, à l'occasion de la proposition d'abolir la taxe du timbre à laquelle la presse périodique est soumise, des réflexions qui prouvent qu'elle ne connaît qu'imparfaitement les conditions d'existence du journalisme.

Autant de paragraphes, autant d'erreurs, ou à peu près :

(( Un citoyen qui veut publier son opinion politique, conformément au droit que tout citoyen français tient de la Cnarte, est obligé de verser au Trésor un cautionnement de cent mille francs. »

Erreur! Tout citoyen qui veut publier son opinion le peut faire sans entraves ; ce que dit la Démocratie pacifique n'est vrai que du citoyen qui veut exploiter l'opinion des autres. On confond ensemble la liberté de la presse et le journalisme. Le journalisme est une chose, la liberté de la presse en est une autre. Le droit de faire imprimer et le fait de publier des articles anonymes, qui expriment une opinion n'appartenant en propre h personne, n'ont rien de commun.

« Les frais de rédaction, impression, timbre, poste, s'élèvent à une somme qui varie de 40 à 50 francs par année pour chaque exemplaire de journal quotidien ; c'est-à-dire que, pour fonder un journal qui ait devant lui quelques années d existence, il est nécessaire do posséder quatre à cinq cent mille francs. Tous les citoyens français n étant pas généralement pourvus de cette somme, il en résulte que le monopole de la presse politique appartient au capital . »

Les cautionnements et les droits de timbre seraient supprimés, que ce que la Démocratie pacifique appelle a le monopole de la presse périodique » n'en appartiendrait pas moins au capital ; les grandes entreprises de messageries ne sont tenues au versement préalable d'aucun cautionnement ; elles n'ont à payer au Trésor public que le dixième du prix des places. Eh bien ! le premier venu qui n'a pas à sa disposition d'immenses capitaux peut-il établir un service de messageries en concurrence avec les Messageries royales et les Messageries générales? Toutes les entreprises qui ont été tentées dans ce but n'ont-elles pas échoué, après avoir dévoré plusieurs dizaines de millions? Ce qui constitue, encore une fois, le monopole de fait des journaux quotidiens, ce sont les frais généraux de composition, de rédaction et d'administration qu'ils ont à supporter, frais qui s'élèvent, auminimum,

' à 300 francs par jour, soit 110,000 francs par an, pour tirer un seul exemplaire comme pour servir dix mille abonnés. Qu'on supprime le cautionnement et le timbre, ces frais n'en subsisteront pas moins ; il n'en faudra pas moins, pour entreprendre de fonder un journal quotidien, un capital, et ce capital fût-il, comme l'indique la Démocratie pacifique, de 4 à 500,000 francs, qu'il y alfrait encore à parier dix contre un qu'il sera dévoré en pure perte. Ce n'est jamais l'argent qui a manqué aux journaux. Le Temps, qui est mort, a absorbé plus d'un million; le Courrier de V Europe, le Rénovateur,, le Réformateur, V Impartial, la Renommée, le Journal de Paris, la Tribune, la Révolution de 1850, le Courrier des électeur s, V Avenir, le Monde, le Bon Sens, la Paix, etc., qui ont eu le même sort, ont également absorbé des sommes

" considérables.

a Tous nos riches financiers, tous nos hommes politiques ont des journaux a eux. Il y a beaucoup de journaux où l'influence de 1 homme d'argent domine exclusivement, mais très-peu où cette influence ap-

rarttenne à l'homme politique ; il y a des journaux sans abonnés dont existence est un mystère. Telle de ces feuilles a vécu de la question des sucres ; telle autre de la question de 1 esclavage ou de celle des chemins de fer. »

Je réponds à la Démocratie pacifique et je lui dis : Erreur! erreur!... Quels sont donc ces riches financiers, ces hommes politiques qui aient des journaux à eux? Nommez-les. Citez un seul journal qui soit la propriété d'un banquier, d'un capitaliste, même d'un homme politique, si l'on entend par ce mot un homme d'Etat qui ait été ministre ou qui soit sur le point de le devenir. Le Jotirnal des Débats appartient à la famille (jui l'a fondé. Lo Constitutionnel est resté la propriété do dix de ses anciens actionnaires sur

186 f&44— 1*46— IM9— 1*4»

auinze ; on sail dans quelles mains est la Preste ; la propriété u Siècle est divisée en actions de 200 francs ; le Courriel français a été vendu 1 50,000 francs ; le Commerce est à vendre ; la Gazette de France et M. de Genoude ne font qu'un ; les hommes qui font vivre la France et la Quotidienne sontils des spéculateurs? etc., etc.

Vous dites : « Il y a beaucoup de journaux où V influence » de l'homme d'argent domine exclusivement, mais très-peu » ou cette influence appartienne à l'homme politiaue. » nous disons, nous, qu'il n'y a pas un seul journal ou il en soit ainsi, et avancer inconsidéréiqpnt un tel fait, c'est répéter sans examen un lieu commun. Quant à l'existence de ces feuilles dont on parle qui vivent sans abonnés, cette existence n'est un mystère pour personne. On sait ce qu'elles reçoivent et qui leur donne. Si elles n'avaient eu pour vivre que la question des sucres, de l'esclavage ou des chemins de fer, collectivement ou séparément, il y a longtemps qu'elles seraient mortes d'inanition. Récemment, diverses feuilles se sont fondées , les unes vouées à la défense de la liberté commerciale, dans l'espoir que l'intérêt vinicole en souffrance les soutiendrait; les autres, organes du système protecteur, dans l'illusion que l'industrie des fers assurerait leur existence; ces feuilles n'ont pas vécu trois mois. Ce que dépensent les colonies pour donner de la publicité à leurs réclamations et aux faits qu'elles jugent à propos de porter à la connaissance de la métropole, est de notoriété publique ; ce qu'elles partagent entre dix journaux fût-il versé dans la caisse d'un seul journal, que cela ne suffirait pas pour payer la moitié de ses frais généraux. Ce sont là des faits qu'un journaliste qui traite la question du journalisme ne doit plus ignorer, et ne peut plus dénaturer.

« La fondation des journaux à 40 francs, qui a été un progrès sous un certain rapport, est cependant ce qui a fait prévaloir définitivement l'intérêt mercantile sur l'intérêt politique dans la direction de la presse. Du jour où le directeur de journal a été forcé de chercher le succès, le bénéfice, en dehors de l'abonné, c'est-à-dire par d'autres moyens que la communauté de la foi politique ou religieuse, la cause du talent et de la probité a reçu un grave échec. Dès qu'il a été publiauement reconnu que le journal ne pouvait vivre sans le secours de l'annonce, le journal a été inféodé à la marchandise, qui tient le journal par l'annonce. »

Erreur! erreur! trois fois erreur! C'est justement le contraire de ce que vous venez de dire qui est la vérité. Comment des hommes qui ont l'esprit d'innovation ont-ils pu écrire et imprimer une telle vieillerie, un tel contre-sens? Faul-il donc encore rappeler sommairement Ici une dernière

fois quel est le principe si simple auquel la Presse a dû sa fondation et son succès, principe dont la Démocratie pacifique, qui l'improuve, n'a pas cru pouvoir s'écarter et auquel te Constitutionnel agonisant vient lui-même de se convertir, ne voulant pas sans doute mourir dans l'impénitence finale.

Ce principe, le voici :

Les annonces d'un journal valent ce que vaut l'influence qu'il exerce en raison du nombre de ses abonnés;

Quel est le moyen le plus sûr d'avoir le plus grand nombre d'abonnés? — C'est, à mérite de rédaction égal, sinon supérieur, de faire payer le plus faible prix d'abonnement.

Quel principe à la fois plus simple et plus juste! Il fallait avoir l'esprit faux des journalistes pour ne pas le comprendre au premier mot qui a été dit.

Puisque la Démocratie pacifique parait encore en être, à cet égard, au point où en était en 1836 le National et toute la vieille presse, nous lui dirons :

Que parlez-vous de la prééminence de l'intérêt mercantile sur l'intérêt politique! que parlez-vous d'annonces! que parlez-vous de journal obligé de chercher le succès « en dehors de l'abonné! »

Ne vous occupez pas d'être le journal le meilleur ou le plus recherché ; ne vous occupez, au contraire, que d'avoir des lecteurs et des abonnés ;

Quand vous aurez des abonnes en nombre suffisant, les annonces iront à vous d'elles-mêmes, d'elles seules, sans effort et sans concession aucune de votre part.

Est-ce que le Siècle et la Presse ont à s'occuper des annonces de leur quatrième page? Ces deux journaux ont si peu à s'en occuper, qu'elles sont affermies; les annonces de la Presse lui ont rapporté , en 1843 , pour l'année , 188,121 francs. Pour conserver cette source de revenu, qu'a à faire le journal qui en est en possession ?

Mériter son succès ;

Acquérir de l'autorité pour le consolider, et ne rien épargner pour l'accroître ;

Etre impartial ;

Rester indépendant des coteries ;

Ne servir aucun intérêt égoïste, contraire à l'intérêt public ;

Mettre les principes au-dessus des hommes, afin de ne pas être exposé à varier avec ceux-ci au gré des événements.

De bonne foi, est-ce là ce qu'on peut appeler « inféoder le journal à la marchandise ? »

Loin de nuire au crédit, a la considération du journal, la quatrième page réservée aux annonces, lorsqu'elle produit cent ou deux cent mille francs par an, est, au contraire, la plus solide caution de l'indépendance et de la modération politiques des trois autres pages consacrées à l'appréciation des événements, des hommes et des choses.

Ministres d'un jour, intérêts d'un moment, essayez donc de corrompre, essayez donc de détourner de sa ligne politique ou commerciale le Times, dont les annonces produisent annuellement un million !

En définitive, qu'est-ce que l'annonce ainsi expliquée ?

N'est-ce pas la consécration publique du talent, ou au moins du succès ?

Quand la Démocratie pacifique aura dix mille abonnés, elle sera de notre avis.

« Le journal la Presse, dont la fondation a signalé l'avènement de la presse à bon marché, le débit du journal au-dessous du prix de revient, insiste aujourd'hui avec une louable persévérance sur la nécessité de l'abolition de l'impôt du timbre. L'écrivain de la Presse C résente d'excellents arguments à l'appui de son opinion, mais il oulie le meilleur, le seul qui tranche la question d'une manière conforme à la raison et au respect des droits de l'intelligence.

» Il ne s'agit pas de supprimer un des impôts qui pèsent sur la presse. Il s agit de faire peser l'impôt sur la matière réellement imposable du journal.

» Il y a, dans un journal, deux parties bien distinctes : la partie intellectuelle et la partie mercantile.

» ... La partie mercantile et parasite, 1 industrie de contrebande qui s est greffée sur la presse depuis quelques années , qui rapporte 300,000 francs par an aux Débats, 180,000 francs au Siècle et 188,000 francs à la Presse, la feuille d annonces, puisqu'il faut rappeler par son nom, voilà où il y a à prendre et ou l'impôt doit peser. »

Le journal la Presse a rapporté, en 1843, à ses propriétaires, 188,121 francs. Est-ce là Ce que la Démocratie pacifique entend par ces mots : « Le débit du journal aur-dessous du prix de revient ? »

La Démocratie pacifique, qui n'a encore que peu d'annonces, parce qu'elle n'a encore qu'un nombre insuffisant d'abonnés, voudrait que l'on fît en France ce que l'on fait eu Angleterre, où chaque annonce donne lieu au payement d'un droit de 1 franc 85 centimes perçu par le fisc.

Si cette idée était adoptée, qu 'arriverait-il? — Le contraire précisément de ce que supposent ceux qui la mettent en avant. Elle viendrait encore fortifier le monopole de fait qu'on voudrait affaiblir; elle hAterait la ruine des journaux qui n'ont qu'un petit nombre d'abonnés. On va le comprendre loul de suite. Supposez, par exemple, que vous ayez

une annonce de dix lignes à faire insérer et que, pour cette annonce, vous ayez à payer au fisc un droit de 2 francs, le droit étant le même pour le Siècle ayant dix fois plus d'abonnés que la Démocratie pacifique, vous n'hésiterez pas ; vous donnerez la préférence au Siècle.

Mais cette objection n'est pas la seule qu'il y ait à opposer à l'adoption de cette idée ; il y en a encore une autre, la voici :

Pourquoi fait-on des annonces quand on a une propriété à vendre ou des produits à écouler? — Pour écouler ces produits plus rapidement, ou vendre sa propriété plus chèrement ?

Qu'est-ce qui fait la prospérité de l'industrie et du commerce ? Ne sont-ce pas l'élévation des prix et la facilité des ventes ? La prospérité de l'industrie et du commerce n'estelle pas inséparable de la richesse du pays? L'industrie, le commerce, la propriété ne payent-ils pas des impôts sous tous les noms, sous toutes les formes? ne sont-ils pas les principales sources du revenu public?

Tout ce qui active la consommation — et la publicité des journaux est un stimulant éprouvé — doit donc être encouragé et non entravé. S'il existait un droit sur les annonces, il faudrait l'abolir; il ne faut donc pas le créer.

Ce qu'il y a à faire , nous Pavons dit souvent , nous allons le répéter encore : il faut favoriser l'agrandissement du format des journaux, pour deux raisons.

D'abord, pour qu'ils puissent rendre compte fidèlement des séances des Chambres ; la tribune parlementaire est la grande chaire du pays ; c'est par elle qu'il s'instruit, c'est par elle qu'il s'élève, c'est par elle qu'il se forme au respect des institutions et qu'il apprend l'esprit des lois ; aucun sacrifice ne doit coûter à PÉtat pour que cet enseignement soit donné au pays de la manière la plus complète et la plus fidèle.

Ensuite, pour qu'ils puissent abaisser le prix de leurs annonces, ce qui est le contraire précisément de ce que la Démocratie pacifique propose. Les journaux ayant peu d'espace à donner aux annonces le font payer fort cher ; s'ils pouvaient agrandir leur cadre, ils réduiraient leur prix d'insertion, et l'industrie, le commerce, la propriété y gagnant, l'État y gagnerait. Une annonce que l'on ne lait qu'une fois, on la répéterait plusieurs fois; des objets sur lesquels il n'y a pas assez de bénéfice pour que la vente puisse supporter les frais actuels de publicité, ne resteraient plus ignorés du consommateur. Si un ministre des finances

savait ce que peuvent rapporter les annonces des journaux, l'influence qu'elles exercent aux États-Unis et en Angleterre, il souhaiterait qu'elles fussent mises à la portée de tout Je monde !

Un mot de rectification sur ces paroles de M. Dupin :

a La presse est tellement monopolisée, qu'il n'y a aucune place pour les opinions neutres et impartiales, et que si je voulais insérer une ligne de mes opinions dans les journaux tels qu'ils sont, je n'en trouverais pas la place. »

S'il n'y avait que cet argument en faveur de l'abolition du timbre, on pourrait le maintenir sans inconvénient. 11 en est de la publicité d'un journal comme de la clientèle d'un avocat : l'une n'est pas plus un monopole que l'autre. Elle appartient de droit à qui l'a acquise de fait ; or, n'est-il pas juste que celui dont elle est le fruit du travail en dispose en toute liberté?

27 mars 4844.

Le journalisme exerce au temps où nous vivons une telle influence sur les hommes ou sur les choses, les lois de son existence sont encore si imparfaitement connues que tous les faits, que toutes les questions qui s'y rattachent ne sauraient être trop soigneusement étudiés. C'est la raison pour laquelle nous avons relevé les erreurs commises par la Démocratie pacifique, qui avait dit que les journaux étaient un monopole, et que ce monopole était celui des hommes d'argent, de riches financiers I Interpellée de citer les noms de ces hommes d'arpent, de ces riches financiers aux mains desquels sont les journaux, la Démocratie pacifique garde le silence et se rejette sur ce que nous avons dit des annonces dont le produit fait la base sur laquelle repose la presse à 40 francs ; ses objections ne sont que spécieuses, ainsi que nous allons le démontrer très-brièvement :

« La Presse nous permettra de ne pas être tout à fait d'accord avec elle. Le nombre des abonnés n'est pas tout dans une question d'annonces. Le Journal des Débats a plus d'annonces que le Siècle, qui a trois ou quatre fois plus d'abonnés que lui. »

Si le Journal des Débats, qui a moins d'abonnés que le Siècle, a plus d'annonces , la raison en est toute simple : c'est que le Journal des Débats, qui a beaucoup de place à donner aux annonces, les fait payer la moitié ou le tiers en

moins de ee que le Siècle fait payer les siennes. Il n'est pas vrai, d'ailleurs, qu'il y ait entre le produit des annonces du Siècle et le produit des annonces du Journal des Débats la différence de 300,000 francs à 180,000 francs. Le produit des annonces du Journal des Débats ne s'élève pas au-dessus de 230,000 francs, et si la somme de 180,000 francs est bien, en effet, celle que le Siècle a affermé ses annonces, il est juste d'y ajouter le bénéfice que font les fermiers. Passons:

« La Preste croît-elle sincèrement que l'infériorité du nombre de ses abonnés, relativement au nombre de ceux du Siècle, soit le résultat naturel de 1 infériorité de sa rédaction? »

Reproduire, comme nous le faisons, cette question que la Démocratie pacifique veut bien appeler une question perâde, c'est prouver qu'elle ne nous embarrasse aucunement. Le nombre des abonnés d'un journal s'explique d abord par l'opinion qu'il soutient et ensuite par le plus ou moins de talent, d'indépendance et de modération avec lesquels il la défend. Pour être dans le vrai, il ne faut donc pas comparer deux journaux suivant deux lignes sinon opposées, du moins différentes, l'un attaché aux idées du gouvernement, l'autre attaché aux idées d'opposition. Comparez, si vous le voulez, la Presse au Journal des Débats, mais ne la comparez pas au Siècle; comparez le National à la Réforme, mais ne le comparez pas à telle autre feuille représentant d'autres idées ou d'autres intérêts. Le nombre des abonnés d'un journal est en raison du plus ou du moins de popularité des opinions dont il s'est constitué l'organe.

7 avril 4844.

La Démocratie pacifique consacre ses quatre premières colonnes à attaquera outrance les journaux h bon marché. Nous ne nous attacherons pas à réfuter son article, il n'est pas sérieux : l'auteur qui l'a écrit trahit à chaque ligne son ignorance profonde du sujet sur lequel il s'est si longuement étendu; c'est un article du Constitutionnel de 1836, avant que cette feuille se fût mise en vente et qu'elle eût réduit son prix d'abonnement de 80 à 48 francs. Nous nous bornerons seulement à poser à la Démocratie pacifique quatre ou cinq très-courtes questions.

La Démocratie pacifique débute en ces termes :

« Nous poserons d'abord en principe général que toute industrie qui débite ses produits au-dessous du prix de revient, qui ne rétribue

!$* l*44-if*4* — 1*49— t*4t

pas ses travailleurs sur le produit de leur travail, est une industrie immorale, parce qu'elle force les travailleurs à recourir, pour vivre, au dol et à la fraude. Nous allons plus loin: nous disons que la loi ne devrait pas tolérer ce genre d'industrie. La preste à 40 francs et à 48 francs débité «es produits au-dessous du prix de revient. Nous disons donc que cette presse est une industrie immorale. »

Si toute publication d'un journal quotidien au prix de 48 francs est nécessairement entachée de dol, de fraude, d'immoralité, ainsi que le déclare la Démocratie pacifique, nous lui demanderons de vouloir bien nous expliquer comment, ayant cette opinion, elle a pu fixer son prix d'abonnement à 48 francs? Première question.

Est-ce qu'un fabricant de sucre de betterave, par exemple, qui diviserait ses frais en frais généraux ou croissants, et en frais proportionnels ou décroissants, et qui payerait les premiers avec la vente de sa pulpe, et les seconds avec la vente de son sucre, commettrait un dol, une fraude, une immoralité? Où donc est le mal que les journaux qui ont deux natures de produits, 1° le produit des abonnements; 2° le froduit des annonces, aient aussi deux natures de frais : 0 les frais généraux ou croissants, comprenant la composition, la rédaction, l'administration, couverts par le produit des annonces ; 2° les frais proportionnels ou décroissants, comprenant le papier, le tirage, le pliage, le timbre et la poste, couverts par le produit des abonnements? Est-ce que tes bénéfices que tire un banquier de sa signature ne sont pas tout aussi légitimes que ceux qu'il tire de sa commandite? Est-ce que les impôts indirects que prélève l'Etat concourent moins utilement aux dépenses publiques que les impôts directs au'il perçoit? Eh bienl le produit des annonces d'un journal est au produit de ses abonnements ce que le crédit dont jouit un banquier est aux capitaux qu'il possède. Les annonces d'un journal représentent le crédit qu'il s'est acquis par la durée de son existence, la supériorité de sa rédaction, l'autorité de ses recommandations, la quantité de ses abonnés ou la qualité de ses lecteurs. En quoi était-il donc plus moral que les journaux encaissassent, comme ils le faisaient avant que la Presse réformât cet état de choses, tout le bénéfice des annonces de leur quatrième page, occupée ainsi au préjudice de leurs lecteurs, et n'y fissent participer en rien leurs abonnés? Deuxième question.

A s'en rapporter à l'article de la Démocratie pacifique, il semblerait, en vérité, que les annonces qui remplissent la quatrième page des journaux datent de l'avènement de la

Eresseà 48 francs. Est-ce qu'en 1836, estr-ce qu'avant que i Presse et le Siècle fussent fondés, la quatrième page des

Page 1