DE LA DISCUSSION DÉFENDUE
M avril 4849.
Déjà condamné dans la personne de son rédacteur en chef h troisans de prison et 3,000 francs d'amende, et dans la personne de son gérant à un an de prison et 1 ,000 francs 4'amende, le journal le Peuple a subi une troisième condam-
* a Ce soir a eu lieu la quatrième et dernière représentation de la Goutte de lait. La direction, qui n'a pas voulu hier soir s'exécuter de bonne grâce devant les protestations unanimes du public, a reçu aujourd'hui une leçon dont nous lui conseillons de profiter à l'avenir. Les sifflets ont commencé à la scène où il est question des cuisses d'une fille d'honneur, et la salle entière, à l'exception des romains du lustre, s'est levée en masse et a demandé le rideau. »
[Corsaire.)
nation à quatre ans et trois mois de prison et 1,000 francs d'amende, puis encore aujourd'hui une quatrième condamnation par défaut à cinq ans de prison et 6,000 francs d'amende.
Les condamnations judiciaires sous lesquelles a succombé le journal la Tribune ont-elles empêché son ancien rédacteur en chef, M. Armand Marrast, d'être simultanément élu quatre fois par quatre départements, et successivement élu nuit ou neuf fois président de l'Assemblée nationale par des majorités considérables ? — Ont-elles sauvé la royauté de 1830?— Ont-elles étouffé le principe d'insurrection en restreignant le droit de discussion ? Que la révolution de 1848 réponde 1
Adversaire déclaré, tel que nous le sommes, du principe d'insurrection, ce n'est pas sans inquiétude que nous voyons le gouvernement nouveau suivre absolument les mêmes errements que le gouvernement précédent, s'efforcer de mettre des limites au droit de discussion, et s'abuser jusqu'à croire qu'il aura sauvé la société parce qu'il aura contraint la polémique de modifier son langage, parce qu'il aura forcé ses ennemis, qui marchaient à visage découvert, de mettre un masque sur leur figure. Erreur profonde 1 erreur funeste ! Erreur qui nous conduira, par la même pente, au même abîme, par la même compression, à la même explosion I Erreur contre laquelle nous ne cesserons de protester !
Toutes les fois que des doctrines subversives sont émises, réfutez-les. A l'erreur, opposez la vérité! Au talent qui s'égare, opposez le talent qui se surpasse! Ne disposez-vous
Es d'un nombre considérable de journaux, à Paris et dans ; départements ? L'argent n'afflue-t-il pas abondamment dans la caisse du comité de la rue de Poitiers ? Une édition populaire de la Propriété, par M. Thiers, ne vient-elle pas d'être tirée à 50,000 exemplaires? Ne faites-vous pas distribuer gratuitement dans les casernes des journaux qui intitulent leurs articles : contre-poison? L'instruction du peu- [>le, l'instruction publique n'est-elle pas entre les mains de 'Etat ? N'est-ce pas lui qui autorise ou défend les livres destinés à l'enseignement? Réfutez, discutez, mais ne poursuivez pas, ne condamnez pas I Ne recommencez pas la faute qui a perdu la Restauration de 1815 et la Monarchie de 1830! Ce n'est pas le droit de discussion qui les a renversées ; c'est le principe d'insurrection.
Tout ce que vous retrancherez à l'exercice du droit de discussion, vous l'ajouterez, sans le vouloir, sans le savoir, à la force du principe d'insurrection. Plus tous exagérerez le
système de la compression et plus vous aggraverez le péril de l'explosion. Ce n'est pas la Presse qui vous le dit, c'est l'histoire, et nier obstinément le passé, c'est défier imprudemment l'avenir.