DE LA PUBLICITÉ GOUVERNEMENTALE
i6 septembre 4844.
Les moyens de publicité les plus variés ne manquent pas au gouvernement : il dispose, premièrement, du Moniteur universel dont l'empereur excellait à se servir, et que M. Casimir Perier, président du cabinet du 13 mars 1831, ne négligeait de faire parler en aucune circonstance de quel-
![ue importance; il dispose, deuxièmement, du Messager, euille du soir dont l'Etat doit la conquête à M. Thiers, président du ministère du 1er mars 1840; en r>us de ces deux feuilles officielles, il en est une troisième, d'aulhenticilé équivoque et d'exactitude suspecte, le Moniteur parisien, quia pour attribution et pour spécialité les démentis hasardés et ce qu'on appelle dans les bureaux a les coups de sonde », dont le gouvernement dispose encore ; enfin il dispose du Journal des Débats , dont il n'est pas nécessaire, c'est ce journal lui-même qui l'a proclamé, d'avoir l'estime pour obtenir le concours. D'où vient donc qu'avec tant de moyens de publicité à sa disposition, le gouvernement laisse s'amonceler, comme h plaisir, au-dessus de sa tête les conjectures hasardées, les commentaires malveillants, lorsqu'il lui serait si facile de les prévenir?
De deux choses l'une :
Ou le ministère croit que la publicité est utile;
Ou il croit que la publicité est nuisible ;
Ou il pense qu'elle est le lien nécessaire entre le gouvernement et tous ceux qui lui sont sincèrement attachés ;
Ou il pense qu'elle gêne la liberté du pouvoir et affaiblit son action.
Dans le premier cas, si la publicité est utile, pourquoi, le plus souvent, ses nouvelles, ses communications sont-elles tardives, incomplètes? pourquoi ne va-t-ilpas au-devant des suppositions erronées en disant tout de suite, franchement, loyalement, tout ce qu'il importe au pays qu'il sache?
Dans le second cas, si la publicité est nuisible, pourquoi subventionne-tr-il chèrement des iournaux? Pourquoi a-t-il des journaux officiels, semi-officiels, officieux, confidentiels, les uns qu'il avoue, les autres qu'il n'avoue pas? Pourquoi divulgue-t-il à demi ce qu'alors il devrait taire, n'en disant pas assez pour éclairer et fixer la conscience publique, n'en disant juste que ce qu'il faut pour porter le trouble et l'indécision dans les esprits de ceux-là même dont la bonne foi, 1 les opinions et les sentiments politiques sont le moins suspects?
Ou ne nous dites jamais rien qu'à la tribune, ou servezvous de votre presse pour nous dire fidèlement, sincèrement, sans retard, tout ce que le pays peut et doit savoir.
Ou supprimez vos journaux, ou utilisez-les.
Que nous sachions enfin si. pour connaître la vérité, nous devons compter sur vous, ou si nous ne devons compter que sur nous seuls.
Optez entre une discrétion absolue ou une publicité sincère.
Il n'y a rien de pire, de plus pernicieux, de plus contraire à tout esprit de gouvernement que cette demi-publicité pour laquelle tous nos hommes d'Etat paraissent avoir une véritable prédilection, qui est le mystère et qui n'est pas le secret.
Nous l'avons constamment combattue : sous le ministère du 15 avril 1837, sous le ministère du 1er mars 1840, et vainement, puisqu'elle a survécu à toutes nos attaques.
Un traité inattendu clôt la guerre entre la France et le Maroc; il importe au pays, à toutes les opinions, de le connaître : que fait le ministère? Le publie-t-il dans le Moniteur universel ? Non. S'empresse-t-il de le publier le soir même dans le Messager? Non. Que fait-il? Il le communique en substance au Journal des Débats. Quelle confiance doit être accordée à cette communication? Sont-ce les termes du trailé? Ont-ils été reproduits fidèlement? Ontils été tronqués, dénaturés ? C'est ce que chacun se demande, c'est ce que tout le monde ignore. Dans cet état de choses,
auelle est la position des amis du gouvernement en présence e ses adversaires, qui n'hésitent pas à affirmerque, puisque
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Je traité n'a pas été publié littéralement, c'est qu'il renferme des clauses sur lesquelles. on- craint la discussion? Que voulez-vous qu'ils répondent? Peuvent-ils se porter garants de l'exactitude, de la sincérité du Journal des Débats? Peuvent^ ils traiter d'erronées toutes les conjectures, toutes les suppositions auxquelles ouvre le champ une publicité sans authenticité, sans sincérité? Les croirait-on?
L'un des plénipotentiaires, signataire du traité, arrive à Paris ; on s'imagine alors que le ministère n'aura rien de plus pressé que de mettre fin à la malveillance des suppositions par la publication du texte du traité.
On se trompe ; le ministère ne le publie pas.
Qu'arrive-tr-il ?
Le Constitutionnel, dans son numéro du 25 septembre 1844, déclare que le Journal des Débats, dans son numéro du 19 septembre, n'a pas tout dit et pour cause; et qu'il est en mesure, lui, Constitutionnel, non de citer les termes mêmes du traité, mais de suppléer aux réticences du journal ministériel en faisant connaître exactement le sens de chacun des huit articles de la convention ; et, en effet, il les publie, en prévenant qu'il imprime en caractère italique les dispositions que le Journal des Débats a omis de mentionner.
La version du Constitutionnel est-elle plus exacte, plus fidèle que celle du Journal des Débats?
Nous nous le demandons.
Dans le doute, nous croyons devoir nous abstenir et attendre lesjournauxdusoir.
Silence du Messager.
Silence du Moniteur parisien.
Nous nous disons alors que le texte du traité a été réservé au Moniteur universel, où il se trouvera le lendemain.
Nous ouvrons le Moniteur universel, le traité n'y est pas .
Nous ouvrons le Journal des Débats, accusé par le Con-
vons-nous? Un grand article sur l'élection du président des Etats-Unis ! La publication de cet article, différée d'un jour, n'en aurait pas été moins opportune ; mais du traité du Maroc, mais de l'accusation du Constitutionnel, reproduite et commentée par tous les journaux, pas une ligne, pas un mot!
Or, nous le demandons, que faut-il penser de cette manière d'entendre la publicité?
Si vous ne vouliez pas, si vous ne pouviez pas- commuai-
288 1844- 1M*— l&AS
3uer le traité qui a été signé par M. de Glucksberg, eh bien ! n'en fallait rien dire dans le Journal des Débats ; rien ne vous obligeait à le communiquer ; il fallait le garder intact, pour le déposer sur la tribune. On aurait pu vous reprocher un excès de discrétion, mais au moins on n'aurait pu vous accuser d'avoir voulu surprendre et tromper l'opinion publique I
Maintenant, vous ne pouvez plus garderie silence sans compromettre tous ceux qui vous soutiennent. Que voulez-vous ! p'ils en concluent, et que voudriez-vous qu'ils en dissent? Il aut enfin qu'ils sachent à quoi s'en tenir entre la version du Journal des Débats et celle du Constitutionnel. Laquelle est la vraie?
Le ministère ne sait pas assez tout le tort qu'il se fait à lui-même par de telles inconséquences, qui portent le double sceau de fâcheuses concessions faites à certaines influences, et de dédains par trop superbes de l'opinion du pays dont il semble que l'on ne fasse pas le moindre cas. De telles inconséquences gâteraient les meilleures causes. Elles mettent à découvert des faiblesses qu'on ne saurait trop cacher. Dès que l'on voulait faire au Journal des Débats une faveur, il valait mieux alors la lui faire tout entière, et lui remettre une copie littérale du traité. Il l'aurait publiée ; les autres journaux l'auraient reproduite, et chacun aurait pu se former une opinion et l'exprimer en connaissance du texte.
Si le ministère croit que l'on juge des petites choses par les grandes, il se trompe : c'est le contraire qui est la vérité; et lorsqu'on le voit manquer ainsi de fermeté, de tact, de sincérité, d'habileté dans les plus petites choses, dans les plus faciles, on est disposé à en tirer cette conclusion qu'il n'est ni plus ferme, ni plus habile, ni plus sincère dans les grandes.
28 septembre 4844.
On nous répond que la publication d'un traité non encore ratifié serait un fait sans précédent et contraire à tous les usages. Qu'on nous explique donc comment le traité du 20 décembre 1841, relatif à l'extension du droit de visite, a reçu la publicité qui est heureusement venue en empêcher la ratification.
Hais là n'est pas la question.
Nous n'avons pas prétendu que le gouvernement dût pu-
blier le traité conclu entre la France et le Maroc ; ce que nous avons dit, c'est que, dès qu'il en donnait communication à un journal, cette communication devait être sincère et ne devait pas être tronquée ; ce que nous avons dit et ce que nous répétons, c'est qu'il n'y a rien de plus contraire à tout esprit de gouvernement que cette demi-publicité qui est le mystère et qui n'est pas le secret ; ce que nous avons dit et ce que nous répétons, c'est qu'entre une discrétion absolue et une publicité fidèle, il n'y a de place que pour l'inexactitude ou la mauvaise foi.
On ajoute qu'un traité ne cesse d'être un simple projet qu'après qu'il a été ratifié et que l'échange des ratifications a eu lieu; ce n'est pas nous, assurément, qui contesterons la vérité de ce principe élémentaire après tous les articles que nous avons dû publier pour démontrer, ce qui était alors en discussion, que le prétendu traité du 20 décembre 1841 n'engageait nullement la France ; mais nous demanderons à ceux qui nous renvoient dériyirement à Vatel et à Martens,
Siiel nom doit être donné à un traité dont l'exécution des auses a précédé à la fois et la ratification et l'échange des ratifications? Si, du propre aveu de nos contradicteurs, ces formalités élémentaires, essentielles, indispensables, sont si rigoureuses qu'elles ne permettent même pas, avant leur accomplissement, de rétablir le texte d'un traité tronaué par un journal, et de faire cesser ainsi l'incertitude publique, comment donc a-tr-on pu, sans les violer ouvertement, évacuer Mogador et réinstaller à Tanger notre consulat général, c'est-à-dire donner force d'exécution aux clauses d'un simple projet?
Comment expliquer, d'une part, un dédain si profond, et, de l'autre, un respect si scrupuleux des mêmes règles et des mêmes usages diplomatiques, surtout lorsque, dans le premier cas, la violation était grave et manifeste, et qu'elle ne serait rien moins que grave et manifeste dans le second? Nous aurions compris qu'on craignît que l'évacuation prématurée de Mogador enlevât au traité une de ses principales garanties; mais, nous l'avouons, nous cherchons vainement quels auraient pu être les dangers ouïes inconvénients d'une publication (et encore ne s'agit-il plus d'une publication, mais seulement d'une rectification) qui , pour être exacte, n'avait pas besoin d'être officielle. Peut-être le ministère voudra-t-il bien nous les faire connaître ? II a des défenseurs trop habiles, des amis trop sages, d'une urbanité trop exquise, d'une prudence trop grande, pour qu'il veuille les condamner au silence.
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4» «oui 4847.
Nous entendons sans cesse vanter l'administratioft de la France et dire que cette administration incomparable noua est enviée par toute l'Europe.
Oui, l'Europe a raison de nous envier le principe de cette admirable unité qui devrait nous faire et si grands et si forts; l'Europe aurait bien plus raison encore de nous l'envier, si nous ne l'eussions pas fait dégénérer en excès, sous le nom de centralisation. En rien nous ne savons nous défendre de l'abus ; c'est là notre faiblesse.
Hais il ne faut pas confondre deux choses distinctes : la centralisation politique ou l'unité et la simplification, avec la centralisation administrative ou l'accaparement et la complication.
Assurément, si la France n'est pas bien administrée, ce n'est pas faute de commis, faute de cartons, faute de paperasses, d'inspecteurs , de sous-inspecteurs, de contrôleurs, etc., etc. I
D'insignifiantes lettres décachetées dans un bureau, enregistrées dans un autre, analysées dans un troisième, donnent lieu à un projet de réponse qui passe du rédacteur au sous-chef, du sous-chef au chef de bureau, quelquefois au chef de division, pour aboutir à l'expéditionnaire, et de l'expéditionnaire retourner par le même chemin au chef de division, pour arriver de là au directeur général ou au ministre , si bien que, communément, trois mois, terme moyen, s'écoulent entre l'envoi de la lettre et la réception die la réponse.
Aussi, que font MM. les pairs et MM. les députés, qui savent cela ? Ils écrivent particulièrement au ministre, qui souvent répond de sa main, afin de soustraire sa réponse aux lenteurs de ce long circuit.
Multiplier ainsi les formalités puériles, attacher beaucoup d'importance à certaines formes et assez peu au fond des affaires, généralement mal instruites; tout ralentir, sous prétexte de tout contrôler: cela s'appelle, parmi nous, faire de l'administration 1 C'est de la bureaucratie ! pis que cela> c'est de la paralysie ! Aussi, quand l'Angleterre court, c'est à peine si la France marche. Du moins, si, marchant lentement, elle marchait sûrement; mais elle chancelle.
Ces réflexions nous sont suggérées par la leeture des< débats judiciaires de tous ces procès pour caufie de malvenue
tion qui, depuis longtemps, fournissent aux journaux de tribunaux une si abondante pâture.
On ne peut le nier, la malversation est partout, au sein de toutes les administrations : administration de l'intérieur, administration des travaux publics, administration de la guerre, administration de la marine, etc., mines, prisons, arsenaux, vivres, etc.; à Paris, à Rochefort, à Clairvaux, etc., tout aussi bien qu'en Algérie ; en haut comme en bas ; de toutes parts, la malversation éclate, et cependant ce n'est jamais que par accident qu'elle est découverte, et, par exception, qu'elle est réprimée.
Cela est un fait incontestable et qui résulte de l'instruction, des interrogatoires, des dépositions et des débats de i tous ces procès si multipliés.
i Donc, à quoi bon tant de lenteurs et de paperasses, si
elles ne servent qu'à paralyser l'activité nationale, si elles sont des obstacles, non des garanties?
La statistique, on le prétend, a fait de nos jours de grands progrès. En vérité, on dirait que la malversation et la concussion s'en sont servies pour dresser à leur usage une table de probabilités, une échelle de proportion entre les profits et les risques. Et quand on pense que la corruption, contre laquelle la France se soulève, est son moindre mal ! Il est un mal dont elle souffre plus gravement et dont elle fce plaint moins hautement, c'est l'incapacité, aui ne dérobe ni le temps ni l'argent, mais qui les gaspille. Dire à quel point ce gaspillage est poussé serait chose impossible 1
Nous ne voulons pas nous appesantir sur ce sujet, que nous avons déjà si souvent traité ; nous voulons, aujourd'hui, nous borner à signaler un fait.
Ce fait, nous l'empruntons au débat que le premier conseil de guerre de Paris a clos en condamnant, par contumace, à cinq années de travaux forcés et à la dégradation militaire, l'officier principal comptable ' Lagrange, chevalier de la Légion d'honneur, pour dilapidations et vol de fournitures faites à l'hôpital du Gros-Caillou.
Comment ces dilapidations, ces malversations ont-elles été découvertes ? Est-ce par l'efficacité d'un contrôle rigoureux ? Non, c'est par le hasard d'une révélation inattendue, révélation improbable, faite par l'infirmier Labourot, jeune soldat de vingt-quatre ans, servant comme appelé par la loi de recrutement.
* Grade qui équivaut à celui de capitaine dans la ligne.
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labourot, infirmier : « J'éeHvig le M mai une lettre à M. l'intendant ; mais comme elle était très-mai griffonnée, et que je craignais 8ue M. l' intendant ne pût la déchiffrer, je 1 ai fait corner par un garçon monadier de mes amis ; je dévoilais les vols qui se commettaient journellement au détriment des malades de l'hôpital du Gros-Caillou. »
Sans cette révélation, ces vols qui se commettaient journellement se commettraient encore? et pour que cette révélation tardive ait eu lieu, il a fallu une circonstance particulière consignée en ces termes :
h. MBLCioif d'arc, intendant militaire: Lorsque je vis Labourot, après avoir reçu sa lettre, cet infirmier vint à moi et ma ait d'une voix émue : « Monsieur l'intendant, fêtais bien chagrin de voir tout oê qui $ se passait, et c est parce que fat vu que vous entriez jusque dans le » fond dbs choses oue je me suis déterrniné à vous faire connaître les » malversations qui avaient lieu, p
Ainsi donc, sans cette confiance de l'raflrujiar Labourot dans le caractère de M. Melcion d'Arc, point de révélation, point de procès, point de condamnation. Contrôle impuissant, aboutissant à l'impunité.
Glissons rapidement sur oe fait, le moins gravç du procès; Jp plus grave est celui-ci :
m. lk PAJtsiDKrr : Quelle est votre opinion sir les précédente et la moralité de M. Lagrange?
m. nelcion d'arc, intendant militaire : Cette opinion est loin de lui être favorable. 11 était employé à l'hôpital de Versailles, et, pendant le service qu'il avait fait, il m'était arrivé des rapports qui le signalaient comme un homme qui devait être très-actwem*nt surveillé. Je fus •nvoyé en Afrique, et, à mon retour, passant à Lyon, je vis M. le haroo Lajard, intendant militaire de la septième division , sous les ordres duquel M. Lagrange avait servi ; il résulta de notre conversation des renseignements peu favorables à la moralité de cet officier comptable : M. Lajard avait été obligé, en 1834 et 1835, de demander son changement. M. Lagrange est un homme fort habile, car il est parvenu à se faire proposer pour la Légion d honneur , qu'il a obtenue en faisant valoir un rapport fait en 1831 par ce même baron Lajard, qui trois ans pi us tard était obligé de demander sa destitution et son changement, tant les faits et la conduite de cet officier étaient peu honorables.
m. le président : Comment a-t-il été admis à l'hôpital du Gros- Caillou, ayant des antécédents si peu favorables à sa probité?
m. UBLCioar d arc : M. Lagrange avait sans doute des protecteurs bien puissants, ou beaucoup d adresse pour tromper la religion de ses supérieurs, car on a envoyé M. Petit à Versailles, afin de faire place, à Paris, à M. Lagrange, qui avait même l'espoir d'aller plus haut, au Val-de-Grace ; mais la réputation qu'il avait à Versailles l'avait suivi depuis l'hôpital de Bastia, et en passant par celui de Lyon, avant de venir dans la première division.
Ainsi , voilà un comptable infidèle qui , partout où il passe, à Bastia, h Lyon, à Versailles, est signalé comme un comptable qu'il faut trè*-activment m*iwdkr I Partout sa
QUESTIONS DE HMESSE «7
mauvaise réputation le suit ou plutôt le devance. Seul, le ministre de la guerre, qui a uùe armée de commis au service d'une armée de soldats, n'en sait rien, ou paraît n'en rien savoir. À quoi servent donc les bureaux? En 1834 et 183$. des rapports de M. l'intendant militaire Lajard demandent ou le. changement du comptable Lagrange , ou sa destitution. Que fait-on? on nomme Lagrange chevalier de là légion d'honneur , et on le nomme sur un rapport fait en 1831, sa#s te&ir aucun compte des rapports de 1834 et 1835 ! Est-oe que ces (feux rapports ne devaient pas être renfermés dans le même dossier que le précédent? Est-ce que toutes les fois qu'il s'agit d'accorder la croix d'honneur, il ne devrait pas être d'ordre d'appuyer chaque proposition individuelle sur un rapport précis, précédé, sinon d'une enquête, du moins d'une investigation consciencieuse, impliquant toujours une responsabilité sérieuse ? Autrement, quelle barrière opposée à de scandaleuses faveurs ? Quelle garantie instituée contre de déplorables méprises, contre de coupables marchés ?
Et lorsque de tels faits &e produisent et mettent ainsi à découvert tout ce que cachent d'imparfait et de vicieux les liasses poudreuses d'une bureaucratie paperassière, on veut que la France ait confiance dans ceux qui ont la prétention de l'administrer! Non, cel« est impossible. La France centralisée est mal gouvernée, mais elle n'est pas mieux administrée.
Partout entraves inutiles ; mdle part contrôle efficace.
On le voit.
Ccpi nous remet en mémoire ce que nous avons dit à plusieurs reprises sur le parti qu'un gouvernement fort et bien intentionné pourrait tirer de la publicité largement comprise, .cette grande moitié de la liberté de la presse Que nous nous sommes toujours abstenu de confondre avec la polémique.
La publicité enregistre les faite ;
La polémique les discute ;
La publicité fidèle laisse aux opinions leur liberté;
La polémique habile ;s'en empare et l'asservit ;
La publicité est h la polémique ce que la clarté du soleil est aux nuages qui la voilent.
La presse périodique peut être comparée à la houille d'où s'extraient le gaz qui éclaire et le coke qui consume. Le gaz qui éclaire, c'est la publicité ; le coke qui consume, c'est la polémique.
L'emploi de la publicité comme moyen de gouvernement
est une idée qui se propage, qui s'accrédite ; il y a peu de jours, M. le comte de Montalembert la portait en ces termes ' à la tribune de la Chambre des pairs :
a ... J'irai même plus loin, et je dirai que, si vous aviez ici un de ces grands ministres anglais, sir Robert Peel en personne, et que vous l'installiez dans le fauteuil de M. Duchâtel ou ae M. Dumon, il gouvernerait comme vous gouvernez, c'est-à-dire fort mal, ou plutôt, avant la fin de la première journée, il aurait donné sa démission, eo disant qu une pareille corvée n'était pas faite pour un homme comme lui.
» Ou bien il aurait peut-être recours à un remède héroïque que je vous recommande. Ne pouvant pas fermer la porte aux solliciteurs à cause de leur dignité, de leur qualité, il aurait recours à un autre moyen très-efficace, ce serait de livrer à une publicité immédiate et officielle toutes les sollicitations quelconques qui lui seraient adressées* (Mouvement.j Je vous réponds que, si on publiait toutes les sollicitations, légitimes ou autres, adressées aux ministres, et qu'on rapprochât ces sollicitations des votes émis par les auteurs de ces sollicitations, la répression serait efficace et certaine. Du reste, c'est peut-être là une utopie ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que l'état actuel est intolérable. »
Une utopie I Non, ce n'est pas une utopie, et M. le comte de Montalembert a eu tort de donner ce nom à une idée d'une application facile et qui n'est pas neuve.
Bien avant que l'imprimerie et le journalisme aient été inventés, est-ce que l'Eglise, comprenant l'utilité, la nécessité de la publicité préalable, ne l'avait pas judicieusement appliquée, sans distinction de classes ni d'individus, à un acte important de la vie commune : le mariage ?
Qu'est-ce donc que cette publication des bans qui a lieu trois fois de suite, à sept jours d'intervalle, à la paroisse des futurs époux, avant la célébration de leur mariage, si ce n'est pas la publicité sous la forme la plus utile qu'elle pût revêtir à l'époque où ce mode de publication a été mis en usage ?
Quel est le but de cette sage précaution, si ce n'est pas d'arriver à la connaissance de tous les empêchements occultes, d'avertir toutes les oppositions légitimes, de protéger les familles, de les mettre, autant que possible, à l'abri des surprises de la fraude et de la mauvaise foi, etc. ?
Cette publicité préalable, par voie de lecture après le
()rône. et par voie d'affiches, n'a pas seulement lieu dans es églises ; elle a lieu aussi dans les mairies par voie d'inscription publique.
Certes, s'il s'agissait aujourd'hui d'instituer cette garantie
■ Séance du 2 août 4847.
salutaire dont l'établissement remonte à plusieurs siècles, il ne manquerait pas de gens pour la traiter d'utopie, ni d'objections pour la faire écarter. On ferait de longs discours pour démontrer que cette publicité préalable est une atteinte à la liberté individuelle, une incitation à la médisance, à la calomnie, à une foule de passions mauvaises. On dirait : Des parents qui marient leurs enfants ne les marient pas sans avoir pns tous les renseignements nécessaires, sans savoir exactement avec qui ils contractent. Cette publicité préalable a des inconvénients, elle n'a pas d'avantage. C'est une précaution au moins inutile.
Maintenant, que l'on compare par la pensée cette publicité restreinte à l'immense publicité d'un journal tel que le projet en avait été présenté en 1831 à M. Casimir Perier, distribué à cent mille exemplaires au moins, et que l'on suppose ce journal enregistrant non-seulement toutes les nominations et promotions accomplies dans les administrations publiques, dans l'armée, la marine, etc., mais encore les nominations et promotions hiérarchiques projetées, dix ou
auinze jours avant qu'elles soient définitives, les demandes 'emploi, d'avancement, de décorations, de privilèges, de concessions, etc., etc.; croit-on que cette publicité préventive ne serait pas un empêchement salutaire mis à beaucoup de mauvais choix qui déconsidèrent le pouvoir, à beaucoup de passe-droits qui découragent les fonctionnaires et employés consciencieux, à beaucoup de demandes non justifiées qui n'oseraient pas se produire s'il leur fallait préalablement affronter celte redoutable épreuve, à beaucoup d'intrigues clandestines, à beaucoup d'abus audacieux que l'obscurité fait pulluler, que le grand jour tuerait ?
Une telle publicité, aira-t-on, serait parfois une gène à l'exercice de la prérogative royale et de l'initiative ministérielle. Sans doute ; mais si, pour quelques mauvais choix que la publicité préalable rendrait sinon impossibles, du moins difficiles, tous les autres étaient les meilleurs possible, où donc serait le grand mal? En effet, l'initiative serait moindre, mais aussi la responsabilité deviendrait presque nulle. Ne vaut-il pas mieux être gêné que trompé? averti que blâmé?
Revenons au fait qui a provoqué ces réflexions, et soumettons-le à l'épreuve de notre principe de la publicité préalable. Croit-on qu'aucune voix ne se fût élevée pour avertir le ministre si , auinze jours avant qu'on donnât la croix d'honneur à l'ofncier comptable Lagrange, la proposition avait été inscrite au Moniteur ou dans tout autre journal du gouvernement créé à l'effet d'instituer la publicité? Retenus
Er la crainte salutaire d'un eonU^iafailUble, croit-on que » bureaux eussent gardé le sîlenoe sur le» deu* rapporte de 1834 et 1835, et n'eussent pas prévenu le ministre?
Le plus léger doute à eet égard n'est pas admissible.
Cette réponse nous suffit.
Assurément, ce n'est pas le ministère actuel qui fondera la puauGtTft telle que nous venons d'en exposer sommairement la fin et les moyens, car cette publicité rendrait impossible le retour des abus et des scandales dont la tribune législative n'a cessé de retentir que le jour où la session a été close ; mais ce que ne voudra pas entreprendre le ministère du 29 octobre, un autre ministère ne craindra peut-être pas de le réaliser.
La Franc» entière y applaudirait.
96 janvier 48*8.
Si nous ne faisons pas les grandes choses, faisons donc du moins les petites !
A tout prix, sachons donc étendre ce cercle si étroit de la publicité au milieu duquel est la tribune ! • La tribune ne doit pas exister seulement pour une assemblée de quatre cent cinquante personnes; elle doit exister pour l'instruction et l'édification de tous <5eux qui, dans le pays, suivent avec intérêt les débats des Chambres législatives.
Faisons profiter ceux qui étudient des travaux de ceux qui savent I
Si nous voulons que nos institutions s'affermissent, n'épargnons rien pour faire l'éducation constitutionnelle de notre pays I
De toutes les chaires de droit constitutionnel et d'économie sociale qui existent ou qu'on pourra fonder, aucune ne vaudra jamais la tribune parlementaire.
Personne ne le conteste> et cependant cela n'empêche pas qu'on ne relègue fort loin de la tribune les sténographes ou reporters des journaux, qui devraient fortner un corps, une institution, et occuper la meilleure place, car ils sont les oreilles de la France.
3 mars 4848.
Aux gouvernements nouveaux les idées nouvelles, car si
elles sont repoussées par les gouvernements nouveaux, qui donc les accueillera et les adoptera ?
On dit que le gouvernement provisoire est assailli de sollicitations et de demandes d'emplois : on dit que jamais la curée des places ne fut plus âpre et plus révoltante.
Nous le croyons sans peine : nous sortons tous de Fécole ou du collège, habitués à considérer le gouvernement comme un vaste hôpital ouvert à la paresse incurable, à la vanité incapable, à la médiocrité présomptueuse, à la servilité intrigante, enfin à tous les non-valides de l'intelligence, qui ne se sentent pas la volonté ou la force de labourer et d'ensemencer eux-mêmes leur sillon.
Plus cm a augmenté le nombre des places, et plus on en a propagé le goût et l'avidité.
Ce qui se passe n'est pas un mal nouveau, mais c'est un mal qui tend constamment à empirer. Le remède existe. Ce remède, c'est la publicité.
En toute circonstance nous n'a tons cessé de le signaler, et particulièrement dans l'article que nous publiions le 11 août 1847.
Depqis la publication de cet article, la question a fait un grana pas. La France ne s'est point contentée de changer de ministère, elle a changé de gouvernement.
Nous venons demander que la publicité préalable à toute nomination à des fonctions publiques rétribuées soit adoptée en principe et en fait.
Dans l'application, rien de plus facile.
Il suffit de fonder un recueil officiel et spécial où toutes les demandes d'emplois, de concessions, de privilèges, etc., etc., seront enregistrées et imprimées; où toutes les nominations par suite d'avancement ou autrement devront être préalablement publiées quinze jours au moins avant d'être rendues définitives.
De la sorte, si on ne fait pas toujours de bons choix, du moins fera-t-on les meileurs possible, car on n'en pourra jamais faire de mauvais que sciemment.
Si les membres du gouvernement provisoire sont animés des intentions que nous aimons à leur supposer, si l'intérêt de la chose publique est leur seul mobile, leur but unique, ils n'hésiteront pas à opposer au flot qui menace de les inonder la digue de la publicité préalable , de cette nouvelle espèce de bans appliqués à tous les mariages contractés amoc le gouvernement.
6 juin 4848.
Le National demande qu'on publie la liste de tous les préfets et sous-préfets nommés; nous nous joignons à lui pour insister sur l'utilité et la nécessité de celte publication.
La publicité doit être la base et le sommet, le principe et la garantie, l'écueil et le port du gouvernement nouveau.
Non-seulement nous demandons que cette publicité ait lieu pour les préfets et les sous-préfets, mais nous demandons encore qu'elle s'étende à toutes les nominations oui ont été faites depuis le 24 février, sans en excepter tes commissaires généraux, spéciaux, ordinaires, extraordinaires, officiels, semi-officiels, avoués et désavoués, que le ministère de l'intérieur a lancés sur les départements.
Il importe que le gouvernement provisoire et que le gouvernement intérimaire soient jugés sur leurs actes et sur les choix qu'ils ont faits.
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