‹ Les droits des Arpad CrouyChanel De HongrieChapitre 5 sur 7 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La mort soudaine du roi (1) causa une confusion terrible dans la Hongrie; le roi avait laissé des petits-fils, mais ils étaient encore enfants, et sous la surveillance, ainsi que je l’ai dit, des princes de la maison d’Anjou;

(1) Un historien célèbre de la Hongrie, le docteur Erdy, membre de l’Académie hongroise et gardien de la section des antiquités du musée national hongrois, a tracé un tableau très-émouvant des derniers jours de celte première race royale de la Hongrie: «Il y avait, « dit-il, dans ces temps de guerre civile, il y avait à

• Naples et à Rome un conseil secret, dirigé par les

• deux rois Charles I' * - et Charles II, qui poursuivaient « avec acharnement l'anéantissement de la race des Ar-

• pad ; c'est par le fait de ce conseil que le frère cadet « de Ladislas fut étouffé; que Ladislas fut assassiné; que « Félix, le fils d’André ///, périt de mort subite; que

• Thomassina Morosini, mère d’André III, mourut par le « poison, et qu’André III lui-même succomba par la « même fatalité, ainsi que plusieurs patriotes, connus « par leur fidélité à leur souverain. »

ces enfants habitaient dans le Dauphiné, appartenant à la Provence possédée par la maison d’Anjou; ils étaient retirés dans les montagnes d’Allevard, dans les biens acquis par le prince Etienne, père d’André III. En outre, les communications entre cette partie des Alpes et la Hongrie étaient difficiles et rares; l’usurpation devint toute-puissante; la nation agit donc sous l’empire de la contrainte, et aux termes du pacte fondamental et du II e volume du Code de saint Etienne, considérant les circonstances comme extraordinaires, elle élut un roi pris dans les branches féminines.

La prétendante la plus proche du trône eût pu être Elizabeth, fille d’André III; on dut même craindre qu’elle ne réclamât en faveur de ses petits neveux ; le duc d’Autriche, Albert, l’enleva ; elle se vit renfermée dans le couvent de Tœss, en Suisse, où elle ne tarda pas à finir ses jours.

Parmi les nombreux descendants d’Arpad par les femmes, quatre concurrents se présentèrent aux suffrages de la nation :

1° Charobert, fils de Charles l or dit Charles Martel, roi de Naples, petit-fils de Marie, fille d’Etienne V ;

2° Le prince de la Serbie, descendant d’Anna, seconde fille d’Etienne V ;

3° Yencel, roi de Bohème, fils de Quné-

gonde, fille d’Anne, dont le père était Bêla IV;

4° Othon, roi de Bavière, fils d’Elisabeth, fille de Bêla IV.

La nation se prononça en faveur de Vencel et son fils fut proclamé roi.

Charobert en appela au pape ; Boniface VIII cita le jeune Vencel à sa barre (1). Cette citation demeura sans effet; un synode fut convoqué ii Bude par le nonce Nicolas, mais sans succès pour les prétentions de Charobert ; dès lors le pape fulmina une bulle d’excommunication contre la ville de Bude, dont le clergé répondit par une excommunication, en quelque sorte reconventielle, contre l’Evéque de Borne (2); mais les intrigues incessantes de Rome et de Naples multipliant les difficultés autour de ce jeune monarque, il fuit la Hongrie après un règne de 4 ans, abdiquant en faveur d’ Othon, qui, fait prisonnier par Apor, Voyode de la Transylvanie, fut contraint de renoncer au trône de Hongrie pour racheter sa liberté.

Lasse de ces troubles incessants, la nation offrit la couronne à Charobert; pendant près de cent ans, la maison d’Anjou règne sur la Hongrie, non sans avoir à lutter contre de vigoureuses résistances. Csack Mîité, fidèle

(1) Georg. Fever, Codex Dipl., T. If, p. 86.

(‘2) Script. Rer. Hung., Toroci, p. 86.

aux souvenirs de la loi fondamentale, refusa de reconnaître l’autorité de ces nouveaux maîtres, et ce héros national perpétua l’agitation insurrectionnelle jusqu’à sa mort. Le bourreau devint le puissant auxiliaire des Anjou; bientôt, par ordre du roi, Félicien Zah, l’ami de Csak Mâté, fut assassiné, et tous ses parents, jusqu’au septième degré, décapités; — dès lors le parti national était vaincu et l’usurpation consommée.

La période après Louis le Grand nous donne le spectacle d’un puissant empire que l’incapacité de ses gouvernants précipite vers sa ruine, et nous ne rencontrons que les noms de Jean et de Mathias Corvinus qui brillent comme des météores passagers dans cette ténébreuse époque de notre histoire.

D’une part, la Confédération Danubienne était en proie à des divisions intestines ; d’autre part, le droit hériditaire, ainsi étendu sur une base trop large, donnait prétexte à des luttes incessantes qui épuisaient les forces nationales, pendant que la Hongrie était placée comme un bastion avancé contre les valeureux et puissants Osmans qui s’avançaient du sud-est, menaçant l’Europe entière de la plus meurtrière dévastation.

Après la malheureuse bataille de Nicopolis commencèrent les guerres acharnées et continuelles contre les Turcs; la nation hongroise

put se convaincre qu’elle ne pouvait tenir tête à ces redoutables adversaires du christianisme qu’avec l’appui de puissants alliés ; mais dans le 14 me et le 15 ,ne siècle, c’était seulement dans une union 'personnelle qu’on pouvait trouver une alliance sincère et durable.

Dans l’élection de ses rois, la Hongrie était donc contrainte de consulter, outre ses lois nationales, les nécessités politiques. C’est-àdire que, non-seulement elle dut exiger que les prétendants à la couronne fussent descendants d’Arpad par ligne féminine, mais encore qu’ils fussent en possession d’une autre couronne et d’une puissance qui, associée à leur propre puissance, la rendit formidable.

Dans la longue période (pii a suivi, nous ne trouvons que Mathias Corvinus et Léon Zapolya, élus violemment et sans les formalités prescrites, qui n’aient point satisfait aux exigences de cette politique et de la loi fondamentale ; tous les autres rois ont été simultanément descendants d’Arpad en ligne féminine et puissants à l’étranger.

Nous avons déjà vu que les rois Vencel, Othon et Charobert (maison d’Anjou) étaient prétendants à la couronne hongroise par droit de succession des lignes féminines de la dynastie d’Arpad; examinons maintenant les titres des rois ou des dynasties qui leur succédèrent ;

Sigismond de Luxembourg était l’époux de la fille héritière du roi de Hongrie Louis le Grand, qui descendait en ligne féminine de Bêla IV (1).

Albert de Habsbourg, époux d’Elizabeth, fille unique de Sigismond.

Ladislas V, fils d’Albert.

Vladislas I er , Vladislas II et Louis II (Jagellons), descendants de la reine de Pologne Hedwig, fille puînée de Louis le Grand. C’est aussi de cette famille que les Habsbourg lorrains empruntent, par des mariages, la prétention au trône de Hongrie.

(I) Parce qu’il était 61s d’Élizabeth, sœur de Veucel.

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